Sommet de l’OTAN à Chicago : avis de tempête sur les Grands Lacs

Vendredi, 18. mai 2012 9:12 | Auteur:Claire-Marine Selles

Dimanche à Chicago s’ouvrira la 25e édition du Sommet de l’OTAN. Regroupant soixante pays, ce sommet est le plus important jamais organisé par l’Alliance Atlantique et son originalité risque de se faire sentir aussi bien dans son organisation que dans les négociations qui s’y dérouleront.

C’est en effet dans un contexte de crise économique européenne que s’ouvre la rencontre, ce qui pourrait réduire considérablement la liberté d’action des États-Unis concernant  le déploiement du projet de défense antimissile (DAMB) sur le vieux continent, axe majeur du développement de l’OTAN jusqu’en 2018. Bien que le secrétaire général semble confiant dans l’avenir du bouclier et entende profiter de l’événement pour réaffirmer l’utilité du dispositif pour la sécurité européenne, l’enthousiasme est plus nuancé à l’est de l’Atlantique face au coût du projet qui provoque notamment une certaine réticence de la part du nouveau Président  français. Le sommet de Chicago devrait permettre à la France de se positionner sur la question et ainsi de donner le ton de son engagement auprès de l’OTAN pour le quinquennat à venir.

Enjeu principal de l’événement, la question afghane risque de faire éclater le consensus et, là encore, la position du nouveau dirigeant de la République française risque de provoquer le mécontentement de ses partenaires stratégiques. Le retrait anticipé des troupes, que l’Australie souhaite appliquer avant l’année électorale de 2013 et que le Canada a déjà engagé en mettant fin à sa mission en juillet 2011, serait un pari risqué pour la France après sa récente réintégration du commandement intégré de l’OTAN. La visite préparatoire d’émissaires américains à Paris ne semble pas avoir influencé l’opinion de François Hollande qui souhaite annoncer le retrait des troupes françaises fin 2012 lors de la réunion du G8 qui se tient aujourd’hui à Camp David. Retrait plus facile à annoncer qu’à conduire diplomatiquement, politiquement et surtout logistiquement : certains observateurs doutent de la capacité française à réaliser une telle opération.

Du côté européen, la question afghane suscite le débat la France et l’Allemagne, et la Chancelière Merkel a appelé le Président à respecter le calendrier mis en place lors du sommet de Lisbonne en 2010, alors que le couple franco-allemand se divise déjà sur la question du pacte budgétaire. D’autre part, la nouvelle ligne de conduite française n’est pas sans inquiéter l’allié britannique. Affaibli par sa récente défaite électorale, David Cameron entend infléchir la position de l’Elysée, les divergences entre les deux dirigeants étant susceptibles de remettre en question la coopération de défense bilatérale lancée par les accords de Lancaster House en 2010, déjà malmenée par ailleurs.

C’est donc un sommet placé sous le signe de la nouveauté, mais aussi de la discorde, qui se tiendra en cette fin de semaine à Chicago. La France devra faire preuve de beaucoup de diplomatie, d’autant plus que les importantes ventes d’armes à la Russie réalisées par le gouvernement Sarkozy au courant de l’été 2011 passent mal auprès du Congrès. Le nouveau président français devra user de finesse pour imposer ses choix et faire ses preuves face à un environnement international troublé voire hostile. Malgré quelques éléments encourageants pour ses positions, il ne sera pas facile de rassurer et de convaincre Barack Obama, lui-même en campagne pour un second mandat et qui n’a pas besoin d’un échec international à l’approche des élections américaines.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0)

Bruno Tertrais (FRS) : scénarios pour les capacités et la posture nucléaires françaises (Les vidéos)

Mercredi, 16. mai 2012 8:10 | Auteur:Aline Lebœuf

Dans le cadre du cycle de séminaires « 2012 La Défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ont organisé un séminaire-sandwich le 10 mai, autour de Bruno Tertrais, expert en prolifération et dissuasion nucléaires et maître de recherche à la FRS.

Les élections présidentielles et législatives de 2012 constituent une occasion unique pour ouvrir un débat public et dépassionné sur les réalités de la défense française et les difficultés, notamment budgétaires, auxquelles elle est confrontée. Lors de ce séminaire, Bruno Tertrais a présenté plusieurs scénarios pour la stratégie nucléaire française, dont une mise en pool entre forces britanniques et françaises (scénario 3). Pour voir ou revoir son analyse de la dissuasion française:


Une vision de la stratégie nucléaire française par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’un débat engagé avec Etienne de Durand, directeur du CES, Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense. Bruno Tertrais y parle notamment de la dissuasion élargie et de la relation entre dissuasion et forces conventionnelles. Il prodigue également quelques conseils au nouveau président de la République.


Débat sur la stratégie nucléaire française par Ifri-podcast

Rendez-vous le 31 mai pour le prochain séminaire sandwich…

Catégorie: Divers | Commentaires (0)

La défense française à l’heure des choix budgétaires

Lundi, 14. mai 2012 8:20 | Auteur:Ultima Ratio

Le nouveau gouvernement, qui sera nommé dans quelques heures, devra effectuer des arbitrages budgétaires importants. Dans ce contexte, Ultima Ratio a posé quatre questions à Martial Foucault, auteur du récent Focus stratégique consacré aux Budgets de défense en France.

Ultima Ratio: Les questions de défense en général, et des crédits militaires en particulier, ont été pratiquement absentes de la campagne électorale. L’analyse de long terme démontre-t-elle un biais partisan en matière de budgets de défense entre gauche et droite ? Les dépenses sociales impliquent-elles un effet d’éviction sur les dépenses militaires ?

Martial Foucault: En effet, les questions de défense et en particulier de choix budgétaires ont une nouvelle fois été oubliées durant cette campagne présidentielle. Contrairement à d’autres démocraties, le système semi-présidentiel français semble privilégier le consensus sur de tels enjeux au nom du fameux « domaine réservé » car le président de la République reste le chef des armées. Cette situation semble même emblématique de l’évolution des budgets de défense depuis le début des années 1980. Il n’existe pas à proprement parler de corrélation significative entre les gouvernements de droite et de gauche et le volontarisme budgétaire de défense. En moyenne, les gouvernements de gauche ont augmenté le budget de défense de 0,17% et ceux de droite de 0,12%,  certes dans des contextes parfois différents. Ce sont donc davantage les conditions économiques et la situation des finances publiques qui déterminent l’augmentation ou la diminution relative de l’effort de défense. Deuxième budget régalien après l’éducation nationale, la défense voit sa part dans le budget de l’Etat diminuer régulièrement depuis 1988 (10% en 2010 contre 14% en 1988). Globalement, on observe en France comme dans plusieurs pays européens une lente transformation d’un modèle dit « warfare » vers un modèle dit « welfare ». Les dépenses sociales ont augmenté à un rythme annuel de 3,35% contre 2,31% pour les dépenses de défense sur la période 1995-2010. Il est évident que les années de faible croissance économique ont eu pour conséquence d’accorder une priorité plus grande aux dépenses de redistribution qu’aux dépenses militaires, alors même que l’engagement de la France dans des zones de conflit n’a jamais été aussi important ces 15 dernières années. Le modèle français de défense atteint donc aujourd’hui une forme de surchauffe budgétaire.

 

- UR: Le Livre blanc de 2008 proposait de revaloriser l’effort de défense français avec une augmentation de 1% par an jusqu’en 2020. Quatre ans après, où en sommes nous de la réalisation de ces objectifs ? Quelles sont les perspectives à venir ?

MF: Longtemps réclamé par les autorités militaires, le Livre blanc avait pour objectif de réviser le modèle d’armée 2015, issu du Livre blanc de 1994. Impossible à atteindre à mois d’injecter 30 milliards d’euros sur six ans, le Livre blanc de 2008 visait à réorienter les missions de défense de la France en accordant une priorité plus grande aux fonctions de renseignement, en améliorant la déployabilité des forces, en augmentant de 3 milliards d’Euros par an les dépenses d’équipement jusqu’à 2020 et en réformant le ministère de la Défense (par une baisse de 54 000 personnels). Aujourd’hui, le bilan des 4 premières années laisse craindre le pire pour le futur. Selon un rapport de la commission des Finances du Sénat en novembre 2011, l’application de la règle du « gel en volume » implique un manque à gagner de 15 milliards d’euros d’ici 2020 alors que le principe du « gel en valeur » déboucherait sur une perte de 29 milliards d’euros entre 2009 et 2020. Entre ces deux estimations, il faut rajouter l’accumulation du décalage entre les autorisations d’engagements et les crédits de paiement qui pèse pour près de 46 milliards d’euros (dont 30 milliards pour la période 2006-2012) pour les seuls crédits d’équipement. En conséquence, l’après-2012 s’annonce d’ores et déjà comme une période incertaine : certains paramètres économiques exigeront du prochain gouvernement qu’il fasse preuve d’innovation budgétaire, plutôt que de s’en remettre à une loi de programmation militaire marquée par une perpétuelle cure d’amaigrissement.

 

- UR: Enoncée dans les années 1970, la « loi d’Augustine » prévoyait à budget de défense constant la réduction des quantités et des effectifs – un arbitrage contraint résultant de l’inflation continue des coûts technologiques. Cette loi continue-t-elle à se vérifier aujourd’hui ? Quels scénarios peut-on en déduire pour l’avenir des forces occidentales ?

MF: La nature cyclique des dépenses d’équipement, conjuguée à une inflation des prix militaires et des révisions d’acquisitions, soulève une question déjà abordée aux Etats-Unis sous le nom de loi d’Augustine. La loi d’Augustine, du nom de l’ancien directeur de Lockheed Martin et ancien secrétaire de l’US Army dans les années 1970, Norman Augustine, désigne tout simplement l’augmentation non contrôlée du coût d’acquisition des systèmes d’armes alors que les budgets de défense suivent une tendance haussière moins rapide voire stable (en euros constants). Une illustration de cette loi débouche par exemple par la multiplication par 4 du coût d’un avion tactique tous les 10 ans. En France, l’évolution du prix des biens militaires augmente plus vite que le niveau d’inflation, à partir duquel sont construits les budgets de défense. Par conséquent, la logique comptable qui consiste à disposer de matériels de plus en plus coûteux en fonction de ressources disponibles de plus en plus rares s’opposera très vite à une logique militaire incompatible avec le fait de disposer seulement de peu de matériels même suréquipés. Il n’existe pas de parfaite substitution entre la qualité et la quantité des armements.

- UR: La France dispose aujourd’hui du 5e budget de défense au monde (après les Etats-Unis, la Chine, la Russie et la Royaume-Uni). Qu’en est-il des tendances à l’échelle internationale ? Assiste-t-on à un phénomène de rattrapage de la part des pays émergents ?

MF: En 2012, le niveau des dépenses militaires mondiales s’établissait à 1740 milliards de dollars. Sans surprise, les Etats-Unis maintiennent leur statut de puissance militaire avec un budget de défense de 711 milliards de dollars, soit un montant 13 fois supérieur à celui de la France. Parmi les 10 pays dépensant le plus pour leur défense, seuls la Chine (+6,7 %), la Russie (+9,5 %) et l’Arabie Saoudite (+2,2 %) ont augmenté leurs dépenses militaires en 2011 dans un contexte de croissance économique mondiale ralentie alors que les autres pays ont réduit leur effort de défense. Finalement, il semble qu’une nouvelle période émerge, caractérisée par une évolution assez nette des rapports de forces entre puissances militaires, avec d’un côté la montée en puissance de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Afrique, et de l’autre le déclin, même timide, des Etats-Unis (41% des dépenses mondiales) et surtout de l’Europe. Ce portrait global reste fragile et étroitement lié à l’intensité des zones de conflits contemporains et la nature des menaces qui pèse sur la sécurité des Etats.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0)

Les budgets de défense en France, entre déni et déclin

Vendredi, 11. mai 2012 9:12 | Auteur:Ultima Ratio

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 36 de la série Focus stratégique, intitulé:

Les budgets de défense de la France, entre déni et déclin

Martial Foucault est professeur agrégé de science politique à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’Excellence sur l’Union Européenne (Université de Montréal/McGill University). Depuis 2010, il est éditeur associé de la revue Canadian Public Policy. Ses champs de spécialisation sont l’économie politique (internationale), les politiques publiques, les comportements électoraux ainsi que les techniques quantitatives.

Son nouveau Focus stratégique est téléchargeable ici.

Le résumé du papier:

Le budget de la défense, quatrième poste de dépenses de la République, est rarement soumis à un débat public. Ces trente dernières années, cette question a été marquée tour à tour par le désir de toucher les « dividendes de la paix » au lendemain de la guerre froide, la professionnalisation de 1997 et le durcissement des opérations extérieures après le 11 septembre 2001. Ces fluctuations se sont inscrites dans un contexte économique et social contraint dans lequel les dépenses militaires ont joué le rôle de variable d’ajustement – et ce, quelles qu’aient été les majorités au pouvoir. Alors que le nouveau cadre budgétaire mis en place par la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) devait permettre une meilleure gestion des dépenses, le Livre blanc de 2008 affichait des objectifs qui sont vite apparus comme irréalistes, compte tenu de la rapide détérioration des finances publiques. Dans un contexte international marqué depuis une décennie par l’augmentation des dépenses militaires, il convient de s’interroger sur les arbitrages budgétaires qui décideront demain de l’avenir de la défense de la France.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Un budget de la défense  en trompe l’œil

Des lois de programmation militaire intenables

Choix budgétaires : « welfare vs. warfare » ?

Comparaisons internationales : maintien ou déclassement ?

Conclusion

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0)

La défense post-2012: le changement c’est maintenant?

Mardi, 8. mai 2012 7:32 | Auteur:Stanislas Garnier

 

Au lendemain du second tour de l’élection présidentielle, il peut sembler intéressant de remettre en perspective les engagements de François Hollande en matière de défense qu’il a présentés dans le numéro d’avril 2012 de la Revue de Défense Nationale (on se reportera également aux deux pages consacrés à la politique de défense dans le projet socialiste). Le nouveau chef des armées sera-t-il aussi le « candidat du changement » en matière de défense?

  • Ce qui ne devrait pas changer…

• La France ne baissera pas la garde face à un monde instable, il est toujours indispensable de préserver nos intérêts vitaux. A ce titre la dissuasion nucléaire devrait conserver ses deux composantes aérienne et sous-marine (voir également le « plaidoyer de F. Hollande pour la dissuasion nucléaire« ).
• Les fonctions renseignement, domaine spatial et satisfaction des besoins opérationnels devraient demeurer des priorités dans le quinquennat qui s’annonce.

  • Ce qui devait déjà changer…

• Un nouveau Livre blanc de la défense devrait être rédigé à brève échéance avec une nouvelle loi de programmation militaire à la clé – une révision du précédent LB était cependant déjà planifiée par la majorité sortante.
• La construction d’une défense européenne devrait être vigoureusement relancée ; chantier difficile, à cause des divergences de vues de nos principaux alliés (britanniques d’un côté, allemands de l’autre) et de la difficulté à définir des intérêts communs (le différend franco-allemand sur l’engagement européen en Libye en fut une cruelle illustration).
• La réintégration au sein du commandement militaire intégré de l’OTAN n’est pas remise en cause, mais la participation au projet de défense antimissile peut, quant à elle, être renégociée au regard de son coût prohibitif.
• Le rôle du Parlement devrait être renforcé dans son contrôle des décisions d’engagement en opérations, et du contrôle du budget.
• Les militaires devraient pouvoir exercer une « citoyenneté plus active », formule assez vague pour recouvrir à la fois l’engagement politique et la liberté d’expression.
• Les civils de la défense verront leur position consolidée dans les structures non directement opérationnelles – notamment dans les bases de défense dans lesquelles les militaires « trustent » toujours les postes à responsabilité.

  • Ce qui pourrait vraiment changer…

• Les troupes « combattantes » seront retirées d’Afghanistan avant fin 2012, ce qui, au-delà du casse tête logistique, pose le problème du respect des engagements de la France auprès de ses alliés d’une part, et du peuple afghan d’autre part (voir notre post sur le sujet).
• Enfin, le ministère de la Défense devrait être réorganisé autour d’un ministre de la Défense, dont la responsabilité politique sera réaffirmée (en particulier face au CEMA, dont les attributions avaient été révisées par le décret 520 de 2005).

 

En définitive, si ces promesses de campagne devront être confrontées à la « réalité terrain » militaire, elles seront aussi soumises à la nouvelle législature, et à la rigueur budgétaire à laquelle la défense devrait contribuer « sans être la variable d’ajustement »…

Catégorie: Analyses | Commentaires (1)

Intifada française? Marc Hecker répond à Grotius International

Dimanche, 6. mai 2012 14:56 | Auteur:Ultima Ratio

A l’occasion de la parution du livre Intifada française ? De l’importation du conflit israélo-palestinien (Ellipses, 2012), Grotius International a posé trois questions à son auteur, Marc Hecker.

- Les associations pro-israéliennes et pro-palestiniennes sont nombreuses en France. A quand remontent les débuts du militantisme lié au conflit israélo-palestinien ?

Il faut remonter à la guerre des Six Jours en 1967 pour voir un véritable décollage du militantisme en France lié au conflit israélo-palestinien. Dans les semaines qui précèdent cette guerre, les déclarations belliqueuses des leaders arabes, en particulier du Palestinien Ahmed Choukeiry, font craindre un nouveau génocide, 22 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En France, les groupes de soutien à Israël se multiplient. Dans la capitale, environ 30 000 personnes se réunissent devant l’ambassade d’Israël, le 31 mai 1967. La victoire éclair de l’armée israélienne se traduit par l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Dès lors, des associations de soutien aux réfugiés palestiniens sont créées, à l’instar de l’Association de solidarité franco-arabe (ASFA). Le militantisme pro-palestinien se structure alors autour de quatre tendances : les militants laïques arabes qui se trouvent ainsi une nouvelle cause après l’indépendance de l’Algérie, les militants d’extrême gauche qui considèrent Israël comme un suppôt de l’impérialisme, une partie des gaullistes qui, comme leur chef, rejettent la responsabilité de la guerre des Six Jours sur Israël et enfin des militants catholiques regroupés autour de l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

- Aujourd’hui, le militantisme lié au conflit israélo-palestinien est-il essentiellement de nature religieuse ?

La communauté juive organisée joue un rôle important dans le militantisme pro-israélien. Les manifestations pro-israéliennes sont souvent organisées par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) ou par des organisations membres de ce conseil, à l’instar de l’Union des étudiants juifs de France. En dehors de la communauté juive, le mouvement évangélique – encore limité en taille mais en plein développement en France – soutient Israël. Par ailleurs, une des plus anciennes structures pro-israéliennes, l’Association France-Israël, est une organisation laïque. Du côté pro-palestinien, les associations islamiques se sont développées dans les années 1990. Le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), réputé proche des Frères musulmans, a par exemple été créé en 1990. Dans les grandes manifestations pro-palestiniennes, il est fréquent que des prières spontanées aient lieu. Les associations laïques restent toutefois les plus visibles. L’extrême gauche est en particulier toujours très présente dans la sphère pro-palestinienne.

- Jusqu’à quel niveau de violence « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France peut-elle escalader ?

L’immense majorité des militants agit de manière pacifique. Ils organisent des manifestations, envoient des courriers aux députés pour tenter de faire évoluer la politique étrangère de la France, essaient de faire passer leur vision de la situation au Proche-Orient dans les médias, etc. Il ne faut pas nier, toutefois,  que le conflit israélo-palestinien a des répercussions violentes en France. Depuis le début de la deuxième Intifada, chaque flambée de violence au Proche-Orient se traduit par une hausse spectaculaire des actes antisémites sur le territoire français. En outre, du côté pro-israélien, il existe aussi des groupuscules violents, en particulier la Ligue de Défense Juive. Toutefois, le niveau de violence observé en France n’est en rien comparable à celui du Proche-Orient et le potentiel d’escalade paraît très limité. Penser que « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France pourrait se transformer en véritable guerre civile entre juifs et musulmans relève du fantasme.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0)

Le Mujao, dernier venu des mouvements islamistes armés du nord Mali

Mercredi, 2. mai 2012 6:00 | Auteur:Invité

Ce post a été rédigé par Alain Antil, responsable du programme Afrique subsaharienne de l’Ifri.

Depuis le 17 janvier, le Mali est marqué par une nouvelle rébellion touarègue, la quatrième depuis l’indépendance. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), né en octobre 2011 de la fusion de plusieurs composantes1, appuyé par différents mouvements islamistes armés présents dans la zone, a assez facilement repoussé l’armée malienne hors du nord Mali. Le MNLA se bat officiellement pour l’indépendance de l’Azawad.

Les déconvenues de l’armée malienne, accélérées il est vrai par l’effet déstabilisant du coup d’Etat militaire du 22 mars contre le président Amadou Toumani Touré, s’expliquent par plusieurs facteurs. D’abord, l’armée malienne est chroniquement sous-dimensionnée et sous-équipée au regard de la taille du territoire malien. L’armée2 comptait en effet 12 150 hommes en 2009 pour un budget de 176 millions de dollars3 alors que le territoire malien s’étend sur 1 241 238 km2. La présence dans le Nord de cette armée très peu mobile, se résume en temps normal à quelques villes garnisons où les familles de militaires sont présentes. Ensuite, une majorité de militaires maliens sont des « gens du sud » mal à l’aise pour combattre dans le désert, surtout face à des rebelles connaissant parfaitement le terrain, très aguerris (certains sont d’anciens militaires de l’armée libyenne), lourdement armés et bien véhiculés. D’ailleurs, les unités les plus efficaces de l’armée malienne au nord étaient des bataillons-milices dirigés par des officiers du nord malien. Ainsi, lors de la rébellion de 2006-2009, les bataillons du colonel-major Abderahmane Ould Meydou (arabe) et du colonel-major Al Hadji Ag Gamou (touareg4) avaient été les fers de lance de l’armée malienne au Nord. Cette fois-ci, c’est principalement le bataillon d’Ag Gamou qui a été visible sur le terrain même si les hommes d’Ould Meydou se sont également battus. Enfin, le MNLA a été soutenu par d’autres entités armées, des mouvements islamistes dont l’apport a été essentiel pour la prise des principales villes du Nord. A côté des katibat (groupe combattant) de la branche saharienne d’AQMI (dirigées respectivement par Mokthar Belmokthar5, Abdelhamid Abou Zeid et Yahia Abou Al Hamam6), est apparu plus récemment le mouvement Ansar Dine, composé de touaregs et dirigé par Iyad Ag Ghali, un ancien leader des deux précédentes rébellions au Mali qui aurait décidé de mettre en place sa propre structure après que le MNLA eut refusé qu’il en prît la direction. La troisième organisation, la moins connue, est le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité pour le Jihad en Afrique de l’Ouest / Jamat Tawhid Wal Jihad Fi Garbi Afriqqiya).

Le MUJAO s’est pour la première fois manifesté début décembre 2011 pour revendiquer, à travers une déclaration envoyée à l’AFP, l’enlèvement de trois Européens qui avait eut lieu le 23 octobre 2011 dans le sud-ouest de l’Algérie et plus particulièrement dans un camp de réfugié du Front Polisario, le camp de Rabouni. Début janvier 2012, dans un enregistrement vidéo posté sur Internet, un certain Hamma Ould Mohamed Kheyrou, alias Abou Qumqum, qui se présente comme le porte-parole de l’organisation, annonce les objectifs de cette nouvelle entité : « Nous déclarons encore une fois la guerre à la France qui est contre les intérêts de l’islam », « le Jihad sera exporté partout où cela sera nécessaire et pour Dieu, il faut être prêt à tout » et enfin « imposer la charia dans toute l’Afrique de l’ouest ». Il déclare par ailleurs que le mouvement revendique une filiation de leaders historiques ayant été à l’origine de la fondation d’Etats théocratiques en Afrique de l’Ouest : « Nous nous réclamons d’Ousman Dan Fodio, d’El Hadj Omar Tall et d’Amadou Cheikhou, qui ont tous combattu les colons ».

Depuis cette entrée en scène tonitruante, le mouvement s’est signalé par plusieurs autres actes qui tranchent singulièrement avec la feuille de route préalablement affichée. Ainsi, après avoir enlevé des humanitaires occidentaux dans la zone la mieux contrôlée par le Front Polisario puisque l’on trouve à Rabouni les institutions de la RASD (République arabe sahraouie démocratique), le MUJAO commet le 3 mars 2012 un attentat à Tamanrasset. Un homme se fait exploser avec son véhicule contre une gendarmerie7. Cette action se solde par la mort du kamikaze et 23 personnes sont blessées, appartenant pour l’essentiel aux forces de sécurité algériennes. La troisième action revendiquée par le MUJAO est l’enlèvement le 5 avril d’un consul algérien et de six de ses collaborateurs à Gao (nord-est du Mali), ville dans laquelle le mouvement semble implanté. Le mouvement a même brûlé le drapeau algérien du consulat pour le remplacer par un drapeau noir salafiste.

On ne peut que s’étonner du fait qu’un mouvement qui veuille répandre le jihad en Afrique de l’Ouest n’ait jusqu’à présent dépensé son énergie qu’à s’attaquer à des cibles algériennes. L’une des différentes lectures que l’on peut faire de ce groupe est en effet assez troublante : 1) un enlèvement à Rabouni, au cœur des institutions de la RASD, qui peut instiller le doute des services de sécurité algériens sur l’existence de complicités, au plus haut niveau du Front Polisario, avec les salafistes ravisseurs ; 2) un attentat dans une ville algérienne, normalement ultra-sécurisée, qui abrite un commandement unifié de plusieurs armées régionales est un événement qui peut décrédibiliser les services de sécurité algériens ; 3) un enlèvement dans la zone sahélienne de citoyens algériens (c’est la première fois que des Maghrébins sont enlevés) dans le nord Mali, alors que l’Algérie mène un combat, depuis plusieurs années, pour dénoncer le versement de rançons dans les affaires de prises d’otages.

Les analystes sont en effet partagés sur l’émergence de ce mouvement et sur son agenda. Certains affirment que le groupe est entré en dissidence d’AQMI pour deux raisons principales, les membres du groupe contesteraient la manière dont était partagée la rente des otages au sein de la branche saharienne d’AQMI. L’enlèvement des trois Européens aurait donc été l’occasion, pour ce nouveau groupe, de « se mettre à son compte ». Ces mêmes analystes soulignent également que la branche saharienne d’AQMI, même si son recrutement s’est internationalisé depuis quelques années, reste encadrée par des Algériens, qui n’ont aucune confiance dans ce groupe, devenu le MUJAO, dirigé par des Mauritaniens et des Arabes maliens.

A côté de ce registre de la « dissidence », d’autres analystes proposent une autre interprétation. Mohamed Ould Maloukif8 préfère, lui, qualifier le MUJAO d’excroissance d’AQMI. Ce groupe disposerait d’une fausse autonomie et permettrait à AQMI de disposer d’un groupe pouvant accueillir davantage les Ouest-Africains car il développerait des objectifs concernant l’Afrique de l’Ouest. D’ailleurs, cet analyste affirme que ce groupe se singularise par la présence, plus massive que dans les katibat d’AQMI, de ressortissants des pays de cette région. Il souligne également que c’est la première fois dans la zone qu’un mouvement salafiste déclare sa création a posteriori, plus d’un mois après sa première action (l’enlèvement de Rabouni). Mathieu Pellerin9 pense également que le MUJAO est une sorte de sous-traitant d’AQMI et est resté proche des groupes de Mokthar Belmokthar et de Yahia Abou al Hamam10.

Pierre Boussel11, journaliste à Radio Méditerranée Internationale à Tanger souligne quant à lui les tentatives des différents groupes islamistes pour se distinguer les uns des autres, sur un fond de grande inculture religieuse :

« La région, aussi musulmane soit-elle, reste peu éduquée. Les écoles coraniques sont rares. Le MUJAO résulte de cette carence. Des individus lambda s’emparent de textes religieux qu’ils ne comprennent pas et extraient des doctrines, somme toute, personnelles. Inculture. Lecture superficielle. Il en découle des concepts vaporeux tels que la ‘soft charia’ qui se différence de la charia qui, elle, ‘coupe les mains’. Pour le MUJAO, l’enjeu n’est pas tant l’islam que son application sociétale. Sa rivalité avec les autres groupes qui opèrent dans la région s’exprimera, à l’avenir, sur ce terrain là. Il faut s’attendre à ce que la question de la ‘gradation de la charia’ soit de plus en plus prégnante ».

Aujourd’hui, il est difficile de trancher entre ces différentes pistes, d’autant plus que l’on a très peu d’informations sur la sociologie de ce groupe. Le porte-parole est un Mauritanien, Hamma Ould Mohamed Kheyrou, souvent décrit comme une sorte d’aventurier12, le chef du groupe est un Arabe malien originaire de Gao, Soultan Ould Bady, trafiquant notoire, notamment impliqué dans quelques convoyages de cargaisons de drogue. Le groupe compterait environ 70 personnes dans ses rangs avec, outre des Mauritaniens et des Arabes maliens (notamment des Arabes du Tilemsi, selon Serge Daniel13), des Ouest-Africains. Ce groupe serait basé à Gao et aurait des contacts avec le mouvement nigérian Boko Haram14. Des membres de ce mouvement auraient en effet été repérés, ces dernières semaines, à Gao.

1 « Le Mouvement national de libération de l’Azawad est né de la fusion du Mouvement national de l’Azawad (MNA), un groupe de jeunes intellectuels et de militants politiques, avec les guérilleros de l’ex-Alliance Touareg Niger Mali (ATNM). Ces derniers constituent les fidèles d’Ibrahim Ag Bahanga, leader des rébellions touaregs de 2006 à 2009, mort dans un mystérieux accident de voiture le 26 août 2011. A ces deux composantes fondatrices sont venus s’ajouter des groupes d’ex-rebelles touaregs qui, dans les années 1990, ont fui le Mali pour s’engager dans l’armée libyenne de Mouammar Kadhafi. Beaucoup de ces hommes ont déserté le « Guide » libyen durant le conflit qui l’a opposé au Conseil national de transition et à l’OTAN. Lourdement armés, certains ont fait la jonction avec le MNLA. C’est d’ailleurs Mohamed Ag Najim, ancien officier de l’armée libyenne, qui en est aujourd’hui le chef d’état-major », cf. Yidir Plantade : « Dans le nord du Mali, les Touaregs du MNLA lancent un nouveau défi armé à l’Etat », in Le Monde.fr, 25 janvier 2012

2 Cf. Mariam Maiga : « The Fight against Terrorism in Mali: Management, Prevention and the Full Mobilization of Civil Society », CONASCIPAL et SIPRI, novembre 2011, Bamako.

3 Budget de 2010.

4 La communauté touarègue n’est en effet pas uniforme, Ag Gamou appartient à la tribu Imghad, opposée au leadership des Ifoghas (dont sont issus majoritairement les cadres du MNLA et d’Ansar Dine).

5 De son vrai nom Khaled Abou El Abass.

6 Les spécialistes sont partagés sur la manière de qualifier le groupe Al Furqan, certains parlent de katiba, d’autres d’une serya, c’est-à-dire un groupe dépendant d’une katiba.

7 Cf. RFI : « Algérie : l’attentat de Tamanrasset revendiqué par un groupe jihadiste », 4 mars 2012.

8 Spécialiste des questions de sécurité et Président Directeur Général et Directeur de la Publication de Tawary.com, entretien réalisé le 26 avril 2012.

9 Chercheur associé à l’Ifri, entretien du 27 avril 2012.

10 Une proximité confirmée par Mohamed Fall Ould Oumère, directeur de l’hebdomadaire La Tribune à Nouakchott : cf. « Quand le Mali perd le Nord, c’est toute la région sahélo-saharienne qui est dans la tourmente », in Noorinfo, 10 avril 2012, http://www.noorinfo.com/Dossier-Quand-le-Mali-perd-le-Nord-c-est-toute-la-region-sahelo-saharienne-qui-est-dans-la-tourmente_a3078.html (consulté le 27 avril).

11 Entretien réalisé le 27 avril.

12 Ibid.

13 Serge Daniel est le correspondant de RFI et de l’AFP à Bamako et l’un des meilleurs connaisseurs du Nord Mali, cf. son interview dans le journal algérien El Watan, 24 avril 2012, http://www.elwatan.com/international/serge-daniel-specialiste-du-sahel-il-faut-arreter-de-payer-les-rancons-25-04-2012-168172_112.php (consulté le 27 avril).

14 Cf. Serge Daniel, op. cit.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0)

De l’utilisation d’Internet par les militaires

Mercredi, 25. avril 2012 10:00 | Auteur:Marc Hecker

L’Irsem a publié il y a quelques jours une étude intitulée « Utilisation et investissement de la sphère Internet par les militaires », rédigée par Marc Hecker et Thomas Rid. A l’occasion de la parution de cette étude, Florent de Saint-Victor a posé trois questions à Marc Hecker. Cet entretien est publié simultanément sur Mars Attaque, l’Alliance Géostratégique et Ultima Ratio.

- Aujourd’hui, certaines armées font un usage plus intensif que d’autres du web et des réseaux sociaux : lesquelles, comment et pourquoi ?

Les armées américaines ont investi le web bien avant les autres pays. Cette avance peut être expliquée de différentes façons. Il y a tout d’abord un facteur culturel : les Américains sont d’une manière générale très « tech-savvy ». Le taux de pénétration d’Internet en Amérique du Nord est plus élevé que sur n’importe quel autre continent, les principales entreprises du secteur informatique sont américaines et les plateformes du web 2.0 les plus populaires ont été développées outre-Atlantique. Il y a ensuite un facteur lié à la culture des armées : les armées américaines sont relativement ouvertes et estiment qu’elles ont tout à gagner à entretenir des échanges nourris avec le monde civil. En matière de nouvelles technologies, cela se traduit par exemple par des collaborations régulières entre le Pentagone et des grandes entreprises du secteur web. Avec Thomas Rid, nous avons par exemple rencontré à Washington un sous-officier de l’Army qui venait de passer un an chez Google dans le cadre d’une mobilité extérieure. Autre trait culturel des armées américaines : elles favorisent l’innovation et les initiatives individuelles. Il y a plus de dix ans, un petit groupe de capitaines a eu l’idée de créer un forum, CompanyCommand, permettant aux jeunes officiers d’échanger de manière informelle. Cette initiative a été encouragée par l’Army qui a favorisé son développement. Aujourd’hui, CompanyCommand et Platoonleader – son équivalent pour les chefs de section – comptent près de 20 000 membres. Enfin, il y a un facteur personnel qui entre en compte. Certains hauts gradés américains ont compris rapidement qu’Internet, les blogs et les réseaux sociaux étaient des outils de communication et de coopération puissants. Ils ont donc donné l’exemple en étant actifs sur le web et en cherchant à expliquer les potentialités d’Internet. Parmi ces personnalités, on peut citer le général Caldwell, le général Odierno ou encore l’amiral Mullen.

Si les armées des autres pays occidentaux se sont intéressées plus tardivement à Internet et aux réseaux sociaux, elles ont néanmoins rattrapé une bonne partie de leur retard. Les armées françaises en sont un bon exemple. Aujourd’hui, l’armée de Terre, l’armée de l’Air et la Marine sont présentes sur Facebook, Twitter et Dailymotion. Le ministère de la Défense dispose aussi de ses propres outils, notamment d’un espace dédié aux jeunes sur Facebook, « Parlons Défense ».

- Dans votre étude, vous montrez que si des risques existent, ils ne sont pas considérables. Une vision paranoïaque ne semble donc pas justifiée?

Une vision paranoïaque n’est pas justifiée. Autrement dit, il ne faut pas surestimer les risques car les cas problématiques ne représentent qu’une petite minorité. A l’inverse, il ne faut pas non plus sous-estimer les risques qui sont essentiellement de trois ordres. Il y a tout d’abord les fuites « involontaires », au sens où les soldats qui postent des informations sur les réseaux sociaux ne se rendent pas forcément compte que certaines données peuvent être utiles à leurs adversaires. L’exemple le plus connu a trait à l’annulation d’une opération de Tsahal suite à sa révélation sur Facebook par un soldat. Ce dernier avait écrit : « Mercredi, on nettoie [le village de] Qatana et jeudi, si Dieu le veut, on rentre à la maison ». Dans le guide du bon usage des réseaux sociaux publié récemment par le ministère français de la Défense, un autre exemple est donné : en 2011, un marin embarqué sur le Charles de Gaulle a annoncé sur Facebook son départ pour la Libye alors même que le déploiement du porte-avions n’avait pas encore été rendu public. Le deuxième risque est celui d’une atteinte à la réputation de l’armée. Dans la plupart des cas, ces atteintes sont bénignes : il s’agit par exemple de soldats qui mettent en ligne des photos de beuveries. Elles peuvent être plus graves et avoir des répercussions au niveau politico-stratégique. C’est ce qui peut arriver, par exemple, quand des soldats publient des clichés ou des vidéos d’exactions. Enfin, il existe un risque d’infiltration à des fins de renseignement. Par exemple, il y a quelques semaines, des internautes chinois auraient créé un faux compte Facebook à l’effigie de l’amiral Stavridis, ce qui leur aurait permis d’obtenir des données personnelles sur des hauts gradés occidentaux.

- En quoi les armées peuvent-elles tirer profit des réseaux sociaux ?

Lorsqu’on parle des réseaux sociaux et des armées, l’accent est souvent mis sur les risques alors que l’institution militaire peut aussi tirer des bénéfices de l’utilisation de ces nouveaux outils. Les avantages en termes de communication sont évidents. Les « communicants » des armées peuvent désormais s’adresser directement à un large public, notamment aux jeunes. Alors que la dilution progressive du « lien armée-nation » préoccupe les responsables militaires depuis des années, Internet et les réseaux sociaux apparaissent comme un moyen moderne d’expliquer aux citoyens le rôle et les missions des forces armées. Les recruteurs bénéficient aussi largement des réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, chaque centre local de recrutement de l’Army dispose d’une page sur Facebook. En France, les choses sont plus centralisées. La page « Recrutement – Armée de Terre » compte près de 200 000 fans. Enfin, des initiatives « collaboratives » se développent aussi au sein des armées. Le succès des forums professionnels militaires aux États-Unis et le lancement par l’Army d’une expérience visant à permettre aux personnels des armées de contribuer à la mise à jour de doctrines en utilisant un système de type « wiki » ne représentent probablement que les prémices de ces évolutions.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2)

Blessures invisibles: vers une meilleure prise en charge?

Vendredi, 20. avril 2012 10:58 | Auteur:Aline Lebœuf

Selon un article du New York Times, le Department of Veterans Affairs prévoit de recruter 1600 psychologues, psychiatres et autres spécialistes de la santé mentale pour prendre soin des anciens combattants, d’Irak, d’Afghanistan, mais aussi du Vietnam. Depuis 2009, le ministère fait d’importants efforts pour améliorer la prise en charge des blessures invisibles de ceux qui ont servi sous le drapeau américain, mais se voit toujours reprocher de ne pas en faire assez.

Pourtant, l’offre de soins pour les vétérans n’est pas la seule ligne d’effort des Etats-Unis dans ce domaine. Une initiative originale vise à prévenir les blessures invisibles très en amont. Il s’agit d’offrir, dès leur recrutement, aux soldats, mais aussi à leur famille, un cadre, le programme Comprehensive Soldier Fitness, qui les prépare psychologiquement à la réalité du « conflit persistant », et tente de déceler les fragilités individuelles pour mieux les réparer, renforcer les forces de chacun et la résilience des militaires et de leurs proches. Un numéro de la revue American Psychologist en présente l’approche et la méthode, avec notamment un papier de George W. Casey Jr., le chef d’Etat major de l’armée de terre américaine. Il s’agit d’abord d’un test, en ligne, d’auto-évaluation (Global Assessment Tool, en janvier 2011, 900 000 militaires l’avaient rempli). La deuxième étape consiste en des modules à faire soi-même en fonction des résultats du test. Le troisième niveau consiste en la formation de formateurs à la résilience (2 500 formés en janvier 2011) devant être déployés dans chaque bataillon et brigade pour enseigner la résilience. Le 4ème volet du programme consiste en des cours obligatoires d’entraînement à la résilience.

Face à ces efforts américains pour prendre en charge les « troubles du vent du boulet », en amont et en aval des guerres, les efforts français peuvent paraître manquer de souffle et de ressources. Il semble qu’une importante pression s’exerce sur le MINDEF qui, de son côté, fait son possible pour rendre lisibles et coordonner les offres de soins et de soutien. Suite à la production d’un « plan d’action troubles psychiques post-traumatiques dans les armées, 2011-2012″, le 10 mars 2011, un bureau médico-psychologique a été créé au sein du service de santé des armées (un psychiatre et un psychologue). Ce bureau vise à coordonner les différents services psychiatriques et psychologiques relevant du service de santé des armées (SSA), de l’armée de Terre, l’armée de l’Air, la Marine et la gendarmerie, chacun fonctionnant selon des logiques et avec des pratiques différentes, et avec chacun l’avantage d’être adapté aux besoins du service (terre, air, etc.) dont il relève. Un SIMPA, « service d’intervention médico-psychologique », ou de fait un réseau, regroupant tous les cliniciens des différents services, doit être créé. Il s’agit aussi d’améliorer la collecte des statistiques sur les troubles post-traumatiques, sur lesquels le SSA n’a pas de données fiables. Or, faute de statistiques, il est difficile d’évaluer précisément l’impact des efforts français.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0)

Cruise Missiles and NATO Missile Defense: Under the Radar?

Jeudi, 12. avril 2012 11:52 | Auteur:Ultima Ratio

Le Centre des études de sécurité de l’IFRI a récemment publié le numéro 41 de la série Proliferation Papers intitulé :

Cruise Missiles and NATO Missile Defense: Under the Radar?

L’auteur, Dennis M. Gormley, est Senior Research Fellow au Matthew B. Ridgway Center for International Security Studies et Senior Lecturer à la Graduate School of Public and International Affairs de l’Université de Pittsburgh. Il a présidé ou contribué à de multiples reprises à des groupes d’experts du Department of Defense et de la communauté du renseignement.

Il est l’auteur de trois ouvrages, ainsi que de nombreux chapitres et articles parus dans Survival, The Washington Quarterly, Arms Control Today, Nonproliferation Review, etc.

Résumé de l’article :

The purpose of this paper is to demonstrate that the threat of cruise missile proliferation is as equally challenging to NATO as the threat of ballistic missiles. Over the last two decades, the emergence of cruise missiles and UAVs as a threat has been slow, and governments, particularly the United States, have invested much less in cruise missile defenses than in ballistic missile defenses. Since 2004, however, several new land-attack cruise missile programs have been launched, after a new narrative formed around their strategic value, and as a response to progress achieved by ballistic missile defense systems. Recent cruise missile developments, together with global interest in armed and unarmed UAVs, have worsened the existing threat and may continue to do so. These emerging threats, combined with existing or developing ballistic missile capabilities, could plausibly endanger NATO population centers and forces. While cruise missile defense programs have faced severe cuts in the past years, a range of options could still be implemented to address NATO’s myopic view of missile defense.

Table des matières :

Introduction

The Cruise Missile Threat’s Reluctant Emergence

The Cruise Missile Threat Suddenly Emerges

New Developments in the Cruise Missile Threat

Plausible Threats and Affordable Responses

Concluding Thoughts

Le papier peut être téléchargé ici.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0)