Le rôle stratégique des forces terrestres

Le Focus Stratégique n°78 sur le “rôle stratégique des Forces terrestres” est disponible ! A télécharger sur le site de l’Ifri ou en cliquant sur l’image ci-dessous. Très bonne lecture.

Quoique premier et principal domaine de l’histoire de la guerre, la puissance terrestre a depuis quelque temps maintenant été dissociée de la notion de « forces stratégiques », ces dernières renvoyant généralement à des moyens longue portée et/ou à de fortes puissances de destruction, au premier rang desquels les armes nucléaires. 

L’importance croissante de la maîtrise d’espaces communs a parfois conduit à considérer les forces terrestres comme de simples consommateurs d’effets interarmées. Une telle dynamique est désormais remise en cause alors que les puissances occidentales se voient de plus en plus contestées dans leur suprématie sur les « espaces fluides ». Le temps est donc venu de réévaluer la contribution des forces terrestres aux grandes fonctions stratégiques que sont l’intervention, la dissuasion, la prévention, la protection et l’anticipation. Dans chacune de ces missions, les forces terrestres se révèlent être des instruments essentiels, sans alternatives évidentes. Alors qu’il semble clair que l’environnement opérationnel futur sera plus contesté et exigeant, les forces terrestres vont devoir continuer à démontrer leur pertinence pour faire face à des défis tels que le déni d’accès et l’interdiction de zone, l’hybridation des adversaires, ou encore l’ambiguïté stratégique. Dans une telle perspective, elles seront amenées à jouer un rôle central comme forces intégratrices et pourvoyeuses d’effets multi-domaines, contribuant à l’amélioration globale de la résilience et de la capacité de manœuvre.
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Macina: Mali’s second insurgency

Manon Elissa Murray est stagiaire au Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Diplômée d’un Master de sécurité internationale de l’University College London, elle entreprend de se spécialiser sur le Moyen-Orient en poursuivant des études d’arabe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Elle livre ici son éclairage sur les origines de l’insurrection peule au Mali.

Manon Elissa Murray is an intern at Ifri’s Security Studies Center. She holds a master’s degree in Security Studies from University College London. She is currently pursuing Arabic studies at the National Institute of Oriental Languages and Civilizations (INALCO) with the aim of specializing in the Middle East. In this article, she sheds light on the origine of the Fulani’s insurgency in Center Mali.

Ag Ghali and other insurgency leaders (credits ANI, Mauritania)

Jihadism in sub-Saharan Africa has been a hot topic for the past five years, and terrorist groups such as Al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) or Boko Haram (now Islamic State in West Africa) have often made the front page of newspapers. Although these are the most publicized groups, they do not represent the only jihadist threat in Sahel. Recently, general Guibert, commander of the French operation Barkhane in Sahel, issued a statement warning against small groups located in the regions of Mopti and Segou in central Mali, and added he hoped for the deployment of troops there for several weeks, in order to collect intelligence from local populations.

This deviation of itinerary suggests that while most of the jihadist groups are based in the northern part of Mali, insecurity, not to say full-blown insurgency, is growing in the centre of the country. The relatively rich region of the “Niger Loop” has been long plagued with political marginalization, economic disinvestment, bad governance and ethnic discrimination, which have given way to discontent from local populations and have contributed to creating an environment prone to the development of jihadist groups. This has typically been the case for the Macina Liberation Front, now called Katiba Macina, which put itself under the umbrella of Ansar Dine, a well-known Tuareg jihadist group led by Iyad Ag Ghali, affiliated with AQIM since March 2017.

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Genèse de la force conjointe du G5 Sahel

Cyril Robinet a été conseiller politique de l’opération Barkhane de 2014 à 2016. Il livre ici son témoignage sur les origines de la force conjointe du G5 Sahel, dont la genèse et les finalités sont parfois inconnues, méconnues ou mal perçues par le Grand Public. 

Le 13 décembre dernier, la France a accueilli un sommet international de soutien à la force conjointe du G5 Sahel. A cette occasion, journalistes et commentateurs ont disserté sur le projet, dont ils situent pour la plupart l’origine au début de l’année 2017, lorsque l’adoption du concept d’opérations de la Force puis son endossement par la communauté internationale ont favorisé sa forte médiatisation.

C’est pourtant en novembre 2015 que l’annonce de la Force conjointe a été faite par les chefs d’Etat du G5 Sahel réunis en sommet à N’Djamena. Ce qu’ignorent également nombre de commentateurs, c’est que cette annonce est venue consacrer une pratique initiée deux ans plus tôt, dès novembre 2013, lorsque les armées nigérienne, malienne et française ont mené ensemble l’opération « Roussette » sur la frontière entre Mali et Niger.

Cette méconnaissance de l’historique de la Force conjointe se double souvent d’une confusion, parfois délibérée, sur ses objectifs. Pour beaucoup, la Force conjointe doit un jour remplacer l’opération Barkhane dans la traque et la destruction des groupes armés terroristes, dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne. Se focaliser ainsi sur ce qui ne constitue que la deuxième étape – logiquement encore très peu élaborée – du concept d’opérations suscite des attentes importantes ; leur éventuelle déception pourrait nuire, par association, à la première étape du plan de la Force conjointe, celle qui vise le renforcement des coopérations entre armées sahéliennes pour sécuriser leurs espaces frontaliers.

Or, cette première étape est déjà largement engagée, ses premières réalisations ayant précédé de plusieurs années la conception et le lancement officiel de la Force conjointe. Ainsi, si l’opération « Hawbi » – qui a rassemblé en octobre dernier les forces armées maliennes, nigériennes et burkinabè sur leur frontière commune – a été présentée comme la première de la force conjointe du G5 Sahel, elle était également la 19ème opération d’un partenariat initié en 2013, conceptualisé en 2014 et formalisé en 2015. Ce « partenariat militaire de coopération transfrontalière » des forces armées du G5 Sahel représente d’ores et déjà, en partie grâce au soutien de l’opération Barkhane, le plus abouti des nombreux projets de coopération militaire imaginés dans, et pour, cette région.

Cet article vise à rappeler le cheminement et les objectifs du partenariat initié en 2013, jusqu’au lancement effectif de la Force conjointe en 2017. En effet, parce qu’un certain nombre de leçons peuvent être tirées de cette évolution, ce retour d’expérience peut éclairer l’avenir de la Force conjointe.

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Coopérer avec les armées locales: le “Defence Engagement” britannique

Le Chef de Bataillon Jean-Hugues Delhumeau a effectué sa scolarité de l’Ecole de Guerre en 2016-2017 en échange à l’Advanced Command and Staff Course, son homologue britannique. Il suit actuellement un mastère spécialisé à l’ISAE-SupAéro dans le cadre de l’Enseignement militaire supérieur scientifique et technique de l’armée de Terre. Il présente ici l’approche britannique de coopération militaire, avec notamment la création des brigades de coopération régionale.

La Revue Stratégique 2017 vient de réaffirmer le très fort partenariat qui unit la France et le Royaume-Uni dans le domaine de la Défense, en rappelant qu’ « il ne [peut] y avoir de situation dans laquelle les intérêts vitaux de l’un seraient menacés sans que les intérêts vitaux de l’autre ne le soient aussi». Depuis 2010 et les Accords de Lancaster House, nos deux pays coopèrent en effet étroitement au niveau bilatéral dans les domaines nucléaire, capacitaire et opérationnel. En particulier, la force expéditionnaire interarmées commune (Combined Joint Expeditionnary Force ou CJEF) continue sa montée en puissance avec la validation de son concept (FVOC) en 2016 et sa pleine capacité opérationnelle (FOC) attendue en 2020. La CJEF doit à terme pouvoir remplir des missions sur tout le spectre opérationnel, tant dans l’engagement de haute intensité que la stabilisation post-crise[1]. Le domaine de la prévention des crises restent cependant à explorer pour éventuellement encore élargir cette coopération. Aline Leboeuf a précisément décrit la coopération de défense française en Afrique. Qu’en est-il de son homologue britannique à l’heure où l’objectif affiché est a United Kingdom with global reach and global influence[2], un Royaume-Uni d’envergure mondiale et à l’influence mondiale? Nous verrons que, ambitieuse et originale, la coopération de défense britannique se décline aux niveaux interministériel, interarmées et terrestre en offrant une complémentarité intéressante.

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Pourquoi la dissuasion – Nicolas Roche

Cette recension de Corentin Brustlein a été publiée dans Politique Etrangère 2017/4

Nicolas Roche, Paris, Presses universitaires de France, 2017, 568 pages

Au cours des dernières années, l’arme nucléaire est redevenue un enjeu saillant des relations internationales. Depuis la chute du mur de Berlin, sa visibilité comme enjeu structurant s’était réduite, de manière disproportionnée à son poids réel dans la structuration des rapports de force. Sous la pression de l’actualité, cette tendance semble avoir touché à sa fin. L’intimidation nucléaire russe dans les suites de l’annexion de la Crimée, l’accord du 14 juillet 2015 avec l’Iran destiné à contraindre durablement la capacité de ce dernier à se doter de l’arme nucléaire, ou l’escalade des démonstrations de force autour de la péninsule coréenne, reflètent une mutation assez profonde de l’environnement stratégique, et du paysage nucléaire mondial. Parallèlement à cette distanciation vis-à-vis de l’arme nucléaire comme enjeu structurant, la compréhension de celle-ci avait subi un processus d’érosion, notamment en France, à mesure que les cours lui étant consacrés dans l’enseignement supérieur se faisaient de plus en plus rares, et que les priorités stratégiques nationales se réorientaient vers les interventions extérieures.

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Les Français en guerre de 1870 à nos jours – F. Cochet

 

Cette recension,rédigée par Matthieu Chillaud, a été publiée dans Politique Étrangère 2017/4

François Cochet, Paris, Perrin, 2017, 456 pages.

Bien connu pour ses nombreux travaux sur l’expérience combattante ainsi que sur la captivité et la mémoire des guerres, François Cochet, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lorraine jusqu’à 2017, appartenait au très petit nombre d’historiens militaires français qui professaient dans le milieu universitaire. Véritable legs aux nouvelles générations pour qui l’histoire militaire – et notamment l’histoire-bataille, centrée sous la conduite des opérations tactiques et stratégiques – n’est plus ni boudée, ni discréditée dans l’alma mater comme elle le fut longtemps, cet ouvrage se présente, dans une profondeur historique (de la guerre de 1870 à nos jours), comme une synthèse remarquable de la culture de guerre de la France.

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