Intelligence artificielle : vers une nouvelle révolution militaire ?

Jean-Christophe Noël est chercheur associé à l’Ifri. Il signe le Focus Stratégique n°84 intitulé : « Intelligence artificielle : vers une nouvelle révolution militaire ? ».

A découvrir sur le site de l’Ifri.

« L’intelligence artificielle (IA) est un enjeu de défense prioritaire pour les puissances militaires du xxie siècle. Sans surprise, les États-Unis et la Chine sont aujourd’hui en tête de cette nouvelle course aux armements digitalisée. En reproduisant les processus cognitifs au moyen d’algorithmes et de traitement automatisé du big data, l’IA est désormais capable d’effectuer un nombre grandissant de tâches spécifiques dans lesquelles elle surpasse les performances humaines. Appliquée au domaine militaire, elle permet de gérer et simuler l’environnement opérationnel, de détecter des menaces, de traiter et simplifier les masses de renseignement collectées et d’en livrer une analyse élémentaire. À ce titre, elle prolonge la révolution dans les affaires militaires survenue dans les années 1990 et se présente comme la voie principale de la supériorité tactique. Alors que l’automatisation s’affirme progressivement comme une nouvelle norme stratégique, les tenants d’un « humanisme militaire » soulignent cependant les limites de la technologie, le large éventail de contre-mesures et les risques d’une perte de contrôle, de déshumanisation de la guerre allant jusqu’à une remise en cause substantielle du métier de soldat. Si ces développements imposent de trouver à brève échéance un nouvel équilibre dans la relation homme-machine, l’avènement à plus long terme d’une IA dite « forte », entièrement autonome, pourrait transformer plus encore les dynamiques politico-militaires, voire altérer la nature même de la guerre. »

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Les armes de la Grande guerre – histoire d’une révolution scientifique et industrielle

Conseil Général de l’armement, Editions Pierre de Taillac, Paris, 2018, 351 pages.

Cet ouvrage est le fruit d’un travail d’équipe, confié à des historiens reconnus par le Conseil général de l’armement (CGARM). Cet organisme, présidé par le Ministère des Armées est composé de dix-huit membres civils et militaires impliqués dans les problématiques d’armement et provenant des secteurs étatiques, industriels, ou économiques. C’est donc avant tout sous le prisme de la technique et de l’économie, plus que sous celui de la conduite de la guerre elle-même, que fut pensé cet ouvrage. L’innovation, l’adaptation de l’économie des machines et des armes, la transformation de la guerre en une activité industrielle presqu’autant qu’humaine sont clairement mises en exergue. Si l’œil s’y arrêtera sur son grand format et pour ses abondantes illustrations, l’esprit s’y attardera pour ses explications d’historiens, mettant intelligemment en relation le progrès technique durant la guerre, et ses conséquences opérationnelles, stratégiques et industrielles.

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The Allure of Battle. A History of How Wars Have Been Won and Lost

Rémy Hémez nous livre cette recension originale du livre de Cathal Nolan, « The Allure of Battle. A History of How Wars Have Been Won and Lost », Oxford University Press, 709 p.

Cathal Nolan, professeur associé à l’université de Boston, démontre dans ce livre que les résultats des batailles ne déterminent qu’extrêmement rarement l’issue des guerres. Il fait une seule exception : Sadowa, en 1866, la seule véritable bataille décisive à tous égards. Cependant cette écrasante victoire prussienne sur l’Autriche a installé, chez les militaires allemands, l’idée qu’une guerre rapide et victorieuse était possible. Pour l’auteur, c’est l’attrition – « le broyage plutôt que le génie » – et l’endurance qui déterminent le dénouement des conflits. Ce n’est pas l’élan et l’audace qui font gagner les guerres ; celui qui perd est généralement celui qui, à cause d’une démographie moins avantageuse et d’une économie moins puissante, doit abandonner car il est épuisé.

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The South China Sea: China’s next nuclear playground?

Esther Soulard is a MA candidate in International Security at Sciences Po and was an intern at Ifri’s Security Studies Center until May 2018.

Crédits carte : Roman Madaus avec NST6.net

The South China Sea conflict has been largely put on the back burner, eclipsed by seemingly more pressing security issues in the Asia-Pacific. Yet, territorial disputes in the area continue to roil relations between regional countries and threaten to embroil the main claimants into a major conflict. At once a major strategic waterway and hotbed of economic activity, control of the South China Sea is sure to bring economic and geopolitical power – making possibilities for a diplomatic breakthrough between claimants – China, Vietnam, Malaysia, Taiwan, Indonesia, Brunei, and the Philippines – seem rather slim.

Situated at the crossroads of all major continents, the 3,5 million square kilometer maritime area is both the shortest maritime route between the Asia-Pacific to Europe and a major route connecting Middle Eastern and African countries to East Asian states. It is home to some one third of world trade – worth some five trillion dollars annually – as well as holds some seven billion barrels of proven oil reserves and an estimated 900 trillion cubic feet of natural gas. At the heart of most of the territorial disputes lies China, whose self-delineated maritime border – dubbed the Nine-Dash-Line – overlaps with all other plaintiffs’ exclusive economic zones. Not only has China claimed all of the region’s major archipelagos, namely the Spratly, Paracel and Pratas islands as well as the Scarborough Shoal and the Macclesfield Bank, it has backed up such claims with vast island-building projects and naval patrols.

Although securing access to the region’s resources surely accounts for much of China’s aggressive stance in the region, it is possible that its island-building spree and ongoing naval modernization is part of a larger ambition to acquire a credible sea-based second-strike capability. Its land reclamation activities and increasing militarization of the region coincide with the expansion of its nuclear submarine fleet hinting towards its intent to acquire a credible nuclear undersea deterrent. In such case, this has strong implications for global nuclear security altering the current status quo as well as significantly reshuffling regional power dynamics and the current military balance of power in the Sino-American relationship.

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Dissémination et longévité : test sur deux éléments de propagande ordinaire

Par Laurence Bindner et Raphaël Gluck, co-fondateurs de JOS Project, et Alexander Stonor, analyste à JOS Project –  expertise d’analyse de la stratégie numérique des groupes terroristes.

Afin d’évaluer la longévité et la dissémination d’éléments de la propagande du groupe État islamique (EI), un suivi a été mené au cours des jours suivant deux publications représentatives de la propagande « ordinaire ». Les résultats sont présentés ci-dessous, après un bref rappel de la manière dont l’EI a exploité l’espace numérique depuis 2013.

Les mutations des modes opératoires de l’EI en ligne

Au cours des dernières années, un parallèle peut être établi entre l’évolution des activités politiques et militaires de l’EI sur le terrain et celle de leurs activités en ligne.

Dans une première phase, (2013-2014,) à l’apogée de sa possession territoriale, l’EI occupait un territoire d’environ 230 000 km2. Parallèlement, au cours de ces années, la jeune génération de djihadistes a pris, ouvertement, possession d’une fraction de l’espace numérique, avec une « occupation » de l’espace web dont témoignaient les dizaines de milliers de comptes actifs durant ces années sur les réseaux sociaux grand public.

Dans une seconde phase (2015-2017), le « Califat » recule sous le coup des opérations de la coalition internationale, retourne à un stade plus insurrectionnel et opère de façon croissante depuis des zones de repli. On observe un phénomène comparable en ligne : alors que la lutte contre le cyber-djihadisme se structure sur les grandes plateformes et réseaux sociaux mainstream, l’EI arbitre pour davantage de sécurité opérationnelle en migrant vers le deep web, malgré sa moindre accessibilité pour une audience néophyte. Telegram, cumulant les fonctions de réseau social, d’hébergeur et de messagerie chiffrée, constitue une plateforme de choix pour le repli des activistes média du groupe.

Enfin, depuis la chute de Mossoul et de Raqqa il y a près d’un an, l’EI continue de mener des attaques éclairs contre les forces en présence, saisissant chaque opportunité pour rappeler sa capacité d’action, y compris dans des zones libérées de son joug. De même, l’EI en ligne montre une endurance particulière dans le djihad médiatique, cherchant à faire émerger ses contenus sur les grandes plateformes. Chaque publication fait en effet l’objet d’une salve de « liens inghimasi »[1] à l’espérance de vie courte mais parvenant souvent à percer la censure pour quelques heures, quelques jours, voire quelques semaines.

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Procès Ansar al-Haqq : le djihad médiatique compte-t-il pour 50% du combat ?

Par Laurence Bindner, co-fondatrice de JOS Project, et Alexander Stonor, analyste à JOS Project –  expertise d’analyse de la stratégie numérique des groupes terroristes.

Le procès des administrateurs du forum Ansar al-Haqq s’est déroulé au Tribunal de Grande Instance de Paris les 4, 5 et 6 Juillet 2018. Le quatre prévenus (David Ramassamy, Nordine Zaggi, Farouk ben Abbes et Léonard Lopez – ce dernier actuellement détenu par les forces kurdes dans un camp de Syrie), ont exercé entre 2006 et 2010 les fonctions de modérateurs et administrateurs du site. Huit ans après les faits, ce procès revêt une importance particulière : Ansar al-Haqq est l’un sites francophones « historiques » de référence lié à la mouvance djihadiste.

Cet article vise à mettre en lumière les questions-clé soulevées lors de ce procès sur le thème du djihad médiatique. Quel a été le rôle précis des cyber-activistes ? Comment qualifier la portée de leur influence, entre transmission du dogme, vulgarisation de l’idéologie, diffusion de l’information d’une part, et utilisation d’internet à des fins opérationnelles pour soutenir le djihad, incitation à y participer, voire à commettre un attentat, d’autre part ? L’enjeu pour les parties fut la qualification des faits, entre apologie du terrorisme et association de malfaiteur à caractère terroriste (AMT). La Cour a tranché pour la qualification d’AMT et a condamné les prévenus à des peines de prison ferme de 3 ans pour D. Ramassamy, 4 ans pour N. Zaggi et F. Ben-Abbes (assortie d’une interdiction définitive de territoire pour ce dernier) et 5 ans pour L. Lopez. La décision de la Cour en faveur de cette qualification s’est nouée autour d’un certain nombre de thématiques que nous nous proposons de développer ci-après.

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