Dissémination et longévité : test sur deux éléments de propagande ordinaire

Par Laurence Bindner et Raphaël Gluck, co-fondateurs de JOS Project, et Alexander Stonor, analyste à JOS Project –  expertise d’analyse de la stratégie numérique des groupes terroristes.

Afin d’évaluer la longévité et la dissémination d’éléments de la propagande du groupe État islamique (EI), un suivi a été mené au cours des jours suivant deux publications représentatives de la propagande « ordinaire ». Les résultats sont présentés ci-dessous, après un bref rappel de la manière dont l’EI a exploité l’espace numérique depuis 2013.

Les mutations des modes opératoires de l’EI en ligne

Au cours des dernières années, un parallèle peut être établi entre l’évolution des activités politiques et militaires de l’EI sur le terrain et celle de leurs activités en ligne.

Dans une première phase, (2013-2014,) à l’apogée de sa possession territoriale, l’EI occupait un territoire d’environ 230 000 km2. Parallèlement, au cours de ces années, la jeune génération de djihadistes a pris, ouvertement, possession d’une fraction de l’espace numérique, avec une « occupation » de l’espace web dont témoignaient les dizaines de milliers de comptes actifs durant ces années sur les réseaux sociaux grand public.

Dans une seconde phase (2015-2017), le « Califat » recule sous le coup des opérations de la coalition internationale, retourne à un stade plus insurrectionnel et opère de façon croissante depuis des zones de repli. On observe un phénomène comparable en ligne : alors que la lutte contre le cyber-djihadisme se structure sur les grandes plateformes et réseaux sociaux mainstream, l’EI arbitre pour davantage de sécurité opérationnelle en migrant vers le deep web, malgré sa moindre accessibilité pour une audience néophyte. Telegram, cumulant les fonctions de réseau social, d’hébergeur et de messagerie chiffrée, constitue une plateforme de choix pour le repli des activistes média du groupe.

Enfin, depuis la chute de Mossoul et de Raqqa il y a près d’un an, l’EI continue de mener des attaques éclairs contre les forces en présence, saisissant chaque opportunité pour rappeler sa capacité d’action, y compris dans des zones libérées de son joug. De même, l’EI en ligne montre une endurance particulière dans le djihad médiatique, cherchant à faire émerger ses contenus sur les grandes plateformes. Chaque publication fait en effet l’objet d’une salve de « liens inghimasi »[1] à l’espérance de vie courte mais parvenant souvent à percer la censure pour quelques heures, quelques jours, voire quelques semaines.

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Procès Ansar al-Haqq : le djihad médiatique compte-t-il pour 50% du combat ?

Par Laurence Bindner, co-fondatrice de JOS Project, et Alexander Stonor, analyste à JOS Project –  expertise d’analyse de la stratégie numérique des groupes terroristes.

Le procès des administrateurs du forum Ansar al-Haqq s’est déroulé au Tribunal de Grande Instance de Paris les 4, 5 et 6 Juillet 2018. Le quatre prévenus (David Ramassamy, Nordine Zaggi, Farouk ben Abbes et Léonard Lopez – ce dernier actuellement détenu par les forces kurdes dans un camp de Syrie), ont exercé entre 2006 et 2010 les fonctions de modérateurs et administrateurs du site. Huit ans après les faits, ce procès revêt une importance particulière : Ansar al-Haqq est l’un sites francophones « historiques » de référence lié à la mouvance djihadiste.

Cet article vise à mettre en lumière les questions-clé soulevées lors de ce procès sur le thème du djihad médiatique. Quel a été le rôle précis des cyber-activistes ? Comment qualifier la portée de leur influence, entre transmission du dogme, vulgarisation de l’idéologie, diffusion de l’information d’une part, et utilisation d’internet à des fins opérationnelles pour soutenir le djihad, incitation à y participer, voire à commettre un attentat, d’autre part ? L’enjeu pour les parties fut la qualification des faits, entre apologie du terrorisme et association de malfaiteur à caractère terroriste (AMT). La Cour a tranché pour la qualification d’AMT et a condamné les prévenus à des peines de prison ferme de 3 ans pour D. Ramassamy, 4 ans pour N. Zaggi et F. Ben-Abbes (assortie d’une interdiction définitive de territoire pour ce dernier) et 5 ans pour L. Lopez. La décision de la Cour en faveur de cette qualification s’est nouée autour d’un certain nombre de thématiques que nous nous proposons de développer ci-après.

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Penser son ennemi. Modélisations de l’adversaire dans les forces armées

Le dernier Focus Stratégique (n°82) est intitulé « Penser son ennemi. Modélisations de l’adversaire dans les forces armées ». Serge Caplain y évoque la notion centrale d’ennemi, ce qu’elle représente pour les militaires et comment ils l’abordent.

« Si l’ennemi résulte d’un choix politique, il est en revanche une nécessité militaire pour les armées qui se doivent de l’étudier et de le décliner à chaque niveau d’analyse, qu’il soit stratégique, opératif ou tactique. Le chef militaire entretient donc un lien particulier avec « son » ennemi, qu’il prend en compte au moyen de son système de renseignement dans le contexte unique de sa mission. Si les principes fondamentaux de l’étude de l’ennemi se retrouvent dans la plupart des armées, des différences de méthodes d’analyse et de modélisation persistent, même au sein des pays de l’OTAN, attestant ainsi des diverses façons d’aborder un adversaire. Ces approches traditionnelles pourraient toutefois être bientôt bousculées par les innovations en matière de renseignement militaire et les applications de l’intelligence artificielle ».

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Réhabiliter les opérations de déception : 3 questions à Rémy Hémez

Florent de Saint Victor a été chargé d’études durant 2 années (2008-2010) au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) et chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense durant la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013.  Actuellement consultant dans un cabinet de conseils français et auteur du blogue Mars Attaque, il pose ici 3 questions à Rémy Hémez à l’occasion de la sortie de son dernier Focus “Opérations de déception : repenser la ruse au XXIe siècle”. 

Florent de Saint Victor : Souvent communément confondue avec d’autres procédés, qu’est-ce que la déception ? Et qu’est-ce qu’elle n’est pas ?

Rémi Hémez : Cette question est importante car des raccourcis fréquents n’aident pas à comprendre ce concept. Le terme de déception est régulièrement employé en tant que synonyme de ruse. Or, ce n’est pas le cas. La ruse est « un procédé tactique combinant la dissimulation et la tromperie dans le but de provoquer la surprise »[1], la déception est une de ses déclinaisons. La déception ne se limite pas non plus à la dissimulation (dont le camouflage) qui est une de ses composantes. Elle est en revanche proche du « stratagème », un procédé qui, contrairement à la ruse, peut être enseigné et doit être planifié.

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Le soldat XXe – XXIe siècle, Gal Lecointre (dir.)

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de la revue Politique Étrangère (vol.83, n°2, été 2018).

François Lecointre (dir.), Paris, Gallimard, 2018, 448 pages.

Quelle est l’essence même du métier de soldat ? Qu’est-ce qui unit ou dissocie le combattant de Camerone et le militaire français engagé aujourd’hui dans l’opération Sentinelle ? C’est en un sens la question posée par cet ouvrage, recueil de textes issus de la revue Inflexions. Cette revue a l’ambition de « participer au débat intellectuel autour de problématiques centrées sur l’action militaire », en associant « praticiens et théoriciens, français et étrangers, civils et militaires ». C’est ainsi que les témoignages et réflexions de 18 auteurs – philosophes, historiens, sociologues, médecins et officiers – ont été réunis dans cet ouvrage sous la direction du général François Lecointre, aujourd’hui chef d’État-major des armées.

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L’ifri à Eurosatory 2018 : Strategic Landpower for the XXIst Century

Dans le cadre du salon Eurosatory qui se tiendra du 11 au 15 juin sur le site de Villepinte, l’Ifri, représentée par le centre des études de sécurité, tiendra un stand dans le Hall 5B, emplacement L198.

Temps fort de cette semaine, une conférence exceptionnelle aura lieu le 14 juin de 16h à 17h15 dans la salle 9. Autour de Corentin Brustlein (modérateur), le général Cavoli (commandant US Army Europe), le général (FR/RET) Yakovleff (Senior expert auprès de l’OTAN, du Centre des Hautes études militaires et de l’école de guerre) et Elie Tennenbaum (chercheur à l’Ifri, responsable du LRD) débattront sur le rôle stratégique des forces terrestres.

Les « forces terrestres » sont depuis longtemps dissociées des « forces stratégiques » car celles-ci font généralement référence à des capacités de frappe à longue portée et / ou à haut rendement. Or les engagements militaires actuels démentent cette notion et mettent en lumière la valeur stratégique actuelle et future des forces terrestres.

Si la force terrestre est le premier et le plus important domaine de l’histoire de la guerre, elle est depuis longtemps dissociée des «forces stratégiques», car celles-ci font généralement référence à des capacités de frappe à longue portée et / ou à haut rendement. Cette notion est toutefois remise en question à la lumière des récents engagements militaires et du futur environnement opérationnel. De la concurrence croissante dans les domaines aérien, maritime et informatique au besoin renouvelé de missions de réassurance et de dissuasion terrestres, sans oublier le problème persistant de la stabilisation et de la guerre non conventionnelle, ainsi que le défi intégrateur des opérations multi-domaines, il est venu le temps de réaffirmer la valeur stratégique des forces terrestres.

Pas d’inscription requise. Conférence en anglais.

Plus d’information sur le site de l’Ifri : https://www.ifri.org/fr/debats/strategic-landpower-xxist-century-conference-cadre-salon-eurosatory ou sur le site de l’organisateur de l’événement (COGES) : http://www.eurosatory.com/

 

 

 

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