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Alain Chouet sur le terrorisme à l’Ifri : les vidéos

Mercredi, 2. novembre 2011 17:07

Comme vous le savez, le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ont lancé un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question« .

La session du 27 octobre de 12h à 14h donnait la parole à Alain Chouet, ancien officier de renseignement français, sur le thème « Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme« .

Le séminaire était suivi d’une discussion avec Camille Grand, directeur de la FRS, Etienne de Durand, directeur du CES, et Marc Hecker, chercheur au CES.

Voici trois extraits de l’intervention d’Alain Chouet, suivi de la version intégrale de son intervention:

- Comment traiter la menace terroriste aujourd’hui:


Comment traiter la menace terroriste aujourd'hui par Ifri-podcast

- Quel continuum entre Frères musulmans et terrorisme?


Quel continuum entre Frères musulmans et… par Ifri-podcast

- Les réseaux Haqqani et l’avenir du jihad


Le réseau Haqqani et l'avenir du jihad… par Ifri-podcast

- la vidéo intégrale de l’intervention:


Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme par Ifri-podcast

Enfin, voici la vidéo de la discussion entre Alain Chouet et ses trois discutants :


Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme -… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Prochain séminaire-sandwich: Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme

Lundi, 17. octobre 2011 14:44

Dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question« , le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui se tiendra autour de Alain Chouet, ancien officier de renseignement français, le 27 octobre de 12h à 14h et portera sur le thème « Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme« .

Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Jean-François Daguzan, maître de recherche à la FRS, Etienne de Durand, directeur du CES, Marc Hecker, chercheur au CES et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.

Le nombre de places étant limité, inscrivez-vous vite sur le site de l’Ifri ou en écrivant à strategie@ifri.org.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Le réseau Haqqani et les conséquences de l’assassinat de Rabbani

Lundi, 10. octobre 2011 6:59

Il est rarement question en France, du réseau Haqqani, organisation terroriste à base familiale que le New York Times a ironiquement qualifié de « sopranos de la guerre d’Afghanistan ». Depuis quelques années ce groupe a en effet su s’imposer  comme l’un des plus actifs et des plus dangereux des « Nouveaux Taliban ». Ce réseau de militants, opérant dans les zones tribales du Pakistan, joue un rôle de plus en plus déstabilisateur dans la région, menaçant directement le processus de négociations entamé par Kaboul et la Coalition.

Le « patriarche » du groupe, Jalaluddin Haqqani, était initialement un précieux collaborateur des Etats-Unis et notamment de la CIA, durant la période d’occupation soviétique.  Rallié au mouvement des Talibans dès 1994 sous le commandement du Mollah Omar, Haqqani prend directement part au régime de Kandahar. Suite au déclenchement de l’opération Enduring Freedom en 2001, il prend la fuite et retourne dans les zones tribales. Aujourd’hui, les membres du réseau Haqqani ont des liens clairement identifiés et affirmés avec Al-Qaïda, et se considérent comme des sujets de l’Emirat Islamique.

Au cours des deux dernières années, le réseau a considérablement développé ses capacités militaires (réseaux de renseignement, IED nouvelle génération), tactiques (développement de camps d’entraînement), politiques (infiltration des institutions gouvernementales). Depuis 2008, outre des nombreuses attaques armées, le nombre d’attentats qu’on lui attribue s’élève à 15, sans compter dernièrement l’attaque contre l’ambassade américaine et contre le Quartier Général de l’OTAN à Kaboul. Le 20 septembre, l’assassinat de l’ancien Président Burhanuddin Rabbani, chargé des négociations avec les Taliban, a envoyé un message clair au gouvernement comme à la coalition. En réaction, les pourparlers ont été suspendus et le Président Hamid Karzaï se penche désormais sur une nouvelle stratégie à adopter – son récent accord avec l’Inde, peut apparaître comme des représailles diplomatiques en la matière. Le leader du réseau, Sirajuddin Haqqani a nié, dans un entretien donné à la BBC le 3 octobre dernier, toute responsabilité dans l’assassinat de Burhanuddin Rabbani affirmant que son organisation n’avait aucun lien ni avec l’ISI, les services de renseignements militaires pakistanais, ni avec un autre Etat.

 

L’amiral Mike Mullen, Chairman of the Joint Chiefs of Staff, a officiellement accusé les autorités pakistanaises de coopérer avec le réseau, ravivant encore un peu les tensions déjà fortes entre les deux pays. De son côté, Islamabad a enjoint aux Etats-Unis d’éviter les propos accusatoires et négatifs et a même sous-entendu que le Pakistan n’hésiterait pas à intervenir si les troupes de la coalition se décidaient à mener une opération terrestre transfrontalière comme certains le proposent désormais.

Les Etats-Unis, sont aujourd’hui dans une situation délicate, et doivent réévaluer leur relation avec le Pakistan. Certes, jusqu’en 2014, date de retrait définitif des troupes de la coalition, une situation de dépendance mutuelle perdure d’une part en raison du passage du ravitaillement des armées coalisées à travers le Pakistan, et d’autre part en raison de la faiblesse économique de celui-ci. Le président Obama a expressément prié les autorités pakistanaises de s’emparer du problème des Haqqani, étant donné que les quartiers généraux du réseau (leur centre de commandement, de contrôle et de logistique) se trouvent dans la région de Miram Shah, au Pakistan.

Depuis quelques semaines, on remarque un accroissement des attaques de la coalition dans les sanctuaires pakistanais des Haqqani, telle que la vallée de Charbaran, d’où ils mettent au point leurs opérations afghanes. Après la capture en Afghanistan la semaine passée de Haji Mali Khan, l’oncle de Sirajuddin, l’ISAF a déclaré le 5 octobre 2011, avoir tué lors d’un raid aérien en Afghanistan, son principal adjoint ainsi que deux de ses associés.

 

Derrière cette famille de terroristes, ce sont donc des enjeux bien plus grands qui se jouent aujourd’hui pour l’avenir de la région: en témoigne le surprenant rapprochement stratégique entre l’Inde et l’Afghanistan par la signature d’un accord portant notamment sur  la coopération en matière de sécurité. De ce fait, le triangle Inde-Pakistan-Afghanistan se trouve à nouveau au cœur des tensions. Le président Hamid Karzaï a déclaré que les relations pakistano-afghanes n’en seraient pas affectées, qualifiant le Pakistan de « frère jumeau ». Toutefois, l’accord indo-afghan peut être interprété comme un message dirigé vers Islamabad afin d’essayer d’influencer sa position vis-à-vis des talibans. Parallèlement, le Pakistan se méfiant de cette nouvelle entente qui pourrait lui être nuisible, mène des négociations avec la Chine, en instaurant dès lors une sorte de « jeu du plus fort » entre les trois Etats.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Autor: Laura Tanase

Al Qaïda: bref état de l’art

Mercredi, 21. septembre 2011 14:12

Depuis dix ans, des milliers de publications – de qualité variable – ont été consacrées à Al Qaïda. Ces publications peuvent schématiquement être classées en six catégories.

  1. les recherches historiques qui retracent les origines d’Al Qaïda. Ces recherches, parmi lesquelles on citera The Looming Tower de Lawrence Wright, remontent à l’intervention soviétique en Afghanistan et analysent la manière dont Oussama Ben Laden, Abdallah Azzam et Ayman al-Zawahiri ont organisé l’afflux de combattants arabes pour venir en aide aux moudjahiddines afghans. Elles décrivent aussi la manière dont Al Qaïda s’est réorientée vers la lutte contre les États-Unis suite au retrait soviétique d’Afghanistan en fomentant plusieurs attentats contre les intérêts américains (World Trade Center en 1993, ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998, USS Cole en 2000).
  2. les études qui passent au crible la rhétorique jihadiste. Ces études se situent à différents niveaux. Les chercheurs ayant participé à l’ouvrage Al Qaïda dans le texte se sont intéressés aux chefs d’Al Qaïda. Ils ont ainsi traduit et analysé les principaux discours et écrits d’Oussama Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, Abdallah Azzam et Abu Musab Al-Zarqaoui. Farhad Khosrokhavar s’est quant à lui penché sur la base de la mouvance jihadiste internationale en disséquant le discours d’individus arrêtés dans le cadre d’affaires de terrorisme.
  3. les analyses générales sur l’évolution globale de la menace représentée par la nébuleuse Al Qaïda. Les travaux de Jean-Pierre Filiu, qui s’est attaché à présenter les métamorphoses d’Al Qaïda depuis les attentats du 11 septembre 2001 et qui explique que l’organisation terroriste traverse actuellement une crise sans précédent, méritent ici d’être mentionnés.
  4. les monographies consacrées à l’activité terroriste sur une zone géographique donnée. On pense ici, entre autres, aux recherches effectuées par Bernard Rougier sur la progression du salafisme révolutionnaire dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban ou encore à celles de Mathieu Guidère sur le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) en Algérie.
  5. les biographies focalisées sur une figure charismatique de la mouvance jihadiste, à l’instar des travaux de Peter Bergen sur Oussama Ben Laden et de Brynjar Lia sur Abu Musab al-Suri.
  6. les analyses quantitatives retraçant le parcours de centaines de jihadistes. Les recherches de Thomas Hegghammer sur les combattants saoudiens et les travaux de Marc Sageman peuvent être mentionnés ici.

Par delà leurs approches méthodologiques variées, toutes ces études ont en commun de chercher à mieux comprendre la mécanique terroriste. Elles écartent d’emblée l’idée selon laquelle les terroristes seraient des fous – ou dans le cas d’Al Qaïda des « fous de Dieu » – pour se placer sur le terrain de la rationalité. Certains auteurs insistent ainsi sur la logique stratégique des attentats-suicides. Robert Pape met par exemple en avant le fait que les kamikazes constituent une arme d’une précision redoutable pour des organisations terroristes, d’autant plus performante que l’impact psychologique d’un attentat-suicide peut être décisif. D’autres travaux cherchent à mettre en évidence les facteurs sociologiques conduisant à l’engagement violent. Marc Sageman démontre dans ses ouvrages Understanding Terror Networks et Leaderless Jihad que la radicalisation s’effectue souvent autour d’un groupe d’amis et que les jihadistes ne sont pas nécessairement issus de milieux pauvres et fanatisés. Leur niveau d’éducation est sensiblement égal au reste de la population et ils n’ont pas forcément fréquenté des madrasas. En d’autres termes, il n’existe pas de profil-type de terroriste. Cette assertion se traduit dans les faits par une extrême difficulté à déceler en amont les individus susceptibles de devenir terroristes.

Suite à la mort d’Oussama Ben Laden et à l’occasion du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, les articles consacrés à Al Qaïda se sont multipliés.  Dans Foreign Affairs, par exemple, William McCants s’est penché sur l’évolution d’Al Qaïda des origines jusqu’à nos jours, en insistant sur les réactions des principaux leaders de la mouvance jihadiste au « printemps arabe ». Si Guido Steinberg estime, dans Politique étrangère, que les révolutions tunisienne et égyptienne représentent une « défaite stratégique » pour Al Qaïda, Juan C. Zarate et David A. Gordon avancent quant à eux, dans The Washington Quarterly, que la mouvance jihadiste cherche à tirer profit de l’instabilité actuelle dans le monde arabe. Ils citent notamment, à l’appui de leur thèse, les différents messages adressés par Ayman al-Zawahiri au peuple égyptien.

De nombreux articles ont aussi été publiés, au cours des dernières semaines, sur Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Un thème récurrent a trait aux changements induits par la transformation du GSPC en AQMI.  Dans la revue Orbis, J. Peter Pham insiste sur deux évolutions majeures : l’importation de tactiques utilisées en Irak (en particulier les attentats suicides) et le développement d’une stratégie de communication ambitieuse sur Internet. Dans un article paru dans Mediterranean Politics, Manuel R. Torres Soriano compare plus spécifiquement la communication du GSPC et d’AQMI, en s’appuyant sur un corpus de près de 200 communiqués. L’accent mis par AQMI sur les relations publiques est évident, le nombre de communiqués publiés entre 2007 et 2009 correspondant peu ou prou au nombre de communiqués publiés entre 1998 et 2006 par le GSPC. Alors que le pays occidental le plus cité dans les communiqués du GSPC était les Etats-Unis, la France apparaît en première position pour ce qui est des communiqués d’AQMI. Parmi les pays musulmans, l’Algérie reste le pays le plus cité mais de manière nettement moins marquée que du temps du GSPC. La stratégie d’AQMI visant à étendre le jihad vers la zone sahélienne apparaît clairement dans sa rhétorique. La Mauritanie, par exemple, n’était citée que dans 3,8% des communiqués du GSPC alors qu’elle est mentionnée dans 16,8% de ceux d’AQMI. AQMI semble aussi s’intéresser de plus en plus à la Somalie, présente dans 11,6% de ses communiqués alors qu’elle n’était évoquée que dans 1% des communiqués du GSPC.

Enfin, pour terminer et pour passer du registre du terrorisme à celui de la lutte contre le terrorisme, je vous recommande vivement de lire l’article de Nicholas Schmidle paru dans le New Yorker et qui décrit en détail la mission visant à éliminer Oussama Ben Laden. Si vous êtes plus intéressés par le système judiciaire français que par les actions des Navy Seals, le livre de Marc Trévidic intitulé Au cœur de l’antiterrorisme est fait pour vous.

Il va sans dire que ce tour d’horizon de la littérature n’a rien d’exhaustif. Si vous pensez que d’autres ouvrages ou articles auraient dû être cités, n’hésitez pas à le faire savoir dans les commentaires!

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Al Qaïda et le brouillard de la guerre contre le terrorisme

Lundi, 12. septembre 2011 7:26

Le 25 août, j’ai publié dans Le Monde un article intitulé « Al Qaïda et le brouillard de la guerre contre le terrorisme« . La rédaction du Monde a procédé à quelques coupes et changements. Voici la version intégrale de l’article :

Le choc des attentats du 11 septembre 2001 a poussé les Etats-Unis à se lancer dans une véritable guerre contre Al Qaïda. Dix ans plus tard, le brouillard de la « guerre contre le terrorisme » ne s’est pas encore dissipé. Le concept de « brouillard » nous vient de Carl von Clausewitz qui explique que « la grande incertitude des données » en période de conflit rend la tâche du stratège particulièrement ardue.

L’incertitude qui entoure la guerre contre le terrorisme prévaut à différents niveaux. Tout d’abord, l’ennemi demeure largement méconnu. Al Qaïda est souvent décrite comme une mouvance aux contours flous et nébuleux. La nature des liens unissant « Al Qaïda central » et les « filiales » ouvertes en Irak, au Maghreb et dans la Péninsule arabique reste sujette à caution. Personne ne sait exactement comment fonctionne l’organisation jihadiste, quels sont les mécanismes de « commandement et de contrôle » qui la régissent, quel rôle joue Ayman al-Zawahiri, et on découvre tout juste quelle était l’importance réelle d’Oussama Ben Laden. Cette incertitude concerne aussi les « filiales » régionales. Nul ne sait précisément de combien de combattants se compose Al Qaïda au Maghreb Islamique, et les rapports de force opposant les chefs des différentes katibas sont bien difficiles à interpréter. Les regains d’attentats sont perçus tantôt comme un signe de faiblesse, tantôt comme un indicateur de vigueur.

Le brouillard de la guerre contre le terrorisme a également trait à la définition du théâtre des opérations. George W. Bush a relevé le défi lancé par Oussama Ben Laden en décrétant une guerre « globale ». Nulle armée – fût-elle la plus puissante du monde – ne peut cependant combattre en tout endroit du globe. La guerre s’est donc concentrée sur l’Afghanistan puis sur l’Irak avant de se focaliser à nouveau sur le premier de ces théâtres. Les jihadistes ne fonctionnent toutefois pas comme une armée classique et disposent d’une mobilité qui ne s’arrête pas aux frontières. Soucieux de ne pas laisser le Pakistan devenir le nouveau sanctuaire du jihad international, les Américains ont étendu leurs opérations, notamment à l’aide de drones. Le Pakistan a fini par être perçu comme indissociablement lié au problème afghan, à tel point que les experts des questions stratégiques se sont mis à parler d’une nouvelle entité : la zone « Afpak ». Les attaques de drones touchent désormais d’autres pays comme le Yémen et la Somalie. L’extension géographique de la lutte contre Al Qaïda n’est pas le moindre des paradoxes de Barack Obama qui s’était évertué à combattre la rhétorique de George W. Bush sur la « globalité » de la guerre contre la terreur.

L’incertitude plane enfin sur la nature même des opérations et sur la manière de les qualifier. Tous les alliés des Etats-Unis, dont la France, ne s’accordent pas sur l’opportunité d’employer le mot « guerre ». Ainsi, si les soldats français se battent en Afghanistan, ils n’y font pas officiellement la guerre. Et même si le terme « guerre » était accepté par tous, il resterait encore à s’accorder sur le type de conflit en cours. Les opérations menées actuellement en Afghanistan ne correspondent à l’évidence pas à un affrontement classique, où des systèmes militaires de même nature s’opposent sur un champ de bataille bien défini. Confrontés à une véritable guérilla, les Etats-Unis et leurs alliés ont adapté leurs doctrines et leurs pratiques. La « contre-insurrection », dont on n’avait guère plus entendu parler depuis la fin de la période coloniale, est ainsi revenue sur le devant de la scène. Coûteuse et exigeant de raisonner sur le temps long, elle est néanmoins en train de passer de mode. On parle désormais davantage, à Washington, de « contre-terrorisme » ou de « contre-terrorisme plus », sans savoir précisément où se situe la frontière entre ces différentes notions. Apprécier correctement le genre de guerre que l’on entreprend est pourtant « le plus décisif acte de jugement », rappelle Clausewitz.

L’auteur de De la guerre voit deux manières d’atténuer les effets du brouillard : le « talent de divination » et la chance. Le « talent de divination » des dirigeants occidentaux semble les pousser à retirer rapidement leurs troupes d’Afghanistan, alors même que l’insurrection continue de marquer des points. Une fois l’armée américaine partie, il faudra beaucoup de chance pour que les Talibans ne reviennent pas au pouvoir et que l’Afghanistan ne retrouve pas son statut de sanctuaire terroriste. La guerre contre le terrorisme est loin d’être finie et le brouillard n’est pas près de se lever.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Autor: Marc Hecker

Al-Qaïda, 2011

Jeudi, 8. septembre 2011 7:52

A l’approche du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, nous vous invitons à lire un article intitulé « Al-Qaïda, 2011″. Cet article a été rédigé par Guido Steinberg, ancien conseiller de la Chancellerie fédérale d’Allemagne sur les questions de terrorisme et chercheur à la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP, Berlin). Il a été publié dans le dossier consacré à « Al-Qaïda et la guerre contre le terrorisme » paru dans le dernier numéro de la revue Politique étrangère.

Les révolutions égyptienne, libyenne et tunisienne représentent une défaite stratégique pour les partisans d’Al-Qaida. Lorsque les leaders djihadistes d’aujourd’hui ont entamé leur carrière, dans les années 1980 et 1990, Al-Qaïda ne visait que l’« ennemi proche », son objectif étant de renverser certains régimes du monde arabe, notamment saoudien et égyptien. Ce n’est qu’après avoir réalisé que Riyad et Le Caire étaient des adversaires trop puissants qu’elle s’est tournée vers les pays occidentaux. En visant l’« ennemi lointain » pour forcer les États-Unis à quitter la région, ces leaders espéraient reprendre l’initiative contre les gouvernements du monde arabe. Et alors qu’il apparaissait déjà clairement, dès l’après-2001, qu’Al-Qaïda n’atteindrait aucun de ces deux objectifs, ce sont les pires ennemis de l’idéologie djihadiste qui ont chassé les présidents Ben Ali et Moubarak en 2011. La majorité des contestataires des deux pays se méfiaient de l’islam politique, rejetaient la violence et aspiraient à une démocratisation sur le modèle européen. Le printemps arabe de 2011 a ainsi clairement démontré que si Al-Qaïda avait jamais eu une chance d’imposer sa vision au monde arabe, le temps en était maintenant révolu.

Al-Qaïda reste pourtant une organisation militante à ne pas sous-estimer, et la tourmente générale de ces derniers mois lui ouvre de nouvelles perspectives d’action dans des zones où la répression était parvenue ces dernières années à neutraliser ou à réduire le mouvement djihadiste.

Les révolutions arabes sont aussi un coup dur pour les ennemis occidentaux d’Al-Qaïda et leurs stratégies antiterroristes, au moins à brève échéance. Depuis 2001, les États-Unis et leurs alliés ont accentué leur coopération avec les régimes arabes pro-occidentaux. Sans eux, la police et les services de renseignement américains et européens auront plus de mal à lutter contre Al-Qaïda et ses alliés. La lutte antiterroriste devra s’adapter aux spécificités de différents réseaux : Al-Qaïda « central » au Pakistan et en Afghanistan, ses trois branches régionales en Irak, en Algérie et au Yémen, et des structures plus indépendantes en Europe.

Lire la suite de l’article (format pdf)

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

Lectures estivales (suite)

Lundi, 4. juillet 2011 8:18

En partance pour la plage ou la montagne?

Si les derniers Focus stratégiques ne suffisent pas à occuper vos vacances, le numéro de Politique étrangère qui vient de sortir est fait pour vous!

Plusieurs articles concernant les questions de sécurité et de défense sont accessibles gratuitement en ligne, notamment celui de Guido Steinberg sur l’évolution d’Al Qaïda et celui de deux professeurs allemands sur la guerre en Libye.

Pour lire les autres articles de ce numéro, notamment ceux de Gilles Andréani (« La guerre contre le terrorisme: un succès incertain et coûteux »), Hew Strachan (« Les armées européennes ne peuvent-elles mener que des guerres limitées? ») et Gérard Chaliand (« Guérillas et terrorisme »), un passage chez votre libraire s’impose!

Bonne lecture !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Marc Hecker

Le jihadisme contemporain est-il un « mouvement social global »?

Mardi, 7. juin 2011 7:49

Dans un article récemment publié dans le Journal of Terrorism Research de l’Université de St Andrews, j’avance l’idée – suivant Javier Jordan, Fernando Manas et Nicola Horsburgh – selon laquelle le jihadisme contemporain, caractérisé par un leadership décentralisé et déterritorialisé, prend la forme d’un « mouvement social global ». Principalement rédigé avant l’annonce de la mort de ben Laden le 2 mai dernier et révisé par la suite, l’article soutient une approche médiane dans le débat entre les tenants d’un « jihad sans leader », centré autour de l’ancien psychiatre de la CIA Marc Sageman, et ceux qui, comme Bruce Hoffman du Combating Terrorism Center de West Point, considèrent qu’ « Al Qaïda Central » dans les zones afghano-pakistanaises continue de jouer un rôle primordial dans la planification des attentats. La décentralisation stratégique et opportuniste du jihadisme ne signifie pas pour autant l’avènement d’un « jihad sans leader » dans lequel tout individu radicalisé désireux de passer à l’action violente pourrait le faire sans difficulté. Mohammed Siddique Khan, leader du commando londonien en juillet 2005 ou Mohammed Bouyeri, l’assassin de Théo van Gogh en novembre 2004, rappellent entre autres qu’entretenir des liens – opérationnels comme idéologiques – avec le leadership d’Al Qaïda et ses groupes jihadistes affiliés reste un gage de réussite.

Depuis le 2 mai dernier, le terrorisme d’inspiration jihadiste est entré dans l’ère post-ben Laden. Il s’agit maintenant de voir si les racines de ce mouvement social global sont assez solides pour survivre à la neutralisation de son garant spirituel. L’évolution structurelle du jihadisme ces dix dernières années montre que la mort d’un homme, si capital et symbolique soit-il, n’est pas synonyme de la fin du jihadisme. Dans sa conclusion, l’article dresse un bilan – provisoire et non-exhaustif – des divers scénarios possibles pour le futur du mouvement jihadiste décentralisé. L’activisme jihadiste, du haut responsable d’Al Qaïda au sympathisant de base, est entré dans une période floue de transition et de turbulences organisationnelles. De la désignation d’un nouvel émir, que ce soit Ayman al-Zawahiri, Saif al-Adel, Abu Yahya al-Libi ou un autre, dépendra en partie l’orientation future du jihad global.

Vous pouvez retrouver l’article en question sur le site du Centre for the Study of Terrorism and Political Violence de l’Université de St Andrews à l’adresse suivante http://www.st-andrews.ac.uk/~cstpv/jtr/v2i1/jtr2_1_bartolo_decentralisedleadership.pdf.

Vos commentaires suite à cette lecture seront les bienvenus !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Romain Bartolo

Oussama Ben Laden, joueur généreux

Jeudi, 19. mai 2011 7:00

Dans une célèbre nouvelle du Spleen de Paris intitulée ‘Le joueur généreux’, Charles Baudelaire nous dévoilait que « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Cet aphorisme (que les cinéphiles reconnaîtront sûrement) pourrait s’appliquer, mutatis mutandis, à feu le dirigeant d’Al Qaïda dont la disparition pourrait se révéler plus dangereuse pour ses ennemis que ne l’avaient été ses dernières années de vie.

Si tous les experts du terrorisme s’accordent pour dire que l’impact opérationnel de cette disparition ne signifie pas la fin de la menace, il importe désormais de se poser la question de ses conséquences politico-stratégiques, notamment sur le front historiquement lié à la lutte contre Al-Qaïda, à savoir l’Afghanistan, et de son paradigme opérationnel dominant, la contre-insurrection.

Il faut tout d’abord rappeler que l’intervention occidentale dans le pays est fondée sur la Résolution 1333 du Conseil de sécurité, datant de 2000 mais réitérée le 18 septembre 2001, exigeant instamment l’extradition d’Oussama Ben Laden vers un pays à même de le juger pour les attentats dont ils s’était déjà rendu coupable – à l’époque ceux de Nairobi et de Dar es-Salaam. Le sheikh et son organisation sont donc bien à l’origine directe de la décennie d’interventions qui a suivi – ou tout du moins de la rhétorique les justifiant si l’on considère le cas irakien.

La problématique de la contre-insurrection n’est apparue  que plus tardivement, face à l’incapacité des Etats-Unis à gérer l’instabilité engendrée par ses interventions, en Irak dès 2004, puis en Afghanistan à partir de 2006. Le demi-succès irakien du général Petraeus et la consécration du terme dans les milieux militaro-académiques ont permis de sauver la mise à une diplomatie transformationnelle en voie d’enlisement. Dans l’esprit de certains, la contre-insurrection permettait ainsi de pérenniser le nouvel interventionnisme dicté par la Guerre contre la Terreur.

Or, depuis lors, la mécanique contre-insurrectionnelle semble s’être détraquée en Afghanistan, en mettant en évidence plusieurs limites :

Limites stratégiques : le retournement des populations réclamé par les COINdinistas apparaît moins aisé que le suppose la doctrine Hearts & Minds,  particulièrement difficile à appliquer en l’absence de cultural awareness et face à un adversaire aguerri et une population traditionnellement hostile aux étrangers – notons au passage que cette approche populo-centrique n’est qu’une des options de la contre-insurrection historique.

Limites politiques : alors que le FM 3.24 estime qu’un ratio de 20 à 25 « contre-insurgés » pour 1000 habitants est nécessaire pour mener une campagne efficace, il  exigerait, si on le rapporte à la population afghane, une force de 580 000 à 725 000 soldats, des chiffres quelque peu exubérants si l’on considère que la guerre coûte déjà 10 milliards de dollars par mois avec 132 000 hommes (90 000 seulement étant américains). Autant dire que cette économie de guerre ne semble plus tenable dans un contexte de guerre limitée – la menace semble s’estomper pour les Etats-Unis – et de crise budgétaire sans précédent.

Cette dynamique grippée explique dans une certaine mesure le retour à l’antiterrorisme prôné par beaucoup dans l’administration Obama, au premier rang desquels le Vice-Président Joe Biden, comme l’explique Bob Woodward dans son dernier livre. Une partie de la « communauté de la contre-insurrection », parmi laquelle Andrew Exxum, célèbre auteur du blog Abu Muqawama,  s’est lui-même détaché du paradigme COIN en faveur d’une sorte de « counterterrorism plus » dans un document du Center for New American Security. Cette option, plutôt optimiste, consisterait à maintenir le statu quo en opérant une rétraction du dispositif allié autour d’un Afghanistan utile, de forces spéciales et d’un appui aérien renforcé. Le raid contre le chef d’Al Qaïda le démontre bien : plus spectaculaire et moins cher, l’antiterrorisme est infiniment mieux adapté aux exigeants caprices de la vie politique moderne que la contre-insurrection, longue, dépensière et à l’issue incertaine.

La tentation est donc aujourd’hui plus forte que jamais pour les Américains d’appliquer le fameux declare victory and leave, déjà employé en d’autres circonstances au Vietnam. De fait, à en juger par les réactions de joie dans les rues des grandes villes américaines à l’annonce de la nouvelle, la mort d’Oussama Ben Laden apparaît à la société américaine comme une victoire stratégique dans la guerre contre le terrorisme. Dès lors, chaque nouveau soldat mort au combat en Afghanistan sera de plus en plus problématique à justifier et viendra troubler le soutien aux opérations – Obama a dit de l’Afghanistan qu’il était « une guerre de nécessité », et Dieu sait que l’Amérique n’aime pas les « guerres de choix ». Tout semble donc indiquer que la mort de Ben Laden vient ici porter le coup de grâce à la contre-insurrection en Afghanistan.

C’est ici que le raisonnement purement politique de la Maison Blanche trouve ses limites car les causes profondes qui ont permis à Ben Laden de perpétrer ses attentats sont, quant à elles, loin d’être éradiquées. Le potentiel militaire des Taliban est intact alors que les insurgés amorcent en grande pompe leur offensive de printemps, s’emparant le 5 mai dernier de la province du Nouristan, dans un assaut n’ayant trouvé aucune résistance de taille. Par ailleurs, leur solidarité avec la cause du jihad international reste sans faille comme le montre l’attentat de « représailles » perpétré par les Taliban ce vendredi. Enfin, le jeu plus que trouble du Pakistan dans la protection d’Al Qaïda et des Taliban laisse évidemment planer l’hypothèse d’un accord, livrant Ben Laden à la roche Tarpéienne en échange d’un retour des Taliban dans le pays. A bien y regarder, la mort d’Oussama Ben Laden est peut-être, effectivement, le meilleur piège tendu à l’Occident depuis le 11 septembre.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Autor: Elie Tenenbaum

L’après Ben Laden: l’avènement de Zawahiri ou d’un « jihad sans leader »?

Mercredi, 4. mai 2011 8:58

Ce texte a été écrit juste après l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden. Une version légèrement raccourcie a été publiée hier sur le site du Figaro.

La mort d’Oussama Ben Laden a été annoncée à plusieurs reprises au cours des dix dernières années mais cette fois-ci, la nouvelle a été confirmée par le président des Etats-Unis en personne. Maintenant que Ben Laden n’est plus, que peut-il advenir d’Al Qaïda ?

La mort ou l’arrestation d’un leader n’est pas un événement anodin pour une organisation terroriste. Le sentier lumineux, le PKK, l’IRA véritable et Aum Shinrikyo n’ont jamais réussi à se remettre totalement de la neutralisation de leur chef. Toutefois, Al Qaïda n’est pas une organisation terroriste comme les autres et le décès de Ben Laden n’entraînera pas sa fin immédiate.

Ce qui différencie Al Qaïda des autres groupes est sa vocation globale et son degré de décentralisation. Depuis le début de l’opération Enduring Freedom en 2001, l’organisation terroriste, soumise à une forte pression, a été contrainte d’évoluer. Des « filiales » ont été créées en Irak, au Maghreb et dans la Péninsule arabique, sans qu’il soit d’ailleurs possible de connaître précisément la nature et la solidité des liens unissant ces « filiales » à « Al Qaïda central ». Certains analystes affirment qu’Oussama Ben Laden n’était guère plus qu’une source d’inspiration, d’autres soutiennent qu’il conservait un rôle opérationnel. Il apparaît en tout cas qu’il n’était pas en mesure de contrôler ce qui se passait sur les différents « fronts » d’Al Qaïda. Les divergences de vues qui opposaient « Al Qaïda central » à Abou Moussab al-Zarqaoui en Irak sont à cet égard bien connues.

Oussama ben Laden devrait être remplacé par Ayman al-Zawahiri, même si la transition n’est pas aussi simple qu’il y paraît, l’allégeance (bay’a) personnelle au chef étant un élément structurant d’Al Qaïda et les mécanismes de succession restant sujets à caution. Médecin d’origine égyptienne, torturé dans les prisons de Moubarak suite à l’assassinat du président Sadate et vétéran du jihad contre les Soviétiques, Zawahiri est un vieux compagnon de route du fondateur d’Al Qaïda. Principal idéologue de cette organisation, c’est lui qui, en 2008, rédigea un long document contredisant les arguments avancés par un jihadiste repenti, Sayyed Imam al-Sharif dit « Dr Fadl ».

Même si Zawahiri venait à son tour à être tué, les opérations d’Al Qaïda se poursuivraient. Cela fait maintenant trois ans qu’est paru le livre Leaderless Jihad. Son auteur, Marc Sageman, explique que l’idéologie jihadiste s’est suffisamment répandue – notamment par l’intermédiaire d’Internet – pour qu’Al Qaïda puisse survivre sans commandement. L’organisation évoluerait ainsi vers un fonctionnement acéphale, des cellules autonomes commettant sporadiquement des attentats. Cette vision correspond d’ailleurs à celle d’un autre chef d’Al Qaïda, Abu Mus’ab al-Suri, arrêté au Pakistan en 2005. Le stade ultime de cette décentralisation serait l’émergence de « loups solitaires », agissant indépendamment de tout réseau. Nous n’en sommes cependant pas encore là et nombre d’attentats commis tout au long de la décennie écoulée trouvent – à des degrés divers – leurs racines en Afghanistan et au Pakistan.

Ce pays est aujourd’hui au centre de l’attention. La présence d’un sanctuaire est la meilleure garantie de survie pour une organisation terroriste. Au cours des dernières années, le Pakistan apparaissait comme le « nouveau sanctuaire » d’Al Qaïda. L’opération menée contre Oussama Ben Laden montre que les Etats-Unis sont capables d’agir à proximité de la capitale Islamabad, et pas uniquement dans les zones tribales jouxtant la frontière avec l’Afghanistan. Ben Laden a-t-il été « lâché » par les Pakistanais ? Si oui, quelle a été la contrepartie du côté américain ? Il est trop tôt pour répondre à ces questions et une intervention comme celle qui a conduit à la mort du chef d’Al Qaïda conservera probablement sa part d’ombre. Quoi qu’il en soit, de la réaction des responsables politiques et militaires pakistanais dépendra, au moins partiellement, la capacité de rebond d’Al Qaïda et de ses alliés locaux. Reste aussi à savoir quelle sera l’attitude des Etats-Unis. Barack Obama pourrait être tenté de profiter de la mort de Ben Laden pour sortir, la tête haute, de la zone « AfPak » alors que les résultats de la guerre en Afghanistan sont jusqu’à présent mitigés. Un départ précipité de cette région pourrait néanmoins s’avérer contre-productif. Quitte à partir, autant faire en sorte de ne pas avoir à y revenir avant longtemps…

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Marc Hecker