Commander les armées en haute intensité : 4 questions à Serge Caplain

Florent de Saint Victor a été chargé d’études durant 2 années (2008-2010) au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) et chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense durant la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013.  Actuellement consultant dans un cabinet de conseils français et auteur du blogue Mars Attaque, il pose ici 4 questions à Serge Caplain à l’occasion de la publication de son étude, le Focus Stratégique n°89 « La fourmilière du général : le commandement opérationnel face aux enjeux de la haute intensité ».

Florent de Saint Victor : Serait-ce un point haut d’une courbe d’efficacité que les systèmes de commandement actuels « à l’occidental » auraient atteint ? Ou le déclin le long de la courbe a-t-il déjà débuté ?

Serge Caplain : Il serait inexact de parler de déclin à ce stade. Les systèmes de commandement actuels sont, au contraire, devenus des machines de guerre capables de commander aux opérations sur de très grandes distances, de collecter et analyser une somme de connaissances phénoménale, de comprendre et gérer des situations extrêmement complexes. Le général à la tête d’une opération dispose aujourd’hui d’un outil de commandement sans commune mesure avec ce qui existait dans le passé. La finalité première de la chaîne de commandement – s’assurer que l’exécution tactique agisse en conformité avec la vision stratégique – est plus que jamais assurée.

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Focus Stratégique n°89 : « La fourmilière du général : le commandement opérationnel face aux enjeux de haute intensité »

Serge Caplain est chercheur au sein du Laboratoire de Recherche sur la Défense (LRD).
Il signe le Focus stratégique n°89 intitulé « La fourmilière du général : le commandement opérationnel face aux enjeux de haute intensité ». L’auteur évoque ici les structures de commandement opérationnel au sein des armées occidentales : un réseau, ou plutôt un système de systèmes, permettant de commander aux armées en opération, « du plus haut niveau stratégique jusqu’à la dernière unité tactique ».

« Sous l’effet conjugué de l’évolution des techniques, de la multinationalisation des opérations ou pour s’adapter aux conflits asymétriques, ces structures sont devenues de plus en plus complexes et consommatrices en ressources humaines et matérielles. Alors que des menaces de plus haute intensité réapparaissent à l’horizon, les structures de commandement vont devoir évoluer pour faire face à de nouveaux défis, notamment en termes de vulnérabilité. Même si les freins au changement sont nombreux, des pistes d’amélioration existent, mêlant technologie et facteur humain, quant à la protection des structures actuelles ou leur adaptation à leur nouvel environnement. »

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Contenus terroristes sur Internet : le futur Règlement européen en question


Par Laurence Bindner et Raphael Gluck, co-fondateurs de JOS Project


Au cours de l’année 2018, alors que Daech recule de plus en plus sur le terrain, l’Etat islamique (EI) résiste sur un autre front, celui du djihad médiatique. Les nouvelles productions, en nombre certes réduit, continuent d’être diffusées sur le web, tandis que les archives relatives à l’idéologie, la doctrine, la stratégie et les modes opératoires demeurent disponibles.

Les schémas de dissémination ont évolué : les djihadistes se sont repliés des grands réseaux sociaux vers le deep web et les applications de messageries chiffrées telles que Telegram, rendant l’offre idéologique des groupes djihadistes moins immédiatement accessible au grand public. Néanmoins, ceux-ci s’efforcent toujours avec constance de faire émerger leurs contenus sur les réseaux sociaux où la viralité confère une portée plus significative à chaque contenu. Ils les disséminent également vers un nombre croissant de plateformes – clouds ou sites de partage de fichiers -, parfois submergés de propagande djihadiste. Parallèlement, la mouvance d’ultra-droite, atomisée, est en phase de structuration et d’intensification de son activité, avec un point d’orgue lors de la diffusion de la vidéo de l’attentat contre les mosquées de Christchurch le 15 mars 2019.

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Focus Stratégique n°88 : The future of Urban warfare in the Age of megacities

Le docteur Margarita Konaev est chercheuse non-résidente au Modern War Institute de West Point, spécialisée dans les questions de sécurité internationale, les conflits armées, les acteurs non-étatiques et les guerres urbaines au Moyen-Orient, en Russie et Eurasie. Elle signe le Focus Stratégique n°88 (en anglais) sur le futur de la guerre urbaine à l’age des Mégacités.

« Cette étude explore les causes de cette urbanisation de la violence et de la guerre, et évalue les défis auxquels sont confrontées les forces militaires dans les villes. Elle analyse enfin les principales évolutions démographiques, technologiques et politiques qui façonnent les opérations militaires en ville au XXIe siècle, et qui caractériseront probablement l’avenir de la guerre urbaine ».

Dr. Margarita Konaev is Non-resident fellow with the Modern War Institute at West Point, specializing in international security, armed conflict, non-state actors, and urban warfare in Middle-East, Russia and Eurasia. She’s the author of the Focus Stratégique n°88.

« This study traces the drivers behind this rise in urban violence and warfare, assesses the complex challenges military forces face in cities, and analyzes the key demographic, technological and political developments that have shaped military operations in cities in the 21st century, and will likely charaterize future urban conflicts. »

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Face à Daech, l’étrange victoire (The Conversation)

Marc Hecker, chercheur au centre des études de sécurité et directeur des publications de l’Institut français des relations internationales, signe cet article qui a été publié sur The Conversation .

 

À son apogée, Daech contrôlait près du tiers de l’Irak et la moitié de la Syrie. Après avoir perdu Mossoul et Raqqa en 2017, l’organisation est en passe d’être chassée de son dernier réduit, une zone étroite située entre l’Euphrate et la frontière syro-irakienne.

En décembre 2017, le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, annonçait la « victoire finale » et la « fin de la guerre contre Daech ». Le mois suivant, Donald Trump faisait lui aussi des déclarations triomphales lors de son discours sur l’état de l’Union.

Si le califat proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi s’est effectivement effondré, crier victoire est largement prématuré. La lutte contre le terrorisme promet d’être longue, tant à l’extérieur de nos frontières que sur le territoire national.

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Quels enjeux pour la Munich Security Conference 2019 ?

Du 15 au 17 février 2019, la conférence de Munich sur la Sécurité (MSC) rassemblera plusieurs centaines de décideurs, chefs d’Etat et de gouvernement ou représentants d’institutions internationales. Haut lieu de concertation du bloc de l’Ouest pendant la guerre froide, l’ Internationale Wehrkunde- Begegnung – nom donné à la MSC à sa création en 1963a su accompagner les transformations politiques des trente dernières années en élargissant son périmètre à de nouveaux acteurs et enjeux. En 2019, on trouvera ainsi parmi la liste des participants, Yang Jiechi, ancien chef de la diplomatie chinoise, Abd Al-Fatta As-Sisi (Egypte), ou encore Serguei Lavrov, l’inamovible ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Comme chaque année depuis 2015, le think tank chargé de l’organisation de l’évènement a publié en guise d’introduction aux débats un rapport, « The Great Puzzle: Who Will Pick Up the Pieces? », évoquant les grandes ruptures de l’ordre international observées en 2018. Davantage que les années précédentes, la dernière édition souligne la prégnance de la compétition entre Etats-puissance comme un facteur structurant les relations internationales. L’année écoulée a, il est vrai, été marquée par des décisions aux conséquences lourdes : la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis et l’affaiblissement des architectures de sécurité (alliances, traités) sur lesquelles s’était en partie construit l’ordre post-guerre froide ont nourri un sentiment d’« affolement » dans les capitales des principales puissances. A ce titre, la comparaison entre les différentes éditions du rapport de la MSC depuis 2015 offre un baromètre intéressant pour mesurer la lente mais sure ascension de cette thématique et, partant, de l’état du monde.

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