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Blessures invisibles: vers une meilleure prise en charge?

Vendredi, 20. avril 2012 10:58

Selon un article du New York Times, le Department of Veterans Affairs prévoit de recruter 1600 psychologues, psychiatres et autres spécialistes de la santé mentale pour prendre soin des anciens combattants, d’Irak, d’Afghanistan, mais aussi du Vietnam. Depuis 2009, le ministère fait d’importants efforts pour améliorer la prise en charge des blessures invisibles de ceux qui ont servi sous le drapeau américain, mais se voit toujours reprocher de ne pas en faire assez.

Pourtant, l’offre de soins pour les vétérans n’est pas la seule ligne d’effort des Etats-Unis dans ce domaine. Une initiative originale vise à prévenir les blessures invisibles très en amont. Il s’agit d’offrir, dès leur recrutement, aux soldats, mais aussi à leur famille, un cadre, le programme Comprehensive Soldier Fitness, qui les prépare psychologiquement à la réalité du « conflit persistant », et tente de déceler les fragilités individuelles pour mieux les réparer, renforcer les forces de chacun et la résilience des militaires et de leurs proches. Un numéro de la revue American Psychologist en présente l’approche et la méthode, avec notamment un papier de George W. Casey Jr., le chef d’Etat major de l’armée de terre américaine. Il s’agit d’abord d’un test, en ligne, d’auto-évaluation (Global Assessment Tool, en janvier 2011, 900 000 militaires l’avaient rempli). La deuxième étape consiste en des modules à faire soi-même en fonction des résultats du test. Le troisième niveau consiste en la formation de formateurs à la résilience (2 500 formés en janvier 2011) devant être déployés dans chaque bataillon et brigade pour enseigner la résilience. Le 4ème volet du programme consiste en des cours obligatoires d’entraînement à la résilience.

Face à ces efforts américains pour prendre en charge les « troubles du vent du boulet », en amont et en aval des guerres, les efforts français peuvent paraître manquer de souffle et de ressources. Il semble qu’une importante pression s’exerce sur le MINDEF qui, de son côté, fait son possible pour rendre lisibles et coordonner les offres de soins et de soutien. Suite à la production d’un « plan d’action troubles psychiques post-traumatiques dans les armées, 2011-2012″, le 10 mars 2011, un bureau médico-psychologique a été créé au sein du service de santé des armées (un psychiatre et un psychologue). Ce bureau vise à coordonner les différents services psychiatriques et psychologiques relevant du service de santé des armées (SSA), de l’armée de Terre, l’armée de l’Air, la Marine et la gendarmerie, chacun fonctionnant selon des logiques et avec des pratiques différentes, et avec chacun l’avantage d’être adapté aux besoins du service (terre, air, etc.) dont il relève. Un SIMPA, « service d’intervention médico-psychologique », ou de fait un réseau, regroupant tous les cliniciens des différents services, doit être créé. Il s’agit aussi d’améliorer la collecte des statistiques sur les troubles post-traumatiques, sur lesquels le SSA n’a pas de données fiables. Or, faute de statistiques, il est difficile d’évaluer précisément l’impact des efforts français.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Infected… et MutH5N1

Jeudi, 22. mars 2012 8:39

La Commission européenne vient de publier une bande dessinée, Infected, de Jean David Morvan et Huang Jia Wei (Luxembourg, Publication Office of the European Union, 2011). La BD raconte l’histoire d’une pandémie qu’un homme arrivé du futur permet d’empêcher. Le graphisme est excellent, l’histoire un peu convenue : elle met en avant un trio de coordinateurs européen, américain et onusien sur la grippe/les pandémies/les affaires sanitaires qui rappelle le trio de coordinateurs qui avait joué un rôle important dans la gestion de la grippe aviaire à partir de 2003 (Alain Vandersmissen pour l’UE, John Lange pour les Etats-Unis, David Nabarro pour l’ONU). Une assistante chinoise tient le rôle principal : avec l’aide de l’homme venu du futur, elle sauve son boss atteint d’une maladie mortelle transmise par un singe, puis, comble du kitsch, une fois la maladie maîtrisée, embrasse l’homme du futur. Le livre se termine, outre le baiser, sur une présentation pédagogique de l’approche « Une santé » (One Health). Celle-ci doit permettre de lutter contre les maladies émergentes en liant santé humaine et animale, sans créer de nouvelles structures (grâce à un travail en réseau entre les structures existantes) et – nous promet la BD – sans nécessiter de financements supplémentaires. Sur ce sujet, je vous recommande d’ailleurs l’étude que j’ai réalisée il y a un an pour le programme santé et environnement de l’Ifri.

Outre qu’il est utile de communiquer sur l’approche Une Santé, encore fort peu connue, cette BD nous permet surtout de revenir sur un débat violent en cours au sein de la communauté scientifique travaillant sur la grippe. En 2011, deux équipes de chercheurs ont manipulé le virus H5N1 pour le rendre plus contagieux pour les furets. Pour rappel, H5N1 aurait un taux de mortalité (discuté) de 60%. On peut donc imaginer le risque pris si un tel virus était diffusé dans la nature (encore que les scientifiques discutent la portée de ce risque). Le National Science Advisory Board for Security (NSABS) américain a demandé d’expurger les publications que ces chercheurs voulaient diffuser dans Science et Nature. Le New York Times a publié un édito demandant la destruction de ces virus. Et la communauté scientifique s’est divisée. On trouve d’un côté les partisans d’une meilleure sécurité biologique (biosafety) contrôlant ce genre d’expérience, évitant de les mettre à disposition des biologistes amateurs ou Do It Yourself et les confinant à des laboratoires P4 (et non P3+ comme dans les deux expériences). De l’autre côté, on compte les partisans de la liberté de la recherche scientifique, convaincus que ces expériences contribuent à améliorer la santé publique. Ron Fouchier, le responsable de la première équipe, et ses collègues ont alors appelé à un moratoire de deux mois sur leurs recherches. Enfin, un colloque de l’OMS a quant à lui conclu que les recherches pouvaient être publiées de façon intégrale.

On note donc un véritable schisme au sein d’une communauté scientifique, autrefois unie dans la dénonciation du danger qu’ont constitué la grippe aviaire puis la grippe de 2009. Un des enjeux sous-jacent à cette crise provient de la mise en œuvre de l’accord d’avril 2011 obtenu par l’OMS sur la coopération entre pays développés et en développement pour faciliter les échanges de cellules souches : alors que longtemps le refus de l’Indonésie de partager les cellules souches de H5N1 compliquait la coopération internationale dans ce domaine, cet accord a permis de trouver un compromis et de relancer la coopération. Or si les Etats-Unis, et en l’occurrence le NSABS, peuvent décider façon unilatérale quelles connaissances scientifiques peuvent être diffusées, voire quelles recherches peuvent être conduites, et dans quelles conditions, cela peut avoir un impact sur l’accès à ces informations des scientifiques des pays en voie de développement voire leur capacité à conduire eux-mêmes de telles recherches (peu disposent d’un laboratoire P4) et donc risque de remettre en cause le bon fonctionnement de l’accord. Surtout, l’approche One Health de la Commission européenne souligne que le danger provient de l’interface entre homme, nature et animal, les maladies animales pouvant se transmettre à l’homme (zoonoses) dès lors que l’environnement est modifié. Or ce débat sur MutH5N1 souligne que ce danger peut, de fait, provenir des laboratoires et des scientifiques eux-mêmes, pourtant censés nous protéger. Cette « crise » permet de remettre en avant de la scène médiatique les questions grippales, après la controverse de la grippe 2009, mais elle le fait d’une façon bien moins consensuelle que la BD Infected : surtout elle témoigne des limites de l’approche en réseau quand il n’existe pas d’accord sur la stratégie à adopter pour gérer les maladies émergentes, donc les grippes mutantes.

Outre les sources en lien, je vous recommande l’article d’Hervé Ratel, « Fallait-il manipuler H5N1 ? », Sciences et Avenir, mars 2012, n° 781.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Pourvu que le diable reste au frigo…

Jeudi, 18. novembre 2010 7:30

Parcourant les étagères du Centre des Etudes de Sécurité en quête d’un ouvrage sympathique pour les vacances, je trouve un petit roman de Richard Preston : « The Demon in the Freezer » qui raconte l’histoire vraie du virus de la variole et de son utilisation possible comme arme biologique. L’année 2010 marquant officiellement les 30 ans de l’éradication de la variole, le hasard fait parfois bien les choses.

Comme certainement beaucoup d’entre vous, je considérais, avant la lecture de ce livre, que la variole était une maladie d’un autre âge et que seul le « troisième âge » portaient encore la marque de la vaccination. L’arme biologique et son potentiel stratégique ne semblaient pas vraiment crédibles tant paraissent compliquées les techniques de production et de diffusion à grande échelle. Tant de certitudes rassurantes envolées en 280 pages, la littérature est parfois profondément anxiogène… [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Georges Dienekes

Blessures invisibles et conflits modernes

Vendredi, 11. juin 2010 6:09

Les traumatismes psychologiques consécutifs à des engagements militaires ont longtemps été négligés. Angoisse, stress post-traumatique (PTSD), cauchemars, dépressions sont devenus des symptômes relativement courants qui peuvent toucher les forces armées aussi bien sur le terrain qu’une fois de retour des opérations. Ces blessures « invisibles » qui réapparaissent avec les guerres en Irak et en Afghanistan, témoignent d’un besoin d’adaptation des services de santé des armées des forces occidentales.

Afin de mieux appréhender ces troubles, le Centre des études de sécurité de l’Ifri est heureux de vous inviter à une conférence, co-organisée avec l’AUSA, la COGES et le RUSI, portant sur les blessures invisibles dans les conflits modernes.

Si vous souhaitez participer à cet événement, merci de bien vouloir vous inscrire sur le site de l’Ifri.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

VIH-Sida et sécurité : un nouveau regard

Mardi, 20. avril 2010 7:54

Le programme ASCI, AIDS, Security and Conflict Initiative a réalisé 29 projets de recherches multidisciplinaires portant sur des régions différentes pour tester les relations entre VIH- SIDA, sécurité, conflit et gouvernance. Ce programme a été mené conjointement par le Social Science Research Council de New York et le Clingendael Institute de La Haye. Alex de Waal en présente les conclusions dans un article récent « Reframing governance, security and conflict in the light of HIV/AIDS : A synthesis of findings from the AIDS, security and conflict initiative » , Social Science & Medicine, n° 70, 2010, p. 114-120.

En 2000, il semblait nécessaire de craindre que le VIH-SIDA cause une grande instabilité dans les pays les plus touchés par la pandémie. On pensait que les guerres auraient pour résultat davantage de cas de VIH-SIDA. Et les militaires semblaient la catégorie professionnelle la plus vulnérable face à l’épidémie. Un rapport du National Intelligence Council de janvier 2000 soutenait un tel argumentaire, alors qu’un conseil de Nations Unies se réunissait pour discuter du VIH-SIDA pour la première fois. Ce discours sur la menace que constituait le VIH-SIDA permit de mobiliser des ressources conséquentes pour lutter contre l’épidémie. Cependant, quelle était sa validité ? C’est ce qu’a tenté de tester l’équipe de recherche du programme ASCI.

Concrètement, ces recherches montrent qu’il est difficile de démontrer un lien de causalité entre VIH-SIDA et fragilité des Etats. Un lien a pu être montré au niveau local, en Afrique du Sud, mais sans pouvoir retrouver la même relation dans d’autres régions. Le cas du Swaziland tend également à montrer la possibilité d’un lien entre pandémie et fragilité, mais cette relation ne se retrouve pas dans les pays voisins malgré des taux de VIH-SIDA également élevés. L’épidémie a donc une influence variable sur la fragilité des Etats.

Les recherches de l’ASCI montrent également que la relation entre VIH-SIDA et conflit est négative. En fait, ce sont avant tout les périodes de post-conflit qui seraient des périodes de vulnérabilité favorisant la transmission de l’épidémie, et non les périodes de guerre. Quant aux personnels en uniformes, ils ne sont pas plus vulnérables que la population civile. Mais leur recours au dépistage obligatoire dans certains pays offre paradoxalement une garantie de protection de l’institution mais constitue une atteinte aux libertés publiques. Trouver un compromis entre ces deux objectifs est nécessaire. Par ailleurs, les policiers (mais aussi les gardiens de prison, officiers des douanes et de l’immigration) semblent trop peu étudiés par rapport aux soldats, et pourraient se révéler plus à risque que leurs collègues militaires. Alex de Waal recommande en conclusion que plus d’efforts soient consacrés à la violence sexuelle, qui n’est pas assez prise en compte comme facteur de risque pour le VIH-SIDA.

Pour plus d’informations, voir aussi le rapport HIV/AIDS, Security And Conflict. New Realities, New Responses

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Focus stratégique: Soutien santé, le défi afghan

Jeudi, 25. mars 2010 14:00

Le dernier Focus stratégique a été publié il y a peu par Aline Leboeuf, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri et également membre de l’équipe d’Ultima Ratio. Le papier est consacré à l’adaptation du Service de santé des Armées aux missions afghanes. Résumé :

Contrairement aux progrès continus réalisés par la médecine civile, les améliorations en matière de traitement et d’évacuation des blessés de guerre dépendent d’abord de la capacité des services de santé des armées à s’adapter aux environnements conflictuels dans lesquels ils sont engagés. Le conflit actuel en Afghanistan en est l’illustration, comme le montre l’embuscade d’Uzbin.

Même si des commentaires nous sont déjà parvenus de manière plus ou moins ouverte, ce blog se propose d’être l’un des lieux où les discussions suscitées par le texte d’Aline pourront être tenues – n’hésitez donc pas à nous faire part de vos remarques.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio