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Bilan de dix années d’interventions, premiers aperçus

Jeudi, 22. septembre 2011 16:43

Nous vous annoncions, il y a quelques jours, le lancement par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) d’un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question ».

La première session a eu lieu ce midi, et a donné lieu à une confrontation passionnante sur les leçons d’une décennie d’opérations entre trois experts des questions de défense en France : Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Camille Grand, directeur de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur de l’excellent blog Secret-Défense.

Les inconditionnels ont pu suivre les débats sur le compte Twitter du blog et les vidéos de l’intégralité des trois présentations et des débats entre les intervenants et les discutants (Philippe Gros, de la FRS, et Elie Tenenbaum, que vous avez déjà l’habitude de lire) sont en cours de préparation et devraient être mises en ligne sur le blog dès demain.

En attendant et pour vous donner un avant-goût, voici de courts extraits des trois présentations :

Camille Grand:

La contribution américaine à la guerre en Libye par Ifri-podcast

Etienne de Durand:

Les erreurs commises en Afghanistan (Etienne de… par Ifri-podcast

Jean-Dominique Merchet:

Les caractéristiques des guerres actuelles… par Ifri-podcast

La suite demain !

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Aline Lebœuf

Kadhafi delendus est

Samedi, 3. septembre 2011 10:00

La proximité de la Libye de Kadhafi avec la Carthage d’Hannibal n’est guère que géographique – sauf à inclure le prénom de l’un des fils du dictateur. La sagesse grondeuse de Caton l’Ancien, qui redoutait encore la cité punique après que celle-ci fut vaincue, peut quand même nous éclairer encore aujourd’hui quand il s’agit d’évaluer la conduite à suivre dans la région. On pourrait d’abord s’étonner de ce que les membres du CNT et de l’OTAN multiplient ça et là les déclarations d’intention quant à leur poursuite des opérations. La grande réunion internationale de jeudi 1er septembre a en effet décidé de maintenir les frappes à l’encontre des forces persistantes de l’ancien régime dans ce qui pourrait sembler à certains un acharnement contre un vieillard battu à la santé mentale fragile.

Les citoyens de l’Europe occidentale, au nom desquels la guerre est menée outre-Méditerranée, sont en droit de s’interroger : existe-t-il encore une menace Kadhafi ? S’il est encore difficile d’évaluer ses forces, on peut d’ores et déjà imaginer un scénario de poursuite de la guerre.

Dans son dernier message aux Libyens et à l’Occident, Kadhafi promettait « la guérilla [...] la résistance et la longue guerre» contre les forces du CNT. A-t-il les moyens de mener une telle lutte? Rien n’est moins sûr : alors que l’effondrement de son régime entraîne les défections de ceux qui s’étaient hier encore rangés au côté du Guide, il lui faudrait une aura exceptionnelle pour mobiliser des forces, susciter une adhésion qui dépasse ses bases tribales ou répondre de façon crédible au désir de changement des Libyens. Et pourtant, les combats continuent à Syrte et dans d’autres localités, sans mentionner l’immensité du désert méridional, avec ses champs pétroliers et ses frontières poreuses – sanctuaire tout trouvé pour une guérilla en quête d’oxygène.

Par ailleurs, si l’histoire récente nous a bien appris une chose, c’est qu’un état de grâce n’est pas éternel. Les guerriers de l’Alliance du Nord et les troupes américaines avaient été fêtés par les Afghans en 2002, avides de changement et pour le moins satisfaits de se débarrasser d’un régime qui les opprimait de bien des façons. C’est l’incurie de la communauté internationale et du nouveau gouvernement décentralisé qui ramena peu à peu les Talibans dans le jeu, jusqu’à faire d’eux, à partir de 2006, une alternative acceptable à la corruption des warlords.

De même, on peut d’ores et déjà s’inquiéter de ce que le Président du CNT et son Premier Ministre, Moustafa Abdel Jalil et Mahmoud Jibril, semblent un peu trop arrivés « dans les fourgons de l’étranger », comme l’on disait de Louis XVIII. Le contrôle des forces armées paraît fragile, comme le laisse entrevoir l’assassinat de son chef militaire, le général Abdel Fattah Younès en juillet dernier et resté impuni depuis. Ainsi que le précisent déjà certains observateurs, la plupart des chefs politiques des rebelles avec lesquels nous traitons n’ont toujours pas foulé le sol de la Tripolitaine. Les hommes qui ont pris la capitale semblent bien différents : venus de l’Ouest et non de Cyrénaïque, ils restent largement inconnus du grand public à la manière du désormais célèbre « bataillon Tripoli », peut-être composé davantage de forces spéciales que de manifestants libyens, et l’on s’inquiète d’ores et déjà de la forte présence dans les combats d’Abdelhakim Belhaj, plus connu sous le nom d’Abou Abdallah al-Sadek, et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le fossé existant entre un tel chef de guerre et l’homme que l’on a vu cette semaine sur le perron de l’Elysée n’augure rien de bon quant à la future unité du nouveau gouvernement.

Le pire n’est jamais sûr, mais il est raisonnable de craindre le désordre dans la Libye nouvelle. Si le chaos devait s’installer de manière durable – entretenu par exemple par des actes de terrorisme vindicatifs mais perturbateurs de la part des Kadhafistes retranchés –, tandis que le CNT se divise ou se consacre essentiellement au partage, en interne et en externe, de sa rente pétrolière, les Libyens, comme les Afghans avant eux, pourraient alors ressentir la nostalgie d’un régime, pourtant honni, mais qui leur assurait la sécurité.

Certes, les deux situations n’ont rien à voir : la géographie du pays est moins propice à l’insurrection, la société libyenne moins fragmentée et plus ouverte à l’étranger en général et à l’Occident en particulier, enfin Kadhafi ne peut s’appuyer sur un Pakistan voisin prêt à jouer le plus dangereux des jeux pour le protéger – encore que l’Algérie, le Soudan et les rebelles tchadiens pourraient, pour peu que la situation les y poussent, aspirer à jouer un tel rôle. Comparaison n’est pas raison, il n’en serait pas moins fâcheux de laisser s’échapper le dictateur comme on a laissé partir le mollah Omar. Comme Carthage, le kadhafisme doit être détruit, non pour ce qu’il est aujourd’hui mais pour ce qu’il pourrait incarner demain.

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Autor: Elie Tenenbaum

Hélicoptères et partenariats de l’OTAN : un peu de lecture pour l’été

Mardi, 28. juin 2011 10:00

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture de nos deux derniers numéros de la collection Focus stratégique intitulés:

« NATO Partnerships: Shaking Hands or Shaking the System? », Focus stratégique n° 31, par Vivien Pertusot. 

Résumé :

Le nouveau Concept stratégique de l’OTAN ne définit que des objectifs modestes pour l’avenir de cette institution. La modestie des ambitions vaut aussi pour les partenariats qui n’ont pas pu être redynamisés malgré l’adoption d’une politique dédiée en avril 2011. Le Dialogue méditerranéen (DM) et le Partenariat pour la paix (PpP) ont été lancés en 1994. Quant à l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI), elle remonte à 2004. Ces coopérations ont été créées pour que l’OTAN maintienne des échanges constants avec sa périphérie afin d’anticiper les menaces émergentes et de contribuer à la stabilité de son voisinage. Néanmoins, leur intérêt a décru et l’Alliance doit faire face à divers obstacles qui empêchent les partenariats d’aller de l’avant. Cette étude présente trois scénarios concernant l’avenir de ces programmes de coopération qui se trouvent aujourd’hui à un tournant.

Ce texte est téléchargeable sur le site de l’Ifri.

 

Le Focus stratégique n° 32, publié à l’occasion du Salon du Bourget, s’intitule « La guerre des hélicoptères. L’avenir de l’aéromobilité et de l’aérocombat ». Ce texte a été co-écrit par Etienne de Durand, Benoit Michel et Elie Tenenbaum.

Résumé :

Les évolutions successives de l’hélicoptère militaire ont abouti à un système d’armes très sophistiqué technologiquement. Pensé à l’origine pour contrer les blindés soviétiques, l’hélicoptère d’attaque est désormais confronté à un large spectre de menaces qui le ramène aux fondamentaux développés dans des contextes de contre-insurrection. Les manœuvres aéromobiles dans la profondeur et les forces héliportées autonomes ont ainsi laissé place à l’appui direct des forces. L’hélicoptère n’en demeure pas moins indispensable comme plateforme de combat et comme vecteur de mobilité tactique. Toutefois, le prix élevé de ces plateformes sophistiquées constitue un véritable défi pour des budgets de défense en diminution. Concilier la forte sollicitation en hélicoptères et les contraintes budgétaires actuelles impose désormais une adaptation des parcs à laquelle les évolutions technologiques ne sauraient seules apporter une réponse. Dans ces conditions, le temps des parcs homogènes composés de plateformes de même génération et dédiées à un seul type de tâche semble révolu.

Ce texte est téléchargeable ici.

N’hésitez pas à faire part de vos commentaires!

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marie-Charlotte Henrion

Gates et l’Europe : Le coup de pied de l’âne

Mercredi, 15. juin 2011 14:43

Ce post a été écrit par Uncertain, pseudonyme d’un officier français en poste à l’OTAN. Ce texte ne reflète que les opinions de son auteur.

Le 10 juin 2011 à Bruxelles, Robert Gates a achevé une tournée internationale de 11 jours en prononçant son dernier discours politique en tant que Secrétaire à la Défense des Etats-Unis.

Ce fut une nouvelle charge contre les politiques de défense de certains pays européens – fondée sur des affirmations discutables, voire erronées – qui, au final, se révèle être un véritable coup de pied de l’âne.

Cette réponse est organisée par thèmes et s’appuie sur des extraits de l’allocution de M. Gates.

Du chacun pour soi en Afghanistan

Gates souligne d’abord que les effectifs non-européens déployés en Afghanistan ont doublé en quatre ans, et rappelle l’adaptation des forces terrestres à la guérilla alors qu’elle n’était pas dans leurs us et coutumes. L’effort est donc certain. Il est néanmoins dommage que le Secrétaire à la Défense revienne dessus par la suite, en affirmant

“…we cannot afford to have some troop contributing nations to pull out their forces on their own timeline in a way that undermines the mission and increases risks to other allies. The way ahead in Afghanistan is “in together, out together.”

Cette assertion ne manque pas de sel si on se rappelle l’unilatéralisme qui a caractérisé le récent surge ! Un départ coordonné est souhaitable. Mais en fin connaisseur du monde politique, M. Gates devrait savoir que les calendriers politiques des Etats membres primeront toujours. A ce titre, il est probable que la présidentielle de 2012 aux Etats-Unis sera une donnée d’entrée forte dans tout calendrier de départ. On se retirera, très certainement « together », mais en suivant un calendrier américain.

Une défense efficace nécessiterait au moins 2% du PIB ?

Gates rappelle ensuite que les dépenses militaires américaines représentaient 50% des dépenses de l’OTAN pendant la guerre froide, et en représentent plus de 75% maintenant.

Je propose une autre lecture des chiffres. Après la guerre froide, les Européens ont adapté leur budget de défense à la menace, aux alentours de 2% du PIB. Pour diverses raisons, les Etats-Unis ont choisi d’y consacrer environ 4% du PIB. S’ils avaient ramené leur budget de la défense au seuil de 2%, soit une diminution de 50%, la répartition serait alors de 75/2=37,5 pour les Etats-Unis et toujours de 25 pour les Européens, soit un rapport final US/Europe de 60/40 (=37,5/25). Nous nous rapprochons davantage des comparaisons en termes de PIB ou de population.

En plus de propos assez naïfs sur le manque de coordination des efforts de défense européens (l’Europe n’est pas fédérale et ses Etats membres restent jaloux de leurs prérogatives, quelle nouvelle !), R. Gates se plaint de la chute de 15% des budgets européens depuis le 11 septembre 2001. Un outil de défense doit être adapté à la menace. Le 11 septembre 2001 a porté le terrorisme sur le devant de la scène et, dans le même temps, le risque de conflit symétrique de haute intensité a diminué. La lutte anti-terroriste s’appuie plus sur des moyens policiers, du renseignement humain et des forces de présence, que sur des matériels coûteux et nombreux. Une diminution de 15%, sur 10 ans, des dépenses de défense est donc justifiable.

Comme R. Gates le constate – et le craint – les budgets de défense européens pourraient encore diminuer. Malgré l’injonction des Etats-Unis, nos Etats devront en effet réduire leur déficit budgétaire, creusé par des aides publiques au secteur bancaire mis en péril par une crise financière venant des… Etats-Unis!

La boucle est bouclée (et les ceintures serrées).

La Libye, ultime démonstration de la dépendance militaire de l’Europe ?

S’appuyer sur l’opération Unified Protector pour demander une augmentation des budgets de défense relève de la malhonnêteté intellectuelle. R. Gates affirme d’abord qu’il s’agit de :

“A mission with widespread political support;

A mission that does not involve ground troops under fire;

And indeed, is a mission in Europe’s neighborhood deemed to be in Europe’s vital interest.”

Les trois points censés appuyer le réquisitoire sont contestables.

  1. Il n’y a pas de soutien politique général, la Chine, la Russie, l’OUA, la Turquie et la plupart des pays arabes ne nous soutiennent pas ;
  2. Il y a des troupes au sol, ce sont les insurgés ;
  3. La Libye est proche de nos côtes, certes, mais cette action militaire n’était pas d’un intérêt vital pour nous : Khadafi n’était plus le chien fou des relations internationales, il commerçait avec l’Europe, vendait son pétrole, n’aidait plus les terroristes et son régime ne soutenait pas l’islamisme ; il laissait cela au royaume saoudien, lui même grand allié des… Etats-Unis!

“NATO’s serious capability gaps and other institutional shortcomings laid bare by the Libya operation”

Il n’est pas honnête de reprocher à l’OTAN des défauts capacitaires ou des failles institutionnelles pour Unified Protector. Puisque cette opération n’entre pas dans le cadre de la défense collective, il n’y a pas automaticité dans l’engagement des membres de l’Alliance. Ceux-ci sont libres de participer ou non à une opération de soutien d’une décision des Nations Unies. L’OTAN a fonctionné, il est seulement regrettable que tous ne se soient engagés.

La mission principale de l’OTAN consiste à défendre les territoires et populations de ses membres, non à lancer des opérations aériennes hors zone, sous faible préavis. Il est normal que, dans un tel contexte, des difficultés surgissent, des capacités manquent et qu’il faille développer et dérouler un plan d’action non préparé à l’avance. On aurait d’ailleurs reproché à l’OTAN un tel plan, s’il avait existé.

R. Gates prend pour exemple l’Air Operations Center, prévu pour gérer plus de 300 sorties par jour, et n’en gérant que 150. Le fait qu’un AOC ne « tourne pas à plein régime » n’est pas en soi un aveu d’échec : peut-être n’y a-t-il pas suffisamment de missions à réaliser. Même si la vraie raison est, probablement, le manque de vecteurs, ce n’est pas pénalisant. Comme bien d’autres opérations aériennes, celle-ci s’inscrit dans la durée ; que l’on se souvienne du Kosovo ou de la guerre du Koweït. Néanmoins, ses résultats sont tangibles : chaque jour amène plus de défections dans le clan de Khadafi.

Les bons points que décerne Gates à certaines nations pour leurs contributions s’appuient, certes, sur des éléments factuels. Mais le Secrétaire sortant oublie de préciser que l’action en Libye se réalise en dehors du cadre de la défense commune. Tout Etat soucieux de s’engager fera obligatoirement mieux que celui qui choisira de s’abstenir d’intervenir.

Sur le plan du manque de munitions et le recours aux Etats-Unis, un rappel s’impose. Les stocks de munitions sont ce qu’ils sont. Après 11 semaines, il est normal de demander à un allié qui n’est pas fortement engagé de céder des munitions. Cela s’est déjà fait par le passé (Etats-Unis à Israël lors de la guerre de Kippour, ou à la France au Kosovo). Si elles ne sont pas données (cas de Kippour), elles sont ensuite rachetées par le demandeur.

Si ce procédé d’entraide classique pose problème aux Etats-Unis, qu’ils le disent et les autres membres de l’Alliance sauront à quoi s’en tenir et augmenteront leurs stocks.

Enfin, aucune explication ou justification n’est donnée sur le retrait des moyens offensifs américains. Le maintien d’une contribution offensive aurait été la bienvenue, dissipant le sentiment de malaise et d’abandon ressenti par les Européens alors qu’ils sont en conflit avec un régime qui a accumulé un lourd passif à l’encontre des Etats-Unis. Y aurait-il une volonté de nous laisser tomber au milieu du gué pour mieux souligner nos faiblesses ?

L’Europe entraînerait l’OTAN vers l’insignifiance militaire?

“…enjoy the benefits of NATO membership – be they security guarantees or headquarters billets – but don’t want to share the risks and the costs”

Deux jours avant cette diatribe, les membres de l’Alliance, en présence de M. Gates, ont approuvé une forte réduction des effectifs de la structure de commandement de l’OTAN.

Insinuer que les Européens sont à la recherche de postes tombe à plat. Prétendre que les européens veulent éviter de prendre des risques est scandaleux lorsque, dans le même discours, on mentionne les 850 non-Américains tombés en opérations.

Les Etats-Unis doivent-ils délaisser une Europe ingrate ?

“…the American taxpayer continues to carry most of the burden in the Alliance”

Le risque de découplage entre l’Europe et les Etats-Unis est une vieille rengaine. L’effet de répétition finit par le rendre pathétique.

L’OTAN est une alliance politico-militaire d’Etats partageant un marché, une civilisation et des intérêts communs. Les Etats-Unis en sont le « leader » naturel. Ils ont tout intérêt à conserver des relations avec l’Europe au travers de l’OTAN. L’Alliance sert de caisse de résonance à la suprématie des Etats-Unis. Au travers des standards et normes, elle conforte les produits issus de l’industrie de défense américaine, au détriment des compagnies européennes.

L’OTAN est pour eux un excellent outil diplomatique, militaire et économique. En son temps, l’URSS fit de même avec le pacte de Varsovie/COMECON et le Japon impérial le tenta, avec la sphère de coprospérité.

Le coup de pied de l’âne

Arrangements avec la réalité de l’OTAN, contrevérités et présentation partielle des faits se sont accumulés dans ces « Réflexions sur le futur et le statut de l’Alliance Transatlantique », dernière charge de Robert Gates contre les pays européens membres de l’OTAN.

Avec ce discours-réquisitoire appuyé sur l’exemple libyen, R. Gates demande aux Européens d’allouer davantage de crédits à la défense afin de disposer de meilleures capacités de projection.

Mais pour quoi faire ? Soyons clair : ces capacités, bien que souhaitables, ne sont pas demandées par l’OTAN au titre de sa mission principale, à savoir la défense des territoires et populations des pays membres.

Par ce biais, les Etats-Unis chercheraient-ils à avoir davantage d’alliés ou de supplétifs pour leurs opérations hors zone OTAN ?

“True friends occasionally must speak bluntly with one another.”

Robert Gates s’en va, je ne le regretterai pas.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Autor: Invité

Old Wine in New Bottles? French Security and Defence Policy under Nicolas Sarkozy

Mardi, 31. mai 2011 7:31

Etienne de Durand a récemment donné une conférence à l’Institute for International and European Affairs de Dublin, sur la politique de sécurité et de défense durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

L’IIEA a non seulement filmé la conférence de manière très professionnelle, mais a mis la vidéo en ligne sur YouTube. Vous pouvez par conséquent la visionner ci-dessous.

Puisqu’elle dure presque 45 minutes, en voici le plan, afin de vous aider dans la navigation:

  • Introduction
  • Where do we come from? Traditional French or Gaullist Policy (début: 3 min et 10 sec)
    • Origins
    • Defense policy during the 1990s
    • The Iraq war and afterwards
  • Sarkozy’s New Look Policy, the FR-UK Deal and Its Implications (début: 17 min et 30 sec)
    • French security policy under Sarkozy
    • Sarkozy’s military policy and FR-UK deal
  • Conclusion (début: 41 min et 38 sec)

 

Bon visionnage, et comme toujours, n’hésitez pas à commenter !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

A la guerre comme à la guerre

Jeudi, 21. avril 2011 10:46

La stagnation sur le front libyen, et les débats grandissants qui s’en suivent, appelaient naturellement un commentaire, sans exclure d’ailleurs quelques digressions à prétention didactique. Sur le fond, pourtant, pas grand-chose à ajouter à l’analyse proposée il y a 15 jours sur ce blog.

Emballement et enlisements

Tel le chœur antique, des voix de plus en plus nombreuses nous mettent en garde contre le spectre d’un enlisement. Techniquement, c’est inexact : on voit mal comment une opération vieille d’à peine trois semaines pourrait s’embourber à la manière du Vietnam ou de l’Afghanistan – même dans ces deux derniers cas, le « bourbier » a commodément désigné et donc recouvert des phases très différentes. Dans le monde d’urgence permanente où nous vivons, il faut toujours aller vite : c’est le rythme économique, celui de la décision politique et bien sûr celui des media. Mais la guerre, elle, a toujours une certaine épaisseur : les campagnes éclair de quelques semaines sont l’exception, les conflits sur plusieurs années la règle. Aujourd’hui, c’est le plus souvent la sphère médiatique qui s’embourbe car le rythme du conflit ne s’adapte pas à celui des chaînes d’info en continu : difficile de refaire le coup de CNN en 91, et de parler dans le vide, sans image, pendant des semaines.

Ici, pourtant, l’apparition du terme dénote une inquiétude bien réelle, et pas entièrement dénuée de fondement. Non que l’emballement médiatique soit absent : il n’a pas fallu un mois pour qu’on assiste à des dissensions très parisiennes, certains préférant quand même les certitudes de la critique anti-impérialiste aux fondements friables du droit d’ingérence armée. Ces querelles témoignent d’un début d’effritement de l’opinion (ou de ses faiseurs) en France même. Si même le camp des belles âmes ne peut s’entendre sur une intervention humanitaire, cela augure mal des réactions en cas de vrai bourbier …

Plus sérieusement, l’OTAN elle aussi est divisée et enlisée. Il ne s’agit pas ici de la lourdeur décisionnelle bien connue de l’appareil otanien, d’ailleurs typique des organisations internationales. Mais d’abord d’un envasement existentiel de l’Alliance dès lors que les Américains ne sont plus aux commandes, comme si la volonté politique de certains Européens n’existait que sous leadership américain. Ces divisions dépassent les divergences de vue « purement diplomatiques ». Il semble en effet que certains pays, la Turquie par exemple, n’hésitent pas à exercer un contrôle politico-stratégique étroit au NAC, alors même qu’ils refusent de participer. « With friends like these » : autant ne pas se faire d’illusion sur l’OTAN.

« Pas de solution militaire »  –  et pourtant…

Cette formule maintes fois assénée est au mieux une facilité de langage, au pire une sottise. Et d’abord une sottise sur le fond, puisqu’elle pose en principe le divorce entre politique et militaire, et donc la négation même de la stratégie –  « l’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit » selon Beaufre. Pire, elle exclut d’emblée du champ politique l’usage de la force, ce qui, sans rallier le camp des inconditionnels de Carl Schmitt, revient à réduire la politique au droit. Logique d’un certain point de vue – ne fait-on pas une guerre humanitaire ? – ce raccourci n’en reste pas moins militairement et stratégiquement problématique : comment adapter les moyens en vue de la fin visée si l’on décrète presque d’entrée de jeu qu’ils sont inopérants ?

Tout ceci procède du parfum très net d’indécision militaire qui se dégage de la campagne. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour réduire l’efficacité des frappes :

- La lenteur du processus décisionnel et la lourdeur des règles d’engagement de l’OTAN, déjà évoquées, qui corsètent l’emploi de l’arme aérienne et diluent sa première caractéristique, l’effet de choc, au-delà du raisonnable;

- L’absence de plateformes spécialisées, type AC-130 ou A-10, que seuls les Américains possèdent et qui seraient beaucoup plus adaptées dans certains contextes, notamment en zone urbaine;

- La faiblesse assez désespérante des rebelles au sol, « manifestants armés » militairement incompétents;

- Le processus d’adaptation inhérent à tout conflit, qui fait que même les troupes de Kadhafi ont appris à déjouer en partie la surveillance et les frappes aériennes : utilisation de véhicules et d’effets civils, camouflage en zone urbaine, imbrication au plus près avec les populations ou les rebelles, bref que des tactiques éprouvées.

Comme on dit en anglais, « I hate to say I told you so but I told you so »  Non que ce soit forcément désagréable de ne pas trop se tromper, mais le problème n’est pas résolu pour autant. Mieux vaut chercher des solutions.

La puissance aérienne ne peut atteindre son meilleur rendement que si l’adversaire au sol est obligé de s’exposer, en bougeant ou en se défendant. Ce qui suppose une force amie au sol qui manœuvre en ce sens et se coordonne avec les forces aériennes, manœuvre interarmées et tout ; ce qui requiert à son tour que la force terrestre en question atteigne un niveau minimal d’efficacité tactique. Il est clair que les volontaires de Benghazi en sont très loin, et qu’il y a bien peu de chances qu’ils y parviennent par eux-mêmes, du moins dans un horizon de temps raisonnable. Puisque une opération au sol de grande envergure est exclue, ne reste alors qu’une solution : aider les rebelles, c’est-à-dire les mettre à niveau en les entraînant. CQFD.

Après l’Irak, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire et les Balkans, on comprend bien sûr qu’il y ait peu d’appétit pour une présence au sol à long terme. Pourquoi en revanche s’interdire d’entraîner, de coordonner et même d’encadrer les forces rebelles ? Et pourquoi en prime le déclarer publiquement, comme l’a imprudemment fait Alain Juppé, alors que l’on insère déjà des officiers de liaison ? Préfère-t-on finir d’épuiser les stocks de munitions de précision avec des frappes sous-optimales ?

On a sans doute voulu rassurer l’opinion et prévenir les critiques éventuelles et leurs objections : le spectre d’une escalade ou d’un véritable enlisement au sol, ou encore le manque de temps. Ces risques bien réels peuvent néanmoins être gérés : il s’agit typiquement d’une mission pour les forces spéciales, ce qui signifie une présence discrète, peu nombreuse (nettement plus que 10 tout de même) et « réversible », autrement dit qui n’entraîne pas mécaniquement une implication directe de nos forces terrestres, et surtout un effet d’engrenage nous obligeant à renverser directement Kadhafi. En prime, former un appareil militaire permet souvent de l’orienter en profondeur et de garder un œil sur son évolution future.

On le voit, des options militaires crédibles existent. Aider à la constitution d’une force terrestre efficace à terme tout en intensifiant les frappes constitue aussi un excellent argument politique dans la négociation armée en cours – et, dernière lourdeur didactique, une bonne illustration de la nature de la stratégie, qui toujours combine la force et la politique. De cette manière, les alliés montrent leur détermination à durer, et signifient aux indécis comme aux soutiens de Kadhafi, sur le front et sur les arrières, que le temps ne joue pas nécessairement en faveur du régime.

Il sera toujours temps de chercher une sortie peu glorieuse si l’intensification des frappes et l’entraînement des rebelles au sol ne produisent pas l’effet escompté ; en attendant, tergiverser risque surtout de nous conduire pour de bon à l’enlisement. On n’a d’ailleurs que trop tardé, et il faut désormais passer « de la farce à la force », selon le commentaire sévère mais justifié de Tony Cordesman.

C’est avant qu’il fallait être prudent.

Catégorie: Analyses | Commentaires (10) | Autor: Etienne de Durand

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN à l’Ifri, avec Camille Grand

Mercredi, 24. novembre 2010 7:35

Quelques jours à peine après l’adoption par l’OTAN de son nouveau concept stratégique, « Engagement actif, défense moderne« , nous organiserons jeudi 25 novembre de 13h à 14h30 un séminaire-sandwich consacré aux nouvelles orientations de l’Alliance Atlantique.

Nous aurons à cette occasion le plaisir d’accueillir Camille Grand, directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et ancien conseiller du groupe des experts en charge de la préparation du nouveau concept stratégique, groupe présidé par Madeleine Albright.

Comme d’habitude, le séminaire se tiendra dans les locaux de l’Ifri et il vous est possible d’apporter un sandwich que vous pourrez déguster tout en écoutant l’orateur.

Nous espérons que vous y viendrez nombreux ! Pensez s’il vous plaît à vous inscrire au préalable.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

Anders F. Rasmussen à l’Ifri : un bilan

Mardi, 19. octobre 2010 6:47

Nous avions la chance d’accueillir à l’Ifri vendredi dernier Anders Fogh Rasmussen. Dans un discours d’une demi-heure (cf. les vidéos postées ici vendredi soir), le secrétaire général de l’OTAN a abordé les principaux sujets qui font débat au sein de l’Alliance, et s’est ensuite prêté de très bonne grâce au jeu des questions-réponses – et tout ceci pour l’essentiel en français. En dépit du caractère forcément officiel et convenu de ce type d’exercice, le SecGen s’est montré dans l’ensemble clair et direct. Quelques points méritent ainsi d’être relevés. [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

NATO and French Military Culture

Lundi, 18. octobre 2010 7:16

Le Laboratoire de recherche sur la défense de l’Ifri vient de publier un article en anglais, intitulé:

France’s return into NATO: French Military Culture and Strategic Identity
in Question

Cet article, écrit par Anne-Henry de Russé, examine les conséquences culturelles, doctrinales et opérationnelles du retour de la France dans les structures intégrées de l’Alliance.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture et attendons, comme toujours, vos commentaires.

Un post sur la version française de cet article peut être consulté ici.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

Le Secrétaire général de l’Otan à l’Ifri (Vidéo)

Vendredi, 15. octobre 2010 22:50

Anders Fogh RASMUSSEN, secrétaire général de l’OTAN, était présent à l’Ifri aujourd’hui pour la conférence organisée par le Laboratoire de  Recherche sur la Défense de l’IFRI en partenariat avec l’Ambassade Royale  du Danemark en France.

Avant le sommet de Lisbonne de novembre, le secrétaire général a délivré quelques messages forts concernant l’Alliance.

Voici en exclusivité pour les lecteurs d’Ultima Ratio l’intervention filmée de la conférence. Elle est en trois parties d’une douzaine de minutes chacune. Les deux premières couvrent son intervention. La troisième traite des réponses à quelques questions de l’auditoire, notamment celles d’Etienne de Durand directeur du Centre des études de sécurité.


RASMUSSEN-IFRI Part1


RASMUSSEN Part2


RASMUSSEN Part3

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio