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Sommet de l’OTAN à Chicago : avis de tempête sur les Grands Lacs

Vendredi, 18. mai 2012 9:12

Dimanche à Chicago s’ouvrira la 25e édition du Sommet de l’OTAN. Regroupant soixante pays, ce sommet est le plus important jamais organisé par l’Alliance Atlantique et son originalité risque de se faire sentir aussi bien dans son organisation que dans les négociations qui s’y dérouleront.

C’est en effet dans un contexte de crise économique européenne que s’ouvre la rencontre, ce qui pourrait réduire considérablement la liberté d’action des États-Unis concernant  le déploiement du projet de défense antimissile (DAMB) sur le vieux continent, axe majeur du développement de l’OTAN jusqu’en 2018. Bien que le secrétaire général semble confiant dans l’avenir du bouclier et entende profiter de l’événement pour réaffirmer l’utilité du dispositif pour la sécurité européenne, l’enthousiasme est plus nuancé à l’est de l’Atlantique face au coût du projet qui provoque notamment une certaine réticence de la part du nouveau Président  français. Le sommet de Chicago devrait permettre à la France de se positionner sur la question et ainsi de donner le ton de son engagement auprès de l’OTAN pour le quinquennat à venir.

Enjeu principal de l’événement, la question afghane risque de faire éclater le consensus et, là encore, la position du nouveau dirigeant de la République française risque de provoquer le mécontentement de ses partenaires stratégiques. Le retrait anticipé des troupes, que l’Australie souhaite appliquer avant l’année électorale de 2013 et que le Canada a déjà engagé en mettant fin à sa mission en juillet 2011, serait un pari risqué pour la France après sa récente réintégration du commandement intégré de l’OTAN. La visite préparatoire d’émissaires américains à Paris ne semble pas avoir influencé l’opinion de François Hollande qui souhaite annoncer le retrait des troupes françaises fin 2012 lors de la réunion du G8 qui se tient aujourd’hui à Camp David. Retrait plus facile à annoncer qu’à conduire diplomatiquement, politiquement et surtout logistiquement : certains observateurs doutent de la capacité française à réaliser une telle opération.

Du côté européen, la question afghane suscite le débat la France et l’Allemagne, et la Chancelière Merkel a appelé le Président à respecter le calendrier mis en place lors du sommet de Lisbonne en 2010, alors que le couple franco-allemand se divise déjà sur la question du pacte budgétaire. D’autre part, la nouvelle ligne de conduite française n’est pas sans inquiéter l’allié britannique. Affaibli par sa récente défaite électorale, David Cameron entend infléchir la position de l’Elysée, les divergences entre les deux dirigeants étant susceptibles de remettre en question la coopération de défense bilatérale lancée par les accords de Lancaster House en 2010, déjà malmenée par ailleurs.

C’est donc un sommet placé sous le signe de la nouveauté, mais aussi de la discorde, qui se tiendra en cette fin de semaine à Chicago. La France devra faire preuve de beaucoup de diplomatie, d’autant plus que les importantes ventes d’armes à la Russie réalisées par le gouvernement Sarkozy au courant de l’été 2011 passent mal auprès du Congrès. Le nouveau président français devra user de finesse pour imposer ses choix et faire ses preuves face à un environnement international troublé voire hostile. Malgré quelques éléments encourageants pour ses positions, il ne sera pas facile de rassurer et de convaincre Barack Obama, lui-même en campagne pour un second mandat et qui n’a pas besoin d’un échec international à l’approche des élections américaines.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Claire-Marine Selles

La défense française à l’heure des choix budgétaires

Lundi, 14. mai 2012 8:20

Le nouveau gouvernement, qui sera nommé dans quelques heures, devra effectuer des arbitrages budgétaires importants. Dans ce contexte, Ultima Ratio a posé quatre questions à Martial Foucault, auteur du récent Focus stratégique consacré aux Budgets de défense en France.

Ultima Ratio: Les questions de défense en général, et des crédits militaires en particulier, ont été pratiquement absentes de la campagne électorale. L’analyse de long terme démontre-t-elle un biais partisan en matière de budgets de défense entre gauche et droite ? Les dépenses sociales impliquent-elles un effet d’éviction sur les dépenses militaires ?

Martial Foucault: En effet, les questions de défense et en particulier de choix budgétaires ont une nouvelle fois été oubliées durant cette campagne présidentielle. Contrairement à d’autres démocraties, le système semi-présidentiel français semble privilégier le consensus sur de tels enjeux au nom du fameux « domaine réservé » car le président de la République reste le chef des armées. Cette situation semble même emblématique de l’évolution des budgets de défense depuis le début des années 1980. Il n’existe pas à proprement parler de corrélation significative entre les gouvernements de droite et de gauche et le volontarisme budgétaire de défense. En moyenne, les gouvernements de gauche ont augmenté le budget de défense de 0,17% et ceux de droite de 0,12%,  certes dans des contextes parfois différents. Ce sont donc davantage les conditions économiques et la situation des finances publiques qui déterminent l’augmentation ou la diminution relative de l’effort de défense. Deuxième budget régalien après l’éducation nationale, la défense voit sa part dans le budget de l’Etat diminuer régulièrement depuis 1988 (10% en 2010 contre 14% en 1988). Globalement, on observe en France comme dans plusieurs pays européens une lente transformation d’un modèle dit « warfare » vers un modèle dit « welfare ». Les dépenses sociales ont augmenté à un rythme annuel de 3,35% contre 2,31% pour les dépenses de défense sur la période 1995-2010. Il est évident que les années de faible croissance économique ont eu pour conséquence d’accorder une priorité plus grande aux dépenses de redistribution qu’aux dépenses militaires, alors même que l’engagement de la France dans des zones de conflit n’a jamais été aussi important ces 15 dernières années. Le modèle français de défense atteint donc aujourd’hui une forme de surchauffe budgétaire.

 

- UR: Le Livre blanc de 2008 proposait de revaloriser l’effort de défense français avec une augmentation de 1% par an jusqu’en 2020. Quatre ans après, où en sommes nous de la réalisation de ces objectifs ? Quelles sont les perspectives à venir ?

MF: Longtemps réclamé par les autorités militaires, le Livre blanc avait pour objectif de réviser le modèle d’armée 2015, issu du Livre blanc de 1994. Impossible à atteindre à mois d’injecter 30 milliards d’euros sur six ans, le Livre blanc de 2008 visait à réorienter les missions de défense de la France en accordant une priorité plus grande aux fonctions de renseignement, en améliorant la déployabilité des forces, en augmentant de 3 milliards d’Euros par an les dépenses d’équipement jusqu’à 2020 et en réformant le ministère de la Défense (par une baisse de 54 000 personnels). Aujourd’hui, le bilan des 4 premières années laisse craindre le pire pour le futur. Selon un rapport de la commission des Finances du Sénat en novembre 2011, l’application de la règle du « gel en volume » implique un manque à gagner de 15 milliards d’euros d’ici 2020 alors que le principe du « gel en valeur » déboucherait sur une perte de 29 milliards d’euros entre 2009 et 2020. Entre ces deux estimations, il faut rajouter l’accumulation du décalage entre les autorisations d’engagements et les crédits de paiement qui pèse pour près de 46 milliards d’euros (dont 30 milliards pour la période 2006-2012) pour les seuls crédits d’équipement. En conséquence, l’après-2012 s’annonce d’ores et déjà comme une période incertaine : certains paramètres économiques exigeront du prochain gouvernement qu’il fasse preuve d’innovation budgétaire, plutôt que de s’en remettre à une loi de programmation militaire marquée par une perpétuelle cure d’amaigrissement.

 

- UR: Enoncée dans les années 1970, la « loi d’Augustine » prévoyait à budget de défense constant la réduction des quantités et des effectifs – un arbitrage contraint résultant de l’inflation continue des coûts technologiques. Cette loi continue-t-elle à se vérifier aujourd’hui ? Quels scénarios peut-on en déduire pour l’avenir des forces occidentales ?

MF: La nature cyclique des dépenses d’équipement, conjuguée à une inflation des prix militaires et des révisions d’acquisitions, soulève une question déjà abordée aux Etats-Unis sous le nom de loi d’Augustine. La loi d’Augustine, du nom de l’ancien directeur de Lockheed Martin et ancien secrétaire de l’US Army dans les années 1970, Norman Augustine, désigne tout simplement l’augmentation non contrôlée du coût d’acquisition des systèmes d’armes alors que les budgets de défense suivent une tendance haussière moins rapide voire stable (en euros constants). Une illustration de cette loi débouche par exemple par la multiplication par 4 du coût d’un avion tactique tous les 10 ans. En France, l’évolution du prix des biens militaires augmente plus vite que le niveau d’inflation, à partir duquel sont construits les budgets de défense. Par conséquent, la logique comptable qui consiste à disposer de matériels de plus en plus coûteux en fonction de ressources disponibles de plus en plus rares s’opposera très vite à une logique militaire incompatible avec le fait de disposer seulement de peu de matériels même suréquipés. Il n’existe pas de parfaite substitution entre la qualité et la quantité des armements.

- UR: La France dispose aujourd’hui du 5e budget de défense au monde (après les Etats-Unis, la Chine, la Russie et la Royaume-Uni). Qu’en est-il des tendances à l’échelle internationale ? Assiste-t-on à un phénomène de rattrapage de la part des pays émergents ?

MF: En 2012, le niveau des dépenses militaires mondiales s’établissait à 1740 milliards de dollars. Sans surprise, les Etats-Unis maintiennent leur statut de puissance militaire avec un budget de défense de 711 milliards de dollars, soit un montant 13 fois supérieur à celui de la France. Parmi les 10 pays dépensant le plus pour leur défense, seuls la Chine (+6,7 %), la Russie (+9,5 %) et l’Arabie Saoudite (+2,2 %) ont augmenté leurs dépenses militaires en 2011 dans un contexte de croissance économique mondiale ralentie alors que les autres pays ont réduit leur effort de défense. Finalement, il semble qu’une nouvelle période émerge, caractérisée par une évolution assez nette des rapports de forces entre puissances militaires, avec d’un côté la montée en puissance de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Afrique, et de l’autre le déclin, même timide, des Etats-Unis (41% des dépenses mondiales) et surtout de l’Europe. Ce portrait global reste fragile et étroitement lié à l’intensité des zones de conflits contemporains et la nature des menaces qui pèse sur la sécurité des Etats.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Les budgets de défense en France, entre déni et déclin

Vendredi, 11. mai 2012 9:12

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 36 de la série Focus stratégique, intitulé:

Les budgets de défense de la France, entre déni et déclin

Martial Foucault est professeur agrégé de science politique à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’Excellence sur l’Union Européenne (Université de Montréal/McGill University). Depuis 2010, il est éditeur associé de la revue Canadian Public Policy. Ses champs de spécialisation sont l’économie politique (internationale), les politiques publiques, les comportements électoraux ainsi que les techniques quantitatives.

Son nouveau Focus stratégique est téléchargeable ici.

Le résumé du papier:

Le budget de la défense, quatrième poste de dépenses de la République, est rarement soumis à un débat public. Ces trente dernières années, cette question a été marquée tour à tour par le désir de toucher les « dividendes de la paix » au lendemain de la guerre froide, la professionnalisation de 1997 et le durcissement des opérations extérieures après le 11 septembre 2001. Ces fluctuations se sont inscrites dans un contexte économique et social contraint dans lequel les dépenses militaires ont joué le rôle de variable d’ajustement – et ce, quelles qu’aient été les majorités au pouvoir. Alors que le nouveau cadre budgétaire mis en place par la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) devait permettre une meilleure gestion des dépenses, le Livre blanc de 2008 affichait des objectifs qui sont vite apparus comme irréalistes, compte tenu de la rapide détérioration des finances publiques. Dans un contexte international marqué depuis une décennie par l’augmentation des dépenses militaires, il convient de s’interroger sur les arbitrages budgétaires qui décideront demain de l’avenir de la défense de la France.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Un budget de la défense  en trompe l’œil

Des lois de programmation militaire intenables

Choix budgétaires : « welfare vs. warfare » ?

Comparaisons internationales : maintien ou déclassement ?

Conclusion

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

La défense post-2012: le changement c’est maintenant?

Mardi, 8. mai 2012 7:32

 

Au lendemain du second tour de l’élection présidentielle, il peut sembler intéressant de remettre en perspective les engagements de François Hollande en matière de défense qu’il a présentés dans le numéro d’avril 2012 de la Revue de Défense Nationale (on se reportera également aux deux pages consacrés à la politique de défense dans le projet socialiste). Le nouveau chef des armées sera-t-il aussi le « candidat du changement » en matière de défense?

  • Ce qui ne devrait pas changer…

• La France ne baissera pas la garde face à un monde instable, il est toujours indispensable de préserver nos intérêts vitaux. A ce titre la dissuasion nucléaire devrait conserver ses deux composantes aérienne et sous-marine (voir également le « plaidoyer de F. Hollande pour la dissuasion nucléaire« ).
• Les fonctions renseignement, domaine spatial et satisfaction des besoins opérationnels devraient demeurer des priorités dans le quinquennat qui s’annonce.

  • Ce qui devait déjà changer…

• Un nouveau Livre blanc de la défense devrait être rédigé à brève échéance avec une nouvelle loi de programmation militaire à la clé – une révision du précédent LB était cependant déjà planifiée par la majorité sortante.
• La construction d’une défense européenne devrait être vigoureusement relancée ; chantier difficile, à cause des divergences de vues de nos principaux alliés (britanniques d’un côté, allemands de l’autre) et de la difficulté à définir des intérêts communs (le différend franco-allemand sur l’engagement européen en Libye en fut une cruelle illustration).
• La réintégration au sein du commandement militaire intégré de l’OTAN n’est pas remise en cause, mais la participation au projet de défense antimissile peut, quant à elle, être renégociée au regard de son coût prohibitif.
• Le rôle du Parlement devrait être renforcé dans son contrôle des décisions d’engagement en opérations, et du contrôle du budget.
• Les militaires devraient pouvoir exercer une « citoyenneté plus active », formule assez vague pour recouvrir à la fois l’engagement politique et la liberté d’expression.
• Les civils de la défense verront leur position consolidée dans les structures non directement opérationnelles – notamment dans les bases de défense dans lesquelles les militaires « trustent » toujours les postes à responsabilité.

  • Ce qui pourrait vraiment changer…

• Les troupes « combattantes » seront retirées d’Afghanistan avant fin 2012, ce qui, au-delà du casse tête logistique, pose le problème du respect des engagements de la France auprès de ses alliés d’une part, et du peuple afghan d’autre part (voir notre post sur le sujet).
• Enfin, le ministère de la Défense devrait être réorganisé autour d’un ministre de la Défense, dont la responsabilité politique sera réaffirmée (en particulier face au CEMA, dont les attributions avaient été révisées par le décret 520 de 2005).

 

En définitive, si ces promesses de campagne devront être confrontées à la « réalité terrain » militaire, elles seront aussi soumises à la nouvelle législature, et à la rigueur budgétaire à laquelle la défense devrait contribuer « sans être la variable d’ajustement »…

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Stanislas Garnier

Intifada française? Marc Hecker répond à Grotius International

Dimanche, 6. mai 2012 14:56

A l’occasion de la parution du livre Intifada française ? De l’importation du conflit israélo-palestinien (Ellipses, 2012), Grotius International a posé trois questions à son auteur, Marc Hecker.

- Les associations pro-israéliennes et pro-palestiniennes sont nombreuses en France. A quand remontent les débuts du militantisme lié au conflit israélo-palestinien ?

Il faut remonter à la guerre des Six Jours en 1967 pour voir un véritable décollage du militantisme en France lié au conflit israélo-palestinien. Dans les semaines qui précèdent cette guerre, les déclarations belliqueuses des leaders arabes, en particulier du Palestinien Ahmed Choukeiry, font craindre un nouveau génocide, 22 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En France, les groupes de soutien à Israël se multiplient. Dans la capitale, environ 30 000 personnes se réunissent devant l’ambassade d’Israël, le 31 mai 1967. La victoire éclair de l’armée israélienne se traduit par l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Dès lors, des associations de soutien aux réfugiés palestiniens sont créées, à l’instar de l’Association de solidarité franco-arabe (ASFA). Le militantisme pro-palestinien se structure alors autour de quatre tendances : les militants laïques arabes qui se trouvent ainsi une nouvelle cause après l’indépendance de l’Algérie, les militants d’extrême gauche qui considèrent Israël comme un suppôt de l’impérialisme, une partie des gaullistes qui, comme leur chef, rejettent la responsabilité de la guerre des Six Jours sur Israël et enfin des militants catholiques regroupés autour de l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

- Aujourd’hui, le militantisme lié au conflit israélo-palestinien est-il essentiellement de nature religieuse ?

La communauté juive organisée joue un rôle important dans le militantisme pro-israélien. Les manifestations pro-israéliennes sont souvent organisées par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) ou par des organisations membres de ce conseil, à l’instar de l’Union des étudiants juifs de France. En dehors de la communauté juive, le mouvement évangélique – encore limité en taille mais en plein développement en France – soutient Israël. Par ailleurs, une des plus anciennes structures pro-israéliennes, l’Association France-Israël, est une organisation laïque. Du côté pro-palestinien, les associations islamiques se sont développées dans les années 1990. Le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), réputé proche des Frères musulmans, a par exemple été créé en 1990. Dans les grandes manifestations pro-palestiniennes, il est fréquent que des prières spontanées aient lieu. Les associations laïques restent toutefois les plus visibles. L’extrême gauche est en particulier toujours très présente dans la sphère pro-palestinienne.

- Jusqu’à quel niveau de violence « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France peut-elle escalader ?

L’immense majorité des militants agit de manière pacifique. Ils organisent des manifestations, envoient des courriers aux députés pour tenter de faire évoluer la politique étrangère de la France, essaient de faire passer leur vision de la situation au Proche-Orient dans les médias, etc. Il ne faut pas nier, toutefois,  que le conflit israélo-palestinien a des répercussions violentes en France. Depuis le début de la deuxième Intifada, chaque flambée de violence au Proche-Orient se traduit par une hausse spectaculaire des actes antisémites sur le territoire français. En outre, du côté pro-israélien, il existe aussi des groupuscules violents, en particulier la Ligue de Défense Juive. Toutefois, le niveau de violence observé en France n’est en rien comparable à celui du Proche-Orient et le potentiel d’escalade paraît très limité. Penser que « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France pourrait se transformer en véritable guerre civile entre juifs et musulmans relève du fantasme.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Les trois temps de la valse terroriste

Mardi, 3. avril 2012 9:00

Cet article de Marc Hecker a été publié dans Le Figaro du 28 mars.

 

L’histoire du terrorisme moderne s’apparente à une valse à trois temps. Premier temps, celui du terrorisme de nuisance : il débute le 23 juillet 1968 avec le détournement du vol Rome – Tel Aviv par un commando du Front Populaire de Libération de la Palestine. Le terrorisme n’est pas alors perçu comme une menace stratégique. Les quelques dizaines de morts d’un attentat comptent peu face aux millions de morts d’une possible guerre nucléaire entre le camp occidental et le bloc soviétique. Les attentats sont pourtant nombreux à cette époque, émanant pour l’essentiel de quatre mouvances : marxiste, séparatiste, nationaliste et islamiste. Ils n’épargnent pas la France : assassinats de Georges Besse et du préfet Erignac, attentat de la rue Copernic, ou encore détournement du vol Alger – Paris…

 

Le deuxième temps est celui du terrorisme stratégique. Il s’ouvre sur les attentats de New York et Washington, le 11 septembre 2001. Ces attaques marquent un saut quantitatif et qualitatif dans l’histoire du terrorisme. Pour la première fois, un acteur non étatique, Al Qaïda, inflige instantanément des dommages d’ampleur militaire à un Etat qui se trouve être la première puissance mondiale. A l’époque, la perspective d’un cycle d’hyperterrorisme paraît crédible. Les Etats-Unis et leurs alliés déploient alors des moyens considérables pour contrer la menace : c’est le début de la « guerre globale contre le terrorisme ». Face à une débauche de moyens militaires et au renforcement des mesures policières et judiciaires, Al Qaïda chancelle. Elle ne survit que grâce à une double évolution : sa virtualisation et sa décentralisation.

 

La virtualisation d’Al Qaïda ne se traduit pas seulement par la diffusion d’une abondante propagande sur Internet. Le web est devenu, pour la mouvance jihadiste internationale, une véritable plateforme opérationnelle, facilitant recrutement, levée de fonds et même échanges tactiques. Quant à la décentralisation, elle se matérialise par l’ouverture de « filiales ». La première voit le jour en Irak : la présence massive de troupes américaines dans le pays à partir de 2003 attire les jihadistes de tout le monde arabe. Une deuxième « filiale » naît en 2006-2007 au Maghreb, puis une troisième en 2009 dans la péninsule arabique. Plus récemment, en février 2012, Ayman al-Zawihiri a annoncé l’entrée des Shebab somaliens dans le giron d’Al Qaïda.

 

La décentralisation prend une autre forme originale, qui caractérise le troisième temps de la valse : le wikiterrorisme. Depuis plusieurs années déjà, le fonctionnement de la mouvance jihadiste internationale s’apparente à celui de Wikipedia, l’encyclopédie en ligne à laquelle peut contribuer tout un chacun. N’importe quel apprenti jihadiste, même dépourvu de lien avec un réseau, peut décider de passer à l’acte en se revendiquant d’Al Qaïda. Ayman al Zawahiri ne contrôle pas plus ces terroristes en herbe que Larry Sanger et Jimmy Wales, fondateurs de Wikipedia, ne commandent les milliers de contributeurs à l’encyclopédie collaborative. Dans la plupart des cas, les wikiterroristes échouent faute d’entraînement et finissent derrière les barreaux.

 

L’exemple de Mohammed Merah démontre toutefois que cette menace doit être prise au sérieux. Et fort heureusement, elle l’est. Le système français de lutte contre le terrorisme est un des plus performants au monde : dans la dernière décennie, plusieurs attentats majeurs ont été déjoués, et en 2010, 94 islamistes radicaux ont été arrêtés. Même le meilleur système de lutte contre le terrorisme ne peut être efficace à 100% : il suffit qu’une personne réussisse à passer les mailles du filet pour aboutir à une catastrophe. Les tueries de Toulouse et Montauban en sont l’illustration. Une analyse critique de ce qui a mal tourné dans cette affaire s’impose mais le système ne doit pas être remis en cause pour autant. De toutes les danses, la valse terroriste est sans doute la plus macabre. Aux services spécialisés de savoir s’adapter aux changements de pied constants de leurs adversaires.

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Autor: Marc Hecker

Danjean: une vision (UMP) pour le futur de la défense française, les vidéos

Mardi, 27. mars 2012 6:54

Dans le cadre du cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) organisaient un séminaire-sandwich, le 22 mars 2012. Notre invité était Arnaud Danjean, expert de l’UMP, député européen et président de la sous-commission sécurité et défense (SEDE) du Parlement européen. Son intervention est le fruit d’une vision personnelle, elle n’engage pas son parti.

Après une analyse des évènements de Toulouse et du coup d’État au Mali (cinq premières minutes), rappelant le problème de la mise en œuvre de la stratégie européenne au Sahel et surtout de la mise en œuvre du volet sécuritaire, il souligne notamment l’importance des enjeux de sécurité (9ème min) pour la présidentielle, notamment au vu du sommet de l’Otan. Pour lui, il ne faut pas parler de « rééquilibrage » entre OTAN et l’UE (minutes 12, puis 28/36) : le retour au sein de l’OTAN n’a pas eu pour conséquence un abandon de la défense européenne ; le danger, si on parle de complémentarité UE/OTAN revient à ce que l’UE abandonne le militaire et soit déclassée stratégiquement. Une autre question qui se pose est celle du maintien souhaitable du budget de la défense (d’ailleurs soutenu par sa famille politique, min 13), « il faut digérer les réformes ». Les menaces sont certes le terrorisme, mais aussi et surtout les « crises régionales très classiques » (min 18) « qui réclament des moyens d’intervention classiques » (exemple libyen). D’autant qu’il faut désormais prendre en compte le retrait américain (min 19): il s’agit là d’un mouvement de réorientation stratégique majeur qui exige un engagement plus fort des européens pour assurer leur propre défense (min 22). Pouvons-nous, voulons-nous encore intervenir avec et sans les Américains (min 24)? Danjean se positionne en faveur de l’Europe de la Défense mais s’interroge: les Européens veulent-ils d’une Europe de la Défense et la France peut-elle la construire seule (min 25)? Il rappelle le rôle que joue la France en faveur de cette défense européenne, y compris dans le soutien à l’agence européenne de défense (AED, min 30), et le débat sur l’OHQ.
Voici la vidéo :

Une vision (UMP) pour le futur de la Défense… par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’une discussion avec Étienne de Durand, directeur du CES et Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. Camille Grand met en avant plusieurs interrogations sur les menaces: que penser des hypothèse selon certains que le terrorisme n’est plus la menace ou que l’on sort de la décennie des interventions et que l’on n’en fera plus (minute 0, réponse à minute 9, où AD insiste sur les risques de « coagulation [des menaces] à nos portes »). Or ces crises s’imposent à nous, ce ne sont pas des choix (sauf l’Irak). L’OTAN et le sommet de Chicago (retrait d’Afghanistan, smart defense et bouclier anti-missile) inquiète Camille Grand (réponse d’AD min 17, sur les ravitailleurs entre AED et OTAN, min 22). Camille Grand interroge également les évolutions de la défense européenne (réponse d’AD min 23, insistant sur le capacitaire et non l’opérationnel comme central pour la défense européenne aujourd’hui). Etienne de Durand revient sur les questions de budget, « maintien » certes mais à quel niveau, pour quel niveau d’ambition, quel format d’armée et avec quelles réponses face aux trous capacitaires (min 30) ? Arnaud Danjean (min 35) insiste sur les efforts faits par les forces armées françaises et l’impossibilité d’imposer « une nouvelles saignée », il souligne l’importance de la polyvalence de ces forces (min 39) et discute le rôle de l’Union européenne.
Voici la vidéo :

En Débat – Une vision (UMP) pour le futur de la… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Intifada française ? Une mouvance pro-palestinienne très hétéroclite…

Vendredi, 16. mars 2012 9:30

De nouveaux heurts ont éclaté entre Israéliens et Palestiniens, malgré l’annonce d’une trêve en début de semaine. Si la situation à Gaza et dans le sud d’Israël venait à s’embraser, le spectre des manifestations violentes qui avaient eu lieu à Paris au moment de la guerre de 2008-2009 réapparaîtrait. Ces manifestations dites « unitaires » rassemblaient des mouvements extrêmement variés, de l’extrême-gauche aux groupuscules islamistes. Certains observateurs n’avaient pas manqué d’y voir les prolégomènes de l’avènement de l’ « islamo-gauchisme » . Les choses sont en réalité plus nuancées. S’il était effectivement possible, en parcourant ces défilés, de voir des organisations aussi diverses que la Confédération Nationale du Travail, le Nouveau Parti Anticapitaliste, le Parti de Gauche, l’Union des Organisations Islamiques de France, le Centre Zahra ou le collectif Cheikh Yassine, les leaders de ces mouvements ne marchaient pas pour autant bras dessus, bras dessous.

Pour utiliser une comparaison qui peut paraître surprenante et qui a bien sûr des limites, la « géographie humaine de la manifestation » ressemble à ce qui peut être observé dans un stade de football : les personnes qui s’y rendent ont un objectif commun – la défense d’une équipe pour les amateurs de football, la défense d’une cause dans le cas des manifestants – mais au-delà de cet objectif, les différences sont nombreuses. Ce n’est pas parce qu’un homme politique, un chef d’entreprise, un ouvrier et un hooligan se trouvent dans un stade donné au même moment qu’ils sont nécessairement assis côte et côte et qu’ils partagent les mêmes idées. La géographie du stade est clairement définie et pensée au préalable par les architectes – pour simplifier, l’homme politique ira dans la tribune « présidentielle », le chef d’entreprise dans les « loges », l’ouvrier dans les « tribunes populaires » et le hooligan dans le « quart de virage » réservé aux « ultras » –, ce qui n’est pas le cas pour un rassemblement humain mouvant et informel comme une manifestation. Néanmoins, une manifestation suppose un minimum d’organisation et une certaine répartition de l’espace – plus ou moins décidée à l’avance entre les organisateurs.

Le premier défilé conséquent mis sur pied pour protester contre l’opération israélienne à Gaza a eu lieu le 30 décembre 2008 depuis le boulevard du Montparnasse jusqu’au ministère des Affaires étrangères. Le cortège semblait divisé en quatre blocs. En tête se trouvaient les associations pro-palestiniennes consensuelles. On pouvait notamment apercevoir dans ce groupe un grand drapeau de l’Association France Palestine Solidarité et un portrait de Yasser Arafat. Le deuxième bloc était constitué d’environ deux cents à trois cents hommes, portant des panneaux en arabe et scandant des slogans dans cette langue. Certains de ces hommes étaient vêtus des habits traditionnels des musulmans orthodoxes. Ce bloc était le plus restreint mais le plus bruyant et le plus virulent. Une pancarte portait la mention : « La victoire ou le martyre » et les manifestants hurlaient sporadiquement, en arabe : « Allah Akbar« , « Birouh, bidam, nafdiki ya Ghaza » (« Nous sacrifierons notre âme et notre sang pour toi Gaza »), « Khaybar khaybar ya yahoud, djaychou Mohamed sayaoud » (« Juifs, rappelez vous de Khaybar car l’armée de Mohamed va revenir »). Ce dernier slogan – employé également lors des rassemblements de soutien aux Palestiniens organisés dans les pays du Maghreb  – fait référence à une bataille qui se déroula en 628 et se traduisit par la victoire de Mahomet et de ses hommes sur les Juifs habitant l’oasis de Khaybar. Le troisième bloc de la manifestation – très imposant – était composé de militants d’extrême-gauche. Des dizaines de drapeaux du PCF, de la CGT et de la LCR étaient visibles dans cette section du défilé. Enfin, en queue de cortège se trouvaient les militants et sympathisants de la Coordination des appels pour une paix juste au Proche Orient (CAPJPO), une organisation critiquée au sein même de la mouvance pro-palestinienne en raison notamment de ses liens passés avec Dieudonné.

Ces groupes entretiennent des relations parfois tendues. Certains soutiennent le Hamas et le recours à la violence, d’autres pas. Certains sont favorables au retour des réfugiés palestiniens sur tout le territoire de la Palestine mandataire, d’autres estiment que défendre cette position revient à faire capoter toute négociation israélo-palestinienne. Certains pensent qu’il ne doit pas y avoir de prières publiques pendant les manifestations, d’autres affirment qu’une telle pratique ne pose pas problème. Bref, les antagonismes sont nombreux et considérer la mouvance pro-palestinienne comme un bloc monolithique revient à commettre une vraie erreur de jugement.

PS: Qu’il me soit permis de profiter de ce billet pour faire un peu d’autopromotion éhontée! Mon livre Intifada française ? De l’importation du conflit israélo-palestinien (Ellipses, 2012) sera disponible en librairie à la mi-avril. Les journalistes qui souhaitent obtenir un exemplaire en service de presse peuvent contacter l’éditeur à l’adresse suivante : presse@editions-ellipses.fr

Catégorie: Analyses | Commentaires (4) | Autor: Marc Hecker

Prochain séminaire-sandwich: « Une vision (UMP) pour le futur de la Défense française »

Jeudi, 15. mars 2012 8:59

Dans le cadre du cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui aura lieu le 22 mars 2012, de 12 à 14h.

Le séminaire se tiendra autour d’Arnaud Danjean, expert de l’UMP, député européen et président de la sous-commission sécurité et défense (SEDE) du Parlement européen.

Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES, Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.

Contact: Alexandra Vickery, strategie@ifri.org, 01 40 61 60 29

Les inscriptions pour cet évènement sont closes.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Entre ciel et terre. Le débat air-sol et les défis de l’appui-feu

Mardi, 6. mars 2012 10:27

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 35 de la série Focus stratégique, intitulé:

Entre ciel et terre. Le débat air-sol et les défis de l’appui-feu

Agrégé d’histoire, Elie Tenenbaum est assistant de recherche au sein du LRD. Doctorant en relations internationales à Sciences Po/CERI dans le cadre d’une convention CIFRE-Défense, il travaille actuellement sur la circulation des savoirs et des pratiques contre-insurrectionnelles en Occident sous la direction de Pierre Mélandri et Maurice Vaïsse. Il est par ailleurs, bien sûr, l’un des principaux contributeurs de ce blog, et ses articles peuvent être consultés ici.

Son nouveau Focus stratégique est téléchargeable ici.

Le résumé du papier :

Les forces de manœuvre ont pour fonction traditionnelle la mobilité et la maîtrise du terrain, là où les forces d’appui (artillerie, aviation) ont pour mission d’appliquer les feux assurant la protection et la liberté d’action des premières. Suite à l’introduction de l’artillerie mobile au XVIIIe siècle, et plus encore avec le développement d’une aviation tactique performante, l’appui-feu a été un facteur tactique crucial lors des grands conflits conventionnels du XXe siècle. Récemment sorti de la marginalité imposée par l’ère nucléaire, l’appui-feu se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : si, en effet, l’appui aérien (Close Air Support) a pu jouer un rôle décisif dans les opérations en Afghanistan et en Irak, la pratique a démontré que l’artillerie et les mortiers demeurent souvent indispensables. L’avenir de l’appui-feu se jouera ainsi à l’intersection des contraintes budgétaires et des considérations stratégiques : il va donc s’agir pour les armées de définir, entre les différentes composantes de l’appui-feu, des équilibres interarmées qui soient politiquement et financièrement tenables.

Ainsi que le sommaire :

Introduction

Les origines du débat

L’appui-feu au crible du modèle expéditionnaire

Vers une redéfinition du partenariat air-sol

Conclusion : l’appui-feu à l’heure des choix et des arbitrages

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio