Archive des Tags pour » terrorisme «

Le Mujao, dernier venu des mouvements islamistes armés du nord Mali

Mercredi, 2. mai 2012 6:00

Ce post a été rédigé par Alain Antil, responsable du programme Afrique subsaharienne de l’Ifri.

Depuis le 17 janvier, le Mali est marqué par une nouvelle rébellion touarègue, la quatrième depuis l’indépendance. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), né en octobre 2011 de la fusion de plusieurs composantes1, appuyé par différents mouvements islamistes armés présents dans la zone, a assez facilement repoussé l’armée malienne hors du nord Mali. Le MNLA se bat officiellement pour l’indépendance de l’Azawad.

Les déconvenues de l’armée malienne, accélérées il est vrai par l’effet déstabilisant du coup d’Etat militaire du 22 mars contre le président Amadou Toumani Touré, s’expliquent par plusieurs facteurs. D’abord, l’armée malienne est chroniquement sous-dimensionnée et sous-équipée au regard de la taille du territoire malien. L’armée2 comptait en effet 12 150 hommes en 2009 pour un budget de 176 millions de dollars3 alors que le territoire malien s’étend sur 1 241 238 km2. La présence dans le Nord de cette armée très peu mobile, se résume en temps normal à quelques villes garnisons où les familles de militaires sont présentes. Ensuite, une majorité de militaires maliens sont des « gens du sud » mal à l’aise pour combattre dans le désert, surtout face à des rebelles connaissant parfaitement le terrain, très aguerris (certains sont d’anciens militaires de l’armée libyenne), lourdement armés et bien véhiculés. D’ailleurs, les unités les plus efficaces de l’armée malienne au nord étaient des bataillons-milices dirigés par des officiers du nord malien. Ainsi, lors de la rébellion de 2006-2009, les bataillons du colonel-major Abderahmane Ould Meydou (arabe) et du colonel-major Al Hadji Ag Gamou (touareg4) avaient été les fers de lance de l’armée malienne au Nord. Cette fois-ci, c’est principalement le bataillon d’Ag Gamou qui a été visible sur le terrain même si les hommes d’Ould Meydou se sont également battus. Enfin, le MNLA a été soutenu par d’autres entités armées, des mouvements islamistes dont l’apport a été essentiel pour la prise des principales villes du Nord. A côté des katibat (groupe combattant) de la branche saharienne d’AQMI (dirigées respectivement par Mokthar Belmokthar5, Abdelhamid Abou Zeid et Yahia Abou Al Hamam6), est apparu plus récemment le mouvement Ansar Dine, composé de touaregs et dirigé par Iyad Ag Ghali, un ancien leader des deux précédentes rébellions au Mali qui aurait décidé de mettre en place sa propre structure après que le MNLA eut refusé qu’il en prît la direction. La troisième organisation, la moins connue, est le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité pour le Jihad en Afrique de l’Ouest / Jamat Tawhid Wal Jihad Fi Garbi Afriqqiya).

Le MUJAO s’est pour la première fois manifesté début décembre 2011 pour revendiquer, à travers une déclaration envoyée à l’AFP, l’enlèvement de trois Européens qui avait eut lieu le 23 octobre 2011 dans le sud-ouest de l’Algérie et plus particulièrement dans un camp de réfugié du Front Polisario, le camp de Rabouni. Début janvier 2012, dans un enregistrement vidéo posté sur Internet, un certain Hamma Ould Mohamed Kheyrou, alias Abou Qumqum, qui se présente comme le porte-parole de l’organisation, annonce les objectifs de cette nouvelle entité : « Nous déclarons encore une fois la guerre à la France qui est contre les intérêts de l’islam », « le Jihad sera exporté partout où cela sera nécessaire et pour Dieu, il faut être prêt à tout » et enfin « imposer la charia dans toute l’Afrique de l’ouest ». Il déclare par ailleurs que le mouvement revendique une filiation de leaders historiques ayant été à l’origine de la fondation d’Etats théocratiques en Afrique de l’Ouest : « Nous nous réclamons d’Ousman Dan Fodio, d’El Hadj Omar Tall et d’Amadou Cheikhou, qui ont tous combattu les colons ».

Depuis cette entrée en scène tonitruante, le mouvement s’est signalé par plusieurs autres actes qui tranchent singulièrement avec la feuille de route préalablement affichée. Ainsi, après avoir enlevé des humanitaires occidentaux dans la zone la mieux contrôlée par le Front Polisario puisque l’on trouve à Rabouni les institutions de la RASD (République arabe sahraouie démocratique), le MUJAO commet le 3 mars 2012 un attentat à Tamanrasset. Un homme se fait exploser avec son véhicule contre une gendarmerie7. Cette action se solde par la mort du kamikaze et 23 personnes sont blessées, appartenant pour l’essentiel aux forces de sécurité algériennes. La troisième action revendiquée par le MUJAO est l’enlèvement le 5 avril d’un consul algérien et de six de ses collaborateurs à Gao (nord-est du Mali), ville dans laquelle le mouvement semble implanté. Le mouvement a même brûlé le drapeau algérien du consulat pour le remplacer par un drapeau noir salafiste.

On ne peut que s’étonner du fait qu’un mouvement qui veuille répandre le jihad en Afrique de l’Ouest n’ait jusqu’à présent dépensé son énergie qu’à s’attaquer à des cibles algériennes. L’une des différentes lectures que l’on peut faire de ce groupe est en effet assez troublante : 1) un enlèvement à Rabouni, au cœur des institutions de la RASD, qui peut instiller le doute des services de sécurité algériens sur l’existence de complicités, au plus haut niveau du Front Polisario, avec les salafistes ravisseurs ; 2) un attentat dans une ville algérienne, normalement ultra-sécurisée, qui abrite un commandement unifié de plusieurs armées régionales est un événement qui peut décrédibiliser les services de sécurité algériens ; 3) un enlèvement dans la zone sahélienne de citoyens algériens (c’est la première fois que des Maghrébins sont enlevés) dans le nord Mali, alors que l’Algérie mène un combat, depuis plusieurs années, pour dénoncer le versement de rançons dans les affaires de prises d’otages.

Les analystes sont en effet partagés sur l’émergence de ce mouvement et sur son agenda. Certains affirment que le groupe est entré en dissidence d’AQMI pour deux raisons principales, les membres du groupe contesteraient la manière dont était partagée la rente des otages au sein de la branche saharienne d’AQMI. L’enlèvement des trois Européens aurait donc été l’occasion, pour ce nouveau groupe, de « se mettre à son compte ». Ces mêmes analystes soulignent également que la branche saharienne d’AQMI, même si son recrutement s’est internationalisé depuis quelques années, reste encadrée par des Algériens, qui n’ont aucune confiance dans ce groupe, devenu le MUJAO, dirigé par des Mauritaniens et des Arabes maliens.

A côté de ce registre de la « dissidence », d’autres analystes proposent une autre interprétation. Mohamed Ould Maloukif8 préfère, lui, qualifier le MUJAO d’excroissance d’AQMI. Ce groupe disposerait d’une fausse autonomie et permettrait à AQMI de disposer d’un groupe pouvant accueillir davantage les Ouest-Africains car il développerait des objectifs concernant l’Afrique de l’Ouest. D’ailleurs, cet analyste affirme que ce groupe se singularise par la présence, plus massive que dans les katibat d’AQMI, de ressortissants des pays de cette région. Il souligne également que c’est la première fois dans la zone qu’un mouvement salafiste déclare sa création a posteriori, plus d’un mois après sa première action (l’enlèvement de Rabouni). Mathieu Pellerin9 pense également que le MUJAO est une sorte de sous-traitant d’AQMI et est resté proche des groupes de Mokthar Belmokthar et de Yahia Abou al Hamam10.

Pierre Boussel11, journaliste à Radio Méditerranée Internationale à Tanger souligne quant à lui les tentatives des différents groupes islamistes pour se distinguer les uns des autres, sur un fond de grande inculture religieuse :

« La région, aussi musulmane soit-elle, reste peu éduquée. Les écoles coraniques sont rares. Le MUJAO résulte de cette carence. Des individus lambda s’emparent de textes religieux qu’ils ne comprennent pas et extraient des doctrines, somme toute, personnelles. Inculture. Lecture superficielle. Il en découle des concepts vaporeux tels que la ‘soft charia’ qui se différence de la charia qui, elle, ‘coupe les mains’. Pour le MUJAO, l’enjeu n’est pas tant l’islam que son application sociétale. Sa rivalité avec les autres groupes qui opèrent dans la région s’exprimera, à l’avenir, sur ce terrain là. Il faut s’attendre à ce que la question de la ‘gradation de la charia’ soit de plus en plus prégnante ».

Aujourd’hui, il est difficile de trancher entre ces différentes pistes, d’autant plus que l’on a très peu d’informations sur la sociologie de ce groupe. Le porte-parole est un Mauritanien, Hamma Ould Mohamed Kheyrou, souvent décrit comme une sorte d’aventurier12, le chef du groupe est un Arabe malien originaire de Gao, Soultan Ould Bady, trafiquant notoire, notamment impliqué dans quelques convoyages de cargaisons de drogue. Le groupe compterait environ 70 personnes dans ses rangs avec, outre des Mauritaniens et des Arabes maliens (notamment des Arabes du Tilemsi, selon Serge Daniel13), des Ouest-Africains. Ce groupe serait basé à Gao et aurait des contacts avec le mouvement nigérian Boko Haram14. Des membres de ce mouvement auraient en effet été repérés, ces dernières semaines, à Gao.

1 « Le Mouvement national de libération de l’Azawad est né de la fusion du Mouvement national de l’Azawad (MNA), un groupe de jeunes intellectuels et de militants politiques, avec les guérilleros de l’ex-Alliance Touareg Niger Mali (ATNM). Ces derniers constituent les fidèles d’Ibrahim Ag Bahanga, leader des rébellions touaregs de 2006 à 2009, mort dans un mystérieux accident de voiture le 26 août 2011. A ces deux composantes fondatrices sont venus s’ajouter des groupes d’ex-rebelles touaregs qui, dans les années 1990, ont fui le Mali pour s’engager dans l’armée libyenne de Mouammar Kadhafi. Beaucoup de ces hommes ont déserté le « Guide » libyen durant le conflit qui l’a opposé au Conseil national de transition et à l’OTAN. Lourdement armés, certains ont fait la jonction avec le MNLA. C’est d’ailleurs Mohamed Ag Najim, ancien officier de l’armée libyenne, qui en est aujourd’hui le chef d’état-major », cf. Yidir Plantade : « Dans le nord du Mali, les Touaregs du MNLA lancent un nouveau défi armé à l’Etat », in Le Monde.fr, 25 janvier 2012

2 Cf. Mariam Maiga : « The Fight against Terrorism in Mali: Management, Prevention and the Full Mobilization of Civil Society », CONASCIPAL et SIPRI, novembre 2011, Bamako.

3 Budget de 2010.

4 La communauté touarègue n’est en effet pas uniforme, Ag Gamou appartient à la tribu Imghad, opposée au leadership des Ifoghas (dont sont issus majoritairement les cadres du MNLA et d’Ansar Dine).

5 De son vrai nom Khaled Abou El Abass.

6 Les spécialistes sont partagés sur la manière de qualifier le groupe Al Furqan, certains parlent de katiba, d’autres d’une serya, c’est-à-dire un groupe dépendant d’une katiba.

7 Cf. RFI : « Algérie : l’attentat de Tamanrasset revendiqué par un groupe jihadiste », 4 mars 2012.

8 Spécialiste des questions de sécurité et Président Directeur Général et Directeur de la Publication de Tawary.com, entretien réalisé le 26 avril 2012.

9 Chercheur associé à l’Ifri, entretien du 27 avril 2012.

10 Une proximité confirmée par Mohamed Fall Ould Oumère, directeur de l’hebdomadaire La Tribune à Nouakchott : cf. « Quand le Mali perd le Nord, c’est toute la région sahélo-saharienne qui est dans la tourmente », in Noorinfo, 10 avril 2012, http://www.noorinfo.com/Dossier-Quand-le-Mali-perd-le-Nord-c-est-toute-la-region-sahelo-saharienne-qui-est-dans-la-tourmente_a3078.html (consulté le 27 avril).

11 Entretien réalisé le 27 avril.

12 Ibid.

13 Serge Daniel est le correspondant de RFI et de l’AFP à Bamako et l’un des meilleurs connaisseurs du Nord Mali, cf. son interview dans le journal algérien El Watan, 24 avril 2012, http://www.elwatan.com/international/serge-daniel-specialiste-du-sahel-il-faut-arreter-de-payer-les-rancons-25-04-2012-168172_112.php (consulté le 27 avril).

14 Cf. Serge Daniel, op. cit.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Invité

Les trois temps de la valse terroriste

Mardi, 3. avril 2012 9:00

Cet article de Marc Hecker a été publié dans Le Figaro du 28 mars.

 

L’histoire du terrorisme moderne s’apparente à une valse à trois temps. Premier temps, celui du terrorisme de nuisance : il débute le 23 juillet 1968 avec le détournement du vol Rome – Tel Aviv par un commando du Front Populaire de Libération de la Palestine. Le terrorisme n’est pas alors perçu comme une menace stratégique. Les quelques dizaines de morts d’un attentat comptent peu face aux millions de morts d’une possible guerre nucléaire entre le camp occidental et le bloc soviétique. Les attentats sont pourtant nombreux à cette époque, émanant pour l’essentiel de quatre mouvances : marxiste, séparatiste, nationaliste et islamiste. Ils n’épargnent pas la France : assassinats de Georges Besse et du préfet Erignac, attentat de la rue Copernic, ou encore détournement du vol Alger – Paris…

 

Le deuxième temps est celui du terrorisme stratégique. Il s’ouvre sur les attentats de New York et Washington, le 11 septembre 2001. Ces attaques marquent un saut quantitatif et qualitatif dans l’histoire du terrorisme. Pour la première fois, un acteur non étatique, Al Qaïda, inflige instantanément des dommages d’ampleur militaire à un Etat qui se trouve être la première puissance mondiale. A l’époque, la perspective d’un cycle d’hyperterrorisme paraît crédible. Les Etats-Unis et leurs alliés déploient alors des moyens considérables pour contrer la menace : c’est le début de la « guerre globale contre le terrorisme ». Face à une débauche de moyens militaires et au renforcement des mesures policières et judiciaires, Al Qaïda chancelle. Elle ne survit que grâce à une double évolution : sa virtualisation et sa décentralisation.

 

La virtualisation d’Al Qaïda ne se traduit pas seulement par la diffusion d’une abondante propagande sur Internet. Le web est devenu, pour la mouvance jihadiste internationale, une véritable plateforme opérationnelle, facilitant recrutement, levée de fonds et même échanges tactiques. Quant à la décentralisation, elle se matérialise par l’ouverture de « filiales ». La première voit le jour en Irak : la présence massive de troupes américaines dans le pays à partir de 2003 attire les jihadistes de tout le monde arabe. Une deuxième « filiale » naît en 2006-2007 au Maghreb, puis une troisième en 2009 dans la péninsule arabique. Plus récemment, en février 2012, Ayman al-Zawihiri a annoncé l’entrée des Shebab somaliens dans le giron d’Al Qaïda.

 

La décentralisation prend une autre forme originale, qui caractérise le troisième temps de la valse : le wikiterrorisme. Depuis plusieurs années déjà, le fonctionnement de la mouvance jihadiste internationale s’apparente à celui de Wikipedia, l’encyclopédie en ligne à laquelle peut contribuer tout un chacun. N’importe quel apprenti jihadiste, même dépourvu de lien avec un réseau, peut décider de passer à l’acte en se revendiquant d’Al Qaïda. Ayman al Zawahiri ne contrôle pas plus ces terroristes en herbe que Larry Sanger et Jimmy Wales, fondateurs de Wikipedia, ne commandent les milliers de contributeurs à l’encyclopédie collaborative. Dans la plupart des cas, les wikiterroristes échouent faute d’entraînement et finissent derrière les barreaux.

 

L’exemple de Mohammed Merah démontre toutefois que cette menace doit être prise au sérieux. Et fort heureusement, elle l’est. Le système français de lutte contre le terrorisme est un des plus performants au monde : dans la dernière décennie, plusieurs attentats majeurs ont été déjoués, et en 2010, 94 islamistes radicaux ont été arrêtés. Même le meilleur système de lutte contre le terrorisme ne peut être efficace à 100% : il suffit qu’une personne réussisse à passer les mailles du filet pour aboutir à une catastrophe. Les tueries de Toulouse et Montauban en sont l’illustration. Une analyse critique de ce qui a mal tourné dans cette affaire s’impose mais le système ne doit pas être remis en cause pour autant. De toutes les danses, la valse terroriste est sans doute la plus macabre. Aux services spécialisés de savoir s’adapter aux changements de pied constants de leurs adversaires.

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Autor: Marc Hecker

Sur la piste du terrorisme islamique

Dimanche, 25. mars 2012 21:25

Le 27 mars, France 5 diffusera en première partie de soirée un documentaire intitulé « Sur la piste du terrorisme islamique ».

Deux bonnes raisons de regarder ce documentaire:

- Son auteur n’est autre que Patrick Barbéris qui a notamment réalisé l’excellent « La guerre en face ».

- Un contributeur à Ultima Ratio y fera une brève apparition.

Pour vous mettre dans l’ambiance, vous pouvez lire une interview de Patrick Barbéris sur le site de France 5 et regarder un extrait de « Sur la piste du terrorisme islamique » ci-dessous. Précision importante: les entretiens qui parsèment ce documentaire ont été réalisés plusieurs mois avant les événements de Toulouse et Montauban.

 


“Sur la piste du terrorisme islamique” : le loup… par telerama

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Boko Haram: the Next Global Jihadists?

Vendredi, 9. mars 2012 7:21

Yet another attack was perpetrated on Sunday against a church in the Nigerian city of Jos by the group Boko Haram. In November last year, the U.S. House of Representatives Committee had issued a report stating that this Muslim sect, which has been carrying out increasingly violent attacks in Nigeria in the past months, was “an emerging threat to the U.S. homeland.” The organisation, whose name translates as “Western education is a sin” in the Haoussa language, is a Salafist jihadist group based in northeast Nigeria. Seeking to establish Sharia law across a country divided between a mainly Muslim north and mostly Christian south, it has killed 935 people since 2009 through bombings and assassinations of Christians living in the north of the country. Last August, it moved up a notch when it managed to attract worldwide attention by attacking U.N. headquarters in Abuja, killing 25 people and injuring more than 80. But has Boko Haram really become the “next battalion” of global jihadists?

Whether this terrorist organisation is linked to al-Qaeda or not is a question which has been on many experts’ minds during the past months. A UN Security Council Report stated that Boko Haram members had been arrested last year as they were travelling to Mali, in possession of documents on the manufacturing of explosives and details of AQIM members. More generally, some officials claim that the similarity in the frequency and ingenuity of Boko Haram’s and al-Qaeda’s methods suggests there is some form of cooperation with international terrorist networks: Algeria’s branch of al-Qaeda or Somalia’s Shebabs, even though the latter hypothesis is highly questionable. In addition to these assumptions, Nigerian President Goodluck Jonathan, determined to stand as a front-line ally in the West’s war on terror, has kept such suspicions going by referring to the group as a “terrorist organisation with global ambitions.”

But in spite of Boko Haram’s attempts to recall, notably in their YouTube videos, the style of al-Qaeda, at the end of the day it remains firmly focused on domestic Nigerian grievances. Joe Brock explains that “[the group’s] anger is directed not at America or Europe but at Nigeria’s elites: at their perceived arrogance, their failure to deliver services, and the brutality of their security forces.” Even though Boko Haram officially covets the general implementation of Sharia law in Nigeria, and even if, as the late Samuel P. Huntington would argue, religious and cultural differences are enough to trigger a conflict, a careful analysis of the group demonstrates that its resentment already existed decades ago and does not have everything to do with a broader Islamist programme.

There is, indeed, a cocktail of explanations for the ongoing violence in Nigeria. First of all, in spite of extensive natural resources, Nigeria ranks among the most unequal countries in the world. Although it cannot be denied that there is a radicalisation of Islam in the region, the perception that there exists a differential treatment between the poor northern states and the more developed south has been a crucial factor in the recent upsurge of violence. In the north, the feeling of injustice is rampant. Oil, produced in the Niger delta in the south, is the country’s primary financial resource and yields approximately 60 billion dollars each year (2010). However, the federal system which characterises Nigeria has led to a highly unequal distribution of these revenues: while 13% goes to the oil-producing states, the rest depends on the leanings of the government (who, in addition, takes a mighty piece out of the lion’s share). The south has always been favoured, notably in the hope of easing activists in the Niger delta and of preventing oil from getting out of the country. The north, on the other hand, has been deprived of its rightful share, leading to a feeling of alienation from the government. Today, three quarters of northerners live on less than 200 dollars a year. Furthermore, the Nigerian tradition of alternating between a southern Christian president and northern Muslim one, was ended when Goodluck Jonathan succeeded Olesegun Obasanjo, who died before the end of his mandate. Northerners have found the appointment of Jonathan, a Christian from the south, very hard to swallow.

It is difficult to assess how to best tackle the issue. Boko Haram is said to have become a “franchise that anyone can buy into” and needs to be looked at from several perspectives. Although there is an urgent need to put an end to the massacres that Nigeria is witnessing and to the threat of civil war, it would be a mistake to solely deal with the Muslim sect as a security issue. In 2009, the killing of Mohamed Yusuf showed that the death of a terrorist group’s leader was insufficient to annihilate it. More generally, the harshness of the response, which has been essentially military, is said to have fuelled the violence. The need for economic readjustment, on the other hand, is urgent. A bit of governance reform and human development wouldn’t be a bad idea either. But as economic development expert Jeffrey Sachs asserted in a New York Times article, “at 155 million people and rising, Nigeria is the world’s eighth most-populous country and one of the hardest to govern…Very few [countries] come close to Nigeria’s scale and complexity of challenges.”

While Americans may not have so much to worry about regarding their homeland security, Mr Jonathan, on the other hand, has serious reasons to be disquieted given the gargantuan task ahead of him.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Alexandra Vickery

Les Mille et Une Nuits d’al-Qaïda

Jeudi, 16. février 2012 6:24

Les ouvrages sur le terrorisme peuvent se diviser en deux camps : les enquêtes de terrain, menées par d’intrépides journalistes et des anciens du métier, et les travaux académiques ou synthétiques, écrits à l’abri du bruit et de la fureur. Le livre Inside Al Qaeda and the Taliban se place clairement dans la première catégorie, ne serait-ce qu’à en juger par le destin de son auteur, le journaliste pakistanais Syed Saleem Shahzad, correspondant de l’Asia Times on Line au Pakistan et assassiné le 30 mai 2011 à l’âge de 40 ans.

Ce texte posthume de 250 pages n’est pas d’une lecture facile. Loin des grandes fresques parfaitement composées à la Ahmed Rashid, le livre de Shahzad est une mosaïque d’éléments, parfois redondants et dépourvus d’ordre chronologique, le tout dans un anglais parfois baroque. Et pour cause, l’ouvrage ne cesse de se référer aux Contes des Mille et Une Nuits comme une clé de lecture des chemins sinueux du jihadisme international. Les éléments factuels, souvent inédits, sont entrecoupés de longues considérations sur l’évolution idéologique du jihadisme dont l’auteur aurait certainement pu se passer. Il faut pourtant savoir dépasser ces aspects pour se plonger dans sa description des stratégies de pouvoir mises en œuvre par les combattants du Khorasan – une région mythique de la tradition islamique recouvrant une zone Ak-Pak élargie, de la vallée de la Ferghana en Asie centrale aux bouches de l’Indus.

Shahzad décrit la reconstitution par Al-Qaïda d’un réseau d’alliances au lendemain de son éviction d’Afghanistan à l’hiver 2001-2002. Alors que les Talibans afghans regroupés autour du Mollah Omar souhaitaient se concentrer sur la guerre contre l’OTAN, al-Qaïda aurait cherché à se reconstituer sur un terreau pakistanais. Leur vision reposait alors dans une stratégie indirecte assez fine destinée à couper les Occidentaux de leur voie logistique principale (un axe routier passant de Karachi à la passe de Khyber).  C’est dans cette perspective qu’il faudrait ainsi interpréter la création de la Jundullah, une organisation subversive essentiellement destinée à récupérer les membres des groupes armés pakistanais préexistants (Lashkar-e-Jhangvi, Jaish-e-Mohammad, Harkat-ul Mujahadeen, etc.) et à les rediriger vers la frontière nord-ouest du pays.

Dans cet effort, al-Qaïda aurait paradoxalement bénéficié de la pression américaine sur les Pakistanais pour lutter contre les réseaux jihadistes qu’ils avaient eux-mêmes suscité depuis le milieu des années 1970, en Afghanistan comme au Cachemire. Dès 2004, le retournement de l’ISI contre ses anciens proxies provoque un afflux de milliers de combattants dans les zones tribales : les premiers à les accueillir sont Jalaluddin Haqqani et son fils Sirajuddin – lui-même très proche de personnalités « arabes » dont Abu Laith al-Libi. C’est à partir de ce noyau pakistanais que se développe le mouvement des Talibans pakistanais (Tehrik-e-Taliba Pakistan) ainsi que la base stratégique permettant aux Talibans afghans de lancer leur offensive du printemps 2006. Shahzad souligne ainsi un point fondamental : au contraire des insurgés irakiens, les Talibans afghans sont inextricablement liés à leurs soutiens internationaux – dont al-Qaïda, quelle que soit sa délimitation, fait naturellement partie.

Dès lors, al-Qaïda n’aurait eu de cesse de développer deux stratégies : d’une part accroître son influence sur les Néo-Talibans en se rendant indispensable à leur combat – le réseau Haqqani, à la croisée des deux mondes, tient une place centrale dans ce dispositif – ; d’autre part de s’appuyer sur ses nouveaux éléments punjabis pour développer une stratégie internationale – c’est le sens de la création d’un nouvel organe, Lashkar al-Zil (LaZ).

Parmi les combattants punjabis qui arrivent au Waziristan pour nourrir LaZ, Shahzad distingue deux hommes : Muhammad Ilyas Kashmiri, chef de la légendaire Brigade 313 et Haroon Ashik, ancien officier et membre du principal proxy de l’ISI, Lashkar-e-Taiba (LeT). Haroon, ancien commandant dans l’armée avant d’intégrer le LeT, a d’ailleurs participé à de nombreuses missions en Afrique (Sierra Leone, RDC) comme casque bleu et a ainsi pu observer de près les comportements des militaires occidentaux. Formé par les Pakistanais aux études stratégiques (et notamment à l’histoire des insurrections vietnamiennes et tamoules), il insuffle aux Talibans afghans et pakistanais des conceptions tactico-stratégiques sophistiquées, ce qui, selon Shahzad expliquerait l’amélioration qualitative des opérations en Afghanistan à partir de 2008.

Muhammad Ilyas Kashmiri (1964-2011)

Kashmiri quant à lui apporte une nouvelle stratégie pour le jihad au Khorasan : selon lui, l’alliance américano-pakistanaise est le nœud du problème et, malgré ses errements, finira par avoir raison du mouvement. La solution viendra de l’Inde : un regain de tension, voire un conflit indo-pakistanais, le voisin oriental dégagera les marges de manœuvres à l’Est et rétablira la solidarité islamique. C’est l’origine des attentats de Bombay du 26 septembre 2008, organisés par Haroon, sous le patronage de Kashmiri, avec l’aide de ses anciens frères d’armes du LeT – Haroon aurait ainsi détourné une opération de routine de ce proxy traditionnel de l’ISI pour en faire un attentats jihadiste sans précédent. Pour Shahzad, cet attentat était destiné à provoquer une nouvelle guerre indo-pakistanaise: la marque du LeT étant, en Inde, synonyme d’ISI, une telle attaque ne pouvait s’agir que d’une provocation. L’intense action diplomatique américaine permet cependant de l’éviter et c’est en planifiant un second attentat, cette fois-ci contre des sites nucléaires et militaires indiens, que Rahman, puis Haroon sont finalement arrêtés. Quant à Kashmiri, il est tué en juin 2011 dans une frappe de drone.

En dépit des lourdeurs d’écriture et de construction, de passages beaucoup moins convaincants sur des régions hors de sa zone d’expertise (Somalie, Yémen, Asie centrale, Tchétchénie) et d’exagérations parfois aberrantes (il y aurait selon lui 100 000 combattants du jihad au seul Pakistan…), l’ouvrage de Shahzad n’en est pas moins un travail impressionnant. A l’heure où tous s’interrogent sur les raisons de la présence occidentale en Afghanistan, et l’existence d’intérêts vitaux en jeu, à l’heure où les tractations avec les Talibans semblent plus que jamais présager de leur retour au pouvoir, ce livre vient réaffirmer la réalité de la menace que le terrorisme radical continue de faire peser sur la stabilité du monde.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (3) | Autor: Elie Tenenbaum

Un début d’épilogue pour les FARC?

Mardi, 17. janvier 2012 16:51

La mort du leader des Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC), Alfonso Cano, le 4 novembre 2011, a porté un coup dur à la guérilla, au point le plus bas depuis sa création il y a 47 ans. Il s’agit, peut-être, de la meilleure occasion de mettre fin au conflit armé le plus long et complexe d’Amérique Latine. Il est pourtant trop tôt pour envisager une fin de la violence alors que la stratégie assumée du groupe reste dans la tradition communiste révolutionnaire de la « guerre prolongée ».

Le décès de Cano lors de l’opération « Odiseo » a été un véritable succès pour les forces armées colombiennes qui avaient déjà réussi à éliminer le chef militaire de l’organisation, « el Mono Jojoy », en 2010. La mort du dirigeant politique, probablement liée à la fuite de renseignements issus de son entourage, a suscité une crise de paranoïa au sein-même du groupe et un sentiment de danger omniprésent. Actuellement, les FARC se verraient réduites de 50% par rapport au début des années 2000, ne disposant plus que de 8000 à 9000 hommes. Alors que sa doctrine est fondée sur le soutien des masses populaires, l’organisation semble avoir perdu l’appui du peuple en raison des exactions et kidnappings qu’elle a commis.

Le 15 novembre, Rodrigo Londoño Echeverry, alias Timochenko, membre des FARC depuis 30 ans, médecin cardiologue de formation devenu chef du renseignement, a été désigné nouveau leader de l’organisation. Il y a un an, les rumeurs selon lesquelles Timochenko résiderait au Venezuela et passerait librement la frontière, avait jeté un froid entre les deux pays. Aujourd’hui, sous l’impulsion de la présidence colombienne de Juan Manuel Santos, la coopération entre les deux Etats s’est considérablement améliorée. Il s’agit d’un progrès important, car la frontière colombo-vénézuélienne est susceptible de devenir le point central du conflit et il semble difficile d’envisager une possible capture de Timochenko sans la collaboration du Venezuela.

Toutefois, si les FARC ont certainement perdu en mobilité et coordination, il ne faut pas sous-estimer leur capacité d’adaptation aux nouvelles circonstances. La nomination du nouveau chef suscite des interrogations quant à sa capacité à s’imposer en leader et enrayer la dérive criminelle du groupe, déjà bien avancée. Le général Alvaro Valencia Tovar, ex-commandant de l’armée colombienne, qualifie les FARC d’« organe révolutionnaire caduque qui a préféré se criminaliser avec le narcotrafic que poursuivre sa route politique d’inspiration soviétique ». Timochenko aura donc besoin d’une autorité totale sur l’ensemble du groupe afin de maintenir sa cohésion.

Actuellement, le danger est de se retrouver face à une transition d’un terrorisme politique vers la criminalité (en particulier le narcotrafic) ou d’autres méthodes de guerre plus conventionnelles, suivant des intérêts purement économiques. La guérilla est implantée dans des zones de passage stratégique, telles que la frontière avec le Venezuela, le long de la cordillère des Andes ou dans les régions en crise économique et sociale. Celles-ci lui offrent des avantages importants en ce qui concerne l’accès au Pacifique et des routes d’importation d’armes et de trafic de drogue, facilitant ainsi le fleurissement d’économies parallèles et le développement du crime organisé.

Dès lors, plusieurs scénarios sont possibles : d’une part, l’entrée dans un processus de « balkanisation », qui mènerait à une fragmentation du groupe en plusieurs factions indépendantes et opposées et qui poserait un obstacle majeur à la réalisation d’un accord unique et général de démobilisation.

D’autre part plane le spectre du terrorisme urbain, à l’image de la stratégie des Tupamaros uruguayens dans les années 1960 et 1970. Alors que les FARC souhaitent lutter contre l’image défaitiste qu’on leur attribue dernièrement, elles pourraient vouloir démontrer leur capacité d’attaque au moyen d’attentats contre la force publique, l’assassinat d’otages et des attaques à explosif. Le défi du gouvernement colombien est justement de maintenir une vigilance permanente face à ceux-ci, d’autant plus qu’il faut aussi réagir au développement d’autres forces telles que les BACRIM, nouveaux groupes de narcotrafiquants, qui ne manquent pas parfois de s’allier aux FARC.

Enfin, un dernier scénario plus optimiste suivrait d’éventuelles négociations de paix. Tous s’interrogent sur les velléités du nouveau leader à se placer dans la lignée de son prédécesseur en la matière. Ce dernier, malgré ses accents de marxiste dogmatique avait en effet ouvert à plusieurs reprises la voie du dialogue. Certes, les dernières actions de la guérilla et notamment l’assassinat des policiers pris en otage, laissaient présager d’un refus d’abandonner la violence. Toutefois, dans un communiqué du 10 janvier, Timochenko remet les négociations à l’ordre du jour après dix ans d’interruption et propose de reprendre l’agenda du « Caguan » (processus de paix de 1998 à 2002).  Il est notamment question de discussions sur « les privatisations, la dérégulation, la liberté absolue du commerce et de l’investissement, les atteintes à l’environnement […] et la doctrine militaire ». Cette proposition a été rejetée par le président colombien qui réclame de réels actes de paix et refuse de suivre à nouveau « el Caguan », considérant que ses bases ne sont pas réalistes.

Tous ces éléments placent l’organisation dans une période d’incertitudes, en remettant au premier plan les interrogations sur son avenir politique, ses modes d’action ainsi que sur la validité de sa stratégie de long terme. Un article du journal colombien Semana résume la situation de la manière suivante: « l’équation de la guerre en Colombie tend vers ce qu’en mathématiques on appelle une asymptote, une ligne qui s’approche de plus en plus de la limite, mais sans jamais l’atteindre ». Autrement dit,  même si les FARC sont de plus en plus affaiblies, leur défaite ou une négociation menant à leur démobilisation demeurent aussi lointaines qu’auparavant.

 

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Laura Tanase

Au coeur de l’antiterrorisme

Vendredi, 6. janvier 2012 10:00

Le nouveau numéro de la revue Politique étrangère vient de paraître. Il contient notamment une recension que j’ai rédigée du livre de Marc Trévidic intitulé Au coeur de l’antiterrorisme (JC Lattès, 2011). Vous trouverez cette recension ci-dessous. Plusieurs autres ouvrages portant sur les questions de sécurité et de Défense ont par ailleurs fait l’objet de comptes rendus dans ce numéro de Politique étrangère. Vous pourrez les lire sur le site de l’Ifri.

Marc Trévidic a été substitut au parquet antiterroriste de Paris de 2000 à 2003 puis est revenu à la galerie Saint-Eloi en 2006, en qualité de vice-président chargé de l’instruction. Autant dire qu’il connaît bien les rouages de l’antiterrorisme français. Après le départ de Jean-Louis Bruguière, il a « hérité » de certaines des affaires les plus médiatiques de ces trois dernières décennies, comme celle de la rue Copernic, des moines de Tibéhirine ou encore de l’attentat de Karachi en 2002. Certaines de ces affaires, bien que vieilles de 30 ans sont encore en cours : les coupables n’ont pas été confondus et le juge, tenace, refuse d’abandonner. Le temps peut faire son œuvre et la grande Histoire venir à la rescousse de la Justice. Après la chute du Mur de Berlin, l’ouverture des archives de la Stasi a ainsi permis d’élucider nombre d’attentats et de faire tomber Carlos.

Tout en respectant le secret de l’instruction, l’auteur dévoile le fonctionnement de la justice antiterroriste. Il raconte les enquêtes, les auditions, les procès. Il décrit l’originalité du système français, ses figures emblématiques aux surnoms baroques – Jean-Louis Bruguière (« l’Amiral »), Bernard Squarcini (« le squale ») ou encore Roger Marion (« Eagle Four ») – et son efficacité redoutable assurée notamment par le couple DST (puis DCRI) / instruction. Dans certaines affaires, la frustration du juge est évidente car il se heurte à la raison d’Etat. Il n’hésite pas à se montrer incisif à l’égard de l’exécutif quand il évoque la réforme du juge d’instruction voulue par le président de la République – une réforme qui permettrait d’enterrer discrètement les dossiers trop sulfureux.

Le style de Marc Trévidic est plaisant. Il alterne analyses et passages plus personnels – quand il mentionne par exemple sa première erreur judiciaire, dans une affaire de viol, alors qu’il débutait sa carrière dans le Nord de la France. Il manie l’humour et l’ironie, à l’instar de ce passage où il qualifie les documents confidentiels défense de « bibliothèque rose », expliquant que les juges sont souvent contraints de se contenter de la littérature pour enfants, le « très secret défense » étant réservé aux adultes. Rapidement, le ton redevient plus grave comme quand il évoque les mauvais traitements infligés aux prisonniers dans certains pays avec lesquels la France coopère. Au passage, on obtient la confirmation du fait que des enquêteurs français se sont rendus à Guantanamo pour y interroger des détenus.

Les jihadistes occupent une place particulière dans ce livre. A plusieurs reprises, son auteur emploie le possessif pour en parler : « mes mis en examen », « mon terroriste ». Il cherche à comprendre les raisons de leur radicalisation et de leur volonté de passer à l’acte. Certains d’entre eux sont très jeunes – 18 ans à peine – et le magistrat n’est pas loin de les considérer comme des victimes manipulées. Il sait toutefois que les vraies victimes ne sont pas les apprentis terroristes mais leurs cibles, ces personnes frappées au hasard dans des lieux publics et leurs proches, qui leur survivent et veulent à tout prix connaître la vérité. La vérité, c’est aussi ce que recherche Marc Trévidic, contre vents et marées. Pour que justice soit faite.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Focus stratégique: le top 5 de 2011

Mardi, 20. décembre 2011 17:44

Chers lecteurs,

Avant de fermer temporairement ce blog pour la période des fêtes de fin d’année, nous vous proposons de découvrir le top 5 des articles de la collection Focus stratégique en 2011. Ce classement est effectué à partir des téléchargements enregistrés sur le site de l’Ifri. La palme revient à Etienne de Durand pour son article sur la contre-insurrection qui a bénéficié d’un coup de pouce de Jean-Dominique Merchet. Voici le palmarès complet:

1) Etienne de Durand, Francs-tireurs et Centurions. Les ambiguïtés de l’héritage contre-insurrectionnel français

2) Marie-Dominique Charlier, La protection du territoire national par l’armée de Terre. Fondements, limites et perspectives

3) Mathieu Guidère, La tentation internationale d’Al-Qaïda au Maghreb

4) Pierre Chareyron, Hoplites numériques. Le combat d’infanterie à l’âge de l’information

5) Guillem Monsonis, La posture stratégique indienne face au défi pakistanais

Nous vous souhaitons une agréable lecture et, surtout, d’excellentes fêtes de fin d’année!

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Ultima Ratio

UE: la lutte contre le terrorisme est-elle un sport d’équipe ?

Mercredi, 23. novembre 2011 7:41

 

En 1976, la mise en place d’un forum de discussion appelé le groupe TREVI marque le début de la lutte contre le terrorisme par la communauté européenne. Depuis le début des années 2000, cependant, les initiatives se sont démultipliées. Les attaques de New York, Madrid et Londres ont constitué de réels tournants : elles ont encouragé la prise rapide de mesures et la réorganisation institutionnelle dans le but de contrer la menace. Mais coordonner 27 Etats-membres dans un domaine tel que celui de la sécurité s’est avéré être une tâche complexe et les phases d’accélération ont souvent été suivies de périodes de ralentissement, voire d’inertie. Aujourd’hui, certains affirment que l’Union a du mal à « trouver sa place » dans la lutte contre le terrorisme et déplorent le manque de considération pour les questions de sécurité à Bruxelles.

 

La décennie commençait pourtant bien. A la suite des attaques de New York, le Conseil vote, avec une surprenante rapidité, une Décision-cadre établissant une définition commune du terrorisme, harmonisant les sanctions des attaques terroristes et instaurant un Mandat d’Arrêt Européen. Cette décision-cadre, mise à jour en 2008, constitue aujourd’hui la base juridique de la politique européenne en matière de terrorisme. En mars 2004, après les attentats de Madrid, la Déclaration sur la lutte contre le terrorisme du Conseil définit 7 objectifs stratégiques à traduire en 175 mesures. C’est également à ce moment-là que naît le poste de Coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, dans le but de remédier au manque de coordination au sein de l’UE. Les attentats de Londres mènent ensuite à la rédaction de la Stratégie de lutte contre le terrorisme de l’UE (2005), qui s’organise autour de 4 piliers : « prévention », « protection », « poursuite » et « réaction ». Cette stratégie reste aujourd’hui le cadre de référence pour l’action de l’Union dans ce domaine.

On pourra également citer les politiques de l’UE pour lutter contre le financement du terrorisme, le programme de protection des infrastructures critiques, l’instauration de passeports biométriques, le Plan d’action européen pour améliorer la sécurité des explosifs, ou bien encore le renforcement des agences Europol et Eurojust.

Dans la pratique, pourtant, l’UE a fait preuve d’un réel manque d’efficacité. On a vu apparaître une surabondance de mesures dans le domaine alors même que la volonté politique ne suit pas. En témoigne la lenteur avec laquelle les mesures sont mises en œuvre : au premier janvier 2004, date limite de l’application de la Décision-cadre de juin 2002, seuls huit Etats-membres avaient adapté leur législation nationale aux conditions du Mandat d’Arrêt Européen. Il aura par ailleurs fallu six ans avant que les ministres de la justice et de l’intérieur des différents Etats-membres ne s’accordent sur le renforcement d’Europol. On constate aussi une tendance parmi les Etats-membres à produire des réseaux et institutions mais à refuser par la suite de leur procurer les moyens nécessaires pour exercer correctement leur fonction, ainsi qu’une réticence à convaincre les agences nationales, qui sentent leur autorité menacée, de se plier aux exigences de l’Union.

En 2007, la crédibilité de Bruxelles en matière de lutte anti-terroriste en prend un nouveau coup : le Coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, Gijs de Vries, démissionne, excédé par les multiples frustrations que présente son poste (équipe restreinte, budget et pouvoir insuffisants). Il faudra six mois avant que la Commission ne lui trouve un remplaçant en la personne de Gilles de Kerchove, certains Etats-membres étant même en faveur de la suppression du poste. Cette inertie a achevé de convaincre certains du manque de sérieux de l’Union européenne en matière de terrorisme.

On ne peut pas négliger les succès qu’a connus la politique anti-terroriste de Bruxelles. Le Mandat d’Arrêt Européen, mentionné précédemment, a notamment permis à l’Italie de remettre dans un délai record aux autorités britanniques l’un des auteurs présumés des attentats de Londres, arrêté à Rome; plus généralement, la création en 2001 du Joint Situation Centre (SitCen), plate-forme européenne d’échange et d’analyse d’information, permet aujourd’hui à l’UE de produire ses propres évaluations de la menace terroriste.

 

Il paraît pourtant difficile de pousser la coopération plus loin, que ce soit à cause de la lenteur de la mise en œuvre, ou de la réticence des Etats-membres à céder des prérogatives en matière de sécurité. Les pays de l’Union ont catégoriquement refusé la mise en place d’une CIA ou d’un FBI européen et privilégient la coopération bilatérale. Le manque de confiance envers les services de renseignements de certains Etats, avec lesquels la collaboration est encore jugée risquée, explique en partie ce choix. Enfin, la crise économique et financière que traverse actuellement l’UE tend à reléguer les questions de sécurité en bas de la liste des priorités politiques. La menace terroriste ne saurait être traitée au seul échelon national mais l’UE, cantonnée à un rôle d’harmonisation et d’analyse, n’est pas en mesure de devenir, pour le moment, une véritable plateforme opérationnelle. Au regard des arguments exposés, il serait peut-être même judicieux de remettre en question la pertinence du cadre de l’UE et d’accepter que la coopération à 27 en matière de lutte contre le terrorisme ne peut qu’être limitée.

Catégorie: Analyses, Divers | Commentaires (0) | Autor: Alexandra Vickery

Séminaire sur le terrorisme à Bruxelles le 8 novembre

Vendredi, 4. novembre 2011 7:18

Le mardi 8 novembre aura lieu à Bruxelles un séminaire sur le thème « 10 ans après le 11 septembre: Al Qaïda et la guerre contre le terrorisme ». Marc Hecker et Elie Tenenbaum, qui écrivent tous deux sur ce blog, y participeront.

Pour vous inscrire à ce séminaire, rendez-vous sur le site de l’Ifri!

 

 

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio