The Gulf Monarchies’ Armed Forces at the Crossroads

David B. Roberts est professeur au King’s College London, situé au sein de l’académie de défense du Royaume-Uni. Il a été également directeur du Think Tank RUSI Qatar. Il est l’auteur du Focus Stratégique n°80 (en anglais) sur les forces armées des monarchies du Golfe, à découvrir sur le site de l’Ifri en cliquant sur l’image ci-dessous.

Les armées des monarchies du Golfe n’ont historiquement joué qu’un rôle accessoire dans leur stratégie de sécurité nationale. Leur capacité de combat demeurant, en définitive, très limitée, la sécurité de ces États provenait davantage des politiques internationales fortement entretenues par d’importantes acquisitions d’armement. Cependant, cette dynamique est aujourd’hui en voie d’évolution, tout du moins pour certains de ces États. Le déploiement inédit des forces saoudiennes et émiraties, tel qu’au Yémen, atteste d’une réelle volonté d’utiliser leur propre capacité militaire. Confronté à une crise diplomatique sans précédent, le Qatar s’appuie pour sa part sur sa politique d’acquisition d’armement pour développer ses capacités militaires et renforcer les solidarités internationales en sa faveur. Quant au Koweït et à Oman, ils continuent d’augmenter leurs achats sur étagère, tout comme Bahreïn qui cherche aussi à intensifier ses relations avec Riyad, en s’alignant systématiquement sur ses politiques régionales.

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L’opération d’Europol contre la propagande de Daech : approche et impact

Par Laurence Bindner et Raphael Gluck, chercheurs et consultants spécialisés dans l’analyse de la dissémination des contenus terroristes en ligne, co-fondateurs de JOS Project.

Europol a annoncé avoir effectué, les 25 et 26 avril 2018, une opération d’envergure pour compromettre la propagande de l’Etat islamique. Cette opération, conduite par le procureur fédéral belge, a été coordonnée avec 6 pays européens (Belgique, Bulgarie, France, Pays-Bas, Roumanie et Royaume-Uni) ainsi que le Canada et les Etats-Unis. D’après les explications fournies par Europol, l’opération aurait abouti à deux résultats importants : la saisie de serveurs et preuves numériques, et la restriction de l’utilisation abusive d’extensions de noms de domaines. Cette opération a visé l’agence Amaq, la radio al-Bayan, Halumu et Nashir News. Quel retour d’expérience peut-on faire de cette opération ?

Telegram : la source qui irrigue le web

En préambule, il convient de rappeler rapidement comment se structure la propagande de l’Etat islamique en ligne et comment la dissémination des contenus s’organise.

Depuis 2015, les grandes plateformes du web ont accru leurs contrôles des contenus mis en ligne. Les activistes médiatiques de l’Etat islamique ont alors migré vers la semi-clandestinité du deep web, notamment en faisant émerger leur propagande depuis l’application de messagerie chiffrée Telegram. Ils y bénéficient d’une certaine sécurité opérationnelle, qui compense la perte de l’immédiateté de l’accès au grand public dont ils jouissaient sur d’autres plateformes.

Ce sont les « chaînes » qui font de Telegram un support de propagande de choix. Fonctionnant sur « abonnement » et unidirectionnelles, contrairement aux groupes où chaque membre peut s’exprimer, les chaînes envoient à leurs récipiendaires du contenu en « push » uniquement, et ces derniers n’accèdent pas à l’identité des autres récipiendaires.

Pour sécuriser les contenus sources, les « chaînes-noyau » de la propagande ne sont accessibles qu’à peu d’individus, eux-mêmes administrateurs (ou membres) d’autres chaînes (ou groupes) au vivier de récipiendaires plus nombreux et auprès desquels ils relaient ces contenus. Et ainsi de suite. Ces contenus sont également relayés de façon automatique par des « bots ». La dissémination sur Telegram fonctionne donc en cercles concentriques, des chaînes-noyau jusqu’à des chaînes ou groupes comptant plusieurs centaines, voire milliers, de récipiendaires ou membres.

C’est essentiellement de Telegram, la source irrigant le web, qu’activistes et sympathisants puisent les contenus et parviennent à leur frayer un chemin jusqu’aux réseaux sociaux, outils de stockage ou sites web, avec résilience et agilité, témoignant d’une capacité d’adaptation permanente.

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137 nuances de terrorisme. Les djihadistes de France face à la justice

Le nouveau Focus Stratégique n°79 de Marc Hecker est sorti. Dans cette étude, à partir de données du ministère de la Justice, les profils et les parcours de 137 individus comparus en France dans des affaires de djihadisme sont analysés.

Il en ressort que ces individus se distinguent par un niveau d’éducation et une intégration professionnelle plus faibles, un degré de pauvreté plus important, un engagement dans la criminalité plus élevé et un rapport plus étroit au Maghreb et à l’Afrique subsaharienne que la moyenne de la population française.

Au-delà des chiffres, une analyse qualitative permet de mieux comprendre les processus de radicalisation et de basculement dans le terrorisme. Les rôles joués par les dynamiques de groupe, Internet ou encore la prison sont par exemple détaillés. Cette étude permet également de mettre en lumière la manière dont le phénomène djihadiste pèse sur les administrations judiciaire et pénitentiaire.

La question de la récidive est spécifiquement évoquée, notamment à travers les cas d’individus condamnés pour des faits de terrorisme qui, après avoir purgé leur peine, ont perpétré des attentats sur le sol français. Cette question est d’autant plus brûlante qu’une soixantaine de personnes condamnées pour des actes de terrorisme devraient être libérées dans les deux prochaines années.

Also available in English…

 

 

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« La guerre est née sur terre » : 3 questions à Elie Tenenbaum.

Florent de Saint Victor a été chargé d’études durant 2 années (2008-2010) au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) et chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense durant la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013.  Actuellement consultant dans un cabinet de conseils français et auteur du blogue Mars Attaque, il pose ici 3 questions à Elie Tenenbaum à l’occasion de la sortie de son dernier Focus « le rôle stratégique des forces terrestres ». 

Florent de Saint Victor:  Quelles permanences et évolutions à horizon court/moyen terme conduisent à ce besoin stratégique et spécifique en « forces terrestres » ?

Elie Tenenbaum : Il convient d’abord de rappeler l’évidence même : la guerre est née sur terre, et son enjeu demeure toujours le contrôle d’une portion de territoire ou des populations qui y vivent : c’était l’objectif affiché du Califat de Daech, comme celui des séparatistes du Donbass. Même les conflits qui semblent fondamentalement liés à un autre milieu – comme les tensions en mer de Chine du Sud par exemple – ont, en fin de compte, un impact sur la terre ou sur les hommes qui y vivent, sans quoi ils seraient sans enjeu. Aucune stratégie efficace ne pourra donc jamais faire l’économie du domaine terrestre pour la bonne et simple raison que ce dernier est le milieu naturel de l’homme et donc de la politique, objet fondamental des conflits armés.

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Le rôle stratégique des forces terrestres

Le Focus Stratégique n°78 sur le « rôle stratégique des Forces terrestres » est disponible ! A télécharger sur le site de l’Ifri ou en cliquant sur l’image ci-dessous. Très bonne lecture.

Quoique premier et principal domaine de l’histoire de la guerre, la puissance terrestre a depuis quelque temps maintenant été dissociée de la notion de « forces stratégiques », ces dernières renvoyant généralement à des moyens longue portée et/ou à de fortes puissances de destruction, au premier rang desquels les armes nucléaires. 

L’importance croissante de la maîtrise d’espaces communs a parfois conduit à considérer les forces terrestres comme de simples consommateurs d’effets interarmées. Une telle dynamique est désormais remise en cause alors que les puissances occidentales se voient de plus en plus contestées dans leur suprématie sur les « espaces fluides ». Le temps est donc venu de réévaluer la contribution des forces terrestres aux grandes fonctions stratégiques que sont l’intervention, la dissuasion, la prévention, la protection et l’anticipation. Dans chacune de ces missions, les forces terrestres se révèlent être des instruments essentiels, sans alternatives évidentes. Alors qu’il semble clair que l’environnement opérationnel futur sera plus contesté et exigeant, les forces terrestres vont devoir continuer à démontrer leur pertinence pour faire face à des défis tels que le déni d’accès et l’interdiction de zone, l’hybridation des adversaires, ou encore l’ambiguïté stratégique. Dans une telle perspective, elles seront amenées à jouer un rôle central comme forces intégratrices et pourvoyeuses d’effets multi-domaines, contribuant à l’amélioration globale de la résilience et de la capacité de manœuvre.
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Macina: Mali’s second insurgency

Manon Elissa Murray est stagiaire au Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Diplômée d’un Master de sécurité internationale de l’University College London, elle entreprend de se spécialiser sur le Moyen-Orient en poursuivant des études d’arabe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Elle livre ici son éclairage sur les origines de l’insurrection peule au Mali.

Manon Elissa Murray is an intern at Ifri’s Security Studies Center. She holds a master’s degree in Security Studies from University College London. She is currently pursuing Arabic studies at the National Institute of Oriental Languages and Civilizations (INALCO) with the aim of specializing in the Middle East. In this article, she sheds light on the origine of the Fulani’s insurgency in Center Mali.

Ag Ghali and other insurgency leaders (credits ANI, Mauritania)

Jihadism in sub-Saharan Africa has been a hot topic for the past five years, and terrorist groups such as Al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) or Boko Haram (now Islamic State in West Africa) have often made the front page of newspapers. Although these are the most publicized groups, they do not represent the only jihadist threat in Sahel. Recently, general Guibert, commander of the French operation Barkhane in Sahel, issued a statement warning against small groups located in the regions of Mopti and Segou in central Mali, and added he hoped for the deployment of troops there for several weeks, in order to collect intelligence from local populations.

This deviation of itinerary suggests that while most of the jihadist groups are based in the northern part of Mali, insecurity, not to say full-blown insurgency, is growing in the centre of the country. The relatively rich region of the “Niger Loop” has been long plagued with political marginalization, economic disinvestment, bad governance and ethnic discrimination, which have given way to discontent from local populations and have contributed to creating an environment prone to the development of jihadist groups. This has typically been the case for the Macina Liberation Front, now called Katiba Macina, which put itself under the umbrella of Ansar Dine, a well-known Tuareg jihadist group led by Iyad Ag Ghali, affiliated with AQIM since March 2017.

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