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De l’utilisation d’Internet par les militaires

Mercredi, 25. avril 2012 10:00

L’Irsem a publié il y a quelques jours une étude intitulée « Utilisation et investissement de la sphère Internet par les militaires », rédigée par Marc Hecker et Thomas Rid. A l’occasion de la parution de cette étude, Florent de Saint-Victor a posé trois questions à Marc Hecker. Cet entretien est publié simultanément sur Mars Attaque, l’Alliance Géostratégique et Ultima Ratio.

- Aujourd’hui, certaines armées font un usage plus intensif que d’autres du web et des réseaux sociaux : lesquelles, comment et pourquoi ?

Les armées américaines ont investi le web bien avant les autres pays. Cette avance peut être expliquée de différentes façons. Il y a tout d’abord un facteur culturel : les Américains sont d’une manière générale très « tech-savvy ». Le taux de pénétration d’Internet en Amérique du Nord est plus élevé que sur n’importe quel autre continent, les principales entreprises du secteur informatique sont américaines et les plateformes du web 2.0 les plus populaires ont été développées outre-Atlantique. Il y a ensuite un facteur lié à la culture des armées : les armées américaines sont relativement ouvertes et estiment qu’elles ont tout à gagner à entretenir des échanges nourris avec le monde civil. En matière de nouvelles technologies, cela se traduit par exemple par des collaborations régulières entre le Pentagone et des grandes entreprises du secteur web. Avec Thomas Rid, nous avons par exemple rencontré à Washington un sous-officier de l’Army qui venait de passer un an chez Google dans le cadre d’une mobilité extérieure. Autre trait culturel des armées américaines : elles favorisent l’innovation et les initiatives individuelles. Il y a plus de dix ans, un petit groupe de capitaines a eu l’idée de créer un forum, CompanyCommand, permettant aux jeunes officiers d’échanger de manière informelle. Cette initiative a été encouragée par l’Army qui a favorisé son développement. Aujourd’hui, CompanyCommand et Platoonleader – son équivalent pour les chefs de section – comptent près de 20 000 membres. Enfin, il y a un facteur personnel qui entre en compte. Certains hauts gradés américains ont compris rapidement qu’Internet, les blogs et les réseaux sociaux étaient des outils de communication et de coopération puissants. Ils ont donc donné l’exemple en étant actifs sur le web et en cherchant à expliquer les potentialités d’Internet. Parmi ces personnalités, on peut citer le général Caldwell, le général Odierno ou encore l’amiral Mullen.

Si les armées des autres pays occidentaux se sont intéressées plus tardivement à Internet et aux réseaux sociaux, elles ont néanmoins rattrapé une bonne partie de leur retard. Les armées françaises en sont un bon exemple. Aujourd’hui, l’armée de Terre, l’armée de l’Air et la Marine sont présentes sur Facebook, Twitter et Dailymotion. Le ministère de la Défense dispose aussi de ses propres outils, notamment d’un espace dédié aux jeunes sur Facebook, « Parlons Défense ».

- Dans votre étude, vous montrez que si des risques existent, ils ne sont pas considérables. Une vision paranoïaque ne semble donc pas justifiée?

Une vision paranoïaque n’est pas justifiée. Autrement dit, il ne faut pas surestimer les risques car les cas problématiques ne représentent qu’une petite minorité. A l’inverse, il ne faut pas non plus sous-estimer les risques qui sont essentiellement de trois ordres. Il y a tout d’abord les fuites « involontaires », au sens où les soldats qui postent des informations sur les réseaux sociaux ne se rendent pas forcément compte que certaines données peuvent être utiles à leurs adversaires. L’exemple le plus connu a trait à l’annulation d’une opération de Tsahal suite à sa révélation sur Facebook par un soldat. Ce dernier avait écrit : « Mercredi, on nettoie [le village de] Qatana et jeudi, si Dieu le veut, on rentre à la maison ». Dans le guide du bon usage des réseaux sociaux publié récemment par le ministère français de la Défense, un autre exemple est donné : en 2011, un marin embarqué sur le Charles de Gaulle a annoncé sur Facebook son départ pour la Libye alors même que le déploiement du porte-avions n’avait pas encore été rendu public. Le deuxième risque est celui d’une atteinte à la réputation de l’armée. Dans la plupart des cas, ces atteintes sont bénignes : il s’agit par exemple de soldats qui mettent en ligne des photos de beuveries. Elles peuvent être plus graves et avoir des répercussions au niveau politico-stratégique. C’est ce qui peut arriver, par exemple, quand des soldats publient des clichés ou des vidéos d’exactions. Enfin, il existe un risque d’infiltration à des fins de renseignement. Par exemple, il y a quelques semaines, des internautes chinois auraient créé un faux compte Facebook à l’effigie de l’amiral Stavridis, ce qui leur aurait permis d’obtenir des données personnelles sur des hauts gradés occidentaux.

- En quoi les armées peuvent-elles tirer profit des réseaux sociaux ?

Lorsqu’on parle des réseaux sociaux et des armées, l’accent est souvent mis sur les risques alors que l’institution militaire peut aussi tirer des bénéfices de l’utilisation de ces nouveaux outils. Les avantages en termes de communication sont évidents. Les « communicants » des armées peuvent désormais s’adresser directement à un large public, notamment aux jeunes. Alors que la dilution progressive du « lien armée-nation » préoccupe les responsables militaires depuis des années, Internet et les réseaux sociaux apparaissent comme un moyen moderne d’expliquer aux citoyens le rôle et les missions des forces armées. Les recruteurs bénéficient aussi largement des réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, chaque centre local de recrutement de l’Army dispose d’une page sur Facebook. En France, les choses sont plus centralisées. La page « Recrutement – Armée de Terre » compte près de 200 000 fans. Enfin, des initiatives « collaboratives » se développent aussi au sein des armées. Le succès des forums professionnels militaires aux États-Unis et le lancement par l’Army d’une expérience visant à permettre aux personnels des armées de contribuer à la mise à jour de doctrines en utilisant un système de type « wiki » ne représentent probablement que les prémices de ces évolutions.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Marc Hecker

Colonels-blogueurs: quatre questions à François Chauvancy et Michel Goya

Vendredi, 25. novembre 2011 7:29

En 2011, deux colonels de l’armée de Terre ont ouvert leur blog. Ces officiers sont François Chauvancy (FC) du Centre Interarmées de Concepts, de Doctrines et d’Expérimentations (CICDE) et Michel Goya (MG) de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Pour mieux comprendre les motivations et les pratiques de ces colonels-blogueurs, nous leur avons posé quatre questions.

1) Le phénomène des « milblogs » vient des Etats-Unis – où il est d’ailleurs aujourd’hui en reflux – et n’a jamais connu le même engouement en France. Pourquoi avez-vous décidé de lancer votre blog en 2011? Est-ce lié à une volonté de remettre la Défense sur le devant de la scène à l’approche des échéances électorales de 2012?

- FC : Le lancement de mon blog en août 2011 sur le site du quotidien Le Monde, en tant qu’abonné,  répondait avant tout à un besoin de m’exprimer en tant que soldat-citoyen, d’être aussi plus en phase avec l’actualité, ce qui se fait rarement dans le cadre de l’expression des militaires. Je n’avais et n’ai cependant pas la prétention de mettre la défense au cœur de la campagne électorale. En revanche, j’ai eu le sentiment, encore plus qu’avant, que les questions de défense méritaient d’être traitées par les principaux concernés dans leurs domaines de compétence. Certains points de vue se doivent d’être librement exprimés à titre personnel, avec la possibilité d’un débat notamment au contact des citoyens qui ne connaissent plus l’Armée. C’est l’objet de ce blog. Il s’agit aussi d’un défi : serai-je capable d’intéresser, d’alimenter régulièrement d’une manière construite et réfléchie ce blog sur les questions de défense ? Je constate sur le second point que, toutes les semaines, la sécurité extérieure de notre pays ou des questions concernant les armées sont évoquées sous une forme ou sous une autre. M’exprimer en tant qu’officier supérieur d’une relative ancienneté et en tant que citoyen m’est apparu donc un devoir dans une société où beaucoup parlent pour les armées avec une légitimité discutable.

- MG : Ce blog, avec ses ramifications Twitter, Facebook, Viadeo, etc., est avant tout conçu comme un prolongement dans « la longue traîne » d’une activité de réflexion officielle. Je le vois comme un laboratoire où je soumets en direct mes réflexions à la critique. Il n’y a pas de lien avec les échéances électorales même si je pense que les militaires doivent aussi être présents dans les débats, ne serait-ce que parce qu’ils restent, comme le dit le général Desportes, les meilleurs experts de leur propre métier.

2) Avez-vous eu besoin d’une autorisation de votre hiérarchie pour lancer votre blog? Vos billets doivent-ils être approuvés avant publication?

- FC : J’ai pris le risque de ne pas demander à ma hiérarchie l’autorisation d’ouvrir mon blog, encore moins de publier un billet. J’écris depuis 1988 et prends position depuis que je suis capitaine, sans commentaires extérieurs mais avec parfois quelques sueurs froides sur mon avenir. Un ancien chef d’état-major de l’armée de terre m’a confirmé il y a quelques mois que je l’avais (sans doute) « payé » et je me demande parfois… Je rappellerai cependant que notre hiérarchie demande aux militaires de s’exprimer depuis une dizaine d’années. Il n’y a donc pas de contradiction entre ouvrir un blog et ne pas en demander l’autorisation. Par ailleurs, pour moi, un officier n’est pas un serviteur de l’Etat comme les autres. Il a le devoir de s’exprimer certes dans les limites du statut … que je connais bien. En revanche, attirer l’attention sur une question me paraît une obligation morale de l’officier même si cela surprend parfois dans notre société. Cela ne veut pas dire que j’ai raison dans mes écrits. Ce même chef d’état-major de l’armée de terre évoqué précédemment m’avait cependant fait le compliment que, certes, j’agaçais parfois mais que je faisais réfléchir ! Cela n’a rien changé à mon avenir mais cela m’a fait plaisir.

- MG : Partant du principe que le nouveau statut des militaires a supprimé toute autorisation préalable à une publication, je n’en ai demandé aucune. Il en est de même pour les billets.

3) Au cours des dernières années, plusieurs officiers – Vincent Desportes et Jean-Hugues Matelly, en particulier – ont été sanctionnés en raison de leurs écrits. Vous imposez-vous des lignes rouges à ne pas franchir pour ne pas vous retrouver dans la même situation?

- FC : Outre le respect du statut général des militaires, je me donne effectivement des limites. J’appartiens à la communauté militaire et je ne m’exprime pas pour la mettre en difficulté, encore moins quand cela concerne les camarades aux « affaires » et confrontés à une tâche de plus en plus lourde. Cela ne veut pas dire forcément se taire et ne pas s’exprimer avec franchise. Cela signifie aussi que j’évite certains sujets, surtout si je ne les connais pas. Ensuite, j’ai une compréhension militaire des sujets que je traite. Mes réactions et mes réflexions ne sont pas bien différentes d’une grande partie de celles de mes camarades. Ma réflexion doit donc être constructive et le résultat d’un travail qui pourrait au moins partiellement être utile, en toute modestie, au service des armées de la République ! Enfin, si je dois être sanctionné, je l’assume. S’exprimer ne doit pas s’exercer à travers la crainte d’une éventuelle sanction. Il est indéniable que plus vous exprimez des idées, plus vous vous exposez, plus vous donnez une image de vous-même qui suscite soutien ou rejet et donc provoque des effets secondaires. Cependant, faire ce que l’on pense être conforme à ses valeurs permet d’assumer cette prise de risque responsable. C’est une question, oserais-je dire, d’honneur et de rigueur intellectuelle conforme à l’état d’officier, valeurs qui doivent apparaître dans les écrits publiés.

- MG : Je m’efforce de ne pas trahir de secrets (c’est facile, je n’en connais aucun) et de ne pas exprimer d’opinions religieuses et politiques. Par ailleurs, je commente assez peu l’actualité. Je m’efforce de donner des courtes notes d’explorations, autant que possible étayées, ou de faire connaître d’autres travaux, afin de nourrir la réflexion sur les questions de défense et d’emploi des forces. J’accepte tout à fait le risque d’être puni.

4) De manière générale, quelle est aujourd’hui la place des médias sociaux dans les armées françaises?

- FC : Sur cette question particulière des réseaux sociaux, je précise que je n’y adhère pas malgré leur modernité. Sans doute une question de génération. Je ne connais donc pas la place que tiennent les réseaux sociaux dans les armées. Je comprends que cela soit un moyen de se relier aux autres et de partager ce que l’on vit. Cependant, une vie privée n’a pas, à mon avis, à être exposée sur internet même avec des proches sélectionnés, surtout si on est soi-même en opérations. J’aborderai donc surtout cette question des réseaux sociaux sous l’aspect de la sûreté de l’information. Etre militaire implique une vigilance permanente sur l’information que l’on diffuse sur soi ou sur les autres, notamment en opérations. J’ai donc une certaine « inquiétude » sur la présence des militaires sur les réseaux sociaux dans la mesure où, sans précaution, cela peut avoir de graves conséquences pour eux ou pour la communauté militaire. Je pense en revanche qu’une « éducation » aux réseaux sociaux s’avère aujourd’hui indispensable au sein des armées.

- MG : Les médias sociaux sont d’abord une source d’informations parallèle aux canaux officiels, tant en interne que vis-à-vis du reste de la nation. Ils permettent de renforcer les liens armée-nation sur lesquels on s’interroge souvent. Ils constituent aussi un substitut à la rareté des indispensables espaces de libre réflexion pour les militaires et les civils intéressés. Ils sont complémentaires d’organes de réflexion institutionnels, qui par construction, ne peuvent rien produire de très original.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Facebook + armées = danger?

Mardi, 21. juin 2011 8:12

Je me suis rendu il y a peu dans un régiment de l’armée de Terre pour distribuer un questionnaire sur l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux. 240 militaires ont rempli ce questionnaire. Une des questions était: « Etes-vous membre d’un réseau social (comme Facebook)? ». 146 militaires ont répondu « oui », 70 « non » et 24 n’ont pas répondu.

Ce questionnaire ne fait que confirmer ce que l’on peut observer facilement en se rendant sur Facebook: la présence des militaires – surtout les plus jeunes d’entre eux – y est impressionnante. Bien sûr, cette utilisation des réseaux sociaux suscite des craintes, notamment au sujet de possibles fuites (volontaires ou involontaires) susceptibles de remettre en cause la sécurité des opérations.

Trois affaires, qui se sont déroulées en Israël en 2010, ont renforcé ces craintes. Tout d’abord, un soldat a annoncé un raid sur Facebook, ce qui a conduit à l’annulation de l’opération. Ensuite, une certaine Reut Zukerman – qui était en fait un avatar créé semblerait-il par le Hezbollah – a réussi à devenir « amie » avec de nombreux soldats et à obtenir certaines informations. Enfin, une militaire a posté des clichés choquants de prisonniers palestiniens, sans se rendre compte des conséquences politico-stratégiques que pourraient avoir de telles photographies.

Pour éviter que des cas comme ceux-ci ne se reproduisent, les armées de différents pays développent des campagnes de sensibilisation. Les armées françaises disposent de présentations Power Point qui ne sont pas publiques. Les armées américaines, elles, mettent leurs présentations PPT sur Slideshare, ce qui permet non seulement de sensibiliser les soldats mais aussi leurs proches. Quant à l’armée britannique, elle vient d’opter pour une méthode de sensibilisation originale: la diffusion de films courts et non dénués d’humour. Ces films sont disponibles sur la chaîne YouTube du MoD. En voici un exemple:

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Des nouvelles de la page Facebook « Armée de l’Air »

Jeudi, 26. mai 2011 6:00

En mars, j’avais publié un post sur la « vraie fausse » page Facebook « Armée de l’Air ». Il est grand temps de vous en donner quelques nouvelles.

Il y a deux mois, le policier qui a bâti cette page a eu à gérer une crise : dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 mars 2011, quelques heures après le sommet de Paris et le déclenchement des frappes alliées sur la Libye, la page « Armée de l’Air » a été victime d’un « flood » : des centaines de messages provenant de Turquie – hostiles à la France et favorables au Colonel Kadhafi – ont afflué en l’espace de quelques dizaines de minutes. Le dimanche matin, le policier a découvert l’attaque et a passé plusieurs heures à supprimer les messages injurieux et bannir leurs auteurs.

Cet épisode fait penser – dans un genre différent – à l’affaire Greenpeace contre Nestlé. Dans les deux cas, les cyberactivistes ont agi en dehors des heures de bureau, en espérant que les gestionnaires des pages Facebook mettraient plus de temps à réagir. Comme l’écrit Fabrice Epelboin, spécialiste des réseaux sociaux, « si la solution de community management que vous avez mise en place n’est pas capable de passer d’un régime de croisière à du 24/7 en temps réel, et ce en un clin d’œil, alors vous avez un sérieux problème ».

Quelques jours après le « flood » de la « vraie fausse » page « Armée de l’Air », celle-ci a changé de nom. Elle est devenue « Fans de l’Armée de l’Air ». Il était dès lors clair que cette page n’était pas officielle. Dans la foulée une vraie page officielle de l’armée de l’Air a été créée. Elle est alimentée régulièrement depuis le 12 avril.

Les relations entre le Sirpa-Air et le policier qui a créé la « vraie fausse » page étant bonnes, des liens réciproques existent entre la page « Fans de l’Armée de l’air » et la vraie page officielle. Ces liens semblent bénéficier à la page officielle dont le nombre de fans augmente rapidement.

Pour terminer, je souhaite réparer un oubli : dans mon dernier post j’avais mentionné les pages Facebook des différentes armées mais je n’avais pas évoqué « Parlons Défense », un projet du ministère de la Défense qui s’adresse aux jeunes et qui s’appuie donc logiquement sur les outils de communication que ces derniers utilisent, en particulier Facebook.

Catégorie: Divers | Commentaires (2) | Autor: Marc Hecker

Les Etats-Unis définissent le futur écosystème d’Internet

Mardi, 24. mai 2011 6:00

Ce post a été écrit par Julien Nocetti. Chercheur associé à l’Ifri, il vient de publier « e-Kremlin : pouvoir et Internet en Russie » dans la collection Russie.Nei.Visions, et « La diplomatie d’Obama à l’épreuve du Web 2.0 » dans la revue Politique étrangère.

Alors que se déroule un sommet du G8 consacré au numérique, à Paris, les Etats-Unis font connaître leur « stratégie internationale pour le cyberespace », qui consacre le rôle stratégique d’Internet.

Dans un document de trente pages, préfacé par Barack Obama et présenté par Hillary Clinton le lundi 16 mai, les Etats-Unis ont dévoilé leur feuille de route en matière de développement d’Internet. La stratégie dévoilée s’articule autour de sept mesures clés, parmi lesquelles la promotion de la liberté d’expression sur Internet et un engagement destiné à encourager l’innovation et les échanges en ligne tout en préservant la propriété intellectuelle. Cette stratégie comprend également une amélioration des moyens de lutte contre la cybercriminalité et une coopération militaire « pour faire face aux menaces pesant sur Internet ».

Une approche résolument internationale

S’il est trop tôt pour qualifier cette initiative de véritable doctrine, il s’agit du premier document politique élaboré par une administration américaine sur le cyberespace, qui comprend des objectifs clairement définis en matière de défense, de diplomatie et de développement. À ce titre, l’approche de l’administration Obama se singularise de la période Bush par sa volonté d’intégrer la communauté internationale à ses efforts dans le cyberespace.

La tonalité et le but de cette stratégie sont bien de considérer la sécurité non pas comme une fin mais un moyen afin de permettre le développement de relations commerciales, politiques, individuelles. Le document balaye le spectre de toutes les approches liées au numérique : les flux commerciaux et l’innovation, la protection au quotidien des internautes, le cyberterrorisme, la gouvernance d’Internet, sa composante militaire et juridique, etc., conférant presque au document une ambition d’universalité.

L’approche internationale est ainsi largement mise en avant et reconnue comme indispensable, au travers d’exemples tels que les conséquences de catastrophes naturelles sur les réseaux ou le blocage de sites web par un Etat. Cette stratégie va plus loin en plaçant au cœur de son action des questions sensibles pour les internautes, comme le droit à la confidentialité des données et le maintien d’une forme de neutralité.

Internet : clé de voûte de la politique étrangère américaine

Au fil des années, les décideurs américains ont su développer une approche qui fait d’Internet une technologie s’accordant avec les normes et valeurs que cherchent à promouvoir les Etats-Unis dans le monde. La liberté d’Internet est ainsi l’un des axes majeurs de la politique extérieure de l’administration Obama. En janvier 2010, Hillary Clinton proclame que la libre circulation des informations sur Internet est un objectif officiel de la politique étrangère de Washington. Les réseaux sociaux s’imposent comme les fers de lance de cette nouvelle croisade : c’est la naissance de la « diplomatie Twitter ». La « consécration » arrive avec les révoltes des peuples arabes de 2011. À Tunis et au Caire, le scénario iranien se répète. De nouveau, des responsables américains, dont le président Obama, célèbrent le rôle-clé des réseaux sociaux dans ces révolutions. Avec un autre objectif en tête : promouvoir aussi les intérêts à l’exportation des entreprises américaines du secteur des nouvelles technologies, créatrices de richesses et d’emplois pour le pays.

« Silicon Valley diplomacy »

Rappelons que le « triomphe » de la technologie américaine a été rendu possible par une séparation implicite entre les intérêts économiques de la Silicon Valley et les objectifs politiques de Washington.

Cependant, en s’alignant sur les grandes sociétés du Net, les « digital diplomats » d’Hillary Clinton ont convaincu certains Etats autoritaires que la liberté d’Internet n’est qu’un des avatars de l’« impérialisme américain ». Pour des dirigeants déjà nerveux à l’idée qu’émerge une société civile connectée, les initiatives en matière d’Internet freedom ont été interprétées moins comme la liberté d’Internet que la liberté via Internet. Le Département d’Etat s’est mis à organiser des dîners privés avec les dirigeants des grandes firmes de la Silicon Valley, avant de les disperser aux quatre coins de la planète au sein de « délégations technologiques » (Irak, Russie, Syrie, etc.).

La nouvelle stratégie américaine permettra néanmoins d’ébaucher une forme de consensus autour de Washington sur les questions numériques. Reste à savoir si les politiser est la plus habile des solutions.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Invité

L’histoire étonnante et instructive de la page Facebook « Armée de l’Air »

Mercredi, 30. mars 2011 6:39

Sur Facebook, il est parfois difficile de faire la différence entre des pages officielles et des pages qui ne le sont pas.  Cela vaut pour toutes les institutions, y compris pour les armées.  La réaction des institutions militaires à l’égard de ces « fausses » pages officielles varie selon les pays.

Aux  Etats-Unis, les armées disposent d’un contact direct chez Facebook  en la personne d’Adam Conner, auteur du document intitulé Facebook and Government 101. Si les armées constatent qu’une « fausse » page officielle existe, elles envoient un message à Facebook qui se charge non seulement de supprimer la page en question mais, de surcroît, de transférer les fans vers la page officielle. Les armées britanniques fonctionnent peu ou prou de la même manière avec le bureau de Facebook à Londres. En revanche, Facebook ne dispose pas de bureaux en Allemagne ni en France.  Aussi, quand la Bundeswehr a voulu supprimer « sa » fausse page sur Facebook, elle a envoyé… un fax au siège de l’entreprise californienne – fax qui est resté sans réponse.

L’Armée de l’Air française a adopté une approche différente. Il y a quelques mois encore existait une page « Armée de l’Air » qui ressemblait à s’y méprendre à une page officielle : le logo officiel y était utilisé, des informations provenant du site du ministère de la Défense y étaient relayées et le contact fourni était l’adresse de l’armée de l’Air.

De nombreux militaires participaient aux discussions sur le « mur », sans se douter qu’il ne s’agissait pas d’une page officielle. Des recruteurs prenaient même part aux échanges. Le Sirpa-Air a voulu savoir qui administrait cette page. Un officier a créé un profil et a participé aux discussions. Après s’être fait remarquer comme contributeur, il a demandé à entrer en contact avec l’administrateur, qui lui  a répondu. C’est comme ça que l’armée de l’Air a découvert que « sa » page était gérée par… un policier ! Il s’avère que ce policier – qui vit en Alsace – est nostalgique de l’armée de l’Air où il a effectué son service militaire.  Il explique : « Quand je me suis inscrit sur Facebook, j’ai cherché la page de l’armée de l’Air. Il n’y en avait pas. Je me suis dit : “Qu’à cela ne tienne” et j’en ai créé une ». Il précise que si une page officielle avait existé, il y aurait contribué et n’aurait pas créé une nouvelle page. S’il n’apparaît pas comme administrateur, c’est parce qu’il n’aime pas se mettre en avant et il affirme n’avoir jamais réfléchi aux problèmes que pouvait poser le fait que cette page ressemble vraiment à une page officielle. Il soutient d’ailleurs qu’il serait prêt à la supprimer ou à la transférer officiellement au Sirpa-Air si on le lui demandait.
Dans un premier temps, l’armée de l’Air a laissé faire, estimant que le policier faisait du bon boulot. Après tout, il passait près d’une heure par jour à modérer les commentaires, supprimer les remarques jugées déplacées et diffuser des informations officielles provenant du site du ministère de la Défense. Au début de l’année 2011, la politique du Sirpa a changé. Un officier a appelé le policier. Suite à cette conversation téléphonique, dont la teneur ne nous a pas été révélée mais qui s’est semble-t-il déroulée sur un ton amical, le policier a accepté qu’un officier du Sirpa-Air devienne co-administrateur de la page. Cette dernière a alors commencé à changer. Le logo officiel a été remplacé par la photographie d’un avion de chasse.

Surtout, dans la partie « informations » est apparue la mention : « Cette page ne constitue pas la page officielle de l’armée de l’Air ». Puis, le nom de la page a été transformé en « Fans de l’armée de l’Air ».

D’après les informations fournies par le policier, l’objectif du Sirpa-Air serait de créer une page officielle et d’utiliser à cette fin le nom « Armée de l’Air ». La page officielle entretiendrait des liens  étroits avec la page « Fans de l’armée de l’Air », dans l’espoir de récupérer une partie des 12 000 fans de cette page.
Il est difficile de dire si les fans resteront sur la page d’origine tout en adhérant à la nouvelle page officielle, s’ils délaisseront la première au profit de la seconde ou s’ils resteront fidèles à la « fausse » page officielle sans s’intéresser à la « vraie ». En revanche, on peut d’ores et déjà dire que l’armée de l’Air a agi avec tact, comparé à la méthode anglo-saxonne qui, comme nous l’avons décrit au début de ce post, est certes plus rapide mais aussi beaucoup plus brutale. C’est peut-être ça la French touch.
Les créateurs de « fausses » pages agissent souvent plus par un mélange de passion et d’ignorance des règles que par volonté de nuire. Ce sont des fans qu’il serait dommage de se mettre à dos en réagissant de manière trop brusque ou légaliste, sur le mode : « vous n’avez pas le droit d’utiliser notre logo ». En l’occurrence, le policier a plutôt été flatté d’être contacté par des officiers de l’armée de l’Air et de voir que son initiative intéressait au plus haut niveau.
Les médias sociaux, ouverts et décentralisés correspondent assez peu à la culture des armées, relativement fermées et très hiérarchisées. L’histoire de la page Facebook « Armée de l’Air » montre que les armées peuvent compter sur des internautes de bonne volonté pour relayer leurs messages dans le monde du web 2.0 – monde qu’elles abordent avec prudence et parfois avec méfiance. Bien sûr, tous les adeptes des réseaux sociaux ne sont pas aussi bien intentionnés que ce policier mais la crainte de tomber sur des trolls ne doit pas justifier l’inaction. Aujourd’hui, les armées n’ont plus vraiment le choix : si elles veulent faire entendre leur voix, elles se doivent d’être présentes sur les réseaux sociaux. L’armée de l’Air, visiblement, l’a compris comme d’ailleurs l’armée de Terre et la Marine. On reste toutefois loin de ce qui se fait aux Etats-Unis, les armées américaines ayant intégré le fait que dans l’expression « médias sociaux », l’adjectif est plus important que le nom. Cela signifie concrètement que le web 2.0 n’y est pas considéré uniquement comme un outil de relations publiques mais aussi  comme une plateforme susceptible de faciliter l’organisation voire les opérations des armées.

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Marc Hecker

Qui veut gagner des troufions?

Jeudi, 9. décembre 2010 7:03

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, ce post n’est pas une énième chronique sur la réduction des budgets de Défense et la baisse attendue des effectifs des armées.  Plutôt que de parler de programmation militaire, évoquons plutôt – une fois n’est pas coutume – la programmation télévisuelle.

Dans les médias occidentaux, l’armée sri lankaise a mauvaise presse. Ses soldats sont régulièrement accusés de commettre des exactions, que ce soit contre les Tamouls ou lors de missions onusiennes de maintien de la paix. Dans les médias sri lankais, l’image de l’armée est bien différente, d’autant que le ministère de la Défense vient de lancer un nouveau show télévisé pour promouvoir ses personnels.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une version militaire de la Nouvelle Star. Les candidats, en uniforme, fredonnent des mélodies locales et se déhanchent (modérément) au milieu des blindés et des pièces d’artillerie. Le jury, quant à lui, trône sur un camion de transport de troupes. L’Asian Tribune nous apprend que le nom du vainqueur – qui gagnera une maison – sera dévoilé en mai 2011, à la date anniversaire de la victoire contre les Tigres Tamouls.

On dit souvent, après Clemenceau, que « la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique ».  Ce n’est probablement pas l’extrait suivant qui fera changer d’avis aux mélomanes…

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker

Mais où est donc la doctrine de contre-rébellion?

Jeudi, 23. septembre 2010 7:56

Cet été, nous avons reçu à l’Ifri un document produit par l’armée de Terre intitulé Doctrine for Counterinsurgency at the Tactical Level. Il s’avère que ce document n’est autre que la traduction en anglais de la doctrine de contre-rébellion publiée l’an dernier. Cette traduction est la bienvenue puisque les alliés de la France s’intéressent de près aux leçons des expériences françaises en matière de lutte anti-guérilla – notamment à la guerre d’Algérie, à laquelle il est fait référence à plusieurs reprises dans le document. [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (9) | Autor: Marc Hecker

Action psychologique et contre-insurrection à l’Ifri

Vendredi, 3. septembre 2010 7:21

Le jeudi 9 septembre prochain se tiendra à l’Ifri le premier « séminaire sandwich » de l’année 2010-2011. A cette occasion, François Géré viendra faire une présentation sur le thème Action psychologique et contre-insurrection. Il répondra par la suite aux questions du public.

La guerre psychologiqueAgrégé et docteur en histoire, président de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), François Géré est l’auteur de plusieurs ouvrages de stratégie, dont un, paru en 1997, portant spécifiquement sur la guerre psychologique.

Cette conférence accompagne la parution du vingt-cinquième numéro de la collection Focus stratégique, dans lequel François Géré analyse les évolutions de l’action psychologique en COIN, de la guerre d’Algérie à l’Afghanistan.

Nous vous invitons donc à venir nombreux assister à cette conférence, le jeudi 9 septembre, de 12h30 à 14h00, à l’Ifri.

Merci de vous inscrire au préalable !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Huit ans de déclarations de guerre

Vendredi, 23. juillet 2010 17:15

Un article intitulé « Nicolas Sarkozy: huit ans de déclarations de guerre » a été publié récemment sur le site Internet du journal Le Monde. L’auteur explique que depuis 2002, Nicolas Sarkozy utilise régulièrement une rhétorique belliqueuse: il a ainsi déclaré la guerre aux trafiquants, aux délinquants, aux bandes violentes et même aux chauffards.

Deux remarques à ce sujet: [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Marc Hecker