137 nuances de terrorisme. Les djihadistes de France face à la justice

Le nouveau Focus Stratégique n°79 de Marc Hecker est sorti. Dans cette étude, à partir de données du ministère de la Justice, les profils et les parcours de 137 individus comparus en France dans des affaires de djihadisme sont analysés.

Il en ressort que ces individus se distinguent par un niveau d’éducation et une intégration professionnelle plus faibles, un degré de pauvreté plus important, un engagement dans la criminalité plus élevé et un rapport plus étroit au Maghreb et à l’Afrique subsaharienne que la moyenne de la population française.

Au-delà des chiffres, une analyse qualitative permet de mieux comprendre les processus de radicalisation et de basculement dans le terrorisme. Les rôles joués par les dynamiques de groupe, Internet ou encore la prison sont par exemple détaillés. Cette étude permet également de mettre en lumière la manière dont le phénomène djihadiste pèse sur les administrations judiciaire et pénitentiaire.

La question de la récidive est spécifiquement évoquée, notamment à travers les cas d’individus condamnés pour des faits de terrorisme qui, après avoir purgé leur peine, ont perpétré des attentats sur le sol français. Cette question est d’autant plus brûlante qu’une soixantaine de personnes condamnées pour des actes de terrorisme devraient être libérées dans les deux prochaines années.

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« La guerre est née sur terre » : 3 questions à Elie Tenenbaum.

Florent de Saint Victor a été chargé d’études durant 2 années (2008-2010) au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) et chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense durant la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013.  Actuellement consultant dans un cabinet de conseils français et auteur du blogue Mars Attaque, il pose ici 3 questions à Elie Tenenbaum à l’occasion de la sortie de son dernier Focus « le rôle stratégique des forces terrestres ». 

Florent de Saint Victor:  Quelles permanences et évolutions à horizon court/moyen terme conduisent à ce besoin stratégique et spécifique en « forces terrestres » ?

Elie Tenenbaum : Il convient d’abord de rappeler l’évidence même : la guerre est née sur terre, et son enjeu demeure toujours le contrôle d’une portion de territoire ou des populations qui y vivent : c’était l’objectif affiché du Califat de Daech, comme celui des séparatistes du Donbass. Même les conflits qui semblent fondamentalement liés à un autre milieu – comme les tensions en mer de Chine du Sud par exemple – ont, en fin de compte, un impact sur la terre ou sur les hommes qui y vivent, sans quoi ils seraient sans enjeu. Aucune stratégie efficace ne pourra donc jamais faire l’économie du domaine terrestre pour la bonne et simple raison que ce dernier est le milieu naturel de l’homme et donc de la politique, objet fondamental des conflits armés.

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Le rôle stratégique des forces terrestres

Le Focus Stratégique n°78 sur le « rôle stratégique des Forces terrestres » est disponible ! A télécharger sur le site de l’Ifri ou en cliquant sur l’image ci-dessous. Très bonne lecture.

Quoique premier et principal domaine de l’histoire de la guerre, la puissance terrestre a depuis quelque temps maintenant été dissociée de la notion de « forces stratégiques », ces dernières renvoyant généralement à des moyens longue portée et/ou à de fortes puissances de destruction, au premier rang desquels les armes nucléaires. 

L’importance croissante de la maîtrise d’espaces communs a parfois conduit à considérer les forces terrestres comme de simples consommateurs d’effets interarmées. Une telle dynamique est désormais remise en cause alors que les puissances occidentales se voient de plus en plus contestées dans leur suprématie sur les « espaces fluides ». Le temps est donc venu de réévaluer la contribution des forces terrestres aux grandes fonctions stratégiques que sont l’intervention, la dissuasion, la prévention, la protection et l’anticipation. Dans chacune de ces missions, les forces terrestres se révèlent être des instruments essentiels, sans alternatives évidentes. Alors qu’il semble clair que l’environnement opérationnel futur sera plus contesté et exigeant, les forces terrestres vont devoir continuer à démontrer leur pertinence pour faire face à des défis tels que le déni d’accès et l’interdiction de zone, l’hybridation des adversaires, ou encore l’ambiguïté stratégique. Dans une telle perspective, elles seront amenées à jouer un rôle central comme forces intégratrices et pourvoyeuses d’effets multi-domaines, contribuant à l’amélioration globale de la résilience et de la capacité de manœuvre.
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Macina: Mali’s second insurgency

Manon Elissa Murray est stagiaire au Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Diplômée d’un Master de sécurité internationale de l’University College London, elle entreprend de se spécialiser sur le Moyen-Orient en poursuivant des études d’arabe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Elle livre ici son éclairage sur les origines de l’insurrection peule au Mali.

Manon Elissa Murray is an intern at Ifri’s Security Studies Center. She holds a master’s degree in Security Studies from University College London. She is currently pursuing Arabic studies at the National Institute of Oriental Languages and Civilizations (INALCO) with the aim of specializing in the Middle East. In this article, she sheds light on the origine of the Fulani’s insurgency in Center Mali.

Ag Ghali and other insurgency leaders (credits ANI, Mauritania)

Jihadism in sub-Saharan Africa has been a hot topic for the past five years, and terrorist groups such as Al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) or Boko Haram (now Islamic State in West Africa) have often made the front page of newspapers. Although these are the most publicized groups, they do not represent the only jihadist threat in Sahel. Recently, general Guibert, commander of the French operation Barkhane in Sahel, issued a statement warning against small groups located in the regions of Mopti and Segou in central Mali, and added he hoped for the deployment of troops there for several weeks, in order to collect intelligence from local populations.

This deviation of itinerary suggests that while most of the jihadist groups are based in the northern part of Mali, insecurity, not to say full-blown insurgency, is growing in the centre of the country. The relatively rich region of the “Niger Loop” has been long plagued with political marginalization, economic disinvestment, bad governance and ethnic discrimination, which have given way to discontent from local populations and have contributed to creating an environment prone to the development of jihadist groups. This has typically been the case for the Macina Liberation Front, now called Katiba Macina, which put itself under the umbrella of Ansar Dine, a well-known Tuareg jihadist group led by Iyad Ag Ghali, affiliated with AQIM since March 2017.

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Genèse de la force conjointe du G5 Sahel

Cyril Robinet a été conseiller politique de l’opération Barkhane de 2014 à 2016. Il livre ici son témoignage sur les origines de la force conjointe du G5 Sahel, dont la genèse et les finalités sont parfois inconnues, méconnues ou mal perçues par le Grand Public. 

Le 13 décembre dernier, la France a accueilli un sommet international de soutien à la force conjointe du G5 Sahel. A cette occasion, journalistes et commentateurs ont disserté sur le projet, dont ils situent pour la plupart l’origine au début de l’année 2017, lorsque l’adoption du concept d’opérations de la Force puis son endossement par la communauté internationale ont favorisé sa forte médiatisation.

C’est pourtant en novembre 2015 que l’annonce de la Force conjointe a été faite par les chefs d’Etat du G5 Sahel réunis en sommet à N’Djamena. Ce qu’ignorent également nombre de commentateurs, c’est que cette annonce est venue consacrer une pratique initiée deux ans plus tôt, dès novembre 2013, lorsque les armées nigérienne, malienne et française ont mené ensemble l’opération « Roussette » sur la frontière entre Mali et Niger.

Cette méconnaissance de l’historique de la Force conjointe se double souvent d’une confusion, parfois délibérée, sur ses objectifs. Pour beaucoup, la Force conjointe doit un jour remplacer l’opération Barkhane dans la traque et la destruction des groupes armés terroristes, dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne. Se focaliser ainsi sur ce qui ne constitue que la deuxième étape – logiquement encore très peu élaborée – du concept d’opérations suscite des attentes importantes ; leur éventuelle déception pourrait nuire, par association, à la première étape du plan de la Force conjointe, celle qui vise le renforcement des coopérations entre armées sahéliennes pour sécuriser leurs espaces frontaliers.

Or, cette première étape est déjà largement engagée, ses premières réalisations ayant précédé de plusieurs années la conception et le lancement officiel de la Force conjointe. Ainsi, si l’opération « Hawbi » – qui a rassemblé en octobre dernier les forces armées maliennes, nigériennes et burkinabè sur leur frontière commune – a été présentée comme la première de la force conjointe du G5 Sahel, elle était également la 19ème opération d’un partenariat initié en 2013, conceptualisé en 2014 et formalisé en 2015. Ce « partenariat militaire de coopération transfrontalière » des forces armées du G5 Sahel représente d’ores et déjà, en partie grâce au soutien de l’opération Barkhane, le plus abouti des nombreux projets de coopération militaire imaginés dans, et pour, cette région.

Cet article vise à rappeler le cheminement et les objectifs du partenariat initié en 2013, jusqu’au lancement effectif de la Force conjointe en 2017. En effet, parce qu’un certain nombre de leçons peuvent être tirées de cette évolution, ce retour d’expérience peut éclairer l’avenir de la Force conjointe.

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Coopérer avec les armées locales: le « Defence Engagement » britannique

Le Chef de Bataillon Jean-Hugues Delhumeau a effectué sa scolarité de l’Ecole de Guerre en 2016-2017 en échange à l’Advanced Command and Staff Course, son homologue britannique. Il suit actuellement un mastère spécialisé à l’ISAE-SupAéro dans le cadre de l’Enseignement militaire supérieur scientifique et technique de l’armée de Terre. Il présente ici l’approche britannique de coopération militaire, avec notamment la création des brigades de coopération régionale.

La Revue Stratégique 2017 vient de réaffirmer le très fort partenariat qui unit la France et le Royaume-Uni dans le domaine de la Défense, en rappelant qu’ « il ne [peut] y avoir de situation dans laquelle les intérêts vitaux de l’un seraient menacés sans que les intérêts vitaux de l’autre ne le soient aussi». Depuis 2010 et les Accords de Lancaster House, nos deux pays coopèrent en effet étroitement au niveau bilatéral dans les domaines nucléaire, capacitaire et opérationnel. En particulier, la force expéditionnaire interarmées commune (Combined Joint Expeditionnary Force ou CJEF) continue sa montée en puissance avec la validation de son concept (FVOC) en 2016 et sa pleine capacité opérationnelle (FOC) attendue en 2020. La CJEF doit à terme pouvoir remplir des missions sur tout le spectre opérationnel, tant dans l’engagement de haute intensité que la stabilisation post-crise[1]. Le domaine de la prévention des crises restent cependant à explorer pour éventuellement encore élargir cette coopération. Aline Leboeuf a précisément décrit la coopération de défense française en Afrique. Qu’en est-il de son homologue britannique à l’heure où l’objectif affiché est a United Kingdom with global reach and global influence[2], un Royaume-Uni d’envergure mondiale et à l’influence mondiale? Nous verrons que, ambitieuse et originale, la coopération de défense britannique se décline aux niveaux interministériel, interarmées et terrestre en offrant une complémentarité intéressante.

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