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Etablir l’état de droit au Kosovo. Succès et échecs des Nations unies

Lundi, 12. décembre 2011 7:56

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri vient de publier le numéro 34 de la série Focus stratégique, intitulé :

Etablir l’état de droit au Kosovo. Succès et échecs des Nations unies

L’auteur, Jean-Christian Cady, est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et ancien élève de l’ENA. Après une carrière dans le corps préfectoral, il a été, de décembre 1999 à juin 2001, représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU au Timor Oriental, chargé de la gouvernance et de l’administration publique, avec le grade de sous-secrétaire général de l’ONU. D’août 2001 à décembre 2004, toujours avec le même grade onusien, il a été  chef du pilier police et justice au sein de la Mission Intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Il a terminé sa carrière comme chef du service de coopération internationale de police au ministère de l’intérieur de 2005 à 2008.

L’article est téléchargeable ici.

Voici le résumé de l’article:

Créée le 10 juin 1999 par la Résolution 1244 du Conseil de sécurité, la MINUK avait pour objectif de refonder les institutions d’un pays dévasté par la guerre et d’établir une gouvernance démocratique. Dans le cadre de ce processus de state-building, la sécurité des personnes et des biens et l’existence d’un système judiciaire dans lequel la population a confiance étaient des critères essentiels. La communauté internationale n’est parvenue qu’imparfaitement à réaliser ces objectifs. Des difficultés locales, liés à  la haine interethnique et à l’insécurité qui en découle, mais aussi des faiblesses internes aux institutions internationales, ont représenté des obstacles majeurs à l’implantation d’une police locale et d’un système judiciaire respectueux des normes des Nations unies. Aujourd’hui, le soutien d’acteurs internationaux demeure nécessaire au bon fonctionnement du Kosovo, attestant de la fragilité de l’indépendance. Ce bilan de l’action de la MINUK démontre que les opérations de maintien de la paix peuvent atténuer les conflits sans pour autant en supprimer les causes.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Assurer la sécurité des personnes et des biens

Créer un système judiciaire neutre

Transitions inachevées

Conclusion

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Violences politiques en Sierra Leone, malgré dix ans de paix

Dimanche, 25. septembre 2011 21:00

La Sierra Leone devrait célébrer début 2012 une décennie de paix, rendue possible notamment par l’intervention du Royaume-Uni et des Nations Unies. Alors qu’aujourd’hui cette présence internationale est réduite à une peau de chagrin, la perspective des élections présidentielles et législatives 2012 renforce les tensions et de nouvelles violences ont éclaté le 3 septembre à Kono et le 9 septembre à Bo, deuxième ville du pays. De telles violences avaient déjà éclaté avant les élections présidentielles en 2007 et en 2009.

La guerre avait fait en partie disparaître l’opposition entre le Nord (représenté par le parti APC) et le Sud (représenté par le parti SLPP) de la Sierra Leone, cependant cette opposition a réapparu dès les élections de 2002 et structure véritablement la vie politique sierra-léonaise. Une vieille pratique sierra-léonaise consistait à mobiliser des jeunes pour défendre les intérêts d’un candidat, si besoin en recourant à la violence, comme l’a montré l’anthropologue américaine Mariane Ferme. Or, depuis 2007, les partis ont commencé à remobiliser d’anciens combattants, donnant lieu à de nouvelles confrontations ponctuelles lors d’élections et dans les parties de la Sierra Leone les plus disputées, aux frontières entre zone APC et zone SLPP.

Ces violences, pour Lans Gberie, s’expliquent par un climat d’impunité et la présence limitée de la police et s’accompagnent de provocations entre religions inquiétantes. Elles semblaient avoir diminué depuis 2009, mais des affrontements ont eu lieu début septembre à Kono, à l’Est du pays, puis le vendredi 9 septembre à Bo, au centre de la Sierra Leone. Il y aurait eu un mort et 23 blessés (voir aussi ici). On trouve en ligne des images de ces violences (ici), qui ont vu à la fois une attaque contre Maadia Bio, le candidat du SLPP aux prochaines élections présidentielles (blessé par des pierres, voir la vidéo), suvi de l’incendie de plusieurs bâtiments de l’APC et de résidences de personnalités locales de l’APC.

Maadia Bio (ancien brigadier) fut le chef de l’Etat sierra léonais pendant quelques mois en 1996 : il avait pris le pouvoir par un coup d’Etat puis organisé les élections présidentielles ayant permis le retour de la démocratie en Sierra Leone.

Ces affrontements sont inquiétants, d’autant qu’ils s’accompagnent d’une couverture des évènements par la presse souvent partielle, manquant de modération voire jetant de l’huile sur le feu. Notons qu’on a pu aussi observer des violences similaires au Liberia, ce qui témoigne que le jeu démocratique, s’il est bien implanté dans la région (au point de structurer les violences), reste un jeu dangereux et volatile. Cela augure mal des prochaines élections, en 2012, d’autant que les forces de sécurité sierra-léonaises, bien que réformées et plus efficaces qu’il y a dix ans, restent prisonnières du bon vouloir du politique. Si ce dernier reste incapable de réguler le jeu partisan, et son propre recours aux anciens combattants, les forces de sécurité sont condamnées à tenter d’éteindre, difficilement, les braises sur lesquelles les politiques ont soufflé. Elles risquent pour ce faire, d’avoir elles mêmes recours à une force de plus en plus excessive et de se faire instrumentaliser par le pouvoir (défendant l’APC davantage que le SLPP comme en 2009).

 

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Kadhafi delendus est

Samedi, 3. septembre 2011 10:00

La proximité de la Libye de Kadhafi avec la Carthage d’Hannibal n’est guère que géographique – sauf à inclure le prénom de l’un des fils du dictateur. La sagesse grondeuse de Caton l’Ancien, qui redoutait encore la cité punique après que celle-ci fut vaincue, peut quand même nous éclairer encore aujourd’hui quand il s’agit d’évaluer la conduite à suivre dans la région. On pourrait d’abord s’étonner de ce que les membres du CNT et de l’OTAN multiplient ça et là les déclarations d’intention quant à leur poursuite des opérations. La grande réunion internationale de jeudi 1er septembre a en effet décidé de maintenir les frappes à l’encontre des forces persistantes de l’ancien régime dans ce qui pourrait sembler à certains un acharnement contre un vieillard battu à la santé mentale fragile.

Les citoyens de l’Europe occidentale, au nom desquels la guerre est menée outre-Méditerranée, sont en droit de s’interroger : existe-t-il encore une menace Kadhafi ? S’il est encore difficile d’évaluer ses forces, on peut d’ores et déjà imaginer un scénario de poursuite de la guerre.

Dans son dernier message aux Libyens et à l’Occident, Kadhafi promettait « la guérilla [...] la résistance et la longue guerre» contre les forces du CNT. A-t-il les moyens de mener une telle lutte? Rien n’est moins sûr : alors que l’effondrement de son régime entraîne les défections de ceux qui s’étaient hier encore rangés au côté du Guide, il lui faudrait une aura exceptionnelle pour mobiliser des forces, susciter une adhésion qui dépasse ses bases tribales ou répondre de façon crédible au désir de changement des Libyens. Et pourtant, les combats continuent à Syrte et dans d’autres localités, sans mentionner l’immensité du désert méridional, avec ses champs pétroliers et ses frontières poreuses – sanctuaire tout trouvé pour une guérilla en quête d’oxygène.

Par ailleurs, si l’histoire récente nous a bien appris une chose, c’est qu’un état de grâce n’est pas éternel. Les guerriers de l’Alliance du Nord et les troupes américaines avaient été fêtés par les Afghans en 2002, avides de changement et pour le moins satisfaits de se débarrasser d’un régime qui les opprimait de bien des façons. C’est l’incurie de la communauté internationale et du nouveau gouvernement décentralisé qui ramena peu à peu les Talibans dans le jeu, jusqu’à faire d’eux, à partir de 2006, une alternative acceptable à la corruption des warlords.

De même, on peut d’ores et déjà s’inquiéter de ce que le Président du CNT et son Premier Ministre, Moustafa Abdel Jalil et Mahmoud Jibril, semblent un peu trop arrivés « dans les fourgons de l’étranger », comme l’on disait de Louis XVIII. Le contrôle des forces armées paraît fragile, comme le laisse entrevoir l’assassinat de son chef militaire, le général Abdel Fattah Younès en juillet dernier et resté impuni depuis. Ainsi que le précisent déjà certains observateurs, la plupart des chefs politiques des rebelles avec lesquels nous traitons n’ont toujours pas foulé le sol de la Tripolitaine. Les hommes qui ont pris la capitale semblent bien différents : venus de l’Ouest et non de Cyrénaïque, ils restent largement inconnus du grand public à la manière du désormais célèbre « bataillon Tripoli », peut-être composé davantage de forces spéciales que de manifestants libyens, et l’on s’inquiète d’ores et déjà de la forte présence dans les combats d’Abdelhakim Belhaj, plus connu sous le nom d’Abou Abdallah al-Sadek, et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le fossé existant entre un tel chef de guerre et l’homme que l’on a vu cette semaine sur le perron de l’Elysée n’augure rien de bon quant à la future unité du nouveau gouvernement.

Le pire n’est jamais sûr, mais il est raisonnable de craindre le désordre dans la Libye nouvelle. Si le chaos devait s’installer de manière durable – entretenu par exemple par des actes de terrorisme vindicatifs mais perturbateurs de la part des Kadhafistes retranchés –, tandis que le CNT se divise ou se consacre essentiellement au partage, en interne et en externe, de sa rente pétrolière, les Libyens, comme les Afghans avant eux, pourraient alors ressentir la nostalgie d’un régime, pourtant honni, mais qui leur assurait la sécurité.

Certes, les deux situations n’ont rien à voir : la géographie du pays est moins propice à l’insurrection, la société libyenne moins fragmentée et plus ouverte à l’étranger en général et à l’Occident en particulier, enfin Kadhafi ne peut s’appuyer sur un Pakistan voisin prêt à jouer le plus dangereux des jeux pour le protéger – encore que l’Algérie, le Soudan et les rebelles tchadiens pourraient, pour peu que la situation les y poussent, aspirer à jouer un tel rôle. Comparaison n’est pas raison, il n’en serait pas moins fâcheux de laisser s’échapper le dictateur comme on a laissé partir le mollah Omar. Comme Carthage, le kadhafisme doit être détruit, non pour ce qu’il est aujourd’hui mais pour ce qu’il pourrait incarner demain.

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Autor: Elie Tenenbaum

Sur le terrain, ils n’ont que le blason pour se protéger

Mardi, 12. juillet 2011 6:20

Après six mois de recherche, mon étude sur la protection des civils se termine. L’une des cinquante personnes que j’ai interrogées m’a parlé de ces civils qui n’ont « que le blason pour se protéger », les ONG comme le CICR (mais leur situation s’applique en fait aussi aux civils des entreprises ou des agences de développement/des Nations Unies et ce post traitera de tous les experts civils déployés sur des terrains en crise). Vous êtes-vous déjà demandé comment on se protège avec un blason ? [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Fin de partie en Afghanistan ?

Jeudi, 9. juin 2011 8:26

Le Centre des études de sécurité organise son prochain séminaire-sandwich autour de Gilles Dorronsoro le jeudi 16 juin à 12h30 dans les locaux de l’Ifri.

La Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) en Afghanistan peine à affaiblir l’insurrection menée par les Talibans et autres factions. L’insurrection s’intensifie malgré la neutralisation ciblée de nombreux leaders insurgés. Le président Obama a annoncé un retrait d’ici à 2014, mais toute une série de facteurs (corruption, manque de confiance mutuel entre autorités afghanes et forces de la coalition et les nombreux accrochages entre ces dernières et la population civile afghane) contribuent à la remise en question de la présence de l’ISAF. Face à ce constat, on peut s’interroger sur la direction que prendra l’insurrection dans l’immédiat après-ben Laden. Comment faciliter le transfert de responsabilités et de compétences vers les forces de police et de sécurité afghanes ? Quels scénarios peut-on bâtir concernant le retrait à venir ?

Gilles Dorronsoro est chercheur invité au Carnegie Endowment for International Peace dans le cadre du Programme Asie du sud. Il a par le passé enseigné à l’Institut d’études politiques de Rennes et à la Sorbonne. Editeur du European Journal of Turkish Studies et du South Asian Multidisciplinary Academic Journal,  il a publié en 2005 Revolution Unending : Afghanistan, 1979 to the Present (Columbia University Press).

Pour vous inscrire, vous pouvez contacter Romain Bartolo à l’adresse strategie2@ifri.org ou au 01 40 61 60 24.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

The return of the Troubles?

Lundi, 11. avril 2011 11:00

« After a 30-year winter of sectarian violence, Northern Ireland today has the promise of a springtime of peace. » It is with these words of hope that the former US President Bill Clinton commented the signing of the Belfast Agreement on April 10th 1998 which put an end to years of bloodshed and centuries of tensions. Yet, less than two weeks ago, on April 2nd, Ronan Kerr, a Catholic Police Service of Northern Ireland (PSNI) officer, was murdered by dissident republicans when a bomb exploded under his car. Thirteen years after the Belfast Agreement, terrorist attacks have suddenly increased and cast doubt on the durability of the peace process in Northern Ireland.

‘The Troubles’ evolved from 1969 to the end of the twentieth century and led to the deaths of over 3 500 people. The Good Friday Agreement finally addressed the deep rooted causes of the conflict. Based on compromise and inclusiveness, it led to the creation of a successful power-sharing government. The main Loyalist and Nationalist terrorist groups such as the UVF, UDA and the Provisional Irish Republican Army (PIRA), agreed to put an end to their campaigns and had their weapons decommissioned. In 1995, the European Union launched its Special Support Programme for Peace and Reconciliation in Northern Ireland and the Border Counties of Ireland. Two other EU PEACE programmes followed over the years and in total almost two billion euros will have been invested in peace and reconciliation initiatives in Northern Ireland by 2013. On paper, all signs seem to point to the success of the peace process in Northern Ireland and the progress of stability and reconciliation.

Yet, according to various sources there has been a recent surge in paramilitary activities in the country. As stated by the MI5, these dissident republican groups are the Continuity IRA, the Real IRA as well as Óglaigh na hÉireann (the “soldiers of Ireland”) and were formed after successive splits within the PIRA. As far as the other side is concerned, there has been no evidence of recent activity from dissident loyalist groups.

On March 27th, a bomb containing 50 kg of explosives was left outside a courthouse in Derry and the attack was blamed on dissident republicans. Back in March 2009, the Real IRA killed two British soldiers and the Continuity IRA was responsible for the death of a policeman. More recently, August 2010 was a particularly violent month: the Real IRA intensified its campaign and planted booby traps and car bombs in various areas. On August 3rd, a car containing 200lb of explosives exploded outside the Derry police station, damaging several businesses. The MI5’s Joint Terrorism Analysis Centre has classified the threat level as “severe” in Northern Ireland and “substantial” in Great Britain. Even more alarming, the threat from Northern Ireland-related terrorism was published for the first time on 24 September 2010. Before that, the MI5 would only assess the international terrorist threat.

In November 2010, King’s College’s International Centre for the Study of Radicalisation and Political Violence (ICSR)  published a report entitled “Return of the Militants: Violent Dissident Republicanism”. This study stresses that republican dissident groups have increased their activity and still represent a possible threat for both Northern Ireland and the United Kingdom. It points out that the rise in activities by these hardline splinter groups was not expected by security forces.

For the author of this report, Martyn Frampton, Northern Ireland finds itself at a critical moment because two generations are coming together and joining the ranks of militant dissident groups. These generations are the disaffected youths and delinquents that did not witness the violence of the “Troubles” along with veterans from the Provisional IRA who rejected the power-sharing Northern Ireland Assembly and feel disillusioned by Sinn Fein and what they see as unkept promises. In the next four years, 245 million pounds of additional funding will be paid to help the PSNI, the successor to the controversial Royal Ulster Constabulary, struggle against attacks from dissident groups. This need for extra funds highlights the new intensity of the threats which have been at their highest since the 1998 Good Friday Agreement.

Could the resurgence of terrorist attacks reflect the stagnation of post-conflict peace in Northern Ireland? The advancements that have been made since the 1998 Agreement need to be put into perspective. The number of “peace walls” that were built to divide rival Protestant and Catholic neighborhoods has increased. In his article for the Financial Times, “Downturn puts Northern Ireland peace under fire”, John Murray Brown states that since the ceasefire, these walls have grown from 18 to 88. Sectorisation is still pervasive and today, integrated education covers only 9 per cent of schoolchildren. The massive injection of funds by the EU into Northern Ireland has now proved to have its limits as far as changing mentalities is concerned; economic aid is not sufficient without a solid strategy for peace.

Mari Fitzduff explains that a conflict never ends, it only evolves. This could perfectly reflect the case of Northern Ireland. The 1998 peace resolution led to idealistic hopes that were rapidly transformed into a certain disenchantment. This is epitomized by the recent resurgence of paramilitary activity which represents an unsettling and unexpected threat to peace in Northern Ireland. Yet are the growing number of attacks only part of  the post-conflict path to peace or could they mean that the Troubles are back?

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Marie-Charlotte Henrion

Qu’est-il arrivé au régime Gbagbo?

Mercredi, 6. avril 2011 7:02

Ce post sur la Côte d’Ivoire a été rédigé par Vincent Darracq, docteur en science politique, actuellement Tapir fellow à l’Ifri.

Le président sénégalais Wade l’avait annoncé : après l’échec des négociations menées depuis de longs mois sous l’égide de l’Union Africaine (UA) et de la Cedeao, c’est in fine le rapport de force militaire entre les deux camps Gbagbo et Ouattara qui est en train de déterminer l’issue de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. Le régime Gbagbo paraît au bord de l’effondrement. Les Forces Républicaine de Côte d’Ivoire (FRCI) ex-rebelles pro-Ouattara sont désormais entrées à Abidjan et encerclent les dernières poches de résistance, la résidence de Gbagbo et le palais présidentiel. Les rumeurs annoncent une reddition de Gbagbo qui se terrerait dans un bunker sous sa résidence. Quant à son chef d’Etat-major, Philippe Mangou, il s’est réfugié depuis le début de l’assaut à l’ambassade d’Afrique du Sud. Cet effondrement soudain d’un camp Gbagbo qui apparaissait jusqu’ici sûr de sa force s’explique principalement par trois facteurs.

Tout d’abord, son isolement diplomatique est aujourd’hui complet. L’UA maintient la pression. A l’issue du sommet de son Conseil de Paix et de Sécurité, qui a endossé les conclusions du panel de chefs d’Etats mis sur pied pour enquêter sur la crise électorale ivoirienne, elle réaffirme le 10 mars la victoire de Ouattara et donne deux semaines à Gbagbo pour quitter le pouvoir. La puissance continentale sud-africaine avait un temps fait entendre une musique alternative. Soutenue par l’Angola, l’Ouganda ou encore le Zimbabwe, elle a longtemps refusé de reconnaître la victoire de Ouattara et poussé pour l’adoption d’une solution de power sharing à la zimbabwéenne ou à la kenyane, qui aurait signifié le maintien de facto de Gbagbo au pouvoir. Elle a tenté avec succès d’utiliser les canaux de l’UA pour dessaisir du dossier ivoirien la Cedeao, menée par le rival africain nigérian et favorable à une intervention militaire contre Gbagbo. Mais l’Afrique du Sud a été mise en minorité au sein du panel de chefs d’Etat (dont faisait partie le président Zuma) ; elle a pris acte de ce rapport de force défavorable en se rangeant finalement officiellement derrière la position de l’UA le 15 mars, « lâchant » ainsi Gbagbo. L’Angola, le plus fidèle soutien de Gbagbo en Afrique, a dû faire de même quelques jours plus tard. En ce qui concerne la communauté internationale, l’ONU a également resserré son étau autour du régime Gbagbo. Suite à des exactions des troupes de ce dernier, le Conseil de Sécurité vient ainsi d’adopter une résolution voulue par la France et le Nigeria visant explicitement le régime, qui interdit notamment l’usage d’armes lourdes à Abidjan.

Ensuite, les sanctions économiques sont parvenues à étouffer le régime économiquement. L’Union Européenne a mis en place des mesures restrictives (restrictions de visas, interdiction des échanges commerciaux) visant des dignitaires du camp Gbagbo, mais surtout des compagnies publiques ou parapubliques tenues par des proches du régime, telles que celles gérant les ports d’Abidjan et de San Pedro. Cela a entraîné un blocus économique de fait du pays, se manifestant par un ralentissement brutal de l’économie : les exportations de cacao et de café sont bloquées, le système bancaire est paralysé, la plupart des entreprises sont à l’arrêt. Les devises ne rentrent plus dans les caisses de l’Etat, qui éprouve désormais des difficultés à payer les fonctionnaires.

Enfin, longtemps immobiles dans leur moitié nord du pays, les FRCI pro-Ouattara, organisées par le Premier ministre de Ouattara Guillaume Soro, sont entrées en scène en mars. Sans doute facilitée par une aide logistique et technique burkinabé, leur percée dans l’ouest et le centre du pays a été fulgurante, face à une armée régulière qui a le plus souvent cédé sans combattre. Seuls quelques centaines de soldats, principalement rassemblés au sein du Cecos et de la Garde présidentielle, défendent encore Gbagbo à Abidjan. En s’appuyant sur une lecture très extensive des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’ONUCI et la force Licorne française sont également rentrées dans la partie, en bombardant les derniers bastions pro-Gbagbo, au risque de créer un précédent qui ne manquera pas de passer pour de l’ingérence occidentale dans les affaires africaines aux yeux de nombreux leaders du continent.

Toutefois, si la voie du palais présidentiel semble désormais ouverte pour Ouattara, quel est le prix humain à payer pour ce dénouement militaire de la crise ? Si la Côte d’Ivoire ne sera pas la Sierra Leone ou le Liberia, il est cependant désormais établi que des massacres de civils ont eu lieu à Duékoué, dans l’ouest du pays. A Abidjan, la situation sécuritaire est volatile, et de nombreux quartiers sont en proie aux pillages et aux règlements de compte, un état des lieux qui ne s’est pas s’amélioré après l’appel aux armes des milices des Jeunes patriotes pro-Gbagbo. Enfin, quelle sera la marge de manœuvre d’un Ouattara président porté au pouvoir par les soldats de Soro ? Le futur homme fort de la Côte d’Ivoire, c’est peut-être bien ce dernier.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Invité

The UN Mission in East Timor: Some Remarks for Further Debate

Jeudi, 10. février 2011 6:38

Ifri’s Security Studies Centre published in November 2010 a “Focus stratégique” entitled “The UN, a Clumsy Pygmalion: The Fragility of Nation-building in Timor”.

This slightly polemical article engendered quite a few reactions. Jean-Christian Cady, former Deputy special representative to the UN Secretary General in East Timor shared with us some very instructive comments on the actions of the UNTAET and, more broadly, on the UN’s practices in post-conflict missions.

These remarks shed light on the difficulties that the international community has faced in Timor, but also on the challenges which need to be tackled in almost every mission of nation-building. These would be, for instance, the multiplicity of languages and cultures and the uneven level of competence of UN personnel, the lack or even the absence of local human resources, the working and living conditions of the members of the missions, as well as the difficulty to cooperate with Bretton Woods institutions.

We highly recommend you to read these comments, available in English here.

Your own remarks are, of course, more than welcome!

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Appel à témoins: protéger les civils

Jeudi, 3. février 2011 7:04

La protection des civils dans les conflits ou en période post-conflit est un enjeu important, délicat, parfois insuffisamment pris en compte. Depuis 1999, de nombreux mandats des Nations Unies incluent la protection des civils. La COIN requiert également de protéger les civils afin de « gagner leurs cœurs et leurs esprits ». En outre, lors de telles opérations, il est essentiel d’assurer la sécurité des experts civils internationaux déployés afin de garantir la réussite de l’approche globale.

Dans le cadre d’une étude sur la protection des populations civiles et des experts civils internationaux, je recherche des témoignages. Comment les forces armées assurent-elles, ou pas, la sécurité des civils sur des terrains comme l’Afghanistan, le Tchad, la RDC, etc.? Comment les experts civils assurent-ils leur propre sécurité? Si en tant que militaire, vous avez été confronté à cet enjeu qu’est la protection des civils ou si, en tant que civil, vous avez été déployé dans des opérations extérieures, y compris humanitaires, et que vous souhaitez témoigner des problèmes de sécurité que vous avez rencontrés et de la façon dont vous les avez gérés, n’hésitez pas à m’écrire (leboeuf@ifri.org) ou à commenter ce post.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Aline Lebœuf

Un Focus stratégique qui fait débat…

Lundi, 17. janvier 2011 6:50

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri a publié, en novembre 2010, un Focus stratégique intitulé « L’ONU, Pygmalion malhabile : la fragilité du nation building au Timor ».

Ce texte – un brin polémique – n’a pas manqué de susciter des réactions. Jean-Christian Cady, ancien représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU au Timor oriental, nous a notamment fait parvenir un ensemble de remarques très instructives sur l’action de l’UNTAET et, plus largement, sur les pratiques onusiennes en période post-conflit.

Ces remarques nous éclairent sur les difficultés auxquelles la communauté internationale a été confrontée au Timor, mais également sur les défis à relever dans la plupart des missions de nation building. On peut citer par exemple la multiplicité des langues, des cultures et des compétences des personnels de l’ONU, le manque voire l’absence de ressources humaines locales, les conditions de travail et d’hébergement des membres de la mission, ainsi que la difficile coopération avec les institutions de Bretton Woods.

Nous vous recommandons chaudement de lire les commentaires de Jean-Christian Cady. Pour cela, il vous suffit de cliquer ici.
Vos propres remarques sont naturellement les bienvenues !

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio