Penser son ennemi. Modélisations de l’adversaire dans les forces armées

Le dernier Focus Stratégique (n°82) est intitulé « Penser son ennemi. Modélisations de l’adversaire dans les forces armées ». Serge Caplain y évoque la notion centrale d’ennemi, ce qu’elle représente pour les militaires et comment ils l’abordent.

« Si l’ennemi résulte d’un choix politique, il est en revanche une nécessité militaire pour les armées qui se doivent de l’étudier et de le décliner à chaque niveau d’analyse, qu’il soit stratégique, opératif ou tactique. Le chef militaire entretient donc un lien particulier avec « son » ennemi, qu’il prend en compte au moyen de son système de renseignement dans le contexte unique de sa mission. Si les principes fondamentaux de l’étude de l’ennemi se retrouvent dans la plupart des armées, des différences de méthodes d’analyse et de modélisation persistent, même au sein des pays de l’OTAN, attestant ainsi des diverses façons d’aborder un adversaire. Ces approches traditionnelles pourraient toutefois être bientôt bousculées par les innovations en matière de renseignement militaire et les applications de l’intelligence artificielle ».

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Réhabiliter les opérations de déception : 3 questions à Rémy Hémez

Florent de Saint Victor a été chargé d’études durant 2 années (2008-2010) au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) et chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense durant la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013.  Actuellement consultant dans un cabinet de conseils français et auteur du blogue Mars Attaque, il pose ici 3 questions à Rémy Hémez à l’occasion de la sortie de son dernier Focus “Opérations de déception : repenser la ruse au XXIe siècle”. 

Florent de Saint Victor : Souvent communément confondue avec d’autres procédés, qu’est-ce que la déception ? Et qu’est-ce qu’elle n’est pas ?

Rémi Hémez : Cette question est importante car des raccourcis fréquents n’aident pas à comprendre ce concept. Le terme de déception est régulièrement employé en tant que synonyme de ruse. Or, ce n’est pas le cas. La ruse est « un procédé tactique combinant la dissimulation et la tromperie dans le but de provoquer la surprise »[1], la déception est une de ses déclinaisons. La déception ne se limite pas non plus à la dissimulation (dont le camouflage) qui est une de ses composantes. Elle est en revanche proche du « stratagème », un procédé qui, contrairement à la ruse, peut être enseigné et doit être planifié.

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Le soldat XXe – XXIe siècle, Gal Lecointre (dir.)

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de la revue Politique Étrangère (vol.83, n°2, été 2018).

François Lecointre (dir.), Paris, Gallimard, 2018, 448 pages.

Quelle est l’essence même du métier de soldat ? Qu’est-ce qui unit ou dissocie le combattant de Camerone et le militaire français engagé aujourd’hui dans l’opération Sentinelle ? C’est en un sens la question posée par cet ouvrage, recueil de textes issus de la revue Inflexions. Cette revue a l’ambition de « participer au débat intellectuel autour de problématiques centrées sur l’action militaire », en associant « praticiens et théoriciens, français et étrangers, civils et militaires ». C’est ainsi que les témoignages et réflexions de 18 auteurs – philosophes, historiens, sociologues, médecins et officiers – ont été réunis dans cet ouvrage sous la direction du général François Lecointre, aujourd’hui chef d’État-major des armées.

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L’ifri à Eurosatory 2018 : Strategic Landpower for the XXIst Century

Dans le cadre du salon Eurosatory qui se tiendra du 11 au 15 juin sur le site de Villepinte, l’Ifri, représentée par le centre des études de sécurité, tiendra un stand dans le Hall 5B, emplacement L198.

Temps fort de cette semaine, une conférence exceptionnelle aura lieu le 14 juin de 16h à 17h15 dans la salle 9. Autour de Corentin Brustlein (modérateur), le général Cavoli (commandant US Army Europe), le général (FR/RET) Yakovleff (Senior expert auprès de l’OTAN, du Centre des Hautes études militaires et de l’école de guerre) et Elie Tennenbaum (chercheur à l’Ifri, responsable du LRD) débattront sur le rôle stratégique des forces terrestres.

Les « forces terrestres » sont depuis longtemps dissociées des « forces stratégiques » car celles-ci font généralement référence à des capacités de frappe à longue portée et / ou à haut rendement. Or les engagements militaires actuels démentent cette notion et mettent en lumière la valeur stratégique actuelle et future des forces terrestres.

Si la force terrestre est le premier et le plus important domaine de l’histoire de la guerre, elle est depuis longtemps dissociée des «forces stratégiques», car celles-ci font généralement référence à des capacités de frappe à longue portée et / ou à haut rendement. Cette notion est toutefois remise en question à la lumière des récents engagements militaires et du futur environnement opérationnel. De la concurrence croissante dans les domaines aérien, maritime et informatique au besoin renouvelé de missions de réassurance et de dissuasion terrestres, sans oublier le problème persistant de la stabilisation et de la guerre non conventionnelle, ainsi que le défi intégrateur des opérations multi-domaines, il est venu le temps de réaffirmer la valeur stratégique des forces terrestres.

Pas d’inscription requise. Conférence en anglais.

Plus d’information sur le site de l’Ifri : https://www.ifri.org/fr/debats/strategic-landpower-xxist-century-conference-cadre-salon-eurosatory ou sur le site de l’organisateur de l’événement (COGES) : http://www.eurosatory.com/

 

 

 

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The Gulf Monarchies’ Armed Forces at the Crossroads

David B. Roberts est professeur au King’s College London, situé au sein de l’académie de défense du Royaume-Uni. Il a été également directeur du Think Tank RUSI Qatar. Il est l’auteur du Focus Stratégique n°80 (en anglais) sur les forces armées des monarchies du Golfe, à découvrir sur le site de l’Ifri en cliquant sur l’image ci-dessous.

Les armées des monarchies du Golfe n’ont historiquement joué qu’un rôle accessoire dans leur stratégie de sécurité nationale. Leur capacité de combat demeurant, en définitive, très limitée, la sécurité de ces États provenait davantage des politiques internationales fortement entretenues par d’importantes acquisitions d’armement. Cependant, cette dynamique est aujourd’hui en voie d’évolution, tout du moins pour certains de ces États. Le déploiement inédit des forces saoudiennes et émiraties, tel qu’au Yémen, atteste d’une réelle volonté d’utiliser leur propre capacité militaire. Confronté à une crise diplomatique sans précédent, le Qatar s’appuie pour sa part sur sa politique d’acquisition d’armement pour développer ses capacités militaires et renforcer les solidarités internationales en sa faveur. Quant au Koweït et à Oman, ils continuent d’augmenter leurs achats sur étagère, tout comme Bahreïn qui cherche aussi à intensifier ses relations avec Riyad, en s’alignant systématiquement sur ses politiques régionales.

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L’opération d’Europol contre la propagande de Daech : approche et impact

Par Laurence Bindner et Raphael Gluck, chercheurs et consultants spécialisés dans l’analyse de la dissémination des contenus terroristes en ligne, co-fondateurs de JOS Project.

Europol a annoncé avoir effectué, les 25 et 26 avril 2018, une opération d’envergure pour compromettre la propagande de l’Etat islamique. Cette opération, conduite par le procureur fédéral belge, a été coordonnée avec 6 pays européens (Belgique, Bulgarie, France, Pays-Bas, Roumanie et Royaume-Uni) ainsi que le Canada et les Etats-Unis. D’après les explications fournies par Europol, l’opération aurait abouti à deux résultats importants : la saisie de serveurs et preuves numériques, et la restriction de l’utilisation abusive d’extensions de noms de domaines. Cette opération a visé l’agence Amaq, la radio al-Bayan, Halumu et Nashir News. Quel retour d’expérience peut-on faire de cette opération ?

Telegram : la source qui irrigue le web

En préambule, il convient de rappeler rapidement comment se structure la propagande de l’Etat islamique en ligne et comment la dissémination des contenus s’organise.

Depuis 2015, les grandes plateformes du web ont accru leurs contrôles des contenus mis en ligne. Les activistes médiatiques de l’Etat islamique ont alors migré vers la semi-clandestinité du deep web, notamment en faisant émerger leur propagande depuis l’application de messagerie chiffrée Telegram. Ils y bénéficient d’une certaine sécurité opérationnelle, qui compense la perte de l’immédiateté de l’accès au grand public dont ils jouissaient sur d’autres plateformes.

Ce sont les « chaînes » qui font de Telegram un support de propagande de choix. Fonctionnant sur « abonnement » et unidirectionnelles, contrairement aux groupes où chaque membre peut s’exprimer, les chaînes envoient à leurs récipiendaires du contenu en « push » uniquement, et ces derniers n’accèdent pas à l’identité des autres récipiendaires.

Pour sécuriser les contenus sources, les « chaînes-noyau » de la propagande ne sont accessibles qu’à peu d’individus, eux-mêmes administrateurs (ou membres) d’autres chaînes (ou groupes) au vivier de récipiendaires plus nombreux et auprès desquels ils relaient ces contenus. Et ainsi de suite. Ces contenus sont également relayés de façon automatique par des « bots ». La dissémination sur Telegram fonctionne donc en cercles concentriques, des chaînes-noyau jusqu’à des chaînes ou groupes comptant plusieurs centaines, voire milliers, de récipiendaires ou membres.

C’est essentiellement de Telegram, la source irrigant le web, qu’activistes et sympathisants puisent les contenus et parviennent à leur frayer un chemin jusqu’aux réseaux sociaux, outils de stockage ou sites web, avec résilience et agilité, témoignant d’une capacité d’adaptation permanente.

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