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La France perd son triple A stratégique

Vendredi, 3. février 2012 7:52

En annonçant vendredi 27 janvier le retour anticipé des soldats français d’Afghanistan, Nicolas Sarkozy sème le trouble dans l’Alliance Atlantique et chez nos alliés américains. Ces derniers auront tôt fait de nous dégrader au rang des moins fiables de leurs partenaires déclarés, nous retirant en quelque sorte notre triple A stratégique, pourtant difficilement gagné par le sang versé en Kapissa. Cette annonce semble rayer d’un trait de plume toute la stratégie du quinquennat, en cédant aux nécessités de la politique intérieure et aux enjeux électoraux.

Avec les nombreuses pertes enregistrées l’été dernier, l’image d’une victoire sur l’insurrection dans la zone française n’était plus défendable. Dès lors l’Elysée a mis la pédale douce aux opérations, consignant la force dans ses bases, et a recentré la communication sur le mentoring de l’ANA et sur le transfert des zones de responsabilité, cherchant ainsi une porte de sortie honorable. Il fallait bien limiter l’impact des pertes sur l’opinion publique alors que les élections se profilaient à l’horizon. Las, l’adversaire l’a parfaitement compris et mise sur des hommes infiltrés au sein de l’ANA pour contrer cette stratégie. La mort de 4 soldats français le 20 janvier, tués par un soldat de l’ANA (même si, dans ce cas précis, les motivations du meurtrier restent floues) a eu l’effet escompté. Le candidat Hollande annonçait un retrait immédiat des troupes s’il était élu, ajoutant à une démagogie douteuse une méconnaissance totale des difficultés de rapatrier aussi vite une telle force, sans parler des conséquences stratégiques de cette décision unilatérale. Le président Sarkozy de son côté, après quelques atermoiements, annonçait donc vendredi un retrait anticipé pour 2013.

Avec cette décision, Nicolas Sarkozy enterre toute la stratégie de ses cinq années passées à la tête des Armées. Elle semblait d’abord fondée sur un rapprochement avec les Etats-Unis avec à la clé une participation pleine et entière dans l’OTAN. Aujourd’hui, malgré les déclarations de Leon Panetta le 1er février, présentées – à mon sens à tort – comme un terrain d’entente entre Français et Américains, la divergence est bien réelle. Si le Président est réélu, il restera tout au plus « un effectif résiduel », incapable de jouer un rôle déterminant dans la mise à niveau de l’ANA, indispensable pour assurer le processus de transfert des responsabilités selon le calendrier défini. Si l’opposition est élue, on ne parlera peut-être même plus de présence française.

Cette stratégie nécessitait de payer « le prix du sang », en s’engageant plus volontairement auprès de nos alliés en Afghanistan, alors que le président Chirac s’était contenté du minimum syndical. Quoi qu’on en pense, elle était défendable et pouvait justifier la perte de nos soldats. Après tout, s’engager dans une guerre pour s’attirer les bonnes grâces d’un puissant est un acte éminemment stratégique. Un retrait anticipé, laissant nos alliés seuls gérer la difficile situation d’une sortie de conflit perdu, montrerait notre manque total de résilience et révèlerait  surtout à quel point il n’y a pas de constance dans la stratégie française. Nous avons peut-être démontré une certaine crédibilité militaire en Afghanistan et en Libye. A quoi rime-t-elle sans crédibilité politique ? Dès lors, on est en droit de se demander pourquoi 82 soldats sont morts sur la terre afghane.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Georges Dienekes

L’Europe de la défense en crise ? Les vidéos

Mercredi, 1. février 2012 7:00

Le séminaire sandwich Ifri/FRS/Secret Défense du 19 janvier fait partie des séminaires du cycle « 2012 La défense en question » qui ont eu le plus de succès, avec un taux de participation record. Alors que l’Union européenne semble être un acteur de moins en moins évident dans le domaine de la défense, le sujet continue de passionner, au delà des clivages politiques et nationaux. Afin d’assurer un débat enrichissant, le séminaire réunissait et confrontait un professeur (britannique) de Yale, Jolyon Howorth, plutôt optimiste, et notre panel de discutants (français), plutôt sceptique.

« L’Union européenne [est-elle] encore un acteur en matière de défense ? ». C’est le sujet de l’intervention originale de Jolyon Howorth qui rappelle en introduction que l’Europe de la Défense n’est pas la défense collective, que des avancées ont eu lieu (ce n’est pas une illusion) mais qu’on peut néanmoins parler, depuis la Libye, de crise existentielle, aggravée par une crise de l’euro dont l’évolution conditionnera le retour des projets européens dans les domaines stratégiques. Il note 5 obstacles ou « mauvaises nouvelles » pour le développement de l’Europe de la Défense : l’absence de vision stratégique de l’UE ; le repli américain qui, bien que pouvant être une opportunité pour l’UE, doit être pris au sérieux par ses membres ; les dépenses européennes dans le domaine de la défense, importantes mais mal coordonnées ; une politique étrangère de l’UE qui peine à être visible sur la scène internationale, en étant par exemple  inexistante à l’occasion du Printemps arabe. Enfin, l’Europe, dépendante de régions instables sur lesquelles elle a de moins en moins de prise, démographiquement bien peu dynamique et disposant de peu de ressources naturelles propres, semble être de moins en moins au centre du monde.

Pour compenser ces difficultés, Jolyon Howorth propose deux bonnes nouvelles, que vous découvrirez dans la vidéo…

L'Union européenne : un acteur en matière de… par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’une discussion animée avec Etienne de Durand, directeur du CES de l’Ifri, Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense. Voici la vidéo intégrale de ce débat :

DÉBAT – L'Union européenne : un acteur en… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Afghanistan, les conséquences d’un retrait anticipé

Lundi, 23. janvier 2012 12:51

La vie politique française fonctionne à propos de l’Afghanistan comme un mécanisme à éclipses – disparaissant pendant des mois des écrans radars avant de réapparaître à chaque nouvelle perte en vies humaines. L’attentat d’un taliban infiltré (ou auto-improvisé) dans l’Armée nationale afghane (ANA) contre les forces françaises qui a fait 4 morts et 18 blessés vendredi 20 janvier a ainsi provoqué une série de réactions politiques inattendues, étrangement convergentes dans le désir d’un retrait des forces au plus tôt – dès la fin de l’année selon l’engagement du candidat socialiste François Hollande.

L’embuscade d’Uzbin en août 2008 avait révélé bien tard aux Français la dure réalité de la guerre de guérilla : difficulté extrême du terrain, faiblesse du renseignement humain, nivellement de la supériorité de la puissance de feu au moyen de procédés tactiques adéquats. Voici que l’attentat du 20 janvier lève le voile sur un autre quotidien d’une insurrection : le processus d’infiltration des forces de sécurité afghanes, procédé pourtant connu de longue date. On ne peut qu’être surpris par l’étonnement de l’Élysée à l’égard de cet état de fait, triste témoin de la gravité de la situation et révélateur de l’ampleur de la tragédie afghane.

La nature de l’attentat — perpétré non dans le cadre d’une embuscade mais à l’intérieur de la base [FOB] — doit être compris comme le résultat d’une décision du commandement français, à l’automne dernier de cesser les opérations de combat et de minimiser les risques. En effet, après un effort de la dernière chance mené au cours de l’hiver 2010-2011, la publication du calendrier de retrait en juin 2011, avec 2014 comme horizon final, ainsi que l’intensité de la contre-offensive talibane à l’été 2011 sonnent le tocsin des grandes opérations. Les 21 morts qui frappent les Français entre janvier et août 2011 les conduisent à se retrancher dans les bases. La « FOBite » n’est pourtant pas une protection efficace dans une province laissée entièrement au contrôle des insurgés et avec un partenaire partiellement infiltrée par l’ennemi : l’attentat du 20 janvier vient clairement le démontrer. A ce titre, la « sanction » émise à l’encontre de l’ANA via la suspension du mentoring laisse songeur: l’ANA est la première victime de cette infiltration qui ne témoigne pas d’un double-jeu, mais de l’incapacité du gouvernement Karzaï comme de la Coalition à gagner « les coeurs et les esprits » et de la puissante base populaire de l’insurrection…

Les conséquences de la fin prématurée (au regard du calendrier affiché) de la présence française au sein de l’ISAF doivent donc être étudiées attentivement, pour peu que l’on estime la valeur d’une action publique éclairée, guidée par autre chose que la course électorale et la politique de l’émotion.

• Conséquences militaires. Comme l’a déjà évoqué Jean-Dominique Merchet, les dangers d’un retrait sous le feu des Talibans sont considérables — d’autant plus que le « chemin aller » du matériel, à travers la passe de Khyber au Pakistan, s’apparente désormais à un couloir de la mort. Les Britanniques, à l’époque où ils s’étaient désengagés de Bassorah, avaient dû signer un accord secret (dont les éléments sont encore mal connus) avec l’Armée du Mahdi pour que cette dernière leur permette de se retirer en bon ordre. Un tel « accord de la honte » avec les Talibans sera-t-il possible, et si oui à quelles conditions? Pour ce qui est de « l’après » : les conséquences sur le théâtre restent cependant modérées. Avec 3 600 soldats, le contingent français était certes un contributeur important, d’autant qu’il représentait une force combattante unanimement saluée pour ses prises de risques et sa combativité. Il ne représente cependant que 3% de la Coalition, et les 90 000 Américains encore présents pourront combler la brèche — la Kapisa, fait partie de la RC-East sous commandement américain et a déjà été précédemment occupée par les hommes de la 82nd Airborne.

Conséquences stratégiques. L’annonce du calendrier de retrait en juin 2011 a irrémédiablement enclenché la dynamique de défaite : les Talibans savent qu’ils n’ont plus qu’à presser le départ de l’ennemi, mais surtout les Afghans « loyaux » n’ont désormais plus de raison de soutenir les Occidentaux dont les jours sur place sont comptés. Soutenir le gouvernement Karzaï paraît également être un pari risqué quand on connaît sa fragilité, sa corruption et le peu de soutien dont il jouit parmi la population. Pour autant, faut-il presser le pas ? Si les Talibans étaient si certains de leur victoire après 2014, ils ne prendraient peut-être pas les risques qu’on les voit prendre aujourd’hui. La guerre est un processus dynamique qui peut se retourner à chaque instant et les Talibans ne sont pas à l’abri d’un engouement nouveau pour un leader politique populaire (rappelons nous d’Abdullah Abdullah…) ou de la consolidation d’un front du refus en grande partie sur les lignes de l’ancienne Alliance du Nord. Partir aujourd’hui, c’est réduire encore la maigre chance de voir un sursaut dans le camp des anti-Talibans. D’une manière plus générale enfin, si la guerre, telle qu’elle est menée aujourd’hui, ne peut plus être gagnée, le départ des forces occidentales ne fera pas disparaître, bien au contraire, la menace que l’Afghanistan continue de faire peser sur la stabilité régionale et mondiale. Dès lors, tout retrait devrait être planifié attentivement, dans une perspective de long terme, en laissant si possible derrière nous de « petits cailloux », afin de capitaliser au mieux les dix ans de présence française dans le pays.

Conséquences diplomatiques. Faut-il le rappeler, la principale raison pour laquelle nous sommes présents en Afghanistan était de montrer notre soutien à l’Amérique après le choc des attentats du 11 septembre ­(la France avait d’ailleurs fait valoir à l’époque l’article V du Traité de Washington impliquant le soutien automatique à tout membre de l’OTAN ayant subi une agression). Le renforcement du dispositif en 2004 avait, là encore, des origines diplomatiques, puisqu’il s’agissait, entre autres, de panser les plaies de la crise irakienne en montrant notre engagement sur le front afghan. Le bénéfice accumulé pendant toutes ces années de présence en Afghanistan au cours de laquelle le France est apparue comme l’un des alliés les plus dignes de confiance de l’Amérique pourrait bien être terni par un retrait précipité, laissant derrière elle ses partenaires européens et internationaux. La France, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, a engagé sa parole et sa responsabilité dans l’affaire afghane. Sa décision est certes souveraine, et nul ne pourra s’y opposer, mais elle devra en tirer les conséquences en termes d’image.

Conséquences politiques. C’est évidemment le fond de l’affaire. En pleine campagne présidentielle, l’engagement français était forcément fragilisé, et les Talibans, qui ont déjà montré à plusieurs reprises leur complète maîtrise des agendas politiques occidentaux, en étaient parfaitement conscient. Que l’opinion soit, depuis 2008 au moins, majoritairement hostile à l’engagement militaire français est également un fait qu’il faut accepter en démocratie et en tirer les conséquences — à la condition tout du moins d’avoir procédé à un véritable débat contradictoire sur la question et en donnant aux partisans du maintien le droit à faire valoir leur point de vue. Il y a cependant peu de chance que la décision d’un départ rapide entraîne un réel gain politique : qu’ils le veuillent ou non, socialistes et ump-istes ont été parties prenantes, pendant dix ans, du maintien de la présence française — au contraire d’autres partis de l’opposition, dont les plus radicaux. Les électeurs intéressés par le sujet ne seront pas dupes, et il y a peu de chance qu’un retournement de dernière minute, commandé par l’émotion et la course au désengagement y change quoi que ce soit.

Même s’il apparaît aujourd’hui comme évident que la présence de l’OTAN ne peut plus apporter de solution stratégique à la problématique afghane, un retrait anticipé de la France d’Afghanistan ne doit pas pour autant être pris à la légère. La crise qui gangrène aujourd’hui la zone Af-Pak aura tôt ou tard des répercussions globales dont le prochain mandat présidentiel ne sera pas épargné – il serait bien aventureux de l’ignorer.

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Elie Tenenbaum

L’OTAN, toujours fiable? Les vidéos

Mercredi, 14. décembre 2011 7:09

Nous vous annoncions, il y a quelques jours, la tenue le 8 décembre d’un évènement sur « l’OTAN, toujours fiable? », dans le cadre du nouveau cycle de séminaires « 2012, La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Pour ceux qui ne pouvaient être à l’Ifri ce jour là, voici les vidéos :

Les deux premières vidéos confrontent les visions de l’OTAN de Benoît d’Aboville, ancien représentant permanent de la France auprès de l’OTAN et de Diego Ruiz Palmer, directeur de la capacité d’analyse stratégique au siège de l’OTAN.

L’Alliance, dépeinte par Benoît d’Aboville à l’aide d’images fortes (des « slogans » selon Diego Ruiz Palmer…), nécessite d’importants ajustements :


L'OTAN, toujours fiable ? [1/3] par Ifri-podcast

Pour Diego Ruiz Palmer, au contraire, l’Alliance a fait les preuves de ses capacités d’adaptation et est un instrument dont il n’est plus nécessaire de discuter la fiabilité ou la pertinence :


L'OTAN, toujours fiable ? [2/3] par Ifri-podcast

Troisième temps de la rencontre, le débat engagé entre les deux intervenants et nos trois panélistes (Etienne de Durand, directeur du CES, Jean-François Daguzan, Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense) permit, outre un florilège d’images parfois assez drôles et osées sur l’OTAN, de s’interroger entre autres sur le concept d’allié et les engagements qu’il implique, sur les objectifs stratégiques de l’OTAN et enfin sur ses implications capacitaires.


L'OTAN, toujours fiable ? [3/3] par Ifri-podcast

En conclusion, si vous n’avez pas pu être des nôtres jeudi dernier, vous aurez certes manqué l’atmosphère inimitable de nos séminaires sandwichs ainsi que le débat avec le public (qui n’est pas filmé), mais grâce à Ultima Ratio, vous pouvez malgré tout participer au premier pas de notre réflexion de fond en trois mouvements sur les alliances de la France, alors que se profile le désengagement américain. Tous vos commentaires seront, comme toujours, les bienvenus.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Prochain séminaire-sandwich: « L’OTAN, toujours fiable? »

Vendredi, 2. décembre 2011 10:57

Dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui se tiendra autour de Benoît d’Aboville, ancien représentant permanent de la France auprès de l’OTAN, le 8 décembre de 12h à 14h et qui portera sur le thème « L’OTAN, toujours fiable? ».

Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES, Jean-François Daguzan, Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense et Diego Ruiz Palmer, directeur de la capacité d’analyse stratégique au siège de l’OTAN.

 

Le nombre de places étant limité, inscrivez-vous vite sur le site de l’Ifri ou en écrivant à strategie2@ifri.org.

 

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Leçons d’une décennie d’interventions à l’Ifri: les vidéos

Samedi, 24. septembre 2011 7:22

Comme nous vous l’annoncions hier, les vidéos de la première session du cycle de séminaires sur « 2012: La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), sont désormais en ligne.

Camille Grand a tout d’abord exposé les leçons qu’il tirait d’une décennie d’interventions extrêmement variées (intensité, cadres, durée, etc.), et celles pouvant être tirées de la récente guerre en Libye.


10 ans d'opérations militaires : alliances… par Ifri-podcast

Etienne de Durand a ensuite développé le cas de l’Afghanistan, pour élargir en seconde partie vers un propos plus général sur les difficultés croissantes auxquelles se heurtent les interventions occidentales.


Guerre en Afghanistan : analyse et bilan… par Ifri-podcast

Enfin, Jean-Dominique Merchet a présenté son analyse du bilan de la décennie d’opérations, en évoquant les quatre ‘D’ des interventions (dispersion, durée, diversité, durcissement) et s’est interrogé sur leur place dans la posture française (coûts, perception par l’opinion publique, etc.).

La France et les conflits armés en 2011… par Ifri-podcast

Suite à ces trois interventions, la discussion s’est engagée autour des remarques d’Elie Tenenbaum, puis de Philippe Gros.


Leçons d'une décennie d'opérations : le débat par Ifri-podcast

Nous communiquerons le reste du programme du cycle « 2012: La défense en question » dès que les derniers détails auront été fixés.

Comme toujours, vos commentaires sur ce séminaire sont les bienvenus !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

Bilan de dix années d’interventions, premiers aperçus

Jeudi, 22. septembre 2011 16:43

Nous vous annoncions, il y a quelques jours, le lancement par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) d’un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question ».

La première session a eu lieu ce midi, et a donné lieu à une confrontation passionnante sur les leçons d’une décennie d’opérations entre trois experts des questions de défense en France : Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Camille Grand, directeur de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur de l’excellent blog Secret-Défense.

Les inconditionnels ont pu suivre les débats sur le compte Twitter du blog et les vidéos de l’intégralité des trois présentations et des débats entre les intervenants et les discutants (Philippe Gros, de la FRS, et Elie Tenenbaum, que vous avez déjà l’habitude de lire) sont en cours de préparation et devraient être mises en ligne sur le blog dès demain.

En attendant et pour vous donner un avant-goût, voici de courts extraits des trois présentations :

Camille Grand:

La contribution américaine à la guerre en Libye par Ifri-podcast

Etienne de Durand:

Les erreurs commises en Afghanistan (Etienne de… par Ifri-podcast

Jean-Dominique Merchet:

Les caractéristiques des guerres actuelles… par Ifri-podcast

La suite demain !

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Aline Lebœuf

Kadhafi delendus est

Samedi, 3. septembre 2011 10:00

La proximité de la Libye de Kadhafi avec la Carthage d’Hannibal n’est guère que géographique – sauf à inclure le prénom de l’un des fils du dictateur. La sagesse grondeuse de Caton l’Ancien, qui redoutait encore la cité punique après que celle-ci fut vaincue, peut quand même nous éclairer encore aujourd’hui quand il s’agit d’évaluer la conduite à suivre dans la région. On pourrait d’abord s’étonner de ce que les membres du CNT et de l’OTAN multiplient ça et là les déclarations d’intention quant à leur poursuite des opérations. La grande réunion internationale de jeudi 1er septembre a en effet décidé de maintenir les frappes à l’encontre des forces persistantes de l’ancien régime dans ce qui pourrait sembler à certains un acharnement contre un vieillard battu à la santé mentale fragile.

Les citoyens de l’Europe occidentale, au nom desquels la guerre est menée outre-Méditerranée, sont en droit de s’interroger : existe-t-il encore une menace Kadhafi ? S’il est encore difficile d’évaluer ses forces, on peut d’ores et déjà imaginer un scénario de poursuite de la guerre.

Dans son dernier message aux Libyens et à l’Occident, Kadhafi promettait « la guérilla [...] la résistance et la longue guerre» contre les forces du CNT. A-t-il les moyens de mener une telle lutte? Rien n’est moins sûr : alors que l’effondrement de son régime entraîne les défections de ceux qui s’étaient hier encore rangés au côté du Guide, il lui faudrait une aura exceptionnelle pour mobiliser des forces, susciter une adhésion qui dépasse ses bases tribales ou répondre de façon crédible au désir de changement des Libyens. Et pourtant, les combats continuent à Syrte et dans d’autres localités, sans mentionner l’immensité du désert méridional, avec ses champs pétroliers et ses frontières poreuses – sanctuaire tout trouvé pour une guérilla en quête d’oxygène.

Par ailleurs, si l’histoire récente nous a bien appris une chose, c’est qu’un état de grâce n’est pas éternel. Les guerriers de l’Alliance du Nord et les troupes américaines avaient été fêtés par les Afghans en 2002, avides de changement et pour le moins satisfaits de se débarrasser d’un régime qui les opprimait de bien des façons. C’est l’incurie de la communauté internationale et du nouveau gouvernement décentralisé qui ramena peu à peu les Talibans dans le jeu, jusqu’à faire d’eux, à partir de 2006, une alternative acceptable à la corruption des warlords.

De même, on peut d’ores et déjà s’inquiéter de ce que le Président du CNT et son Premier Ministre, Moustafa Abdel Jalil et Mahmoud Jibril, semblent un peu trop arrivés « dans les fourgons de l’étranger », comme l’on disait de Louis XVIII. Le contrôle des forces armées paraît fragile, comme le laisse entrevoir l’assassinat de son chef militaire, le général Abdel Fattah Younès en juillet dernier et resté impuni depuis. Ainsi que le précisent déjà certains observateurs, la plupart des chefs politiques des rebelles avec lesquels nous traitons n’ont toujours pas foulé le sol de la Tripolitaine. Les hommes qui ont pris la capitale semblent bien différents : venus de l’Ouest et non de Cyrénaïque, ils restent largement inconnus du grand public à la manière du désormais célèbre « bataillon Tripoli », peut-être composé davantage de forces spéciales que de manifestants libyens, et l’on s’inquiète d’ores et déjà de la forte présence dans les combats d’Abdelhakim Belhaj, plus connu sous le nom d’Abou Abdallah al-Sadek, et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le fossé existant entre un tel chef de guerre et l’homme que l’on a vu cette semaine sur le perron de l’Elysée n’augure rien de bon quant à la future unité du nouveau gouvernement.

Le pire n’est jamais sûr, mais il est raisonnable de craindre le désordre dans la Libye nouvelle. Si le chaos devait s’installer de manière durable – entretenu par exemple par des actes de terrorisme vindicatifs mais perturbateurs de la part des Kadhafistes retranchés –, tandis que le CNT se divise ou se consacre essentiellement au partage, en interne et en externe, de sa rente pétrolière, les Libyens, comme les Afghans avant eux, pourraient alors ressentir la nostalgie d’un régime, pourtant honni, mais qui leur assurait la sécurité.

Certes, les deux situations n’ont rien à voir : la géographie du pays est moins propice à l’insurrection, la société libyenne moins fragmentée et plus ouverte à l’étranger en général et à l’Occident en particulier, enfin Kadhafi ne peut s’appuyer sur un Pakistan voisin prêt à jouer le plus dangereux des jeux pour le protéger – encore que l’Algérie, le Soudan et les rebelles tchadiens pourraient, pour peu que la situation les y poussent, aspirer à jouer un tel rôle. Comparaison n’est pas raison, il n’en serait pas moins fâcheux de laisser s’échapper le dictateur comme on a laissé partir le mollah Omar. Comme Carthage, le kadhafisme doit être détruit, non pour ce qu’il est aujourd’hui mais pour ce qu’il pourrait incarner demain.

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Autor: Elie Tenenbaum

Hélicoptères et partenariats de l’OTAN : un peu de lecture pour l’été

Mardi, 28. juin 2011 10:00

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture de nos deux derniers numéros de la collection Focus stratégique intitulés:

« NATO Partnerships: Shaking Hands or Shaking the System? », Focus stratégique n° 31, par Vivien Pertusot. 

Résumé :

Le nouveau Concept stratégique de l’OTAN ne définit que des objectifs modestes pour l’avenir de cette institution. La modestie des ambitions vaut aussi pour les partenariats qui n’ont pas pu être redynamisés malgré l’adoption d’une politique dédiée en avril 2011. Le Dialogue méditerranéen (DM) et le Partenariat pour la paix (PpP) ont été lancés en 1994. Quant à l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI), elle remonte à 2004. Ces coopérations ont été créées pour que l’OTAN maintienne des échanges constants avec sa périphérie afin d’anticiper les menaces émergentes et de contribuer à la stabilité de son voisinage. Néanmoins, leur intérêt a décru et l’Alliance doit faire face à divers obstacles qui empêchent les partenariats d’aller de l’avant. Cette étude présente trois scénarios concernant l’avenir de ces programmes de coopération qui se trouvent aujourd’hui à un tournant.

Ce texte est téléchargeable sur le site de l’Ifri.

 

Le Focus stratégique n° 32, publié à l’occasion du Salon du Bourget, s’intitule « La guerre des hélicoptères. L’avenir de l’aéromobilité et de l’aérocombat ». Ce texte a été co-écrit par Etienne de Durand, Benoit Michel et Elie Tenenbaum.

Résumé :

Les évolutions successives de l’hélicoptère militaire ont abouti à un système d’armes très sophistiqué technologiquement. Pensé à l’origine pour contrer les blindés soviétiques, l’hélicoptère d’attaque est désormais confronté à un large spectre de menaces qui le ramène aux fondamentaux développés dans des contextes de contre-insurrection. Les manœuvres aéromobiles dans la profondeur et les forces héliportées autonomes ont ainsi laissé place à l’appui direct des forces. L’hélicoptère n’en demeure pas moins indispensable comme plateforme de combat et comme vecteur de mobilité tactique. Toutefois, le prix élevé de ces plateformes sophistiquées constitue un véritable défi pour des budgets de défense en diminution. Concilier la forte sollicitation en hélicoptères et les contraintes budgétaires actuelles impose désormais une adaptation des parcs à laquelle les évolutions technologiques ne sauraient seules apporter une réponse. Dans ces conditions, le temps des parcs homogènes composés de plateformes de même génération et dédiées à un seul type de tâche semble révolu.

Ce texte est téléchargeable ici.

N’hésitez pas à faire part de vos commentaires!

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marie-Charlotte Henrion

Gates et l’Europe : Le coup de pied de l’âne

Mercredi, 15. juin 2011 14:43

Ce post a été écrit par Uncertain, pseudonyme d’un officier français en poste à l’OTAN. Ce texte ne reflète que les opinions de son auteur.

Le 10 juin 2011 à Bruxelles, Robert Gates a achevé une tournée internationale de 11 jours en prononçant son dernier discours politique en tant que Secrétaire à la Défense des Etats-Unis.

Ce fut une nouvelle charge contre les politiques de défense de certains pays européens – fondée sur des affirmations discutables, voire erronées – qui, au final, se révèle être un véritable coup de pied de l’âne.

Cette réponse est organisée par thèmes et s’appuie sur des extraits de l’allocution de M. Gates.

Du chacun pour soi en Afghanistan

Gates souligne d’abord que les effectifs non-européens déployés en Afghanistan ont doublé en quatre ans, et rappelle l’adaptation des forces terrestres à la guérilla alors qu’elle n’était pas dans leurs us et coutumes. L’effort est donc certain. Il est néanmoins dommage que le Secrétaire à la Défense revienne dessus par la suite, en affirmant

“…we cannot afford to have some troop contributing nations to pull out their forces on their own timeline in a way that undermines the mission and increases risks to other allies. The way ahead in Afghanistan is “in together, out together.”

Cette assertion ne manque pas de sel si on se rappelle l’unilatéralisme qui a caractérisé le récent surge ! Un départ coordonné est souhaitable. Mais en fin connaisseur du monde politique, M. Gates devrait savoir que les calendriers politiques des Etats membres primeront toujours. A ce titre, il est probable que la présidentielle de 2012 aux Etats-Unis sera une donnée d’entrée forte dans tout calendrier de départ. On se retirera, très certainement « together », mais en suivant un calendrier américain.

Une défense efficace nécessiterait au moins 2% du PIB ?

Gates rappelle ensuite que les dépenses militaires américaines représentaient 50% des dépenses de l’OTAN pendant la guerre froide, et en représentent plus de 75% maintenant.

Je propose une autre lecture des chiffres. Après la guerre froide, les Européens ont adapté leur budget de défense à la menace, aux alentours de 2% du PIB. Pour diverses raisons, les Etats-Unis ont choisi d’y consacrer environ 4% du PIB. S’ils avaient ramené leur budget de la défense au seuil de 2%, soit une diminution de 50%, la répartition serait alors de 75/2=37,5 pour les Etats-Unis et toujours de 25 pour les Européens, soit un rapport final US/Europe de 60/40 (=37,5/25). Nous nous rapprochons davantage des comparaisons en termes de PIB ou de population.

En plus de propos assez naïfs sur le manque de coordination des efforts de défense européens (l’Europe n’est pas fédérale et ses Etats membres restent jaloux de leurs prérogatives, quelle nouvelle !), R. Gates se plaint de la chute de 15% des budgets européens depuis le 11 septembre 2001. Un outil de défense doit être adapté à la menace. Le 11 septembre 2001 a porté le terrorisme sur le devant de la scène et, dans le même temps, le risque de conflit symétrique de haute intensité a diminué. La lutte anti-terroriste s’appuie plus sur des moyens policiers, du renseignement humain et des forces de présence, que sur des matériels coûteux et nombreux. Une diminution de 15%, sur 10 ans, des dépenses de défense est donc justifiable.

Comme R. Gates le constate – et le craint – les budgets de défense européens pourraient encore diminuer. Malgré l’injonction des Etats-Unis, nos Etats devront en effet réduire leur déficit budgétaire, creusé par des aides publiques au secteur bancaire mis en péril par une crise financière venant des… Etats-Unis!

La boucle est bouclée (et les ceintures serrées).

La Libye, ultime démonstration de la dépendance militaire de l’Europe ?

S’appuyer sur l’opération Unified Protector pour demander une augmentation des budgets de défense relève de la malhonnêteté intellectuelle. R. Gates affirme d’abord qu’il s’agit de :

“A mission with widespread political support;

A mission that does not involve ground troops under fire;

And indeed, is a mission in Europe’s neighborhood deemed to be in Europe’s vital interest.”

Les trois points censés appuyer le réquisitoire sont contestables.

  1. Il n’y a pas de soutien politique général, la Chine, la Russie, l’OUA, la Turquie et la plupart des pays arabes ne nous soutiennent pas ;
  2. Il y a des troupes au sol, ce sont les insurgés ;
  3. La Libye est proche de nos côtes, certes, mais cette action militaire n’était pas d’un intérêt vital pour nous : Khadafi n’était plus le chien fou des relations internationales, il commerçait avec l’Europe, vendait son pétrole, n’aidait plus les terroristes et son régime ne soutenait pas l’islamisme ; il laissait cela au royaume saoudien, lui même grand allié des… Etats-Unis!

“NATO’s serious capability gaps and other institutional shortcomings laid bare by the Libya operation”

Il n’est pas honnête de reprocher à l’OTAN des défauts capacitaires ou des failles institutionnelles pour Unified Protector. Puisque cette opération n’entre pas dans le cadre de la défense collective, il n’y a pas automaticité dans l’engagement des membres de l’Alliance. Ceux-ci sont libres de participer ou non à une opération de soutien d’une décision des Nations Unies. L’OTAN a fonctionné, il est seulement regrettable que tous ne se soient engagés.

La mission principale de l’OTAN consiste à défendre les territoires et populations de ses membres, non à lancer des opérations aériennes hors zone, sous faible préavis. Il est normal que, dans un tel contexte, des difficultés surgissent, des capacités manquent et qu’il faille développer et dérouler un plan d’action non préparé à l’avance. On aurait d’ailleurs reproché à l’OTAN un tel plan, s’il avait existé.

R. Gates prend pour exemple l’Air Operations Center, prévu pour gérer plus de 300 sorties par jour, et n’en gérant que 150. Le fait qu’un AOC ne « tourne pas à plein régime » n’est pas en soi un aveu d’échec : peut-être n’y a-t-il pas suffisamment de missions à réaliser. Même si la vraie raison est, probablement, le manque de vecteurs, ce n’est pas pénalisant. Comme bien d’autres opérations aériennes, celle-ci s’inscrit dans la durée ; que l’on se souvienne du Kosovo ou de la guerre du Koweït. Néanmoins, ses résultats sont tangibles : chaque jour amène plus de défections dans le clan de Khadafi.

Les bons points que décerne Gates à certaines nations pour leurs contributions s’appuient, certes, sur des éléments factuels. Mais le Secrétaire sortant oublie de préciser que l’action en Libye se réalise en dehors du cadre de la défense commune. Tout Etat soucieux de s’engager fera obligatoirement mieux que celui qui choisira de s’abstenir d’intervenir.

Sur le plan du manque de munitions et le recours aux Etats-Unis, un rappel s’impose. Les stocks de munitions sont ce qu’ils sont. Après 11 semaines, il est normal de demander à un allié qui n’est pas fortement engagé de céder des munitions. Cela s’est déjà fait par le passé (Etats-Unis à Israël lors de la guerre de Kippour, ou à la France au Kosovo). Si elles ne sont pas données (cas de Kippour), elles sont ensuite rachetées par le demandeur.

Si ce procédé d’entraide classique pose problème aux Etats-Unis, qu’ils le disent et les autres membres de l’Alliance sauront à quoi s’en tenir et augmenteront leurs stocks.

Enfin, aucune explication ou justification n’est donnée sur le retrait des moyens offensifs américains. Le maintien d’une contribution offensive aurait été la bienvenue, dissipant le sentiment de malaise et d’abandon ressenti par les Européens alors qu’ils sont en conflit avec un régime qui a accumulé un lourd passif à l’encontre des Etats-Unis. Y aurait-il une volonté de nous laisser tomber au milieu du gué pour mieux souligner nos faiblesses ?

L’Europe entraînerait l’OTAN vers l’insignifiance militaire?

“…enjoy the benefits of NATO membership – be they security guarantees or headquarters billets – but don’t want to share the risks and the costs”

Deux jours avant cette diatribe, les membres de l’Alliance, en présence de M. Gates, ont approuvé une forte réduction des effectifs de la structure de commandement de l’OTAN.

Insinuer que les Européens sont à la recherche de postes tombe à plat. Prétendre que les européens veulent éviter de prendre des risques est scandaleux lorsque, dans le même discours, on mentionne les 850 non-Américains tombés en opérations.

Les Etats-Unis doivent-ils délaisser une Europe ingrate ?

“…the American taxpayer continues to carry most of the burden in the Alliance”

Le risque de découplage entre l’Europe et les Etats-Unis est une vieille rengaine. L’effet de répétition finit par le rendre pathétique.

L’OTAN est une alliance politico-militaire d’Etats partageant un marché, une civilisation et des intérêts communs. Les Etats-Unis en sont le « leader » naturel. Ils ont tout intérêt à conserver des relations avec l’Europe au travers de l’OTAN. L’Alliance sert de caisse de résonance à la suprématie des Etats-Unis. Au travers des standards et normes, elle conforte les produits issus de l’industrie de défense américaine, au détriment des compagnies européennes.

L’OTAN est pour eux un excellent outil diplomatique, militaire et économique. En son temps, l’URSS fit de même avec le pacte de Varsovie/COMECON et le Japon impérial le tenta, avec la sphère de coprospérité.

Le coup de pied de l’âne

Arrangements avec la réalité de l’OTAN, contrevérités et présentation partielle des faits se sont accumulés dans ces « Réflexions sur le futur et le statut de l’Alliance Transatlantique », dernière charge de Robert Gates contre les pays européens membres de l’OTAN.

Avec ce discours-réquisitoire appuyé sur l’exemple libyen, R. Gates demande aux Européens d’allouer davantage de crédits à la défense afin de disposer de meilleures capacités de projection.

Mais pour quoi faire ? Soyons clair : ces capacités, bien que souhaitables, ne sont pas demandées par l’OTAN au titre de sa mission principale, à savoir la défense des territoires et populations des pays membres.

Par ce biais, les Etats-Unis chercheraient-ils à avoir davantage d’alliés ou de supplétifs pour leurs opérations hors zone OTAN ?

“True friends occasionally must speak bluntly with one another.”

Robert Gates s’en va, je ne le regretterai pas.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Autor: Invité