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L’Europe de la défense en crise ? Les vidéos

Mercredi, 1. février 2012 7:00

Le séminaire sandwich Ifri/FRS/Secret Défense du 19 janvier fait partie des séminaires du cycle « 2012 La défense en question » qui ont eu le plus de succès, avec un taux de participation record. Alors que l’Union européenne semble être un acteur de moins en moins évident dans le domaine de la défense, le sujet continue de passionner, au delà des clivages politiques et nationaux. Afin d’assurer un débat enrichissant, le séminaire réunissait et confrontait un professeur (britannique) de Yale, Jolyon Howorth, plutôt optimiste, et notre panel de discutants (français), plutôt sceptique.

« L’Union européenne [est-elle] encore un acteur en matière de défense ? ». C’est le sujet de l’intervention originale de Jolyon Howorth qui rappelle en introduction que l’Europe de la Défense n’est pas la défense collective, que des avancées ont eu lieu (ce n’est pas une illusion) mais qu’on peut néanmoins parler, depuis la Libye, de crise existentielle, aggravée par une crise de l’euro dont l’évolution conditionnera le retour des projets européens dans les domaines stratégiques. Il note 5 obstacles ou « mauvaises nouvelles » pour le développement de l’Europe de la Défense : l’absence de vision stratégique de l’UE ; le repli américain qui, bien que pouvant être une opportunité pour l’UE, doit être pris au sérieux par ses membres ; les dépenses européennes dans le domaine de la défense, importantes mais mal coordonnées ; une politique étrangère de l’UE qui peine à être visible sur la scène internationale, en étant par exemple  inexistante à l’occasion du Printemps arabe. Enfin, l’Europe, dépendante de régions instables sur lesquelles elle a de moins en moins de prise, démographiquement bien peu dynamique et disposant de peu de ressources naturelles propres, semble être de moins en moins au centre du monde.

Pour compenser ces difficultés, Jolyon Howorth propose deux bonnes nouvelles, que vous découvrirez dans la vidéo…

L'Union européenne : un acteur en matière de… par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’une discussion animée avec Etienne de Durand, directeur du CES de l’Ifri, Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense. Voici la vidéo intégrale de ce débat :

DÉBAT – L'Union européenne : un acteur en… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Du rififi pour le RIF Félin…

Vendredi, 21. octobre 2011 11:30

Dans le contexte actuel de rigueur, une des pistes étudiées pour dégager des marges budgétaires au profit du ministère de la Défense est la vente de certaines plages de fréquences détenues par les Armées.

Cette vente a été envisagée dès 2009 dans le projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014. Initialement celle-ci devait rapporter à l’Etat 1,5 milliards d’euros. Cette année la vente de certaines fréquences de la gendarmerie nationale (système Rubis) a déjà rapporté 936 millions d’euros. Toujours au programme pour 2011, la vente d’une partie de celles de l’armée de Terre.

Il s’agit de celles qui vont être cédées aux opérateurs téléphoniques pour la téléphonie mobile 4G et qui se situent dans la bande 790-862 Mhz. Elles permettent, avec un investissement minimum, d’obtenir les meilleures communications possibles (grande couverture et débit important). C’est pour cette raison que cette bande de fréquence avait été retenue pour l’équipement radio dédié au fantassin du futur « Félin » (Fantassin à Équipements et Liaisons Intégrés) au travers du RIF (Réseau d’Information Fantassin).

Le RIF actuel est déjà loin des possibilités évoquées avec une portée limitée à 250 mètres. Ses capacités se dégradent lorsque les conditions de propagation ne sont pas satisfaisantes (dans le cas du combat en localité en particulier, où la portée ne dépasse pas quelques dizaines de mètres). Ces limites techniques handicapent le fantassin et restreignent sa liberté d’action dans les phases de combat débarqué.

La future version présentée du RIF NG qui équipera les forces en 2013 ne devrait pas améliorer la chose. Techniquement cela s’explique par la gamme de fréquence choisie, la bande 2 Ghz. Il faut savoir qu’en matière de fréquence, plus la bande est élevée plus la portée est réduite. Pour tenter de résoudre ce léger souci, il est envisagé de doter les futurs postes d’une fonction relais permettant à chacun de relayer les communications radio, afin d’améliorer la portée radio lorsqu’il y a des problèmes de propagation. Elle sera aussi installée sur les véhicules de combat de l’infanterie, ce qui semble implicitement signifier que le groupe de combat devra rester à proximité de son véhicule. Tactiquement cette solution n’est pas toujours envisageable.

Enfin financièrement, le coût annoncé de cette mutation vers le RIF NG est de 185 millions d’euros. Cette somme est conséquente, mais finalement peu importante face à la vente de la plage de fréquence 790-862 Mhz aux opérateurs téléphoniques qui, par un système de mise aux enchères, devrait rapporter au moins 1,6 milliards d’euros.
A moins que le recours de Free devant le conseil d’État contre cette vente aux enchères n’aboutisse ; à moins aussi que le lobbying des opérateurs téléphoniques auprès de l’État ne permette de faire baisser la facture.

Au final, pour l’armée de Terre, cette évolution vers le RIF NG ne semble pas être une si bonne affaire: techniquement, les ingénieurs vont devoir réaliser des prouesses pour garantir des communications radio correctes; tactiquement, il sera difficile pour les groupes de combat de conserver leur liberté d’action en restant dans la proximité immédiate de leur véhicule; et financièrement, la défense n’est pas encore assurée d’un réinvestissement rapide du produit de la vente des fréquences.

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Autor: Stanislas Garnier

Leçons d’une décennie d’interventions à l’Ifri: les vidéos

Samedi, 24. septembre 2011 7:22

Comme nous vous l’annoncions hier, les vidéos de la première session du cycle de séminaires sur « 2012: La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), sont désormais en ligne.

Camille Grand a tout d’abord exposé les leçons qu’il tirait d’une décennie d’interventions extrêmement variées (intensité, cadres, durée, etc.), et celles pouvant être tirées de la récente guerre en Libye.


10 ans d'opérations militaires : alliances… par Ifri-podcast

Etienne de Durand a ensuite développé le cas de l’Afghanistan, pour élargir en seconde partie vers un propos plus général sur les difficultés croissantes auxquelles se heurtent les interventions occidentales.


Guerre en Afghanistan : analyse et bilan… par Ifri-podcast

Enfin, Jean-Dominique Merchet a présenté son analyse du bilan de la décennie d’opérations, en évoquant les quatre ‘D’ des interventions (dispersion, durée, diversité, durcissement) et s’est interrogé sur leur place dans la posture française (coûts, perception par l’opinion publique, etc.).

La France et les conflits armés en 2011… par Ifri-podcast

Suite à ces trois interventions, la discussion s’est engagée autour des remarques d’Elie Tenenbaum, puis de Philippe Gros.


Leçons d'une décennie d'opérations : le débat par Ifri-podcast

Nous communiquerons le reste du programme du cycle « 2012: La défense en question » dès que les derniers détails auront été fixés.

Comme toujours, vos commentaires sur ce séminaire sont les bienvenus !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

SWAMOS 2011

Jeudi, 1. septembre 2011 8:36

J’ai eu la chance de participer en juillet à la quinzième édition de SWAMOS, acronyme de Summer Workshop on the Analysis of Military Operations and Strategy. Ce séminaire est organisé chaque été sur le campus de Cornell University par le Saltzmann Instistute of War and Peace Studies de l’université Columbia. Vingt-deux jeunes chercheurs y prennent part – en grande majorité des Américains. Si quelques Français font partie des « alumni » – à l’instar de Pascal Vennesson, Stéphanie Pézard ou encore Jean-Loup Samaan – ce séminaire me semble encore peu connu dans notre pays. J’espère que ce billet incitera certains d’entre vous à postuler pour l’année prochaine…

Sans prétendre faire un compte-rendu détaillé de SWAMOS 2011, voici quelques éléments qui m’ont marqués :

- Tout d’abord, il faut parler de l’avant SWAMOS. Six semaines avant le début du séminaire, chaque participant reçoit un colis contenant deux livres (Killer Angels de Michael Shaara et Military Power de Stephen Biddle) et plus de cinq cents pages de photocopies d’articles et d’extraits de doctrine. Une sorte de condensé de bibliothèque stratégique à lire impérativement sous peine d’être perdu lors des cours et des discussions. La lecture de la traduction de Vom Kriege de Clausewitz réalisée par Michael Howard et Peter Paret est également obligatoire.

- Le rythme du séminaire est à l’image des lectures préliminaires : intensif. Les cours ont lieu tous les jours, y compris le samedi. Quasiment tous les soirs se déroule une activité, que ce soit une présentation sur un thème précis (« le “surge” en Iraq », « comment écrire un article pour la presse ? », « quels sont les débouchés professionnels dans le domaine des études stratégiques ? », etc.) ou la diffusion d’un film suivie d’une discussion. Bien sûr, il s’agit de films de guerre comme La Bataille d’Alger ou Twelve O’Clock High. Après la séance de cinéma, il faut encore lire une cinquantaine de pages pour préparer les cours du lendemain.

- Voir défiler en quelques jours quelques uns des meilleurs spécialistes des questions de défense américains était impressionnant. Richard Betts, Stephen Biddle, Tami Biddle, Mark Cancian, Eliot Cohen, Conrad Crane, Andrew Exum, Cindy Williams : tous étaient présents, dans une ambiance studieuse et décontractée (certains enseignaient en short et en baskets…).

- Certains participants avaient une expérience directe de la guerre. Le groupe comptait deux officiers d’active et un ancien sous-officier. Parmi les civils, au moins deux participants avaient passé plusieurs mois en Afghanistan, dont un ancien employé d’USAID qui revenait d’un an dans le Helmand. Les témoignages de ces personnes ont contribué à rendre les discussions bien plus concrètes.

- Sur le fond, les sujets abordés couvraient un large spectre (de l’histoire de la bataille des Ardennes au processus de révision du FM 3-24 en passant notamment par la saga politico-militaro-industrielle du V-22 Osprey) et il serait trop long de faire état dans ce post des éléments-clés de chacune des interventions. La tonalité générale n’était guère optimiste. Le manque de vision stratégique des hommes politiques américains, plus préoccupés par les problématiques de politique intérieure que par les moyens de l’emporter en Afghanistan, a été pointé du doigt dans plusieurs interventions. Les difficultés de la pratique de la contre-insurrection ont été finement analysées. Et, l’avenir est apparu bien sombre lorsqu’ont été évoquées les problématiques budgétaires. Cindy Williams du MIT a rappelé que les dépenses américaines en matière de défense représentent environ la moitié des dépenses mondiales dans ce domaine. Au cours des dix premières années du XXIème siècle, les dépenses américaines consacrées à la défense ont été multipliées par deux alors que celles des pays européens membres de l’OTAN ont eu tendance à stagner. Environ 5% du PIB américain est consacré à la Défense, ce qui est moins que pendant la guerre froide mais qui représente une charge considérable en période de crise économique. La dette américaine ayant atteint un niveau record en 2011, les responsables politiques n’auront d’autre choix, dans les années à venir, que de procéder à d’importantes coupes budgétaires et de limiter l’ampleur des déploiements. Bref, comme le démontre déjà l’épisode libyen, les alliés européens des Etats-Unis vont devoir apprendre à se passer du grand frère américain…

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Marc Hecker

Gates et l’Europe : Le coup de pied de l’âne

Mercredi, 15. juin 2011 14:43

Ce post a été écrit par Uncertain, pseudonyme d’un officier français en poste à l’OTAN. Ce texte ne reflète que les opinions de son auteur.

Le 10 juin 2011 à Bruxelles, Robert Gates a achevé une tournée internationale de 11 jours en prononçant son dernier discours politique en tant que Secrétaire à la Défense des Etats-Unis.

Ce fut une nouvelle charge contre les politiques de défense de certains pays européens – fondée sur des affirmations discutables, voire erronées – qui, au final, se révèle être un véritable coup de pied de l’âne.

Cette réponse est organisée par thèmes et s’appuie sur des extraits de l’allocution de M. Gates.

Du chacun pour soi en Afghanistan

Gates souligne d’abord que les effectifs non-européens déployés en Afghanistan ont doublé en quatre ans, et rappelle l’adaptation des forces terrestres à la guérilla alors qu’elle n’était pas dans leurs us et coutumes. L’effort est donc certain. Il est néanmoins dommage que le Secrétaire à la Défense revienne dessus par la suite, en affirmant

“…we cannot afford to have some troop contributing nations to pull out their forces on their own timeline in a way that undermines the mission and increases risks to other allies. The way ahead in Afghanistan is “in together, out together.”

Cette assertion ne manque pas de sel si on se rappelle l’unilatéralisme qui a caractérisé le récent surge ! Un départ coordonné est souhaitable. Mais en fin connaisseur du monde politique, M. Gates devrait savoir que les calendriers politiques des Etats membres primeront toujours. A ce titre, il est probable que la présidentielle de 2012 aux Etats-Unis sera une donnée d’entrée forte dans tout calendrier de départ. On se retirera, très certainement « together », mais en suivant un calendrier américain.

Une défense efficace nécessiterait au moins 2% du PIB ?

Gates rappelle ensuite que les dépenses militaires américaines représentaient 50% des dépenses de l’OTAN pendant la guerre froide, et en représentent plus de 75% maintenant.

Je propose une autre lecture des chiffres. Après la guerre froide, les Européens ont adapté leur budget de défense à la menace, aux alentours de 2% du PIB. Pour diverses raisons, les Etats-Unis ont choisi d’y consacrer environ 4% du PIB. S’ils avaient ramené leur budget de la défense au seuil de 2%, soit une diminution de 50%, la répartition serait alors de 75/2=37,5 pour les Etats-Unis et toujours de 25 pour les Européens, soit un rapport final US/Europe de 60/40 (=37,5/25). Nous nous rapprochons davantage des comparaisons en termes de PIB ou de population.

En plus de propos assez naïfs sur le manque de coordination des efforts de défense européens (l’Europe n’est pas fédérale et ses Etats membres restent jaloux de leurs prérogatives, quelle nouvelle !), R. Gates se plaint de la chute de 15% des budgets européens depuis le 11 septembre 2001. Un outil de défense doit être adapté à la menace. Le 11 septembre 2001 a porté le terrorisme sur le devant de la scène et, dans le même temps, le risque de conflit symétrique de haute intensité a diminué. La lutte anti-terroriste s’appuie plus sur des moyens policiers, du renseignement humain et des forces de présence, que sur des matériels coûteux et nombreux. Une diminution de 15%, sur 10 ans, des dépenses de défense est donc justifiable.

Comme R. Gates le constate – et le craint – les budgets de défense européens pourraient encore diminuer. Malgré l’injonction des Etats-Unis, nos Etats devront en effet réduire leur déficit budgétaire, creusé par des aides publiques au secteur bancaire mis en péril par une crise financière venant des… Etats-Unis!

La boucle est bouclée (et les ceintures serrées).

La Libye, ultime démonstration de la dépendance militaire de l’Europe ?

S’appuyer sur l’opération Unified Protector pour demander une augmentation des budgets de défense relève de la malhonnêteté intellectuelle. R. Gates affirme d’abord qu’il s’agit de :

“A mission with widespread political support;

A mission that does not involve ground troops under fire;

And indeed, is a mission in Europe’s neighborhood deemed to be in Europe’s vital interest.”

Les trois points censés appuyer le réquisitoire sont contestables.

  1. Il n’y a pas de soutien politique général, la Chine, la Russie, l’OUA, la Turquie et la plupart des pays arabes ne nous soutiennent pas ;
  2. Il y a des troupes au sol, ce sont les insurgés ;
  3. La Libye est proche de nos côtes, certes, mais cette action militaire n’était pas d’un intérêt vital pour nous : Khadafi n’était plus le chien fou des relations internationales, il commerçait avec l’Europe, vendait son pétrole, n’aidait plus les terroristes et son régime ne soutenait pas l’islamisme ; il laissait cela au royaume saoudien, lui même grand allié des… Etats-Unis!

“NATO’s serious capability gaps and other institutional shortcomings laid bare by the Libya operation”

Il n’est pas honnête de reprocher à l’OTAN des défauts capacitaires ou des failles institutionnelles pour Unified Protector. Puisque cette opération n’entre pas dans le cadre de la défense collective, il n’y a pas automaticité dans l’engagement des membres de l’Alliance. Ceux-ci sont libres de participer ou non à une opération de soutien d’une décision des Nations Unies. L’OTAN a fonctionné, il est seulement regrettable que tous ne se soient engagés.

La mission principale de l’OTAN consiste à défendre les territoires et populations de ses membres, non à lancer des opérations aériennes hors zone, sous faible préavis. Il est normal que, dans un tel contexte, des difficultés surgissent, des capacités manquent et qu’il faille développer et dérouler un plan d’action non préparé à l’avance. On aurait d’ailleurs reproché à l’OTAN un tel plan, s’il avait existé.

R. Gates prend pour exemple l’Air Operations Center, prévu pour gérer plus de 300 sorties par jour, et n’en gérant que 150. Le fait qu’un AOC ne « tourne pas à plein régime » n’est pas en soi un aveu d’échec : peut-être n’y a-t-il pas suffisamment de missions à réaliser. Même si la vraie raison est, probablement, le manque de vecteurs, ce n’est pas pénalisant. Comme bien d’autres opérations aériennes, celle-ci s’inscrit dans la durée ; que l’on se souvienne du Kosovo ou de la guerre du Koweït. Néanmoins, ses résultats sont tangibles : chaque jour amène plus de défections dans le clan de Khadafi.

Les bons points que décerne Gates à certaines nations pour leurs contributions s’appuient, certes, sur des éléments factuels. Mais le Secrétaire sortant oublie de préciser que l’action en Libye se réalise en dehors du cadre de la défense commune. Tout Etat soucieux de s’engager fera obligatoirement mieux que celui qui choisira de s’abstenir d’intervenir.

Sur le plan du manque de munitions et le recours aux Etats-Unis, un rappel s’impose. Les stocks de munitions sont ce qu’ils sont. Après 11 semaines, il est normal de demander à un allié qui n’est pas fortement engagé de céder des munitions. Cela s’est déjà fait par le passé (Etats-Unis à Israël lors de la guerre de Kippour, ou à la France au Kosovo). Si elles ne sont pas données (cas de Kippour), elles sont ensuite rachetées par le demandeur.

Si ce procédé d’entraide classique pose problème aux Etats-Unis, qu’ils le disent et les autres membres de l’Alliance sauront à quoi s’en tenir et augmenteront leurs stocks.

Enfin, aucune explication ou justification n’est donnée sur le retrait des moyens offensifs américains. Le maintien d’une contribution offensive aurait été la bienvenue, dissipant le sentiment de malaise et d’abandon ressenti par les Européens alors qu’ils sont en conflit avec un régime qui a accumulé un lourd passif à l’encontre des Etats-Unis. Y aurait-il une volonté de nous laisser tomber au milieu du gué pour mieux souligner nos faiblesses ?

L’Europe entraînerait l’OTAN vers l’insignifiance militaire?

“…enjoy the benefits of NATO membership – be they security guarantees or headquarters billets – but don’t want to share the risks and the costs”

Deux jours avant cette diatribe, les membres de l’Alliance, en présence de M. Gates, ont approuvé une forte réduction des effectifs de la structure de commandement de l’OTAN.

Insinuer que les Européens sont à la recherche de postes tombe à plat. Prétendre que les européens veulent éviter de prendre des risques est scandaleux lorsque, dans le même discours, on mentionne les 850 non-Américains tombés en opérations.

Les Etats-Unis doivent-ils délaisser une Europe ingrate ?

“…the American taxpayer continues to carry most of the burden in the Alliance”

Le risque de découplage entre l’Europe et les Etats-Unis est une vieille rengaine. L’effet de répétition finit par le rendre pathétique.

L’OTAN est une alliance politico-militaire d’Etats partageant un marché, une civilisation et des intérêts communs. Les Etats-Unis en sont le « leader » naturel. Ils ont tout intérêt à conserver des relations avec l’Europe au travers de l’OTAN. L’Alliance sert de caisse de résonance à la suprématie des Etats-Unis. Au travers des standards et normes, elle conforte les produits issus de l’industrie de défense américaine, au détriment des compagnies européennes.

L’OTAN est pour eux un excellent outil diplomatique, militaire et économique. En son temps, l’URSS fit de même avec le pacte de Varsovie/COMECON et le Japon impérial le tenta, avec la sphère de coprospérité.

Le coup de pied de l’âne

Arrangements avec la réalité de l’OTAN, contrevérités et présentation partielle des faits se sont accumulés dans ces « Réflexions sur le futur et le statut de l’Alliance Transatlantique », dernière charge de Robert Gates contre les pays européens membres de l’OTAN.

Avec ce discours-réquisitoire appuyé sur l’exemple libyen, R. Gates demande aux Européens d’allouer davantage de crédits à la défense afin de disposer de meilleures capacités de projection.

Mais pour quoi faire ? Soyons clair : ces capacités, bien que souhaitables, ne sont pas demandées par l’OTAN au titre de sa mission principale, à savoir la défense des territoires et populations des pays membres.

Par ce biais, les Etats-Unis chercheraient-ils à avoir davantage d’alliés ou de supplétifs pour leurs opérations hors zone OTAN ?

“True friends occasionally must speak bluntly with one another.”

Robert Gates s’en va, je ne le regretterai pas.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Autor: Invité

Old Wine in New Bottles? French Security and Defence Policy under Nicolas Sarkozy

Mardi, 31. mai 2011 7:31

Etienne de Durand a récemment donné une conférence à l’Institute for International and European Affairs de Dublin, sur la politique de sécurité et de défense durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

L’IIEA a non seulement filmé la conférence de manière très professionnelle, mais a mis la vidéo en ligne sur YouTube. Vous pouvez par conséquent la visionner ci-dessous.

Puisqu’elle dure presque 45 minutes, en voici le plan, afin de vous aider dans la navigation:

  • Introduction
  • Where do we come from? Traditional French or Gaullist Policy (début: 3 min et 10 sec)
    • Origins
    • Defense policy during the 1990s
    • The Iraq war and afterwards
  • Sarkozy’s New Look Policy, the FR-UK Deal and Its Implications (début: 17 min et 30 sec)
    • French security policy under Sarkozy
    • Sarkozy’s military policy and FR-UK deal
  • Conclusion (début: 41 min et 38 sec)

 

Bon visionnage, et comme toujours, n’hésitez pas à commenter !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Oussama Ben Laden, joueur généreux

Jeudi, 19. mai 2011 7:00

Dans une célèbre nouvelle du Spleen de Paris intitulée ‘Le joueur généreux’, Charles Baudelaire nous dévoilait que « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Cet aphorisme (que les cinéphiles reconnaîtront sûrement) pourrait s’appliquer, mutatis mutandis, à feu le dirigeant d’Al Qaïda dont la disparition pourrait se révéler plus dangereuse pour ses ennemis que ne l’avaient été ses dernières années de vie.

Si tous les experts du terrorisme s’accordent pour dire que l’impact opérationnel de cette disparition ne signifie pas la fin de la menace, il importe désormais de se poser la question de ses conséquences politico-stratégiques, notamment sur le front historiquement lié à la lutte contre Al-Qaïda, à savoir l’Afghanistan, et de son paradigme opérationnel dominant, la contre-insurrection.

Il faut tout d’abord rappeler que l’intervention occidentale dans le pays est fondée sur la Résolution 1333 du Conseil de sécurité, datant de 2000 mais réitérée le 18 septembre 2001, exigeant instamment l’extradition d’Oussama Ben Laden vers un pays à même de le juger pour les attentats dont ils s’était déjà rendu coupable – à l’époque ceux de Nairobi et de Dar es-Salaam. Le sheikh et son organisation sont donc bien à l’origine directe de la décennie d’interventions qui a suivi – ou tout du moins de la rhétorique les justifiant si l’on considère le cas irakien.

La problématique de la contre-insurrection n’est apparue  que plus tardivement, face à l’incapacité des Etats-Unis à gérer l’instabilité engendrée par ses interventions, en Irak dès 2004, puis en Afghanistan à partir de 2006. Le demi-succès irakien du général Petraeus et la consécration du terme dans les milieux militaro-académiques ont permis de sauver la mise à une diplomatie transformationnelle en voie d’enlisement. Dans l’esprit de certains, la contre-insurrection permettait ainsi de pérenniser le nouvel interventionnisme dicté par la Guerre contre la Terreur.

Or, depuis lors, la mécanique contre-insurrectionnelle semble s’être détraquée en Afghanistan, en mettant en évidence plusieurs limites :

Limites stratégiques : le retournement des populations réclamé par les COINdinistas apparaît moins aisé que le suppose la doctrine Hearts & Minds,  particulièrement difficile à appliquer en l’absence de cultural awareness et face à un adversaire aguerri et une population traditionnellement hostile aux étrangers – notons au passage que cette approche populo-centrique n’est qu’une des options de la contre-insurrection historique.

Limites politiques : alors que le FM 3.24 estime qu’un ratio de 20 à 25 « contre-insurgés » pour 1000 habitants est nécessaire pour mener une campagne efficace, il  exigerait, si on le rapporte à la population afghane, une force de 580 000 à 725 000 soldats, des chiffres quelque peu exubérants si l’on considère que la guerre coûte déjà 10 milliards de dollars par mois avec 132 000 hommes (90 000 seulement étant américains). Autant dire que cette économie de guerre ne semble plus tenable dans un contexte de guerre limitée – la menace semble s’estomper pour les Etats-Unis – et de crise budgétaire sans précédent.

Cette dynamique grippée explique dans une certaine mesure le retour à l’antiterrorisme prôné par beaucoup dans l’administration Obama, au premier rang desquels le Vice-Président Joe Biden, comme l’explique Bob Woodward dans son dernier livre. Une partie de la « communauté de la contre-insurrection », parmi laquelle Andrew Exxum, célèbre auteur du blog Abu Muqawama,  s’est lui-même détaché du paradigme COIN en faveur d’une sorte de « counterterrorism plus » dans un document du Center for New American Security. Cette option, plutôt optimiste, consisterait à maintenir le statu quo en opérant une rétraction du dispositif allié autour d’un Afghanistan utile, de forces spéciales et d’un appui aérien renforcé. Le raid contre le chef d’Al Qaïda le démontre bien : plus spectaculaire et moins cher, l’antiterrorisme est infiniment mieux adapté aux exigeants caprices de la vie politique moderne que la contre-insurrection, longue, dépensière et à l’issue incertaine.

La tentation est donc aujourd’hui plus forte que jamais pour les Américains d’appliquer le fameux declare victory and leave, déjà employé en d’autres circonstances au Vietnam. De fait, à en juger par les réactions de joie dans les rues des grandes villes américaines à l’annonce de la nouvelle, la mort d’Oussama Ben Laden apparaît à la société américaine comme une victoire stratégique dans la guerre contre le terrorisme. Dès lors, chaque nouveau soldat mort au combat en Afghanistan sera de plus en plus problématique à justifier et viendra troubler le soutien aux opérations – Obama a dit de l’Afghanistan qu’il était « une guerre de nécessité », et Dieu sait que l’Amérique n’aime pas les « guerres de choix ». Tout semble donc indiquer que la mort de Ben Laden vient ici porter le coup de grâce à la contre-insurrection en Afghanistan.

C’est ici que le raisonnement purement politique de la Maison Blanche trouve ses limites car les causes profondes qui ont permis à Ben Laden de perpétrer ses attentats sont, quant à elles, loin d’être éradiquées. Le potentiel militaire des Taliban est intact alors que les insurgés amorcent en grande pompe leur offensive de printemps, s’emparant le 5 mai dernier de la province du Nouristan, dans un assaut n’ayant trouvé aucune résistance de taille. Par ailleurs, leur solidarité avec la cause du jihad international reste sans faille comme le montre l’attentat de « représailles » perpétré par les Taliban ce vendredi. Enfin, le jeu plus que trouble du Pakistan dans la protection d’Al Qaïda et des Taliban laisse évidemment planer l’hypothèse d’un accord, livrant Ben Laden à la roche Tarpéienne en échange d’un retour des Taliban dans le pays. A bien y regarder, la mort d’Oussama Ben Laden est peut-être, effectivement, le meilleur piège tendu à l’Occident depuis le 11 septembre.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Autor: Elie Tenenbaum

Libye : la guerre interarmées a commencé

Lundi, 4. avril 2011 7:22

L’opération Harmattan n’est pas encore terminée qu’elle est déjà prétexte à la guerre psychologique entre les Armées. 1 600 heures de vol pour 250 sorties, tel est le bilan actuel au dessus de la Libye. D’après le général de brigade aérienne Jean-Jacques Borel, 80% des missions ont été assurées par l’armée de l’Air et 20% par l’aéronavale. Information aussitôt démentie par le Sirpa Marine, qui assure que le ratio de l’armée de l’Air est seulement aux alentours de 50%.

De son côté, l’armée de Terre rappelle à qui veut l’entendre que 98% des munitions tirées au combat (avant Harmattan) le sont par les forces terrestres, tout comme 86% des effectifs déployés et pratiquement 100% des morts, alors qu’elle ne bénéficie que de 20% des crédits d’équipements et 16% du Maintien en condition opérationnelle (MCO).

Que faut-il comprendre de cette guerre des chiffres ? Tout le monde sait que le modèle tracé par le Livre Blanc de 2008 est désormais intenable en raison de la crise budgétaire. Les 3,5 milliards d’euros rognés sur la loi de programmation 2011-2013 ne sont que le début et préfigurent l’accumulation d’une bosse budgétaire dont on connaît les effets pervers. En 2014, il y aura moins de cent mille militaires en armes (soit l’Armée allemande post traité de Versailles), une force aérienne de combat ramenée à trois cents appareils et une marine à moins de trente grandes unités navales dont un seul porte-avions. Malgré tous les efforts faits depuis 1996 par la Défense pour se réformer, le pire est encore à venir, car on voit mal comment éviter de nouvelles dissolutions étant donné que les réformes en cours ne semblent pas apporter les gains attendus.

A l’approche des échéances électorales de 2012 et de la nécessaire révision du Livre Blanc qui s’annonce, chaque armée fourbit donc ses armes avec le seul et unique but de défendre son précarré par tous les moyens. Ce phénomène délétère a déjà pu être observé en Angleterre dans la période qui a précédé les travaux de la nouvelle Strategic Defense and Security Review. Finalement, malgré les décrets de 2005 et 2009 renforçant ses pouvoirs, le CEMA ne peut obtenir le silence dans les rangs.

Malheureusement, la logique de réduction homothétique des capacités est arrivée au bout de ses possibilités. Pour aller plus loin, il faudra forcément faire des choix, c’est-à-dire renoncer à certaines capacités en national. L’Afghanistan d’un côté, Harmattan de l’autre, tout est désormais prétexte à justifier que l’on est la composante la plus utile, dans l’espoir d’éviter la hache maniée avec dextérité par les « political masters ». Mais l’Air Power seul n’a jamais gagné une guerre et sans la supériorité aérienne et la maîtrise des mers, on ne peut pas non plus mener des opérations d’envergure hors du territoire national. En fin de compte, et comme toujours, c’est Bercy qui tirera le mieux profit de ces luttes intestines, au détriment des capacités militaires de la France et de son rang sur l’échiquier international.

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Georges Dienekes

Le coût de la guerre en Libye

Jeudi, 24. mars 2011 12:07

A l’heure où les questionnements se multiplient autour des frappes aériennes de la coalition internationale en Libye, il convient, en complément de l’analyse stratégique proposée plus bas, de s’interroger sur l’impact financier direct d’une telle opération.

Le coût d’une heure de vol d’un Rafale est de 40 000 euros et entre 15 et 30 000 euros de l’heure pour les autres avions. Le porte-avions Charles de Gaulle coûte 50 000 euros par heure d’intervention. Une frégate ou un sous-marin environ 10 000 euros. Évidemment ces coûts de fonctionnement sont les mêmes, que l’on fasse la guerre en Libye ou que l’on s’entraine en France, car il s’agit du coût d’utilisation normal des appareils et non du surcoût engagé par la guerre. Par ailleurs, le prix unitaire d‘une bombe AASM (Armement Air Sol Modulaire) est de 360 000 euros selon Jean Dominique Merchet et de 200 000 euros selon Sagem. Une bombe GBU-12 coûte quant à elle 19 000 dollars. [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (11) | Autor: Georges Dienekes

Séminaire : La nouvelle Strategic Defence and Security Review britannique

Mardi, 8. février 2011 6:44

Le prochain séminaire-sandwich organisé par le Centre des études de sécurité de l’Ifri se tiendra le jeudi 10 février 2011 de 12 h 30 à 14 h 00, autour d’Alastair Cameron et Stéphane Goussot sur le thème « La nouvelle Strategic Defence and Security Review ».

La Strategic Defence and Security Review (SDSR), parue en octobre 2010, est le premier document du genre produit par le gouvernement de coalition. L’adoption de ce texte a initié une réforme sans précédent de la défense britannique, avec notamment une baisse du budget de 8% sur 4 ans. Par ailleurs, la SDSR a précédé et en partie déterminé l’accord de coopération bilatérale signé avec la France en novembre dernier.

Alastair Cameron est chef du programme European Security au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI). Avant de rejoindre le RUSI, il a travaillé comme consultant sur les questions de défense chez Frost & Sullivan, ainsi qu’à la Délégation aux affaires stratégiques. Alastair Cameron est diplômé de l’University of London et de Sciences Po Paris.

Christophe Goussot est chargé de mission à la Délégation aux affaires stratégiques et s’occupe de la coopération bilatérale avec le Royaume-Uni. Il est titulaire d’un CAPES d’anglais et d’un master de civilisation britannique contemporaine.

Le débat sera animé par le Lieutenant-colonel Pierre Chareyron, chercheur à l’Ifri, qui a récemment publié un Focus stratégique sur l’armée britannique.

Nous espérons vous y voir nombreux !

Les participants peuvent apporter un sandwich s’ils le souhaitent.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio