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Défense: les paradoxes de la rigueur budgétaire

Jeudi, 16. février 2012 6:38

La loi de finances rectificative présentée le mercredi 8 février 2012 au Conseil des ministres prévoit une baisse de l’allocation aux différents ministères d’1,2 milliard d’euros. La Défense se retrouve une nouvelle fois en première ligne, en assumant presque 28% de ces coupes avec 335 millions de crédits annulés (soit une baisse de 1,5 %).

En Europe, la situation est à peu près similaire. Hormis en Grande-Bretagne où le budget augmente légèrement de nouveau après une forte baisse à la fin des années 2000, on assiste à un tassement ou à une baisse pour les autre pays (Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas…). Or, ces baisses sont à mettre en perspective avec l’augmentation du coût des armements majeurs. Pour ne citer qu’un exemple, un hélicoptère Tigre coûte 25 Gazelle. Le coût des programmes militaires explose à chaque renouvellement, et les armées françaises entament leur 3ème phase de rééquipement depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale (Tigre, Rafale, FREMM, A400M, NH90, VBCI, VBMR…). Même à budget constant, il est mathématiquement impossible de conserver les capacités militaires qui étaient les nôtres il y a quelques années seulement.

Premier paradoxe : l’Europe désarme dans un monde qui réarme. D’après le SIPRI, l’augmentation des budgets de Défense sur 10 ans (2000-2010) a été de presque 60% pour l’ensemble de la planète (+90% pour l’Asie Océanie, +84% pour l’Amérique de Nord et du Sud, +76% pour l’Afrique, +46% pour le Moyen-Orient et + 3% pour l’Europe de l’Ouest !). Depuis une dizaine d’années, sur le vieux continent, tout est prétexte à maintenir les budgets de la Défense au plus bas. Après les « dividendes de la paix » que chaque pays européen a voulu toucher suite à la fin de la guerre froide, l’enchaînement des crises des subprimes de 2008 et de celle de l’euro continue de donner des arguments pour rogner un peu plus les dépenses militaires, sans toujours bien comprendre les implications de ces coupes budgétaires.

Tout d’abord, les dépenses européennes sont morcelées et reflètent les priorités budgétaires de chacun des États membres de l’UE. Chaque pays cherche ainsi à préserver ses spécificités ou à privilégier ses industriels. Les économies d’échelle que l’on pourrait espérer en menant des programmes d’armement commun ne sont pas au rendez-vous : il existe plus de 20 versions différentes du NH90 ; le programme de l’A400M voit son coût unitaire augmenter et prend un retard conséquent (les livraisons devaient débuter en 2009) ; le programme de construction d’un second porte avion français (PA2) sur le modèle CVF britannique (Carrier Vessel Future, ancien nom de la classe de porte-avions Queen Elizabeth) lancé en 2003 a été abandonné en 2009. Parfois, même les industriels se font concurrence sur des programmes similaires (Rafale et Eurofighter Typhoon). Pas de sauvetage européen en vue donc.

Au niveau national, ensuite, le ministère de la Défense ne représente plus que le troisième poste budgétaire de l’État avec 38 milliards d’euros (en incluant les pensions et les missions militaires de la gendarmerie nationale), derrière l’enseignement avec 62,2 milliards et le remboursement de la dette avec près de 50 milliards d’euros. Il est loin le temps où le Mindef était le premier budget de la nation. Pourquoi alors s’acharner ?

Parce que le budget des armées est aussi le premier budget d’investissement de l’État, et la Défense le premier acheteur et investisseur public français. A lui seul, il représente plus des deux tiers des marchés publics passés par l’État. Autrement dit, la Défense est le seul poste budgétaire qui ne relève pas essentiellement des frais de fonctionnement qui, sauf à diminuer brutalement le nombre de fonctionnaires, ne peuvent qu’être reconduits. Pourtant, les différents contrats sont destinés à plus de 12 000 entreprises sur le territoire français, ce qui représente un peu plus de 165 000 emplois directs et autant d’indirects. Au niveau européen, cela représente 25 à 30% du chiffre d’affaires de la base industrielle et technologique de la défense européenne (BITDE). C’est là le deuxième paradoxe : alors que la plupart des candidats insistent sur la nécessité d’investissements productifs permettant de réindustrialiser la France, faire payer la Défense est politiquement facile et immédiatement rentable.

Une nouvelle baisse du budget de la Défense aura une fois de plus un impact négatif sur le tissu industriel français par des annulations de contrat ou leur étalement dans le temps. Mais il aura aussi des conséquences négatives sur les capacités opérationnelles des armées, alors qu’un rapide tour d’horizon de l’actualité internationale montre que les crises et les tensions ne manquent pas tout autour de l’Europe. Si l’on ajoute le repositionnement stratégique des États-Unis vers la zone Asie Pacifique et leur désengagement partiel du vieux continent, il est peut-être temps pour la France de consentir les sacrifices nécessaires à sa défense et à celle de l’Europe. L’ambition stratégique et les discours sur la stabilité régionale sont une chose, s’en donner les moyens une autre.

 

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Stanislas Garnier

La France perd son triple A stratégique

Vendredi, 3. février 2012 7:52

En annonçant vendredi 27 janvier le retour anticipé des soldats français d’Afghanistan, Nicolas Sarkozy sème le trouble dans l’Alliance Atlantique et chez nos alliés américains. Ces derniers auront tôt fait de nous dégrader au rang des moins fiables de leurs partenaires déclarés, nous retirant en quelque sorte notre triple A stratégique, pourtant difficilement gagné par le sang versé en Kapissa. Cette annonce semble rayer d’un trait de plume toute la stratégie du quinquennat, en cédant aux nécessités de la politique intérieure et aux enjeux électoraux.

Avec les nombreuses pertes enregistrées l’été dernier, l’image d’une victoire sur l’insurrection dans la zone française n’était plus défendable. Dès lors l’Elysée a mis la pédale douce aux opérations, consignant la force dans ses bases, et a recentré la communication sur le mentoring de l’ANA et sur le transfert des zones de responsabilité, cherchant ainsi une porte de sortie honorable. Il fallait bien limiter l’impact des pertes sur l’opinion publique alors que les élections se profilaient à l’horizon. Las, l’adversaire l’a parfaitement compris et mise sur des hommes infiltrés au sein de l’ANA pour contrer cette stratégie. La mort de 4 soldats français le 20 janvier, tués par un soldat de l’ANA (même si, dans ce cas précis, les motivations du meurtrier restent floues) a eu l’effet escompté. Le candidat Hollande annonçait un retrait immédiat des troupes s’il était élu, ajoutant à une démagogie douteuse une méconnaissance totale des difficultés de rapatrier aussi vite une telle force, sans parler des conséquences stratégiques de cette décision unilatérale. Le président Sarkozy de son côté, après quelques atermoiements, annonçait donc vendredi un retrait anticipé pour 2013.

Avec cette décision, Nicolas Sarkozy enterre toute la stratégie de ses cinq années passées à la tête des Armées. Elle semblait d’abord fondée sur un rapprochement avec les Etats-Unis avec à la clé une participation pleine et entière dans l’OTAN. Aujourd’hui, malgré les déclarations de Leon Panetta le 1er février, présentées – à mon sens à tort – comme un terrain d’entente entre Français et Américains, la divergence est bien réelle. Si le Président est réélu, il restera tout au plus « un effectif résiduel », incapable de jouer un rôle déterminant dans la mise à niveau de l’ANA, indispensable pour assurer le processus de transfert des responsabilités selon le calendrier défini. Si l’opposition est élue, on ne parlera peut-être même plus de présence française.

Cette stratégie nécessitait de payer « le prix du sang », en s’engageant plus volontairement auprès de nos alliés en Afghanistan, alors que le président Chirac s’était contenté du minimum syndical. Quoi qu’on en pense, elle était défendable et pouvait justifier la perte de nos soldats. Après tout, s’engager dans une guerre pour s’attirer les bonnes grâces d’un puissant est un acte éminemment stratégique. Un retrait anticipé, laissant nos alliés seuls gérer la difficile situation d’une sortie de conflit perdu, montrerait notre manque total de résilience et révèlerait  surtout à quel point il n’y a pas de constance dans la stratégie française. Nous avons peut-être démontré une certaine crédibilité militaire en Afghanistan et en Libye. A quoi rime-t-elle sans crédibilité politique ? Dès lors, on est en droit de se demander pourquoi 82 soldats sont morts sur la terre afghane.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Georges Dienekes

L’Europe de la défense en crise ? Les vidéos

Mercredi, 1. février 2012 7:00

Le séminaire sandwich Ifri/FRS/Secret Défense du 19 janvier fait partie des séminaires du cycle « 2012 La défense en question » qui ont eu le plus de succès, avec un taux de participation record. Alors que l’Union européenne semble être un acteur de moins en moins évident dans le domaine de la défense, le sujet continue de passionner, au delà des clivages politiques et nationaux. Afin d’assurer un débat enrichissant, le séminaire réunissait et confrontait un professeur (britannique) de Yale, Jolyon Howorth, plutôt optimiste, et notre panel de discutants (français), plutôt sceptique.

« L’Union européenne [est-elle] encore un acteur en matière de défense ? ». C’est le sujet de l’intervention originale de Jolyon Howorth qui rappelle en introduction que l’Europe de la Défense n’est pas la défense collective, que des avancées ont eu lieu (ce n’est pas une illusion) mais qu’on peut néanmoins parler, depuis la Libye, de crise existentielle, aggravée par une crise de l’euro dont l’évolution conditionnera le retour des projets européens dans les domaines stratégiques. Il note 5 obstacles ou « mauvaises nouvelles » pour le développement de l’Europe de la Défense : l’absence de vision stratégique de l’UE ; le repli américain qui, bien que pouvant être une opportunité pour l’UE, doit être pris au sérieux par ses membres ; les dépenses européennes dans le domaine de la défense, importantes mais mal coordonnées ; une politique étrangère de l’UE qui peine à être visible sur la scène internationale, en étant par exemple  inexistante à l’occasion du Printemps arabe. Enfin, l’Europe, dépendante de régions instables sur lesquelles elle a de moins en moins de prise, démographiquement bien peu dynamique et disposant de peu de ressources naturelles propres, semble être de moins en moins au centre du monde.

Pour compenser ces difficultés, Jolyon Howorth propose deux bonnes nouvelles, que vous découvrirez dans la vidéo…

L'Union européenne : un acteur en matière de… par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’une discussion animée avec Etienne de Durand, directeur du CES de l’Ifri, Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense. Voici la vidéo intégrale de ce débat :

DÉBAT – L'Union européenne : un acteur en… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Afghanistan, les conséquences d’un retrait anticipé

Lundi, 23. janvier 2012 12:51

La vie politique française fonctionne à propos de l’Afghanistan comme un mécanisme à éclipses – disparaissant pendant des mois des écrans radars avant de réapparaître à chaque nouvelle perte en vies humaines. L’attentat d’un taliban infiltré (ou auto-improvisé) dans l’Armée nationale afghane (ANA) contre les forces françaises qui a fait 4 morts et 18 blessés vendredi 20 janvier a ainsi provoqué une série de réactions politiques inattendues, étrangement convergentes dans le désir d’un retrait des forces au plus tôt – dès la fin de l’année selon l’engagement du candidat socialiste François Hollande.

L’embuscade d’Uzbin en août 2008 avait révélé bien tard aux Français la dure réalité de la guerre de guérilla : difficulté extrême du terrain, faiblesse du renseignement humain, nivellement de la supériorité de la puissance de feu au moyen de procédés tactiques adéquats. Voici que l’attentat du 20 janvier lève le voile sur un autre quotidien d’une insurrection : le processus d’infiltration des forces de sécurité afghanes, procédé pourtant connu de longue date. On ne peut qu’être surpris par l’étonnement de l’Élysée à l’égard de cet état de fait, triste témoin de la gravité de la situation et révélateur de l’ampleur de la tragédie afghane.

La nature de l’attentat — perpétré non dans le cadre d’une embuscade mais à l’intérieur de la base [FOB] — doit être compris comme le résultat d’une décision du commandement français, à l’automne dernier de cesser les opérations de combat et de minimiser les risques. En effet, après un effort de la dernière chance mené au cours de l’hiver 2010-2011, la publication du calendrier de retrait en juin 2011, avec 2014 comme horizon final, ainsi que l’intensité de la contre-offensive talibane à l’été 2011 sonnent le tocsin des grandes opérations. Les 21 morts qui frappent les Français entre janvier et août 2011 les conduisent à se retrancher dans les bases. La « FOBite » n’est pourtant pas une protection efficace dans une province laissée entièrement au contrôle des insurgés et avec un partenaire partiellement infiltrée par l’ennemi : l’attentat du 20 janvier vient clairement le démontrer. A ce titre, la « sanction » émise à l’encontre de l’ANA via la suspension du mentoring laisse songeur: l’ANA est la première victime de cette infiltration qui ne témoigne pas d’un double-jeu, mais de l’incapacité du gouvernement Karzaï comme de la Coalition à gagner « les coeurs et les esprits » et de la puissante base populaire de l’insurrection…

Les conséquences de la fin prématurée (au regard du calendrier affiché) de la présence française au sein de l’ISAF doivent donc être étudiées attentivement, pour peu que l’on estime la valeur d’une action publique éclairée, guidée par autre chose que la course électorale et la politique de l’émotion.

• Conséquences militaires. Comme l’a déjà évoqué Jean-Dominique Merchet, les dangers d’un retrait sous le feu des Talibans sont considérables — d’autant plus que le « chemin aller » du matériel, à travers la passe de Khyber au Pakistan, s’apparente désormais à un couloir de la mort. Les Britanniques, à l’époque où ils s’étaient désengagés de Bassorah, avaient dû signer un accord secret (dont les éléments sont encore mal connus) avec l’Armée du Mahdi pour que cette dernière leur permette de se retirer en bon ordre. Un tel « accord de la honte » avec les Talibans sera-t-il possible, et si oui à quelles conditions? Pour ce qui est de « l’après » : les conséquences sur le théâtre restent cependant modérées. Avec 3 600 soldats, le contingent français était certes un contributeur important, d’autant qu’il représentait une force combattante unanimement saluée pour ses prises de risques et sa combativité. Il ne représente cependant que 3% de la Coalition, et les 90 000 Américains encore présents pourront combler la brèche — la Kapisa, fait partie de la RC-East sous commandement américain et a déjà été précédemment occupée par les hommes de la 82nd Airborne.

Conséquences stratégiques. L’annonce du calendrier de retrait en juin 2011 a irrémédiablement enclenché la dynamique de défaite : les Talibans savent qu’ils n’ont plus qu’à presser le départ de l’ennemi, mais surtout les Afghans « loyaux » n’ont désormais plus de raison de soutenir les Occidentaux dont les jours sur place sont comptés. Soutenir le gouvernement Karzaï paraît également être un pari risqué quand on connaît sa fragilité, sa corruption et le peu de soutien dont il jouit parmi la population. Pour autant, faut-il presser le pas ? Si les Talibans étaient si certains de leur victoire après 2014, ils ne prendraient peut-être pas les risques qu’on les voit prendre aujourd’hui. La guerre est un processus dynamique qui peut se retourner à chaque instant et les Talibans ne sont pas à l’abri d’un engouement nouveau pour un leader politique populaire (rappelons nous d’Abdullah Abdullah…) ou de la consolidation d’un front du refus en grande partie sur les lignes de l’ancienne Alliance du Nord. Partir aujourd’hui, c’est réduire encore la maigre chance de voir un sursaut dans le camp des anti-Talibans. D’une manière plus générale enfin, si la guerre, telle qu’elle est menée aujourd’hui, ne peut plus être gagnée, le départ des forces occidentales ne fera pas disparaître, bien au contraire, la menace que l’Afghanistan continue de faire peser sur la stabilité régionale et mondiale. Dès lors, tout retrait devrait être planifié attentivement, dans une perspective de long terme, en laissant si possible derrière nous de « petits cailloux », afin de capitaliser au mieux les dix ans de présence française dans le pays.

Conséquences diplomatiques. Faut-il le rappeler, la principale raison pour laquelle nous sommes présents en Afghanistan était de montrer notre soutien à l’Amérique après le choc des attentats du 11 septembre ­(la France avait d’ailleurs fait valoir à l’époque l’article V du Traité de Washington impliquant le soutien automatique à tout membre de l’OTAN ayant subi une agression). Le renforcement du dispositif en 2004 avait, là encore, des origines diplomatiques, puisqu’il s’agissait, entre autres, de panser les plaies de la crise irakienne en montrant notre engagement sur le front afghan. Le bénéfice accumulé pendant toutes ces années de présence en Afghanistan au cours de laquelle le France est apparue comme l’un des alliés les plus dignes de confiance de l’Amérique pourrait bien être terni par un retrait précipité, laissant derrière elle ses partenaires européens et internationaux. La France, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, a engagé sa parole et sa responsabilité dans l’affaire afghane. Sa décision est certes souveraine, et nul ne pourra s’y opposer, mais elle devra en tirer les conséquences en termes d’image.

Conséquences politiques. C’est évidemment le fond de l’affaire. En pleine campagne présidentielle, l’engagement français était forcément fragilisé, et les Talibans, qui ont déjà montré à plusieurs reprises leur complète maîtrise des agendas politiques occidentaux, en étaient parfaitement conscient. Que l’opinion soit, depuis 2008 au moins, majoritairement hostile à l’engagement militaire français est également un fait qu’il faut accepter en démocratie et en tirer les conséquences — à la condition tout du moins d’avoir procédé à un véritable débat contradictoire sur la question et en donnant aux partisans du maintien le droit à faire valoir leur point de vue. Il y a cependant peu de chance que la décision d’un départ rapide entraîne un réel gain politique : qu’ils le veuillent ou non, socialistes et ump-istes ont été parties prenantes, pendant dix ans, du maintien de la présence française — au contraire d’autres partis de l’opposition, dont les plus radicaux. Les électeurs intéressés par le sujet ne seront pas dupes, et il y a peu de chance qu’un retournement de dernière minute, commandé par l’émotion et la course au désengagement y change quoi que ce soit.

Même s’il apparaît aujourd’hui comme évident que la présence de l’OTAN ne peut plus apporter de solution stratégique à la problématique afghane, un retrait anticipé de la France d’Afghanistan ne doit pas pour autant être pris à la légère. La crise qui gangrène aujourd’hui la zone Af-Pak aura tôt ou tard des répercussions globales dont le prochain mandat présidentiel ne sera pas épargné – il serait bien aventureux de l’ignorer.

Catégorie: Analyses | Commentaires (4) | Autor: Elie Tenenbaum

Digital hoplites. Infantry Combat in the Information Age

Mercredi, 4. janvier 2012 16:24

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 30 bis de la collection Focus stratégique, intitulé:

Digital Hoplites. Infantry Combat in the Information Age.

Cet article a été écrit par le lieutenant-colonel Pierre Chareyron. Cet officier supérieur de l’armée de Terre a été détaché comme chercheur au sein du Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri. Il est diplômé de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, du Cours Supérieur d’Etat-Major et de l’Ecole de Guerre.

L’article, dont la version française a été publiée dans la collection Focus stratégique en avril 2011, est téléchargeable ici.

 

Voici le résumé de l’article:

Le FELIN, premier « système fantassin » mondial entre en service cette année dans l’armée de Terre française. Au cours de l’histoire, les fantassins ont cherché à tirer profit de la technologie en arbitrant au mieux parmi les trois exigences fondamentales que sont mobilité, puissance de feu et protection du combattant. Les sociétés occidentales étant sensibles aux pertes, l’exigence de protection est devenue un facteur essentiel. Le combat débarqué moderne se caractérise donc par un retour de l’armure tout en mettant l’accent sur la puissance de feu. En outre, l’avènement d’une nouvelle génération d’équipements, permettant de tirer profit des technologies de l’information au niveau du combattant individuel, impose désormais d’aborder la question de l’évolution du combat d’infanterie sous l’angle de la supériorité informationnelle.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

L’innovation dans l’infanterie

La fin de l’infanterie légère

Le fantassin du futur

Conclusion

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

 

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Ultima Ratio

L’OTAN, toujours fiable? Les vidéos

Mercredi, 14. décembre 2011 7:09

Nous vous annoncions, il y a quelques jours, la tenue le 8 décembre d’un évènement sur « l’OTAN, toujours fiable? », dans le cadre du nouveau cycle de séminaires « 2012, La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Pour ceux qui ne pouvaient être à l’Ifri ce jour là, voici les vidéos :

Les deux premières vidéos confrontent les visions de l’OTAN de Benoît d’Aboville, ancien représentant permanent de la France auprès de l’OTAN et de Diego Ruiz Palmer, directeur de la capacité d’analyse stratégique au siège de l’OTAN.

L’Alliance, dépeinte par Benoît d’Aboville à l’aide d’images fortes (des « slogans » selon Diego Ruiz Palmer…), nécessite d’importants ajustements :


L'OTAN, toujours fiable ? [1/3] par Ifri-podcast

Pour Diego Ruiz Palmer, au contraire, l’Alliance a fait les preuves de ses capacités d’adaptation et est un instrument dont il n’est plus nécessaire de discuter la fiabilité ou la pertinence :


L'OTAN, toujours fiable ? [2/3] par Ifri-podcast

Troisième temps de la rencontre, le débat engagé entre les deux intervenants et nos trois panélistes (Etienne de Durand, directeur du CES, Jean-François Daguzan, Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense) permit, outre un florilège d’images parfois assez drôles et osées sur l’OTAN, de s’interroger entre autres sur le concept d’allié et les engagements qu’il implique, sur les objectifs stratégiques de l’OTAN et enfin sur ses implications capacitaires.


L'OTAN, toujours fiable ? [3/3] par Ifri-podcast

En conclusion, si vous n’avez pas pu être des nôtres jeudi dernier, vous aurez certes manqué l’atmosphère inimitable de nos séminaires sandwichs ainsi que le débat avec le public (qui n’est pas filmé), mais grâce à Ultima Ratio, vous pouvez malgré tout participer au premier pas de notre réflexion de fond en trois mouvements sur les alliances de la France, alors que se profile le désengagement américain. Tous vos commentaires seront, comme toujours, les bienvenus.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Prochain séminaire-sandwich: « L’OTAN, toujours fiable? »

Vendredi, 2. décembre 2011 10:57

Dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui se tiendra autour de Benoît d’Aboville, ancien représentant permanent de la France auprès de l’OTAN, le 8 décembre de 12h à 14h et qui portera sur le thème « L’OTAN, toujours fiable? ».

Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES, Jean-François Daguzan, Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense et Diego Ruiz Palmer, directeur de la capacité d’analyse stratégique au siège de l’OTAN.

 

Le nombre de places étant limité, inscrivez-vous vite sur le site de l’Ifri ou en écrivant à strategie2@ifri.org.

 

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Colonels-blogueurs: quatre questions à François Chauvancy et Michel Goya

Vendredi, 25. novembre 2011 7:29

En 2011, deux colonels de l’armée de Terre ont ouvert leur blog. Ces officiers sont François Chauvancy (FC) du Centre Interarmées de Concepts, de Doctrines et d’Expérimentations (CICDE) et Michel Goya (MG) de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Pour mieux comprendre les motivations et les pratiques de ces colonels-blogueurs, nous leur avons posé quatre questions.

1) Le phénomène des « milblogs » vient des Etats-Unis – où il est d’ailleurs aujourd’hui en reflux – et n’a jamais connu le même engouement en France. Pourquoi avez-vous décidé de lancer votre blog en 2011? Est-ce lié à une volonté de remettre la Défense sur le devant de la scène à l’approche des échéances électorales de 2012?

- FC : Le lancement de mon blog en août 2011 sur le site du quotidien Le Monde, en tant qu’abonné,  répondait avant tout à un besoin de m’exprimer en tant que soldat-citoyen, d’être aussi plus en phase avec l’actualité, ce qui se fait rarement dans le cadre de l’expression des militaires. Je n’avais et n’ai cependant pas la prétention de mettre la défense au cœur de la campagne électorale. En revanche, j’ai eu le sentiment, encore plus qu’avant, que les questions de défense méritaient d’être traitées par les principaux concernés dans leurs domaines de compétence. Certains points de vue se doivent d’être librement exprimés à titre personnel, avec la possibilité d’un débat notamment au contact des citoyens qui ne connaissent plus l’Armée. C’est l’objet de ce blog. Il s’agit aussi d’un défi : serai-je capable d’intéresser, d’alimenter régulièrement d’une manière construite et réfléchie ce blog sur les questions de défense ? Je constate sur le second point que, toutes les semaines, la sécurité extérieure de notre pays ou des questions concernant les armées sont évoquées sous une forme ou sous une autre. M’exprimer en tant qu’officier supérieur d’une relative ancienneté et en tant que citoyen m’est apparu donc un devoir dans une société où beaucoup parlent pour les armées avec une légitimité discutable.

- MG : Ce blog, avec ses ramifications Twitter, Facebook, Viadeo, etc., est avant tout conçu comme un prolongement dans « la longue traîne » d’une activité de réflexion officielle. Je le vois comme un laboratoire où je soumets en direct mes réflexions à la critique. Il n’y a pas de lien avec les échéances électorales même si je pense que les militaires doivent aussi être présents dans les débats, ne serait-ce que parce qu’ils restent, comme le dit le général Desportes, les meilleurs experts de leur propre métier.

2) Avez-vous eu besoin d’une autorisation de votre hiérarchie pour lancer votre blog? Vos billets doivent-ils être approuvés avant publication?

- FC : J’ai pris le risque de ne pas demander à ma hiérarchie l’autorisation d’ouvrir mon blog, encore moins de publier un billet. J’écris depuis 1988 et prends position depuis que je suis capitaine, sans commentaires extérieurs mais avec parfois quelques sueurs froides sur mon avenir. Un ancien chef d’état-major de l’armée de terre m’a confirmé il y a quelques mois que je l’avais (sans doute) « payé » et je me demande parfois… Je rappellerai cependant que notre hiérarchie demande aux militaires de s’exprimer depuis une dizaine d’années. Il n’y a donc pas de contradiction entre ouvrir un blog et ne pas en demander l’autorisation. Par ailleurs, pour moi, un officier n’est pas un serviteur de l’Etat comme les autres. Il a le devoir de s’exprimer certes dans les limites du statut … que je connais bien. En revanche, attirer l’attention sur une question me paraît une obligation morale de l’officier même si cela surprend parfois dans notre société. Cela ne veut pas dire que j’ai raison dans mes écrits. Ce même chef d’état-major de l’armée de terre évoqué précédemment m’avait cependant fait le compliment que, certes, j’agaçais parfois mais que je faisais réfléchir ! Cela n’a rien changé à mon avenir mais cela m’a fait plaisir.

- MG : Partant du principe que le nouveau statut des militaires a supprimé toute autorisation préalable à une publication, je n’en ai demandé aucune. Il en est de même pour les billets.

3) Au cours des dernières années, plusieurs officiers – Vincent Desportes et Jean-Hugues Matelly, en particulier – ont été sanctionnés en raison de leurs écrits. Vous imposez-vous des lignes rouges à ne pas franchir pour ne pas vous retrouver dans la même situation?

- FC : Outre le respect du statut général des militaires, je me donne effectivement des limites. J’appartiens à la communauté militaire et je ne m’exprime pas pour la mettre en difficulté, encore moins quand cela concerne les camarades aux « affaires » et confrontés à une tâche de plus en plus lourde. Cela ne veut pas dire forcément se taire et ne pas s’exprimer avec franchise. Cela signifie aussi que j’évite certains sujets, surtout si je ne les connais pas. Ensuite, j’ai une compréhension militaire des sujets que je traite. Mes réactions et mes réflexions ne sont pas bien différentes d’une grande partie de celles de mes camarades. Ma réflexion doit donc être constructive et le résultat d’un travail qui pourrait au moins partiellement être utile, en toute modestie, au service des armées de la République ! Enfin, si je dois être sanctionné, je l’assume. S’exprimer ne doit pas s’exercer à travers la crainte d’une éventuelle sanction. Il est indéniable que plus vous exprimez des idées, plus vous vous exposez, plus vous donnez une image de vous-même qui suscite soutien ou rejet et donc provoque des effets secondaires. Cependant, faire ce que l’on pense être conforme à ses valeurs permet d’assumer cette prise de risque responsable. C’est une question, oserais-je dire, d’honneur et de rigueur intellectuelle conforme à l’état d’officier, valeurs qui doivent apparaître dans les écrits publiés.

- MG : Je m’efforce de ne pas trahir de secrets (c’est facile, je n’en connais aucun) et de ne pas exprimer d’opinions religieuses et politiques. Par ailleurs, je commente assez peu l’actualité. Je m’efforce de donner des courtes notes d’explorations, autant que possible étayées, ou de faire connaître d’autres travaux, afin de nourrir la réflexion sur les questions de défense et d’emploi des forces. J’accepte tout à fait le risque d’être puni.

4) De manière générale, quelle est aujourd’hui la place des médias sociaux dans les armées françaises?

- FC : Sur cette question particulière des réseaux sociaux, je précise que je n’y adhère pas malgré leur modernité. Sans doute une question de génération. Je ne connais donc pas la place que tiennent les réseaux sociaux dans les armées. Je comprends que cela soit un moyen de se relier aux autres et de partager ce que l’on vit. Cependant, une vie privée n’a pas, à mon avis, à être exposée sur internet même avec des proches sélectionnés, surtout si on est soi-même en opérations. J’aborderai donc surtout cette question des réseaux sociaux sous l’aspect de la sûreté de l’information. Etre militaire implique une vigilance permanente sur l’information que l’on diffuse sur soi ou sur les autres, notamment en opérations. J’ai donc une certaine « inquiétude » sur la présence des militaires sur les réseaux sociaux dans la mesure où, sans précaution, cela peut avoir de graves conséquences pour eux ou pour la communauté militaire. Je pense en revanche qu’une « éducation » aux réseaux sociaux s’avère aujourd’hui indispensable au sein des armées.

- MG : Les médias sociaux sont d’abord une source d’informations parallèle aux canaux officiels, tant en interne que vis-à-vis du reste de la nation. Ils permettent de renforcer les liens armée-nation sur lesquels on s’interroge souvent. Ils constituent aussi un substitut à la rareté des indispensables espaces de libre réflexion pour les militaires et les civils intéressés. Ils sont complémentaires d’organes de réflexion institutionnels, qui par construction, ne peuvent rien produire de très original.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Prochain séminaire-sandwich : « Le Livre blanc: bilan et perspectives »

Lundi, 14. novembre 2011 6:00

Dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui se tiendra le 17 novembre de 12h à 14h autour de François Heisbourg, conseiller spécial à la FRS et ancien membre de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, et qui portera sur le thème « Le Livre blanc: bilan et perspectives« .

L’intervention de F. Heisbourg sera suivie d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Yves Boyer, directeur adjoint de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.

 

Les inscriptions pour cet événement sont malheureusement closes. Les vidéos  du séminaire seront disponibles sur ce blog à la suite du séminaire.

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Apprendre ou disparaître? Le retour d’expérience dans les armées occidentales

Mercredi, 9. novembre 2011 6:00

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri vient de publier le numéro 33 de la série Focus stratégique, intitulé :

Apprendre ou disparaître ? : le retour d’expérience dans les armées occidentales

L’auteur, Corentin Brustlein, est chercheur au Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri, rédacteur en chef adjoint des Proliferation Papers et contribue également à ce blog.

L’article est téléchargeable ici.

Voici l’abstract de l’article:

En temps de guerre comme en temps de paix, l’incertitude est inhérente au domaine conflictuel. Devant évoluer dans cet environnement extrême, les armées doivent constamment faire preuve de capacités d’adaptation, afin de demeurer des instruments efficaces au service des décideurs politiques. Pour ce faire, ont été mis en place des dispositifs de « retour d’expérience » (RETEX), permettant d’identifier les enseignements pouvant être tirés des opérations en cours, des exercices ou de cas historiques. Il s’agit ensuite pour l’institution de formuler une réponse adéquate par la mise en œuvre de mesures correctives, la diffusion des bonnes pratiques ou l’acquisition de nouveaux matériels. Cette monographie étudie la façon dont les processus et structures de retour d’expérience se sont progressivement affirmés comme des acteurs du changement au sein des armées occidentales, comment ont évalué leurs pratiques, et quels sont les principaux défis auxquels ils se trouvent confrontés.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Institutionnaliser l’adaptation

Le cycle du RETEX en pratique(s)

Maturation et défis

Conclusion: pérenniser le RETEX au sein des armées

 

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

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