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Le vrai mythe des paras !

Jeudi, 13. octobre 2011 6:58

 

 

 

 

 

 

 

La revue Guerres et Histoire propose dans son dernier numéro un dossier sur les parachutistes dont le  titre, volontairement provocateur, pourrait faire penser à une enquête à charge: « Les Paras, la faillite d’une arme, le triomphe d’un mythe ». Le débat d’idées étant toujours nécessaire,  voici quelques éléments que je livre à la réflexion de nos lecteurs.

Des parachutistes aux troupes aéroportées

Les capacités des troupes aéroportées sont souvent perçues et analysées au travers d’une phase bien particulière de leur mission que l’on nomme « la mise à terre » incluant bien évidemment le saut en parachute ou « aérolargage ». Pour autant, dès le développement de cette spécialité d’arme, les parachutistes ont cherché à diversifier ce mode opératoire en y incluant par exemple le poser d’aéronef (avion ou planeur) en zone hostile ou « aéroportage », et le poser d’aéronef en zone sécurisée ou « aérotransport ». Ces modes de mise à terre furent d’ailleurs utilisés dès le début par les Russes, les Allemands et plus tard par les Américains et les Britanniques en Normandie.

C’est sans aucun doute en partie pour cette raison que les parachutistes se sont tout naturellement intéressés à l’hélicoptère. Dans le cas français, en Algérie, ce rapprochement avec l’ALAT ne s’est pas fait  dans un esprit de concurrence mais bien dans une même volonté d’innovation et d’efficacité opérationnelle. Pilotes d’hélicoptères et parachutistes ont rapidement compris que l’hélicoptère pouvait constituer bien plus qu’un simple moyen de mise à terre en contribuant à la manœuvre. Tout le monde est en effet capable de descendre d’un hélicoptère, mais les pilotes français ont immédiatement compris que l’hélicoptère n’était pas un simple bus et le fantassin parachutiste pas un simple piéton ! Il ne faut pas confondre l’aérocombat avec un simple appui au mouvement.

Des succès payés chers mais acceptés

Il est indéniable que les succès du passé furent souvent payés cher, y compris parfois par excès de confiance, mais les concepts d’emploi du moment  étaient par essence extrêmement risqués. Non seulement la mise à terre  avait lieu dans des conditions peu ordinaires, mais elle se déroulait de surcroît derrière les lignes ennemies, sans moyens puissants (artillerie lourde, chars de combat…) et, comme le rappelait le général Bigeard, sans chemin de repli ! Le seul véritable mythe du para résidait bien là, dans cet isolement opérationnel, et pas ailleurs. La fameuse photographie du général Eisenhower rendant visite aux parachutistes américains quelques heures avant le grand saut l’illustre parfaitement : son état-major avait planifié un taux de pertes avoisinant les 50% dans le pire des cas. Il n’y avait là aucune faillite du concept mais bel et bien un sacrifice consenti militairement et politiquement pour les besoins d’une opération stratégique. En dépit des difficultés rencontrées, le débarquement de Normandie sans opération aéroportée aurait été un luxe dont le prix du sang aurait été sans doute bien supérieur  sur les plages de Normandie.

On ne survit pas éternellement, on s’adapte ou on disparaît

Les troupes aéroportées ne sont bien évidemment pas restées figées, ce n’est d’ailleurs pas dans leur nature. Elles ont évolué en fonction des menaces, des contrats opérationnels et des matériels. Britanniques et français se sont ainsi tournés vers l’intervention d’urgence en faisant des choix différents, une brigade aéromobile pour les uns, l’utilisation de la 3ème dimension dans tout son spectre pour les autres. Dans les deux cas, le concept d’emploi a bien évidemment évolué et il y a bien longtemps qu’il ne préconise plus un largage de masse au-dessus d’une zone tenue par l’ennemi, (les Russes le prévoyaient encore dans les années 1990). Dans toutes les armes, le passé éclaire l’avenir, jamais il n’a constitué une vérité intangible. Les réflexions  se poursuivent toujours, sous l’impulsion  de différents facteurs comme l’arrivée de l’A400M, l’extension probable de l’arc de crise évoqué dans le Livre blanc de 2008 ou encore la mutualisation  de capacités et de moyens avec l’armée britannique.

L’exemple de l’intervention de la 173ème Brigade aéroportée en Irak en 2003

Le dossier de Guerres et histoire présente cette opération comme un show à la gloire des troupes aéroportées. La problématique fut pourtant tout autre. La planification de l’invasion de l’Irak fut organisée selon différents scénarios basés sur une attaque principale au sud de l’Irak à partir du Koweït, en direction de Tikrit et de Bagdad, et une attaque secondaire au nord à partir de la Turquie. Cependant, un imprévu de taille remit sérieusement en question le bon déroulement des opérations.  Les négociations entreprises avec la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, échouèrent pour des raisons à la fois stratégiques (les Américains ayant prévu une action coordonnée avec les forces kurdes présentes au nord de l’Irak) et de politique intérieure. Ankara s’opposa catégoriquement à une offensive terrestre à partir de son sol et consentit uniquement à autoriser l’utilisation de son espace aérien  à l’aviation américaine.

Pour le commandement américain, l’ouverture d’un second front était pourtant indispensable afin d’éviter  la concentration des forces armées irakiennes face à l’attaque principale. Compte tenu de l’enclavement géographique de l’Irak et des délais disponibles, la solution d’une mise à terre par la troisième dimension s’imposa comme solution la plus adaptée. La Joint Special Operation Task Force – JSOTF, renforcée de la 173ème Brigade parachutiste, se vit alors confier la responsabilité des opérations au nord de l’Irak.

La 173ème Brigade parachutiste reçut pour mission d’ouvrir le front au nord de l’Irak en matérialisant clairement le début de l’offensive, ce fut là le seul show ! Effectivement la météo et la nature du terrain ne permettaient pas de poser d’assaut. La 173ème Brigade, renforcée en urgence d’éléments d’artillerie et de blindés, parvint à s’assurer du contrôle d’une plateforme aéroportuaire avec l’appui des forces spéciales en vue de l’établissement d’un pont aérien. Par la suite, elle parvint à fixer les unités irakiennes afin d’éviter qu’elles ne se replient vers le sud. Ce type d’opération correspond exactement au concept d’emploi des Français qui entretiennent des échanges réguliers avec leurs homologues américains, en attendant avec impatience l’arrivée de l’A400M.

Les réflexions concernant le devenir d’une arme ou d’une spécialité d’armes ne doivent être ni partisanes, ni faussées, ni conjoncturelles. En 1996, lors de la professionnalisation annoncée par le Président de la République, la mort de la brigade alpine était annoncée comme une évidence, « à quoi bon maintenir des savoir-faire consistant à s’emparer de cols à 2000 mètres d’altitude  équipés de skis et de baudriers ! » Après 10 années d’engagement en Afghanistan les savoir-faire spécifiques de la brigade d’infanterie de montagne s’avèrent pourtant bien utiles en période hivernale, là aussi, la montagne ne s’improvise pas.

 

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: J.R. Coignet

Toward the End of Force Projection? Operational Responses and Political Perspectives

Jeudi, 29. septembre 2011 17:29

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri vient de publier le numéro 21 bis de la série Focus stratégique, intitulé :

Toward the End of Force Projection? II. Operational Responses and Political Perspectives

L’auteur, Corentin Brustlein, est chercheur au Laboratoire de recherche sur la défense de l’Ifri, rédacteur en chef adjoint des Proliferation Papers et contribue également à ce blog.

L’article est téléchargeable ici.

Vous l’aurez peut-être deviné, il s’agit de la traduction du second volume de l’étude réalisée en 2010, sur le déni d’accès et ses conséquences sur les armées occidentales – et notamment européennes. Le premier volume est, quant à lui, téléchargeable ici.

Voici l’abstract de l’article:

For more than a decade, US defense circles have been concerned about the emergence of capabilities and strategies, which, as they spread, risk imperiling the United States’ position in the world by their ability to disrupt or prevent force projection operations. Though most of the literature on such “anti-access” strategies focuses on the military aspects of the threat, this Focus stratégique – the second and last part of a two-part study – adopts a different perspective. Firstly, it considers the various means Western armed forces could rely on to confront anti-access strategies and conduct forcible entry operations, and assesses in particular the potential French and European contributions. Secondly, it argues that the problem of access cannot be studied in depth without taking into account its political dimension, which determines the operational freedom of action of both the interventionist powers and their adversaries. As was the case with the first part of the study, mostly centered on an analysis of current Iranian anti-access capabilities, this article is focused on examples taken from the Persian Gulf region.

Et le sommaire :

Introduction

Western Responses to Anti-Access Capabilities

The Primacy of the Political Framework

Conclusion

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Leçons d’une décennie d’interventions à l’Ifri: les vidéos

Samedi, 24. septembre 2011 7:22

Comme nous vous l’annoncions hier, les vidéos de la première session du cycle de séminaires sur « 2012: La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), sont désormais en ligne.

Camille Grand a tout d’abord exposé les leçons qu’il tirait d’une décennie d’interventions extrêmement variées (intensité, cadres, durée, etc.), et celles pouvant être tirées de la récente guerre en Libye.


10 ans d'opérations militaires : alliances… par Ifri-podcast

Etienne de Durand a ensuite développé le cas de l’Afghanistan, pour élargir en seconde partie vers un propos plus général sur les difficultés croissantes auxquelles se heurtent les interventions occidentales.


Guerre en Afghanistan : analyse et bilan… par Ifri-podcast

Enfin, Jean-Dominique Merchet a présenté son analyse du bilan de la décennie d’opérations, en évoquant les quatre ‘D’ des interventions (dispersion, durée, diversité, durcissement) et s’est interrogé sur leur place dans la posture française (coûts, perception par l’opinion publique, etc.).

La France et les conflits armés en 2011… par Ifri-podcast

Suite à ces trois interventions, la discussion s’est engagée autour des remarques d’Elie Tenenbaum, puis de Philippe Gros.


Leçons d'une décennie d'opérations : le débat par Ifri-podcast

Nous communiquerons le reste du programme du cycle « 2012: La défense en question » dès que les derniers détails auront été fixés.

Comme toujours, vos commentaires sur ce séminaire sont les bienvenus !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

Toward the End of Force Projection? I. The Anti-Access Threat

Vendredi, 22. juillet 2011 9:00

Ifri’s Security Studies Center has just published a new Focus stratégique titled:

Toward the End of Force Projection? I. The Anti-Access Threat

The author is Corentin Brustlein, a research fellow in Ifri’s Defense Research Unit. He is also the deputy editor of the Proliferation Papers, and blogs at Ultima Ratio.

Abstract:

Force projection has become a general posture and a fundamental dimension of the influence Western powers intend to exert over the world by means of their armed forces. However, for the last fifteen years, Western states’ adoption of expeditionary postures has encouraged the proliferation of certain technologies. The latter favor strategies based on naval and air interdiction, and threaten to render foreign interventions too costly. This article thus seeks to provide some clues for understanding and assessing the threat anti-access strategies pose to Western, and especially European, force projection capabilities. In order to illustrate in a concrete way the potential problems regional adversaries can pose, this article will focus on assessing the Iranian anti-access threat.

Table of Contents:

Introduction
Force Projection  and the Anti-Access Threat
Countering Force  Projection Operations

This article is available on Ifri’s website.

Your comments are more than welcome!

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Hélicoptères et partenariats de l’OTAN : un peu de lecture pour l’été

Mardi, 28. juin 2011 10:00

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture de nos deux derniers numéros de la collection Focus stratégique intitulés:

« NATO Partnerships: Shaking Hands or Shaking the System? », Focus stratégique n° 31, par Vivien Pertusot. 

Résumé :

Le nouveau Concept stratégique de l’OTAN ne définit que des objectifs modestes pour l’avenir de cette institution. La modestie des ambitions vaut aussi pour les partenariats qui n’ont pas pu être redynamisés malgré l’adoption d’une politique dédiée en avril 2011. Le Dialogue méditerranéen (DM) et le Partenariat pour la paix (PpP) ont été lancés en 1994. Quant à l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI), elle remonte à 2004. Ces coopérations ont été créées pour que l’OTAN maintienne des échanges constants avec sa périphérie afin d’anticiper les menaces émergentes et de contribuer à la stabilité de son voisinage. Néanmoins, leur intérêt a décru et l’Alliance doit faire face à divers obstacles qui empêchent les partenariats d’aller de l’avant. Cette étude présente trois scénarios concernant l’avenir de ces programmes de coopération qui se trouvent aujourd’hui à un tournant.

Ce texte est téléchargeable sur le site de l’Ifri.

 

Le Focus stratégique n° 32, publié à l’occasion du Salon du Bourget, s’intitule « La guerre des hélicoptères. L’avenir de l’aéromobilité et de l’aérocombat ». Ce texte a été co-écrit par Etienne de Durand, Benoit Michel et Elie Tenenbaum.

Résumé :

Les évolutions successives de l’hélicoptère militaire ont abouti à un système d’armes très sophistiqué technologiquement. Pensé à l’origine pour contrer les blindés soviétiques, l’hélicoptère d’attaque est désormais confronté à un large spectre de menaces qui le ramène aux fondamentaux développés dans des contextes de contre-insurrection. Les manœuvres aéromobiles dans la profondeur et les forces héliportées autonomes ont ainsi laissé place à l’appui direct des forces. L’hélicoptère n’en demeure pas moins indispensable comme plateforme de combat et comme vecteur de mobilité tactique. Toutefois, le prix élevé de ces plateformes sophistiquées constitue un véritable défi pour des budgets de défense en diminution. Concilier la forte sollicitation en hélicoptères et les contraintes budgétaires actuelles impose désormais une adaptation des parcs à laquelle les évolutions technologiques ne sauraient seules apporter une réponse. Dans ces conditions, le temps des parcs homogènes composés de plateformes de même génération et dédiées à un seul type de tâche semble révolu.

Ce texte est téléchargeable ici.

N’hésitez pas à faire part de vos commentaires!

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marie-Charlotte Henrion

Libye : « On s’engage, et puis on voit »

Mardi, 22. mars 2011 12:41

Cette maxime de Napoléon est inhérente à la guerre. D’abord pensée en référence à l’action militaire de niveau tactique et opératif, elle décrit finalement assez bien la réalité stratégique de la plupart de nos interventions actuelles et pointe aussi leurs faiblesses, et d’abord une préparation stratégique souvent insuffisante – personne n’a oublié l’embarras grandissant des Américains une fois arrivés à Bagdad en 2003. Au vu de notre posture, du cadre choisi et de plusieurs inconnues majeures, l’action dans laquelle on s’est engagé depuis vendredi en Libye ne fait pas exception à la règle. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (11) | Autor: Etienne de Durand

Garder l’Amérique hors d’Asie: la diversification des moyens militaires chinois

Lundi, 28. février 2011 8:10

Les lecteurs assidus d’Ultima Ratio (et des productions de l’Ifri) que vous êtes auront peut être le souvenir d’avoir vu paraître au début du blog quelques posts sur le déni d’accès, posture militaire et politique par laquelle un acteur tente de s’opposer à une opération de projection de forces – une menace qui parle tout particulièrement aux appareils militaires occidentaux. Dans mes Focus stratégiques, j’avais choisi de m’intéresser en priorité au cas iranien, plus proche de l’Europe et peut-être aussi plus “à sa dimension” (quoique, sur ce point, il s’est avéré que ce n’était pas si simple).

Aux Etats-Unis, les regards se portent plus naturellement sur ce que fait la Chine dans le domaine. Celle-ci s’efforce de décliner le principe du déni d’accès sous toutes les formes envisageables, et certains experts ont passé un temps considérable à disséquer l’approche que la RPC a du déni d’accès, à évaluer les progrès de certains vecteurs conventionnels ou ses capacités et concepts d’emploi en matière de guerre des mines. Il y avait déjà beaucoup à dire (et, pour nous, à lire), mais il m’a paru intéressant de relater certains éléments apparus dans des auditions récentes de chercheurs de la RAND auprès de l’US-China Economic and Security Review Commission.

Roger Cliff remarquait récemment que bien que la Chine fasse des efforts afin d’améliorer ses capacités de déni d‘accès, le terme en tant que tel n’apparaît pas dans le débat militaire interne, qui évoque la nécessité de défaire un adversaire militairement supérieur (nécessité récurrente dans l’histoire militaire de la Chine contemporaine). Cela n’empêche pas la stratégie chinoise d’être fortement orientée vers le déni d’accès, mais explique le caractère hybride de cette posture, à la fois high-tech et recourant à l’asymétrie. Cette stratégie s’appuierait ainsi sur plusieurs principes :

  • Eviter une confrontation directe, “du fort au fort”, avec les forces de l’adversaire ; cibler des points vulnérables ou, tout au moins, des “points-clés” de l’adversaire, en particulier le C4ISR, à l’aide de capacités décisives concentrées à cette fin ;
  • S’emparer de l’initiative au plus tôt, créer un effet de surprise, préempter l’adversaire et ne pas laisser durer le conflit ;
  • Bénéficier de la supériorité informationnelle.

Cortez Cooper permet d’approfondir ce dernier point, plus original, mais qui laisse quelque peu songeur. Puisque le débat sur le déni d’accès est, dans une large mesure, une émanation du débat plus large sur la RMA, cela ne surprendra pas grand-monde de voir que la Chine envisage de constituer un “système des systèmes” auquel s’adosserait une campagne militaire destinée à contrer une intervention extérieure. L’intégration des différentes composantes de la “campagne interarmées anti-raid aérien” (Joint Anti-Air Raid Campaign – défense aérienne intégrée du territoire national, frappes sur les bases aériennes et porte-avions US, moyens aéroportés de C4ISR et de détection avancée, allonge supérieure des moyens antiaériens grâce à une portée accrue des appareils de chasse et au renforcement des capacités SAM de la flotte – People’s Liberation Army Navy ou PLAN) n’a rien d’aisé pour la Chine, tant en termes techniques qu’organisationnels ou opérationnels (c’est encore au plan doctrinal – sur le papier donc – que l’intégration sera la plus aisée).

Bien qu’ayant historiquement privilégié une posture de “pauvres”, la Chine se trouvera de plus en plus confrontée à des problèmes de “riches” : l’interarmisation, la constitution d’un réseau de capacités de détection et de ciblage transhorizons, l’intégration dans un plan de campagne de capacités de guerre électronique, cybernétiques, spatiales et conventionnelles, ou la constitution d’un réseau C4ISR global efficace et son articulation au niveau régional. Sur ce dernier plan, le défi est conséquent, et ne se résume pas à la seule obtention d’une “common operating picture”, mais à l’actualisation et la résilience de celle-ci dans le cadre d’un scénario d’intervention américaine.

Autre aspect intéressant, Martin Libicki, l’un des pères conceptuels de la cyberguerre (et des pionniers de la réflexion sur la RMA), s’est intéressé à la façon dont la Chine pourrait recourir à la cyberguerre dans le cadre d’une stratégie de déni d’accès, ceci à travers deux scénarios: un emploi stratégique des cyberattaques d’une part, un emploi opérationnel de l’autre. C’est très bref mais pas inintéressant.

  • Dans le premier scénario, la Chine lance une cyberattaque d’envergure stratégique contre le réseau de production et de distribution d’électricité des Etats-Unis, afin de dissuader ceux-ci d’intervenir dans un conflit en préparation à Taiwan. Selon Libicki, un tel emploi de la cyberguerre ne serait pas des plus pertinents pour la Chine: il transformerait une crise régionale en crise globale en touchant au homeland américain et tendrait plutôt à contraindre les Etats-Unis à intervenir pour ne pas perdre en crédibilité en Asie.
  • Une fois n’est pas coutume (cf. un précédent post de Marc sur ce blog), l’emploi opérationnel des cyberattaques s’avère plus original et intéressant: une fois l’intervention décidée du côté américain, la Chine attaque les systèmes d’information militaire des Etats-Unis, par exemple leur système de gestion logistique. L’objectif le plus évident serait ici de ralentir l’arrivée de leurs forces de projection, éventuellement dans l’espoir de créer un fait accompli à Taiwan, puis de préparer l’île à une tentative de reconquête américaine.
  • Alternativement, Libicki évoque la possibilité de voir la Chine utiliser cette attaque comme une sorte de première frappe « sous l’écran radar », sans gros risques. Suite à une telle initiative – purement « cyber » à l’origine – menée tandis que la flotte américaine entame ses mouvements pour prévenir ou répondre à une intervention chinoise, la Chine pourrait évaluer les conséquences de la cyberattaque, d’en déduire ses chances de résister militairement à une intervention américaine et, en fonction de cela, de décider d’intervenir ou non à Taiwan.

Il apparaît en tous cas de plus en plus clair que la Chine oriente sa posture vers des missions de déni d’accès. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le prochain numéro de Politique étrangère (mars 2011) comportera un article sur la modernisation de la flotte chinoise, écrit par mon ancien collègue Yves-Heng Lim, et qui tend à prouver cette tendance à partir du cas spécifique de la PLAN. Les testimonies indiqués plus haut montrent bien qu’une telle  stratégie mobiliserait l’éventail complet des pratiques militaires, et explique l’intérêt que lui portent les officiers et think tankers américains – ça et les éternelles rivalités bureaucratiques, bien entendu.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Corentin Brustlein

Le déni d’accès : parades opérationnelles et perspectives politiques

Mercredi, 26. mai 2010 7:33

Le Laboratoire de Recherche sur la Défense a publié ce mois-ci la suite du Focus stratégique n°20, qui exposait la menace du déni d’accès pour les capacités de projection de forces occidentales, en s’attardant notamment au cas de l’Iran dans le golfe Persique.

Le Focus stratégique n° 21 poursuit donc cette étude sur le déni d’accès et s’intitule :

Vers la fin de la projection de forces ? II. Parades opérationnelles et perspectives politiques.

L’objectif du papier est d’aller au delà du simple constat de l’existence de capacités préoccupantes, et d’examiner les moyens d’entrée en force, tout en remettant également le problème du déni d’accès dans son cadre politico-stratégique, comme toujours décisif. [...]

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Vers la fin de la projection de forces ?

Mercredi, 5. mai 2010 7:14

Le Laboratoire de Recherche sur la Défense, établi à l’Ifri, vient de publier un nouveau Focus stratégique écrit par Corentin Brustlein, dont vous avez peut-être déjà lu la prose sur Ultima Ratio. Le Focus stratégique n° 21 s’intitule :

Vers la fin de la projection de forces ? I. La menace du déni d’accès. [...]

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

Pourquoi reparle t-on du déni d’accès ?

Lundi, 5. avril 2010 7:41

Voici déjà plusieurs mois que les textes portant sur le déni d’accès refont leur apparition, après s’être faits (un peu) plus discrets dans le débat stratégique américain. Pour ceux ayant échappé à l’épisode précédent (car il y en a), le déni d’accès est la capacité, pour un acteur, d’empêcher son adversaire de pénétrer une zone donnée et, plus précisément, de pouvoir accéder à certaines localisations – points de débarquement, par exemple. C’est donc une menace directe posée à nos capacités de projection de forces.

On le comprendra, la thématique est éminemment navale. Elle ne se limite cependant pas à cela. Apparue à la fin des années 1990, tandis que l’appareil militaire américain s’enfonçait dans les missions de peacekeeping et qu’émergeait la Revolution in Military Affairs, la préoccupation quant aux capacités américaines de pénétrer un territoire se fondait sur trois éléments – deux constats et un présupposé :

  • Constat n°1 : La diffusion des technologies avancées, comme les missiles de croisière antinavires ou d’attaque au sol, missiles sol-air longue portée, sous-marins, et bien évidemment les armes de destruction massive développées « à l’irakienne », de manière opaque ;
  • Constat n°2 : La dépendance américaine à l’égard d’intérêts situés outremer, et donc à l’égard d’une posture expéditionnaire ;
  • Présupposé : Les adversaires ne seront pas tous aussi passifs que l’Irak de S. Hussein.

Depuis quelque temps, donc, le sujet revient, au point même de susciter un effort doctrinal conjoint entre US Navy et Air Force. Le déni d’accès était pourtant passé au second plan tandis que retombait l’enthousiasme pour la transformation rumsfeldienne, qu’il avait contribué à propulser, et alors que l’appareil militaire américain tentait de comprendre ce qui se produisait en Irak.  Aucun des deux constats ne semblait alors avoir connu d’évolution brutale, au point de lui ôter toute pertinence. Bien au contraire, même: les progrès technologiques accomplis par d’éventuels adversaires comme les difficultés rencontrées par les Etats-Unis au moment d’organiser l’opération Iraqi Freedom (par exemple l’attitude de la Turquie) n’ont fait que souligner la réalité des défis posés aux forces de projection. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Corentin Brustlein