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Leçons d’une décennie d’interventions à l’Ifri: les vidéos

Samedi, 24. septembre 2011 7:22

Comme nous vous l’annoncions hier, les vidéos de la première session du cycle de séminaires sur « 2012: La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), sont désormais en ligne.

Camille Grand a tout d’abord exposé les leçons qu’il tirait d’une décennie d’interventions extrêmement variées (intensité, cadres, durée, etc.), et celles pouvant être tirées de la récente guerre en Libye.


10 ans d'opérations militaires : alliances… par Ifri-podcast

Etienne de Durand a ensuite développé le cas de l’Afghanistan, pour élargir en seconde partie vers un propos plus général sur les difficultés croissantes auxquelles se heurtent les interventions occidentales.


Guerre en Afghanistan : analyse et bilan… par Ifri-podcast

Enfin, Jean-Dominique Merchet a présenté son analyse du bilan de la décennie d’opérations, en évoquant les quatre ‘D’ des interventions (dispersion, durée, diversité, durcissement) et s’est interrogé sur leur place dans la posture française (coûts, perception par l’opinion publique, etc.).

La France et les conflits armés en 2011… par Ifri-podcast

Suite à ces trois interventions, la discussion s’est engagée autour des remarques d’Elie Tenenbaum, puis de Philippe Gros.


Leçons d'une décennie d'opérations : le débat par Ifri-podcast

Nous communiquerons le reste du programme du cycle « 2012: La défense en question » dès que les derniers détails auront été fixés.

Comme toujours, vos commentaires sur ce séminaire sont les bienvenus !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

Bilan de dix années d’interventions, premiers aperçus

Jeudi, 22. septembre 2011 16:43

Nous vous annoncions, il y a quelques jours, le lancement par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) d’un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question ».

La première session a eu lieu ce midi, et a donné lieu à une confrontation passionnante sur les leçons d’une décennie d’opérations entre trois experts des questions de défense en France : Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Camille Grand, directeur de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur de l’excellent blog Secret-Défense.

Les inconditionnels ont pu suivre les débats sur le compte Twitter du blog et les vidéos de l’intégralité des trois présentations et des débats entre les intervenants et les discutants (Philippe Gros, de la FRS, et Elie Tenenbaum, que vous avez déjà l’habitude de lire) sont en cours de préparation et devraient être mises en ligne sur le blog dès demain.

En attendant et pour vous donner un avant-goût, voici de courts extraits des trois présentations :

Camille Grand:

La contribution américaine à la guerre en Libye par Ifri-podcast

Etienne de Durand:

Les erreurs commises en Afghanistan (Etienne de… par Ifri-podcast

Jean-Dominique Merchet:

Les caractéristiques des guerres actuelles… par Ifri-podcast

La suite demain !

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Autor: Aline Lebœuf

Prochain séminaire-sandwich: Leçons d’une décennie d’opérations

Mercredi, 14. septembre 2011 15:04

Le Centre des Etudes de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) lancent un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question ».

Les élections présidentielles et législatives de 2012 constituent une occasion unique pour ouvrir un débat public et dépassionné sur les réalités de la Défense française et les difficultés, notamment budgétaires, auxquelles elle est confrontée.

Cette première session du 22 septembre, de 12h à 14h, portera sur les leçons d’une décennie d’opérations et donnera la parole à Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Camille Grand, directeur de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense. Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Philippe Gros, chercheur à la FRS et Elie Tenenbaum, assistant de recherche au CES et autre auteur d’Ultima Ratio (voir son dernier article, Kadhafi Delendus Est).

 

Le nombre de places étant limité, inscrivez-vous vite sur le site de l’Ifri ou en écrivant à strategie@ifri.org.

Catégorie: Divers | Commentaires (2) | Autor: Ultima Ratio

Fin de partie en Afghanistan? (vidéo)

Jeudi, 28. juillet 2011 9:33

Gilles Dorronsoro, professeur à l’Université Paris 1 et chercheur invité à la Carnegie Endowment for International Peace, est intervenu à l’Ifri le 16 juin 2011. Sa conférence portait sur l’évolution du conflit en Afghanistan. En voici la vidéo. Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus!

 


Fin de partie en Afghanistan ? par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

In Memoriam

Mardi, 19. juillet 2011 18:00

Comme quatre de ses camarades, le Lieutenant Thomas Gauvin a été tué le 13 juillet, lors d’un attentat-suicide à Joybar en Kapisa. J’ai eu le plaisir de connaître brièvement le Lieutenant Gauvin à Coëtquidan, où il a écrit sous ma direction un remarquable mémoire sur « L’U.S. Army et la redécouverte de la contre-insurrection dans la Long War ». Il était l’un des tout meilleurs élèves-officiers que j’ai eus en sept années d’enseignement à Coët. La suite de son parcours a confirmé les qualités exceptionnelles qui étaient les siennes. Toutes mes condoléances vont à sa famille et à ses camarades de promo et de régiment.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Etienne de Durand

Sur le terrain, ils n’ont que le blason pour se protéger

Mardi, 12. juillet 2011 6:20

Après six mois de recherche, mon étude sur la protection des civils se termine. L’une des cinquante personnes que j’ai interrogées m’a parlé de ces civils qui n’ont « que le blason pour se protéger », les ONG comme le CICR (mais leur situation s’applique en fait aussi aux civils des entreprises ou des agences de développement/des Nations Unies et ce post traitera de tous les experts civils déployés sur des terrains en crise). Vous êtes-vous déjà demandé comment on se protège avec un blason ? [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Autor: Aline Lebœuf

Hélicoptères et partenariats de l’OTAN : un peu de lecture pour l’été

Mardi, 28. juin 2011 10:00

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture de nos deux derniers numéros de la collection Focus stratégique intitulés:

« NATO Partnerships: Shaking Hands or Shaking the System? », Focus stratégique n° 31, par Vivien Pertusot. 

Résumé :

Le nouveau Concept stratégique de l’OTAN ne définit que des objectifs modestes pour l’avenir de cette institution. La modestie des ambitions vaut aussi pour les partenariats qui n’ont pas pu être redynamisés malgré l’adoption d’une politique dédiée en avril 2011. Le Dialogue méditerranéen (DM) et le Partenariat pour la paix (PpP) ont été lancés en 1994. Quant à l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI), elle remonte à 2004. Ces coopérations ont été créées pour que l’OTAN maintienne des échanges constants avec sa périphérie afin d’anticiper les menaces émergentes et de contribuer à la stabilité de son voisinage. Néanmoins, leur intérêt a décru et l’Alliance doit faire face à divers obstacles qui empêchent les partenariats d’aller de l’avant. Cette étude présente trois scénarios concernant l’avenir de ces programmes de coopération qui se trouvent aujourd’hui à un tournant.

Ce texte est téléchargeable sur le site de l’Ifri.

 

Le Focus stratégique n° 32, publié à l’occasion du Salon du Bourget, s’intitule « La guerre des hélicoptères. L’avenir de l’aéromobilité et de l’aérocombat ». Ce texte a été co-écrit par Etienne de Durand, Benoit Michel et Elie Tenenbaum.

Résumé :

Les évolutions successives de l’hélicoptère militaire ont abouti à un système d’armes très sophistiqué technologiquement. Pensé à l’origine pour contrer les blindés soviétiques, l’hélicoptère d’attaque est désormais confronté à un large spectre de menaces qui le ramène aux fondamentaux développés dans des contextes de contre-insurrection. Les manœuvres aéromobiles dans la profondeur et les forces héliportées autonomes ont ainsi laissé place à l’appui direct des forces. L’hélicoptère n’en demeure pas moins indispensable comme plateforme de combat et comme vecteur de mobilité tactique. Toutefois, le prix élevé de ces plateformes sophistiquées constitue un véritable défi pour des budgets de défense en diminution. Concilier la forte sollicitation en hélicoptères et les contraintes budgétaires actuelles impose désormais une adaptation des parcs à laquelle les évolutions technologiques ne sauraient seules apporter une réponse. Dans ces conditions, le temps des parcs homogènes composés de plateformes de même génération et dédiées à un seul type de tâche semble révolu.

Ce texte est téléchargeable ici.

N’hésitez pas à faire part de vos commentaires!

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Autor: Marie-Charlotte Henrion

Gates et l’Europe : Le coup de pied de l’âne

Mercredi, 15. juin 2011 14:43

Ce post a été écrit par Uncertain, pseudonyme d’un officier français en poste à l’OTAN. Ce texte ne reflète que les opinions de son auteur.

Le 10 juin 2011 à Bruxelles, Robert Gates a achevé une tournée internationale de 11 jours en prononçant son dernier discours politique en tant que Secrétaire à la Défense des Etats-Unis.

Ce fut une nouvelle charge contre les politiques de défense de certains pays européens – fondée sur des affirmations discutables, voire erronées – qui, au final, se révèle être un véritable coup de pied de l’âne.

Cette réponse est organisée par thèmes et s’appuie sur des extraits de l’allocution de M. Gates.

Du chacun pour soi en Afghanistan

Gates souligne d’abord que les effectifs non-européens déployés en Afghanistan ont doublé en quatre ans, et rappelle l’adaptation des forces terrestres à la guérilla alors qu’elle n’était pas dans leurs us et coutumes. L’effort est donc certain. Il est néanmoins dommage que le Secrétaire à la Défense revienne dessus par la suite, en affirmant

“…we cannot afford to have some troop contributing nations to pull out their forces on their own timeline in a way that undermines the mission and increases risks to other allies. The way ahead in Afghanistan is “in together, out together.”

Cette assertion ne manque pas de sel si on se rappelle l’unilatéralisme qui a caractérisé le récent surge ! Un départ coordonné est souhaitable. Mais en fin connaisseur du monde politique, M. Gates devrait savoir que les calendriers politiques des Etats membres primeront toujours. A ce titre, il est probable que la présidentielle de 2012 aux Etats-Unis sera une donnée d’entrée forte dans tout calendrier de départ. On se retirera, très certainement « together », mais en suivant un calendrier américain.

Une défense efficace nécessiterait au moins 2% du PIB ?

Gates rappelle ensuite que les dépenses militaires américaines représentaient 50% des dépenses de l’OTAN pendant la guerre froide, et en représentent plus de 75% maintenant.

Je propose une autre lecture des chiffres. Après la guerre froide, les Européens ont adapté leur budget de défense à la menace, aux alentours de 2% du PIB. Pour diverses raisons, les Etats-Unis ont choisi d’y consacrer environ 4% du PIB. S’ils avaient ramené leur budget de la défense au seuil de 2%, soit une diminution de 50%, la répartition serait alors de 75/2=37,5 pour les Etats-Unis et toujours de 25 pour les Européens, soit un rapport final US/Europe de 60/40 (=37,5/25). Nous nous rapprochons davantage des comparaisons en termes de PIB ou de population.

En plus de propos assez naïfs sur le manque de coordination des efforts de défense européens (l’Europe n’est pas fédérale et ses Etats membres restent jaloux de leurs prérogatives, quelle nouvelle !), R. Gates se plaint de la chute de 15% des budgets européens depuis le 11 septembre 2001. Un outil de défense doit être adapté à la menace. Le 11 septembre 2001 a porté le terrorisme sur le devant de la scène et, dans le même temps, le risque de conflit symétrique de haute intensité a diminué. La lutte anti-terroriste s’appuie plus sur des moyens policiers, du renseignement humain et des forces de présence, que sur des matériels coûteux et nombreux. Une diminution de 15%, sur 10 ans, des dépenses de défense est donc justifiable.

Comme R. Gates le constate – et le craint – les budgets de défense européens pourraient encore diminuer. Malgré l’injonction des Etats-Unis, nos Etats devront en effet réduire leur déficit budgétaire, creusé par des aides publiques au secteur bancaire mis en péril par une crise financière venant des… Etats-Unis!

La boucle est bouclée (et les ceintures serrées).

La Libye, ultime démonstration de la dépendance militaire de l’Europe ?

S’appuyer sur l’opération Unified Protector pour demander une augmentation des budgets de défense relève de la malhonnêteté intellectuelle. R. Gates affirme d’abord qu’il s’agit de :

“A mission with widespread political support;

A mission that does not involve ground troops under fire;

And indeed, is a mission in Europe’s neighborhood deemed to be in Europe’s vital interest.”

Les trois points censés appuyer le réquisitoire sont contestables.

  1. Il n’y a pas de soutien politique général, la Chine, la Russie, l’OUA, la Turquie et la plupart des pays arabes ne nous soutiennent pas ;
  2. Il y a des troupes au sol, ce sont les insurgés ;
  3. La Libye est proche de nos côtes, certes, mais cette action militaire n’était pas d’un intérêt vital pour nous : Khadafi n’était plus le chien fou des relations internationales, il commerçait avec l’Europe, vendait son pétrole, n’aidait plus les terroristes et son régime ne soutenait pas l’islamisme ; il laissait cela au royaume saoudien, lui même grand allié des… Etats-Unis!

“NATO’s serious capability gaps and other institutional shortcomings laid bare by the Libya operation”

Il n’est pas honnête de reprocher à l’OTAN des défauts capacitaires ou des failles institutionnelles pour Unified Protector. Puisque cette opération n’entre pas dans le cadre de la défense collective, il n’y a pas automaticité dans l’engagement des membres de l’Alliance. Ceux-ci sont libres de participer ou non à une opération de soutien d’une décision des Nations Unies. L’OTAN a fonctionné, il est seulement regrettable que tous ne se soient engagés.

La mission principale de l’OTAN consiste à défendre les territoires et populations de ses membres, non à lancer des opérations aériennes hors zone, sous faible préavis. Il est normal que, dans un tel contexte, des difficultés surgissent, des capacités manquent et qu’il faille développer et dérouler un plan d’action non préparé à l’avance. On aurait d’ailleurs reproché à l’OTAN un tel plan, s’il avait existé.

R. Gates prend pour exemple l’Air Operations Center, prévu pour gérer plus de 300 sorties par jour, et n’en gérant que 150. Le fait qu’un AOC ne « tourne pas à plein régime » n’est pas en soi un aveu d’échec : peut-être n’y a-t-il pas suffisamment de missions à réaliser. Même si la vraie raison est, probablement, le manque de vecteurs, ce n’est pas pénalisant. Comme bien d’autres opérations aériennes, celle-ci s’inscrit dans la durée ; que l’on se souvienne du Kosovo ou de la guerre du Koweït. Néanmoins, ses résultats sont tangibles : chaque jour amène plus de défections dans le clan de Khadafi.

Les bons points que décerne Gates à certaines nations pour leurs contributions s’appuient, certes, sur des éléments factuels. Mais le Secrétaire sortant oublie de préciser que l’action en Libye se réalise en dehors du cadre de la défense commune. Tout Etat soucieux de s’engager fera obligatoirement mieux que celui qui choisira de s’abstenir d’intervenir.

Sur le plan du manque de munitions et le recours aux Etats-Unis, un rappel s’impose. Les stocks de munitions sont ce qu’ils sont. Après 11 semaines, il est normal de demander à un allié qui n’est pas fortement engagé de céder des munitions. Cela s’est déjà fait par le passé (Etats-Unis à Israël lors de la guerre de Kippour, ou à la France au Kosovo). Si elles ne sont pas données (cas de Kippour), elles sont ensuite rachetées par le demandeur.

Si ce procédé d’entraide classique pose problème aux Etats-Unis, qu’ils le disent et les autres membres de l’Alliance sauront à quoi s’en tenir et augmenteront leurs stocks.

Enfin, aucune explication ou justification n’est donnée sur le retrait des moyens offensifs américains. Le maintien d’une contribution offensive aurait été la bienvenue, dissipant le sentiment de malaise et d’abandon ressenti par les Européens alors qu’ils sont en conflit avec un régime qui a accumulé un lourd passif à l’encontre des Etats-Unis. Y aurait-il une volonté de nous laisser tomber au milieu du gué pour mieux souligner nos faiblesses ?

L’Europe entraînerait l’OTAN vers l’insignifiance militaire?

“…enjoy the benefits of NATO membership – be they security guarantees or headquarters billets – but don’t want to share the risks and the costs”

Deux jours avant cette diatribe, les membres de l’Alliance, en présence de M. Gates, ont approuvé une forte réduction des effectifs de la structure de commandement de l’OTAN.

Insinuer que les Européens sont à la recherche de postes tombe à plat. Prétendre que les européens veulent éviter de prendre des risques est scandaleux lorsque, dans le même discours, on mentionne les 850 non-Américains tombés en opérations.

Les Etats-Unis doivent-ils délaisser une Europe ingrate ?

“…the American taxpayer continues to carry most of the burden in the Alliance”

Le risque de découplage entre l’Europe et les Etats-Unis est une vieille rengaine. L’effet de répétition finit par le rendre pathétique.

L’OTAN est une alliance politico-militaire d’Etats partageant un marché, une civilisation et des intérêts communs. Les Etats-Unis en sont le « leader » naturel. Ils ont tout intérêt à conserver des relations avec l’Europe au travers de l’OTAN. L’Alliance sert de caisse de résonance à la suprématie des Etats-Unis. Au travers des standards et normes, elle conforte les produits issus de l’industrie de défense américaine, au détriment des compagnies européennes.

L’OTAN est pour eux un excellent outil diplomatique, militaire et économique. En son temps, l’URSS fit de même avec le pacte de Varsovie/COMECON et le Japon impérial le tenta, avec la sphère de coprospérité.

Le coup de pied de l’âne

Arrangements avec la réalité de l’OTAN, contrevérités et présentation partielle des faits se sont accumulés dans ces « Réflexions sur le futur et le statut de l’Alliance Transatlantique », dernière charge de Robert Gates contre les pays européens membres de l’OTAN.

Avec ce discours-réquisitoire appuyé sur l’exemple libyen, R. Gates demande aux Européens d’allouer davantage de crédits à la défense afin de disposer de meilleures capacités de projection.

Mais pour quoi faire ? Soyons clair : ces capacités, bien que souhaitables, ne sont pas demandées par l’OTAN au titre de sa mission principale, à savoir la défense des territoires et populations des pays membres.

Par ce biais, les Etats-Unis chercheraient-ils à avoir davantage d’alliés ou de supplétifs pour leurs opérations hors zone OTAN ?

“True friends occasionally must speak bluntly with one another.”

Robert Gates s’en va, je ne le regretterai pas.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Autor: Invité

Fin de partie en Afghanistan ?

Jeudi, 9. juin 2011 8:26

Le Centre des études de sécurité organise son prochain séminaire-sandwich autour de Gilles Dorronsoro le jeudi 16 juin à 12h30 dans les locaux de l’Ifri.

La Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) en Afghanistan peine à affaiblir l’insurrection menée par les Talibans et autres factions. L’insurrection s’intensifie malgré la neutralisation ciblée de nombreux leaders insurgés. Le président Obama a annoncé un retrait d’ici à 2014, mais toute une série de facteurs (corruption, manque de confiance mutuel entre autorités afghanes et forces de la coalition et les nombreux accrochages entre ces dernières et la population civile afghane) contribuent à la remise en question de la présence de l’ISAF. Face à ce constat, on peut s’interroger sur la direction que prendra l’insurrection dans l’immédiat après-ben Laden. Comment faciliter le transfert de responsabilités et de compétences vers les forces de police et de sécurité afghanes ? Quels scénarios peut-on bâtir concernant le retrait à venir ?

Gilles Dorronsoro est chercheur invité au Carnegie Endowment for International Peace dans le cadre du Programme Asie du sud. Il a par le passé enseigné à l’Institut d’études politiques de Rennes et à la Sorbonne. Editeur du European Journal of Turkish Studies et du South Asian Multidisciplinary Academic Journal,  il a publié en 2005 Revolution Unending : Afghanistan, 1979 to the Present (Columbia University Press).

Pour vous inscrire, vous pouvez contacter Romain Bartolo à l’adresse strategie2@ifri.org ou au 01 40 61 60 24.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Autor: Ultima Ratio

Oussama Ben Laden, joueur généreux

Jeudi, 19. mai 2011 7:00

Dans une célèbre nouvelle du Spleen de Paris intitulée ‘Le joueur généreux’, Charles Baudelaire nous dévoilait que « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Cet aphorisme (que les cinéphiles reconnaîtront sûrement) pourrait s’appliquer, mutatis mutandis, à feu le dirigeant d’Al Qaïda dont la disparition pourrait se révéler plus dangereuse pour ses ennemis que ne l’avaient été ses dernières années de vie.

Si tous les experts du terrorisme s’accordent pour dire que l’impact opérationnel de cette disparition ne signifie pas la fin de la menace, il importe désormais de se poser la question de ses conséquences politico-stratégiques, notamment sur le front historiquement lié à la lutte contre Al-Qaïda, à savoir l’Afghanistan, et de son paradigme opérationnel dominant, la contre-insurrection.

Il faut tout d’abord rappeler que l’intervention occidentale dans le pays est fondée sur la Résolution 1333 du Conseil de sécurité, datant de 2000 mais réitérée le 18 septembre 2001, exigeant instamment l’extradition d’Oussama Ben Laden vers un pays à même de le juger pour les attentats dont ils s’était déjà rendu coupable – à l’époque ceux de Nairobi et de Dar es-Salaam. Le sheikh et son organisation sont donc bien à l’origine directe de la décennie d’interventions qui a suivi – ou tout du moins de la rhétorique les justifiant si l’on considère le cas irakien.

La problématique de la contre-insurrection n’est apparue  que plus tardivement, face à l’incapacité des Etats-Unis à gérer l’instabilité engendrée par ses interventions, en Irak dès 2004, puis en Afghanistan à partir de 2006. Le demi-succès irakien du général Petraeus et la consécration du terme dans les milieux militaro-académiques ont permis de sauver la mise à une diplomatie transformationnelle en voie d’enlisement. Dans l’esprit de certains, la contre-insurrection permettait ainsi de pérenniser le nouvel interventionnisme dicté par la Guerre contre la Terreur.

Or, depuis lors, la mécanique contre-insurrectionnelle semble s’être détraquée en Afghanistan, en mettant en évidence plusieurs limites :

Limites stratégiques : le retournement des populations réclamé par les COINdinistas apparaît moins aisé que le suppose la doctrine Hearts & Minds,  particulièrement difficile à appliquer en l’absence de cultural awareness et face à un adversaire aguerri et une population traditionnellement hostile aux étrangers – notons au passage que cette approche populo-centrique n’est qu’une des options de la contre-insurrection historique.

Limites politiques : alors que le FM 3.24 estime qu’un ratio de 20 à 25 « contre-insurgés » pour 1000 habitants est nécessaire pour mener une campagne efficace, il  exigerait, si on le rapporte à la population afghane, une force de 580 000 à 725 000 soldats, des chiffres quelque peu exubérants si l’on considère que la guerre coûte déjà 10 milliards de dollars par mois avec 132 000 hommes (90 000 seulement étant américains). Autant dire que cette économie de guerre ne semble plus tenable dans un contexte de guerre limitée – la menace semble s’estomper pour les Etats-Unis – et de crise budgétaire sans précédent.

Cette dynamique grippée explique dans une certaine mesure le retour à l’antiterrorisme prôné par beaucoup dans l’administration Obama, au premier rang desquels le Vice-Président Joe Biden, comme l’explique Bob Woodward dans son dernier livre. Une partie de la « communauté de la contre-insurrection », parmi laquelle Andrew Exxum, célèbre auteur du blog Abu Muqawama,  s’est lui-même détaché du paradigme COIN en faveur d’une sorte de « counterterrorism plus » dans un document du Center for New American Security. Cette option, plutôt optimiste, consisterait à maintenir le statu quo en opérant une rétraction du dispositif allié autour d’un Afghanistan utile, de forces spéciales et d’un appui aérien renforcé. Le raid contre le chef d’Al Qaïda le démontre bien : plus spectaculaire et moins cher, l’antiterrorisme est infiniment mieux adapté aux exigeants caprices de la vie politique moderne que la contre-insurrection, longue, dépensière et à l’issue incertaine.

La tentation est donc aujourd’hui plus forte que jamais pour les Américains d’appliquer le fameux declare victory and leave, déjà employé en d’autres circonstances au Vietnam. De fait, à en juger par les réactions de joie dans les rues des grandes villes américaines à l’annonce de la nouvelle, la mort d’Oussama Ben Laden apparaît à la société américaine comme une victoire stratégique dans la guerre contre le terrorisme. Dès lors, chaque nouveau soldat mort au combat en Afghanistan sera de plus en plus problématique à justifier et viendra troubler le soutien aux opérations – Obama a dit de l’Afghanistan qu’il était « une guerre de nécessité », et Dieu sait que l’Amérique n’aime pas les « guerres de choix ». Tout semble donc indiquer que la mort de Ben Laden vient ici porter le coup de grâce à la contre-insurrection en Afghanistan.

C’est ici que le raisonnement purement politique de la Maison Blanche trouve ses limites car les causes profondes qui ont permis à Ben Laden de perpétrer ses attentats sont, quant à elles, loin d’être éradiquées. Le potentiel militaire des Taliban est intact alors que les insurgés amorcent en grande pompe leur offensive de printemps, s’emparant le 5 mai dernier de la province du Nouristan, dans un assaut n’ayant trouvé aucune résistance de taille. Par ailleurs, leur solidarité avec la cause du jihad international reste sans faille comme le montre l’attentat de « représailles » perpétré par les Taliban ce vendredi. Enfin, le jeu plus que trouble du Pakistan dans la protection d’Al Qaïda et des Taliban laisse évidemment planer l’hypothèse d’un accord, livrant Ben Laden à la roche Tarpéienne en échange d’un retour des Taliban dans le pays. A bien y regarder, la mort d’Oussama Ben Laden est peut-être, effectivement, le meilleur piège tendu à l’Occident depuis le 11 septembre.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Autor: Elie Tenenbaum