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Gallieni, Lyautey et l’usage de la force

Mardi, 4. mai 2010 7:45

Dans un précédent post consacré à l’ouvrage Mes jeunes années de Winston Churchill, je laissais entendre que les Britanniques pratiquaient à la fin du XIXème siècle une forme de « pacification » plus musclée que les Français.

En affirmant cela, je voudrais toutefois éviter de véhiculer une image erronée des méthodes françaises. Depuis quelques années, les écrits de Gallieni et Lyautey sont remis en avant, en insistant sur les aspects les plus doux de la méthode de la « tache d’huile ». Il est vrai que Gallieni et Lyautey insistaient beaucoup sur la nécessité d’épargner les populations locales et de penser au développement économique futur des zones en cours de « pacification ».

Il ne faut toutefois pas oublier que les expéditions du Tonkin et de Madagascar étaient aussi – et peut-être avant tout – des campagnes militaires. Gallieni et Lyautey se plaignaient souvent de la faiblesse des moyens qui leur étaient alloués mais ils ne se privaient pourtant pas d’aller au combat. Dans Les Lettres du Tonkin et de Madagascar, Lyautey décrit plusieurs accrochages qui se sont traduits à chaque fois par une dizaine de morts du côté français.

Gallieni présentait la « pacification » comme « l’action combinée de la force et de la politique ». Il serait inexact de ne retenir que les actions politiques et d’oublier l’usage de la force. Aucune campagne de contre-insurrection ne peut réussir sans emploi de l’outil militaire. Tout le problème consiste à savoir comment utiliser la force sans que son usage ne devienne contre-productif.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (6) | Autor: Marc Hecker

Churchill et les petites guerres

Jeudi, 25. mars 2010 14:35

Avant de devenir l’homme d’Etat que l’on sait, Winston Churchill a été officier dans l’armée britannique et reporter de guerre pour différents journaux. Il a pris part, à ce titre, à de nombreuses « petites guerres » dans des zones qui correspondent aujourd’hui au Soudan, à l’Afrique du Sud et à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Ses expériences remontant à la fin du XIXème siècle, Churchill les raconte dans son autobiographie intitulée « Mes jeunes années », publiée initialement en 1930.

Cet ouvrage qui se lit comme un roman d’aventure est d’une richesse étonnante pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire et aux conflits asymétriques. L’armée britannique pratiquait alors des méthodes de contre-insurrection bien éloignées de celles de l’armée française au Tonkin et à Madagascar. Alors que Lyautey et Galliéni insistaient sur la nécessité d’utiliser modérément la force et de préserver les populations locales, les Britanniques semblaient avoir une vision plus brutale de la « pacification ».

En témoigne ce passage qui relate une opération s’étant déroulée dans la vallée de Mamund (actuelles zones tribales à la frontière pakistano-afghane):

« Sir Bindon nous envoya l’ordre de rester dans la vallée de Mamund et de la dévaster entièrement à titre de représailles par le fer et par le feu. [...] Nous procédâmes systématiquement, village par village, détruisant les maisons, comblant les puits, faisant sauter les tours, abattant les arbres, brûlant les récoltes et crevant les réservoirs. Les indigènes, juchés sur les montagnes, observaient d’un air sombre la destruction de leurs foyers et de leurs moyens d’existence. »

Faut-il voir dans ces quelques lignes une des explications de la méfiance des populations des zones tribales à l’égard des interventions externes?

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (6) | Autor: Marc Hecker