Archive des Tags pour » post-conflit «

Où va Laurent Gbagbo?

Mercredi, 22. décembre 2010 15:00

Nous interrompons momentanément la trêve des confiseurs pour vous faire part d’une analyse sur la situation en Côte d’Ivoire. Ce post est rédigé par Vincent Darracq, docteur en science politique qui travaille actuellement pour le programme Afrique subsaharienne de l’Ifri en tant que Tapir fellow. Cette interruption temporaire ne doit pas vous faire oublier vos devoirs de vacances


Répression armée de l’opposition, fermeture des journaux pro-Ouattara, enlèvements et exécutions extra-judiciaires, obstruction délibérée à la mission de l’ONU dont il réclame désormais le départ de Côte d’Ivoire : le régime Gbagbo a choisi ces derniers jours la voie de la radicalisation et de la confrontation avec la communauté internationale. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (4) | Autor: Invité

FINUL: quelle efficacité ?

Jeudi, 25. novembre 2010 7:08

Le quatorzième rapport du secrétaire général des Nations-unies sur l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité a été rendu public début novembre. Il dresse un état des lieux en demi-teinte qui met en exergue la persistance de nombreux points de blocage, et rappelle à quel point  le sud Liban demeure crisogène.

Je souhaite revenir ici sur trois événements significatifs qui témoignent des contraintes dans lesquelles l’ONU doit exercer son mandat et dont l’analyse est de nature à éclairer le débat sur la question récurrente de l’efficacité de la FINUL.

L’incident de Shahabiye

Le rapport fait état d’une explosion qui s’est produite le 3 septembre 2010 dans une maison aux environs du village de Shahabiye. Le village en question a la particularité d’être situé à quelques kilomètres au Sud des gorges du Litanie, c’est-à-dire à l’intérieur de la zone de déploiement des troupes de la FINUL, mais également à quelques kilomètres à peine de positions de l’armée libanaise.

Le rapport stipule, sans en donner explicitement les raisons, que les troupes de la FINUL n’ont pu accéder au lieu de l’explosion avant plusieurs heures. L’enquête menée par  l’ONU n’a donc pas pu établir la cause de l’explosion, les éventuels éléments de preuve ayant été altérés ou éliminés avant l’intervention des casques bleus. Quant aux forces armées libanaises, le rapport précise, toujours sans en donner les raisons,  qu’elles ont également été dans l’impossibilité d’intervenir immédiatement. Notons cependant que dans le même temps, les troupes israéliennes ont déclenché une mission de surveillance du village à l’aide de drones. Ils ont ainsi pu filmer les allées et venues d’individus et de véhicules, procédant à l’évacuation « d’objets » présentés par les Israéliens comme des munitions.

Cet exemple illustre incontestablement les limites de l’efficacité de l’action de la FINUL. Mais il montre également à quel point il est erroné de lui en imputer l’entière responsabilité. En effet, force est de constater que chacun des acteurs cités a sa propre grille de lecture de l’application de la résolution 1701. Les troupes de l’ONU dont la mission première est de contribuer à la stabilisation de la paix, auraient-elles dû abattre le drone israélien, opter pour un passage en force au milieu de la population et faire feu sur les miliciens du Hezbollah au milieu du village sans savoir ce que contenaient le bâtiment et les véhicules environnants ?

Une telle attitude aurait probablement été interprétée par le mouvement chiite comme une déclaration de guerre, pour mémoire Hassan Nasrallah déclarait  dès 2006: « Le Hezbollah sera un soutien pour l’armée libanaise… il n’y aura pas de problème avec la Finul tant que sa mission n’est pas de désarmer la Résistance… ». Rappelons ici que si les troupes de la FINUL ont mandat d’intercepter toute personne en armes n’appartenant pas aux forces armées libanaises, elles ne peuvent effectuer des perquisitions dans des domiciles que s’il existe des éléments de preuve crédibles d’une violation de la résolution 1701.

Le rapport du secrétaire général montre toutefois que la présence de la FINUL n’est pas inutile. Il fait état de nombreux incidents, notamment aux abords de la ligne de séparation entre Israël et le Liban (ligne bleu) ou les tensions demeurent importantes. Il ressort de l’analyse de ces incidents qu’une issue favorable a pu être trouvée à chaque fois que la FINUL est parvenue à convaincre les belligérants de l’utilité de sa médiation. Dans le cas contraire, ce sont souvent les belligérants eux-mêmes qui, ne maîtrisant plus l’escalade, ont fait appel à la FINUL afin de circonscrire l’incendie.  Les événements du 4 août 2010 en donnent une parfaite l’illustration.

Les affrontements du 4 août

Le rapport présente les circonstances qui ont abouti, pour la première fois depuis la cessation des hostilités de 2006, à des échanges de tirs directs entre l’armée libanaise et les forces israéliennes, causant des pertes dans les deux camps.

L’incident est survenu dans le secteur sensible d’El Adeisse où se font face, à très courte distance, les positions des armées libanaise et israélienne de part et d’autre de la ligne bleue. Il semble que la réalisation de travaux aux abords immédiats de cette ligne par les Israéliens, ait provoqué une montée de tensions réciproque.  Le déploiement mutuel de troupes a conduit à des attitudes de plus en plus hostiles qui ont entraîné l’ouverture du feu côté libanais, provoquant la riposte immédiate des forces de Tsahal.

Il est intéressant de noter que la FINUL, présente sur les lieux, a proposé plusieurs solutions dont celle de réaliser elle-même les travaux. Mais sa médiation a, dans un premier temps, été rejetée par les deux belligérants. Si les troupes de l’ONU sur place n’ont pu s’interposer, ce qui serait revenu à engager le combat avec les deux parties, la FINUL a joué son rôle en isolant la zone de l’incident  tout en établissant le contact avec les hauts responsables militaires libanais et israéliens  afin de mettre un terme aux hostilités.

Gahjar

Pour terminer, l’actualité récente nous livre un élément d’appréciation supplémentaire. Gahjar est un petit hameau de 2000 habitants qui a la particularité de se situer sur la ligne bleue, à  hauteur des zones sensibles du plateau du Golan et des fermes de Shebaa. Il constitue un point d’achoppement entre la Syrie, le Liban et l’Etat hébreu depuis dix ans car Israël conserve le contrôle de la partie nord du village en dépit de son retrait du sud Liban en 2000.

Le commandant en chef  de la FINUL ayant une double casquette militaire et politique en tant que « head of mission », ses représentants successifs se sont personnellement impliqués dans les négociations lors de réunions tripartites afin de trouver une issue au problème.

La décision du conseil des ministres israélien d’autoriser le retrait de ses troupes du village montre à quel point l’action de médiation de la FINUL s’avère indispensable. L’Etat hébreu a d’ailleurs expressément émis le souhait d’en remettre le contrôle à la FINUL.

En somme, en l’absence de convergence de vues des différents acteurs, la FINUL ne peut véritablement jouer qu’un rôle de médiateur. S’il est illusoire de penser que la force onusienne pourra résoudre le contentieux entre Israël et le Hezbollah, elle n’en est pas pour autant inutile. Elle est en effet parvenue, au moins jusqu’à présent, à empêcher une véritable reprise des hostilités.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Autor: J.R. Coignet

La fragilité du « nation building » au Timor

Mardi, 16. novembre 2010 16:37

Le Centre des études de sécurité vient de publier le Focus stratégique n° 26, intitulé:

L’ONU, Pygmalion malhabile. La fragilité du nation building au Timor

Cet article de Dominique Lecompte offre une analyse approfondie des réussites et échecs des missions de l’ONU qui se sont succédé, entre 1999 et 2002, avant l’indépendance du pays.

Après trente mois d’administration onusienne, l’expérience timoraise fut d’abord « présentée comme une success story en matière de peace building et de nation building », mais l’auteur explique que « l’optimisme de l’ONU se révéla […] prématuré ».  Huit ans après son indépendance, l’Etat timorais reste en effet fragile voire, pour certains, en voie « d’africanisation ».

Si l’ONU a su rétablir la paix au Timor, en assurer la bonne gouvernance et y instaurer un régime d’alternance politique, elle a échoué dans quatre domaines : les services sociaux, les infrastructures, la police et la justice. Sont en cause, entre autres, une attitude technocratique qui a marginalisé les cadres timorais de l’administration de l’Etat et une incapacité à surmonter les divisions au sein même des forces internationales qui ont participé à la construction du pays.

Sommaire :

Introduction
Contexte institutionnel et sociologique de l’intervention onusienne
Les réalisations : succès et échecs
Leçons et recommandations
Conclusion

Pour télécharger l’article, cliquez ici.

Si vous souhaitez réagir à ce Focus stratégique ou faire des suggestions à l’auteur, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur ce blog !

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

France et RSS: Savoir dire non pour mieux dire oui

Vendredi, 5. novembre 2010 7:13

Niagalé Bagayoko intervenait il y a peu à l’Ifri sur La réforme des systèmes de sécurité et de justice en Afrique francophone, titre d’un ouvrage publié sous l’égide de l’Organisation internationale de la Francophonie. En mobilisant mes propres recherches sur la RSS en Sierra Leone (cf. cet article et celui-ci “La réforme britannique du secteur de la sécurité en Sierra Leone. Vers un nouveau paradigme”, Politique Africaine, n° 98, juin 2005, pp. 63-78. Publié également dans Michel Galy (dir.), Guerres nomades et sociétés ouest-africaines, L’Harmattan, Paris, janvier 2008 ), et certaines idées que j’ai retenues de sa présentation, il me semble possible de dégager quelques idées force sur les réformes du secteur de sécurité (que je définis comme réforme des institutions militaires, de police, de justice et de renseignement) et leur utilité: [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Aline Lebœuf

Réforme du secteur de sécurité: une alchimie fragile?

Mercredi, 2. juin 2010 7:07

La COIN exige de pouvoir s’appuyer sur des forces de sécurité locales. Des forces fiables, efficaces, qui ne forment pas elles même le nœud du problème. Cependant, de telles forces n’existent jamais. Il faut soit les former, soit les réformer, et encore cela ne suffit-il pas. Comment réussir la juste alchimie de la réforme du secteur de sécurité?

Un article déjà ancien du Guardian (fin avril) prouvait l’absurdité de certaines réformes des forces armées. Selon l’article, des troupes somaliennes formées par les Américains désertent, y compris pour rejoindre Al-Qaeda. De façon moins caricaturale, tous les processus de réforme des appareils de sécurité, que ce soit en République Démocratique du Congo, en Afghanistan, au Libéria, etc. témoignent des difficultés rencontrées par de telles tentatives. Même en Sierra Leone, où ce processus peut être considéré comme une réussite, dans les détails, la situation manque de panache (corruption persistante, échecs de certains objectifs – comme le relogement des soldats, etc.).

Depuis plus de dix ans, pourtant, toute une réflexion a été conduite pour renouveler la façon dont on tente de réformer les appareils militaires et de police, autour du DFID et de l’OCDE, avec une insistance nouvelle sur une vision globale du secteur de sécurité, et sur sa gouvernance. Si ces approches pèchent par leur dimension très normative, leur absence de vision stratégique (en voyant parfois une armée comme une institution uniquement, et non comme un instrument de guerre façonné par son environnement stratégique) et leur difficulté à prendre en charge les questions d’efficacité opérationnelle (usage de la force), elles ont le grand atout d’inciter à une vision politique et globale qui fait parfois défaut aux visions traditionnelles de la coopération militaire. Ces dernières peinent par exemple à appréhender les questions de corruption, l’importance d’une garantie des salaires (et donc que ces derniers sont réellement distribués aux soldats, et pas juste financés), comme le montre l’exemple somalien (et contrairement au travail intéressant de l’EUFOR en RDC à ce titre). Elles oublient que former des policiers sans juges ni prisons risque de poser quelques problèmes à terme, ou que modifier le statut des militaires sans faire de même pour celui des policiers peut conduire à des tensions (voire des affrontements) inter-forces, etc.

Les réformes du secteur de sécurité sont le produit d’une alchimie complexe. Leurs résultats sont forcément partiels, « gris ». Cependant une forte volonté politique et d’importantes ressources, une bonne connaissance du pays, une vision claire des objectifs poursuivis par les réformes (et de leurs limites), un certain pragmatisme et un effort réel pour anticiper les conséquences des décisions prises, peuvent permettre d’en faire des outils utiles, non seulement pour le succès des campagnes de COIN mais surtout pour la stabilité du pays « réformé ».

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Aline Lebœuf

Human Terrain Team en Kapissa

Jeudi, 15. avril 2010 14:38

Matthew Arnold vient de publier un bon papier pour le Small Wars Journal où il détaille les efforts mis en place par la Task Force Lafayette pour bien appréhender le milieu humain dans lequel elle doit agir. Il insiste notamment sur l’intérêt du Human Terrain Mapping et montre que les efforts français pourraient servir de modèle dans ce domaine à d’autres unités.
Le Dr Arnold est un chercheur en sciences sociales inséré dans la Human Terrain Team qui travaille au profit de la TF Lafayette. Ce programme américain  HTS avait d’ailleurs fait l’objet d’un séminaire à l’IFRI en juillet 2009 autour du Dr Montgomery McFate et du colonel Steeve Fondacaro.

La lecture de ce document m’amène à deux observations:

D’abord cela confirme, avec d’autre sources, que la brigade Lafayette a parfaitement intégré les clés de la stratégie de COIN, basée sur la compréhension des attentes de la population, un contrôle très strict de l’usage de la force et le recours au soft power. Elle a par exemple créé une radio libre faite par et pour les femmes afghanes, avec des dédicaces qui rencontrent un franc succès. Cette approche pourrait fournir des résultats visibles rapidement, si les relais de reconstruction civile et les Afghans prennent la suite.

Mais surtout, cette analyse, publiée par un Américain, sur un blog américain, montre la faiblesse de notre coopération civilo-militaire. Triste époque où ne nous pouvons mettre en place en France les moyens d’identifier, de préparer et de projeter des experts français, dont le nombre et la qualité ne manquent pas, sur un théâtre de guerre, pour travailler aux côtés des militaires. Et ainsi relayer les résultats de ces travaux parmi la communauté de recherche.

Les conflits à venir vont solliciter l’expertise croisée de différents domaines, civils et militaires. Les Britanniques, avec la création de la Stabilisation Unit ont parfaitement compris cet enjeu. Ils disposent déjà d’ un Civilian Stabilisation Group de 1000 experts (voir aussi à ce sujet, ce post). La France est en retard. Il est temps de décloisonner administrations, entreprises, think tanks et universités pour apprendre à gérer ensemble les crises de demain, où il n’y aura peut-être pas toujours d’experts américains disponibles.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (4) | Autor: Joseph de Lhomenède

Le développement britannique entre cohérence et indépendance

Mercredi, 14. avril 2010 8:00

A l’approche des élections britanniques du 6 mai, les réflexions sur l’avenir du DFID outre-Manche fournissent une occasion d’interroger les efforts de cohérence interministérielle menés à Londres dans le domaine des sorties de conflits ces dernières années.

En 1997, l’agence d’aide au développement britannique devenait un ministère, le DFID, Department for International Development. 13 ans plus tard, celui-ci s’est imposé comme l’un des leaders parmi les agences de développement et a fait son nid sur l’échiquier de Whitehall. A priori, la prochaine élection britannique ne devrait pas remettre en cause son statut de ministère. Cependant, le DFID reste au cœur de nombreuses contradictions qui le définissent autant qu’elles le contraignent: entité politique et/ou agence d’aide, ayant pour objectif d’influencer le gouvernement et les autres acteurs de l’aide mais aussi de défendre son indépendance grâce à une certaine conception de la lutte contre la pauvreté (son objectif unique selon le International Development Act de 2002), se concentrant sur les symptômes ou les causes profondes de la pauvreté, et hésitant même sur son identité, entre « DFID » et « UKAID ».

Le DFID, depuis sa création, a surfé sur l’ambition Blairiste de « joint government » – cette vieille idée de coordination ou de coopération interministérielle et importée récemment dans le jargon militaire sous le nom de « comprehensive approach »-, pour s’imposer au sein du gouvernement britannique comme l’un des leaders d’un certain nombre de politiques publiques (ventes d’armement, maintien de la paix, réforme du secteur de sécurité). Un rapport récent de l’IPPR pour World Vision UK propose un bilan de ce qu’il appelle « la cohérence politique » (autre nom de la « jointness ») notamment dans le domaine de la gestion des conflits. On y apprend notamment qu’un quart des dépenses du DFID est consacré aux pays « insecure » (p.21), ce qui prouve l’importance prise ces derniers années par ces pays pour le développement britannique.

[...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Aline Lebœuf