Contenus terroristes sur Internet : le futur Règlement européen en question


Par Laurence Bindner et Raphael Gluck, co-fondateurs de JOS Project


Au cours de l’année 2018, alors que Daech recule de plus en plus sur le terrain, l’Etat islamique (EI) résiste sur un autre front, celui du djihad médiatique. Les nouvelles productions, en nombre certes réduit, continuent d’être diffusées sur le web, tandis que les archives relatives à l’idéologie, la doctrine, la stratégie et les modes opératoires demeurent disponibles.

Les schémas de dissémination ont évolué : les djihadistes se sont repliés des grands réseaux sociaux vers le deep web et les applications de messageries chiffrées telles que Telegram, rendant l’offre idéologique des groupes djihadistes moins immédiatement accessible au grand public. Néanmoins, ceux-ci s’efforcent toujours avec constance de faire émerger leurs contenus sur les réseaux sociaux où la viralité confère une portée plus significative à chaque contenu. Ils les disséminent également vers un nombre croissant de plateformes – clouds ou sites de partage de fichiers -, parfois submergés de propagande djihadiste. Parallèlement, la mouvance d’ultra-droite, atomisée, est en phase de structuration et d’intensification de son activité, avec un point d’orgue lors de la diffusion de la vidéo de l’attentat contre les mosquées de Christchurch le 15 mars 2019.

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Focus Stratégique n°88 : The future of Urban warfare in the Age of megacities

Le docteur Margarita Konaev est chercheuse non-résidente au Modern War Institute de West Point, spécialisée dans les questions de sécurité internationale, les conflits armées, les acteurs non-étatiques et les guerres urbaines au Moyen-Orient, en Russie et Eurasie. Elle signe le Focus Stratégique n°88 (en anglais) sur le futur de la guerre urbaine à l’age des Mégacités.

« Cette étude explore les causes de cette urbanisation de la violence et de la guerre, et évalue les défis auxquels sont confrontées les forces militaires dans les villes. Elle analyse enfin les principales évolutions démographiques, technologiques et politiques qui façonnent les opérations militaires en ville au XXIe siècle, et qui caractériseront probablement l’avenir de la guerre urbaine ».

Dr. Margarita Konaev is Non-resident fellow with the Modern War Institute at West Point, specializing in international security, armed conflict, non-state actors, and urban warfare in Middle-East, Russia and Eurasia. She’s the author of the Focus Stratégique n°88.

« This study traces the drivers behind this rise in urban violence and warfare, assesses the complex challenges military forces face in cities, and analyzes the key demographic, technological and political developments that have shaped military operations in cities in the 21st century, and will likely charaterize future urban conflicts. »

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Face à Daech, l’étrange victoire (The Conversation)

Marc Hecker, chercheur au centre des études de sécurité et directeur des publications de l’Institut français des relations internationales, signe cet article qui a été publié sur The Conversation .

 

À son apogée, Daech contrôlait près du tiers de l’Irak et la moitié de la Syrie. Après avoir perdu Mossoul et Raqqa en 2017, l’organisation est en passe d’être chassée de son dernier réduit, une zone étroite située entre l’Euphrate et la frontière syro-irakienne.

En décembre 2017, le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, annonçait la « victoire finale » et la « fin de la guerre contre Daech ». Le mois suivant, Donald Trump faisait lui aussi des déclarations triomphales lors de son discours sur l’état de l’Union.

Si le califat proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi s’est effectivement effondré, crier victoire est largement prématuré. La lutte contre le terrorisme promet d’être longue, tant à l’extérieur de nos frontières que sur le territoire national.

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Quels enjeux pour la Munich Security Conference 2019 ?

Du 15 au 17 février 2019, la conférence de Munich sur la Sécurité (MSC) rassemblera plusieurs centaines de décideurs, chefs d’Etat et de gouvernement ou représentants d’institutions internationales. Haut lieu de concertation du bloc de l’Ouest pendant la guerre froide, l’ Internationale Wehrkunde- Begegnung – nom donné à la MSC à sa création en 1963a su accompagner les transformations politiques des trente dernières années en élargissant son périmètre à de nouveaux acteurs et enjeux. En 2019, on trouvera ainsi parmi la liste des participants, Yang Jiechi, ancien chef de la diplomatie chinoise, Abd Al-Fatta As-Sisi (Egypte), ou encore Serguei Lavrov, l’inamovible ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Comme chaque année depuis 2015, le think tank chargé de l’organisation de l’évènement a publié en guise d’introduction aux débats un rapport, « The Great Puzzle: Who Will Pick Up the Pieces? », évoquant les grandes ruptures de l’ordre international observées en 2018. Davantage que les années précédentes, la dernière édition souligne la prégnance de la compétition entre Etats-puissance comme un facteur structurant les relations internationales. L’année écoulée a, il est vrai, été marquée par des décisions aux conséquences lourdes : la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis et l’affaiblissement des architectures de sécurité (alliances, traités) sur lesquelles s’était en partie construit l’ordre post-guerre froide ont nourri un sentiment d’« affolement » dans les capitales des principales puissances. A ce titre, la comparaison entre les différentes éditions du rapport de la MSC depuis 2015 offre un baromètre intéressant pour mesurer la lente mais sure ascension de cette thématique et, partant, de l’état du monde.

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Burkina Faso: between militias and jihadists

Laeticia Doncieux a été stagiaire au laboratoire de recherche sur la défense de l’Ifri d’août 2018 à janvier 2019. Elle est titulaire d’un « Bachelor War Studies » délivré par le King’s College de Londres, qu’elle poursuit par un mastère en « sécurité internationale » à Science – Po avec une spécialisation sur l’Afrique. Elle nous livre ici ses impressions (en anglais) sur l’effondrement de l’appareil sécuritaire au Burkina-Faso et ses conséquences sur la lutte actuelle contre la menace terroriste dans toute la région.

Laeticia Doncieux was an intern at Ifri’s Security Studies Center from august (24th) 2018 to January (25th) 2019. She holds a “war studies” bachelor from King’s College London. She is currently pursuing a master’s degree at Sciences Po in “international security”, with a specialization in Africa.

Burkina Faso, a landlocked country serving as a hub in the region, is undergoing a profound political transformation since the fall of the former president Blaise Compaoré in 2014. After remaining for twenty-seven years in power, Compaoré was overthrown by a popular uprising as he attempted to amend the Constitution to extend his rule. Following these events, a failed coup by General Diendéré in 2015 induced further destabilization in the country, and in particular, of its security apparatus. These events led to the disband of the security regiment of Compaoré’s regime, the autonomous Presidential Security Regiment (RSP). The system’s downfall, thus, created a security vacuum as a new political scene emerged in the country. The weakened security apparatus enabled the rise of both self-defense militias and jihadism.

The proliferation of self-defense militias: the Koglweogo

The existence of self-defense militias is not a new phenomenon in the Sahel, a largely desert region often characterized by its lack of governance. However, the rapid rise, in the aftermath of Compaoré’s downfall, of groups called “Koglweogo” has been particularly striking. As insecurity in the country was growing in 2015, especially due to banditry, local citizens decided to take the matter into their own hands. Thus, in certain regions particularly abandoned by the state, free of police or gendarmerie forces, self-defense militias appeared and proliferated.

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PESCO, An I : zoom sur le projet de mobilité militaire européenne

Marie-Emilie Hennequart est diplômée d’un mastère en relations internationales, intelligence stratégique et risques internationaux. Elle a été stagiaire au Laboratoire de recherche sur la défense de l’Ifri de mai à novembre 2018.

 

Il y a un an, le 14 décembre 2017, était officiellement lancée la Coopération Structurée Permanente (CSP) ou Permanent Structured Cooperation (PESCO), l’un des principaux axes d’une relance longtemps attendue de la politique européenne de défense, laissée en jachère depuis des années. De fait, depuis 2014, le besoin d’un renouveau s’était fait sentir face à la menace russe en Ukraine, à la montée du péril terroriste, à la crise migratoire, et aux doutes sur les relations transatlantiques. La publication en 2016 de la Stratégie Globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne a été l’occasion choisie pour l’Union européenne de s’approprier le concept d’autonomie stratégique – inspiré par la France qui l’a d’ailleurs repris à son compte dans sa revue stratégique de 2017. Malgré l’absence de définition commune, il apparaît que le développement capacitaire, et tout particulièrement la CSP, est l’une des pistes pour avancer vers cet objectif d’autonomie stratégique. Ce post se propose de brièvement rappeler les enjeux de la CSP en s’intéressant plus particulièrement à l’un de ses 34 projets : la mobilité militaire européenne.

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