La formation des armées partenaires, priorité du Pentagone en Afrique

Suite à la publication de l’étude d’Aline Leboeuf sur « Coopérer avec les armées africaines », nous avons invité plusieurs experts à réagir. Maya Kandel (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3) revient ici sur l’expérience américaine de la coopération militaire en Afrique. Maya Kandel est historienne, spécialiste des Etats-Unis, en particulier la politique étrangère, le Congrès et le processus de décision. Depuis 2013, elle travaille également sur la politique américaine en Afrique. Elle est l’auteur de nombreuses publications, et a créé et anime le blog Froggy Bottom.

 

L’aide militaire et la formation des armées alliées ou amies fait partie des outils classiques de l’action extérieure des Etats-Unis, et était déjà au cœur de la stratégie américaine de containment pendant la guerre froide, y compris sur le continent africain. La fin de la guerre froide avait produit une période de flottement dans la politique américaine en Afrique, marquée sous la présidence de Bill Clinton par des épisodes traumatiques, en Somalie en 1993, au Rwanda en 1994. Dans la période post-Rwanda (mais pré-11 septembre 2001), les Etats-Unis, qui s’étaient (militairement) retirés du continent, n’en lancent pas moins de nouveaux programme de « formation des armées partenaires » (« building partner capacity » ou BPC), dont l’enjeu central est le maintien de la paix et la prévention de conflits : c’est ainsi la création du programme African Crisis Response Initiative (ACRI) en 1996, dont l’objectif est de former les militaires africains afin qu’ils puissent participer aux opérations de maintien de la paix, qui connaissent alors un croissance considérable et tout particulièrement sur le continent.

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Un exemple de coopération multinationale : le Defense Education Enhancement Programme (DEEP) de l’OTAN.

Avec l’effondrement du bloc soviétique au début des années 1990, nombre de pays de l’ancienne Europe de l’Est se sont retrouvés avec des armées désorganisées, mal équipées et mal formées, aux frontières de l’OTAN. Pour l’alliance, la réorganisation de ces armées constituait un enjeu majeur. Il s’agissait d’une part de tirer profit d’un sentiment pro-occidental alors très fort pour accroître son influence à l’Est, voire attirer de nouveaux membres. Elle cherchait d’autre part à consolider des institutions des pays de l’ancien pacte de Varsovie, notamment en matière de défense, facteur indispensable pour la stabilité et la sécurité du vieux continent. Cette volonté a abouti à la signature du Partenariat pour la Paix[1] en 1994, qui rendit possible la coopération bilatérale entre l’Alliance Atlantique et les pays non-membre. De multiples partenariats[2] ont ainsi été mis en place depuis pour que ces nations puissent progressivement se doter d’une défense compatible avec les standards de l’OTAN. Cependant, une coopération spécifique en matière d’éducation militaire (ou professional military education – PME) s’imposait comme une nécessité.

C’est tout l’esprit qui a présidé à la création du Defense Education Enhancement Programme (DEEP) en 2007. Ce dernier mérite d’être étudié de par ses résultats encourageants malgré des moyens limités, notamment grâce à sa capacité à mobiliser les décideurs politiques et à inciter les partenaires à s’inscrire dans une stratégie globale et de long terme.

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Russian New Generation Warfare Handbook

US Army – Asymetric Working Group – décembre 2016, 61 pages.

Les opérations en Ukraine à partir de 2014 ont été l’occasion, pour les forces armées américaines, de se livrer à une véritable réflexion sur l’adaptation de leurs doctrines, techniques, tactiques et procédures (TTPs) à ce type de conflit. Constatant que l’expérience du combat s’amenuise au sein de leurs unités, notamment dans le cadre d’engagements majeurs, l’hypothèse d’une confrontation avec le vieil ennemi russe inquiète l’armée américaine, après deux décennies d’engagement dans des conflits asymétriques.

C’est l’objet d’une étude d’une soixantaine de pages produite par l’Asymmetric Warfare Group (AWG) de l’US Army, une unité dépendant du TRADOC dédiée à l’étude des menaces émergentes. Le document se présente comme un manuel à destination des unités américaines, afin de les sensibiliser à cette nouvelle forme d’engagement russe (Russian New Generation Warfare – RNGW). La finalité est de conseiller le commandement sur l’entraînement des troupes américaines, mais également de préparer les soldats à affronter un ennemi dit « hybride » : pouvant comporter des unités russes, mais reposant essentiellement sur des forces locales (les « proxys ») équipées, soutenues et entraînées par Moscou.

Sans se prononcer sur la probabilité ou la pertinence d’une telle hypothèse de confrontation, ce document est particulièrement intéressant car il offre une analyse courte mais assez sérieuse des forces armées russes, dont il ne se contente pas de décrire les capacités de combat mais cherche à en pénétrer l’esprit, à deviner ses modes d’actions les plus probables. Les forces armées américaines sont invitées à tirer partie des lacunes ennemies pour adapter leur manœuvre et ainsi remporter la décision.

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Poids des engins blindés : quelles alternatives pour leur protection ?

Dans leur vision prospective et pour répondre à l’évolution des menaces, les armées occidentales insistent sur l’importance de la mobilité et de l’agilité des forces et sur l’impérieuse nécessité de leur dispersion. Elles mettent en valeur, afin de faire face à la létalité croissante du champ de bataille,des manœuvres dispersées et décentralisées. Pour y parvenir, la question de la mobilité est cruciale et donc celle du poids des engins aussi. Un char pesant 55 t endommage très sévèrement la chaussée et ne peut franchir que certains ponts. Surtout, la masse entraîne des contraintes logistiques qui peuvent ralentir la manœuvre. Transporter des engins lourds vers des théâtres extérieurs est difficile, lent et coûteux. Leur motorisation puissante consomme davantage de carburant, ce qui renforce les besoins en ravitaillement, etc.

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Military Strategy : a very short introduction

Antulio J. Echevarria. Oxford, Oxford University Press, 2017, 144 pages

Cet ouvrage, publié dans la ­collection « Very Short Introductions », ­équivalent britannique des « Que sais-je ? », est signé d’Antulio J. Echevarria, rédacteur en chef de Parameters, revue de l’U.S. Army War College. Il définit la stratégie militaire, objet de son étude, comme la recherche de la réduction de la capacité physique et de la volonté de combattre d’un adversaire. Sa mise en œuvre se fait en temps de paix ou de guerre, et peut impliquer, directement ou indirectement, l’emploi de la force. L’auteur nous offre un propos synthétique et stimulant, utilisant systématiquement des exemples historiques pour l’étayer.

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La Corée du Sud, la septième armée du monde ?

Alors que la Corée du Nord poursuit le développement de son arsenal non conventionnel et met au défi la communauté internationale, la Corée du Sud est plus que jamais en première ligne pour le maintien de la sécurité en Asie du Nord-Est.

L’ennemi au nord et la frontière le long de la zone démilitarisée constituent logiquement la priorité stratégique du pays. Cet environnement l’a conduit à développer une armée de masse en vue de dissuader ou, à défaut, de repousser une tentative d’invasion. Globalement, la politique de défense sud-coréenne continue d’être structurée par sa vieille alliance avec les États-Unis, bénéficiant notamment de sa politique de dissuasion élargie. Cette relation étroite entretient cependant une forte dépendance à l’égard des technologies américaines, au détriment du développement de son industrie de défense. Par ailleurs, le service militaire obligatoire et ses conditions difficiles se heurtent aujourd’hui aux aspirations de la jeunesse. Bien qu’une réforme militaire soit prévue depuis des années, la persistance de la menace nord-coréenne continue de focaliser l’attention et d’empêcher la Corée du Sud d’adopter une politique de défense à l’image de son économie et de sa société.

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