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Articles du mars, 2012

Cyberattaque et cyberdéfense: analogies avec la guerre moderne

Mercredi, 28. mars 2012 9:00

Je viens de terminer la lecture d’un ouvrage passionnant : Cyberattaque et cyberdéfense, écrit par Daniel Ventre, éminent spécialiste français dans ce domaine. Le livre est articulé en 5 chapitres traitant successivement de la cyberguerre, la cyberattaque, la cyberdéfense, la géopolitique et les relations internationales pour terminer par les perspectives militaires. Dans ce livre très bien référencé et documenté, l’auteur étaye son raisonnement par de nombreux exemples. Il permet de comprendre l’interaction du cyberconflit et de la guerre moderne, mais aussi certaines des nouvelles règles qui en découlent.

La dernière partie est sans doute la plus intéressante si on aborde le sujet sous un angle stratégique :

  • L’auteur compare ainsi le cyberespace avec la stratégie maritime : ces deux milieux isotropes permettent une grande liberté de manœuvre de par leur immensité et leur aspect contraignant. Ils sont tous deux un domaine international ouvert au commerce, dans lequel on peut trouver des pirates, des corsaires… Les attaques qui y sont menées ne sont pas immédiatement détectées. C’est vrai pour les cyberattaques, mais aussi pour le milieu sous-marin; comme dans le cas du submersible nord-coréen intercepté en 1998 et dont l’analyse des journaux de bord révéla qu’il s’était à de nombreuses reprises introduit dans les eaux sud-coréennes. Autre analogie, entre les cyberattaques et les sous-marins allemands qui, durant la Première Guerre mondiale, visaient des cibles économiques: les deux moyens réclament une vraie maîtrise technique pour une mise en œuvre efficace, mais ne sont pas décisifs pour l’issue de la guerre.
  • Comme pour la puissance aérienne, l’arrivée du cyber constitue une véritable révolution pour la conduite des opérations dans un nouveau champ de bataille et d’affrontements. Ils permettent de frapper l’ennemi en profondeur – néanmoins, les bombardements comme les cyberattaques ne peuvent à aux seuls venir à bout de l’ennemi et suffire à la victoire.
  • Daniel Ventre estime que, en référence à Clausewitz, la cyberguerre s’inscrit dans la filiation naturelle de la théorie de la guerre : « la fin de la guerre consiste à soumettre l’ennemi à notre volonté par la force ». Si la nature de la guerre est immuable, au brouillard qu’était censée lever la dimension cybernétique, un nouveau brouillard virtuel est venu s’ajouter.
  • Par analogie avec le traité de Sun Tzu, l’auteur étudie enfin méthodiquement les différents stratagèmes en les adaptant au milieu cyber. L’une des difficultés en cyberdéfense est la multitude des objets attaquables, donc à défendre. Le défenseur divise donc ses forces, une faille sur laquelle peut jouer l’agresseur. Un autre paragraphe détaille la tactique du pot de miel qui, adaptée au cyber, vise à attirer l’ennemi dans un piège en faisant miroiter un avantage.

Au final cette analyse inédite permet de se replonger dans la réflexion stratégique en l’abordant sous un angle novateur plus qu’intéressant.
Bonne lecture !

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Danjean: une vision (UMP) pour le futur de la défense française, les vidéos

Mardi, 27. mars 2012 6:54

Dans le cadre du cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) organisaient un séminaire-sandwich, le 22 mars 2012. Notre invité était Arnaud Danjean, expert de l’UMP, député européen et président de la sous-commission sécurité et défense (SEDE) du Parlement européen. Son intervention est le fruit d’une vision personnelle, elle n’engage pas son parti.

Après une analyse des évènements de Toulouse et du coup d’État au Mali (cinq premières minutes), rappelant le problème de la mise en œuvre de la stratégie européenne au Sahel et surtout de la mise en œuvre du volet sécuritaire, il souligne notamment l’importance des enjeux de sécurité (9ème min) pour la présidentielle, notamment au vu du sommet de l’Otan. Pour lui, il ne faut pas parler de « rééquilibrage » entre OTAN et l’UE (minutes 12, puis 28/36) : le retour au sein de l’OTAN n’a pas eu pour conséquence un abandon de la défense européenne ; le danger, si on parle de complémentarité UE/OTAN revient à ce que l’UE abandonne le militaire et soit déclassée stratégiquement. Une autre question qui se pose est celle du maintien souhaitable du budget de la défense (d’ailleurs soutenu par sa famille politique, min 13), « il faut digérer les réformes ». Les menaces sont certes le terrorisme, mais aussi et surtout les « crises régionales très classiques » (min 18) « qui réclament des moyens d’intervention classiques » (exemple libyen). D’autant qu’il faut désormais prendre en compte le retrait américain (min 19): il s’agit là d’un mouvement de réorientation stratégique majeur qui exige un engagement plus fort des européens pour assurer leur propre défense (min 22). Pouvons-nous, voulons-nous encore intervenir avec et sans les Américains (min 24)? Danjean se positionne en faveur de l’Europe de la Défense mais s’interroge: les Européens veulent-ils d’une Europe de la Défense et la France peut-elle la construire seule (min 25)? Il rappelle le rôle que joue la France en faveur de cette défense européenne, y compris dans le soutien à l’agence européenne de défense (AED, min 30), et le débat sur l’OHQ.
Voici la vidéo :

Une vision (UMP) pour le futur de la Défense… par Ifri-podcast

Le séminaire était suivi d’une discussion avec Étienne de Durand, directeur du CES et Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. Camille Grand met en avant plusieurs interrogations sur les menaces: que penser des hypothèse selon certains que le terrorisme n’est plus la menace ou que l’on sort de la décennie des interventions et que l’on n’en fera plus (minute 0, réponse à minute 9, où AD insiste sur les risques de « coagulation [des menaces] à nos portes »). Or ces crises s’imposent à nous, ce ne sont pas des choix (sauf l’Irak). L’OTAN et le sommet de Chicago (retrait d’Afghanistan, smart defense et bouclier anti-missile) inquiète Camille Grand (réponse d’AD min 17, sur les ravitailleurs entre AED et OTAN, min 22). Camille Grand interroge également les évolutions de la défense européenne (réponse d’AD min 23, insistant sur le capacitaire et non l’opérationnel comme central pour la défense européenne aujourd’hui). Etienne de Durand revient sur les questions de budget, « maintien » certes mais à quel niveau, pour quel niveau d’ambition, quel format d’armée et avec quelles réponses face aux trous capacitaires (min 30) ? Arnaud Danjean (min 35) insiste sur les efforts faits par les forces armées françaises et l’impossibilité d’imposer « une nouvelles saignée », il souligne l’importance de la polyvalence de ces forces (min 39) et discute le rôle de l’Union européenne.
Voici la vidéo :

En Débat – Une vision (UMP) pour le futur de la… par Ifri-podcast

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Sur la piste du terrorisme islamique

Dimanche, 25. mars 2012 21:25

Le 27 mars, France 5 diffusera en première partie de soirée un documentaire intitulé « Sur la piste du terrorisme islamique ».

Deux bonnes raisons de regarder ce documentaire:

- Son auteur n’est autre que Patrick Barbéris qui a notamment réalisé l’excellent « La guerre en face ».

- Un contributeur à Ultima Ratio y fera une brève apparition.

Pour vous mettre dans l’ambiance, vous pouvez lire une interview de Patrick Barbéris sur le site de France 5 et regarder un extrait de « Sur la piste du terrorisme islamique » ci-dessous. Précision importante: les entretiens qui parsèment ce documentaire ont été réalisés plusieurs mois avant les événements de Toulouse et Montauban.

 


“Sur la piste du terrorisme islamique” : le loup… par telerama

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Infected… et MutH5N1

Jeudi, 22. mars 2012 8:39

La Commission européenne vient de publier une bande dessinée, Infected, de Jean David Morvan et Huang Jia Wei (Luxembourg, Publication Office of the European Union, 2011). La BD raconte l’histoire d’une pandémie qu’un homme arrivé du futur permet d’empêcher. Le graphisme est excellent, l’histoire un peu convenue : elle met en avant un trio de coordinateurs européen, américain et onusien sur la grippe/les pandémies/les affaires sanitaires qui rappelle le trio de coordinateurs qui avait joué un rôle important dans la gestion de la grippe aviaire à partir de 2003 (Alain Vandersmissen pour l’UE, John Lange pour les Etats-Unis, David Nabarro pour l’ONU). Une assistante chinoise tient le rôle principal : avec l’aide de l’homme venu du futur, elle sauve son boss atteint d’une maladie mortelle transmise par un singe, puis, comble du kitsch, une fois la maladie maîtrisée, embrasse l’homme du futur. Le livre se termine, outre le baiser, sur une présentation pédagogique de l’approche « Une santé » (One Health). Celle-ci doit permettre de lutter contre les maladies émergentes en liant santé humaine et animale, sans créer de nouvelles structures (grâce à un travail en réseau entre les structures existantes) et – nous promet la BD – sans nécessiter de financements supplémentaires. Sur ce sujet, je vous recommande d’ailleurs l’étude que j’ai réalisée il y a un an pour le programme santé et environnement de l’Ifri.

Outre qu’il est utile de communiquer sur l’approche Une Santé, encore fort peu connue, cette BD nous permet surtout de revenir sur un débat violent en cours au sein de la communauté scientifique travaillant sur la grippe. En 2011, deux équipes de chercheurs ont manipulé le virus H5N1 pour le rendre plus contagieux pour les furets. Pour rappel, H5N1 aurait un taux de mortalité (discuté) de 60%. On peut donc imaginer le risque pris si un tel virus était diffusé dans la nature (encore que les scientifiques discutent la portée de ce risque). Le National Science Advisory Board for Security (NSABS) américain a demandé d’expurger les publications que ces chercheurs voulaient diffuser dans Science et Nature. Le New York Times a publié un édito demandant la destruction de ces virus. Et la communauté scientifique s’est divisée. On trouve d’un côté les partisans d’une meilleure sécurité biologique (biosafety) contrôlant ce genre d’expérience, évitant de les mettre à disposition des biologistes amateurs ou Do It Yourself et les confinant à des laboratoires P4 (et non P3+ comme dans les deux expériences). De l’autre côté, on compte les partisans de la liberté de la recherche scientifique, convaincus que ces expériences contribuent à améliorer la santé publique. Ron Fouchier, le responsable de la première équipe, et ses collègues ont alors appelé à un moratoire de deux mois sur leurs recherches. Enfin, un colloque de l’OMS a quant à lui conclu que les recherches pouvaient être publiées de façon intégrale.

On note donc un véritable schisme au sein d’une communauté scientifique, autrefois unie dans la dénonciation du danger qu’ont constitué la grippe aviaire puis la grippe de 2009. Un des enjeux sous-jacent à cette crise provient de la mise en œuvre de l’accord d’avril 2011 obtenu par l’OMS sur la coopération entre pays développés et en développement pour faciliter les échanges de cellules souches : alors que longtemps le refus de l’Indonésie de partager les cellules souches de H5N1 compliquait la coopération internationale dans ce domaine, cet accord a permis de trouver un compromis et de relancer la coopération. Or si les Etats-Unis, et en l’occurrence le NSABS, peuvent décider façon unilatérale quelles connaissances scientifiques peuvent être diffusées, voire quelles recherches peuvent être conduites, et dans quelles conditions, cela peut avoir un impact sur l’accès à ces informations des scientifiques des pays en voie de développement voire leur capacité à conduire eux-mêmes de telles recherches (peu disposent d’un laboratoire P4) et donc risque de remettre en cause le bon fonctionnement de l’accord. Surtout, l’approche One Health de la Commission européenne souligne que le danger provient de l’interface entre homme, nature et animal, les maladies animales pouvant se transmettre à l’homme (zoonoses) dès lors que l’environnement est modifié. Or ce débat sur MutH5N1 souligne que ce danger peut, de fait, provenir des laboratoires et des scientifiques eux-mêmes, pourtant censés nous protéger. Cette « crise » permet de remettre en avant de la scène médiatique les questions grippales, après la controverse de la grippe 2009, mais elle le fait d’une façon bien moins consensuelle que la BD Infected : surtout elle témoigne des limites de l’approche en réseau quand il n’existe pas d’accord sur la stratégie à adopter pour gérer les maladies émergentes, donc les grippes mutantes.

Outre les sources en lien, je vous recommande l’article d’Hervé Ratel, « Fallait-il manipuler H5N1 ? », Sciences et Avenir, mars 2012, n° 781.

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L’appui-feu et la guerre moderne : entretien pour l’Alliance géostratégique

Lundi, 19. mars 2012 14:00

Cet entretien avec Florent de Saint-Victor est publié simultanément sur son blog Mars Attaque et sur le blog de l’Alliance géostratégique.

Fruit d’un lent et long mouvement historique et, bien qu’il soit source de nombreuses innovations, le « modèle afghan » de l’appui-feu représente-t-il toujours un optimum ?

Le « modèle afghan », selon l’expression que Stephen Biddle a employée (pour le critiquer) repose sur trois piliers : des forces locales aguerries, un appui aérien rapproché (Close Air Support ou CAS) mais délivré à distance de sécurité par l’aviation, et des forces spéciales qui assurent la coordination du tout. Préfiguré au Kosovo (1999), introduit lors d’Enduring Freedom (2001), ce schéma opérationnel a aussi été appliqué, peu ou prou, en Libye lors de l’opération Harmattan (2011). Les progrès considérables réalisés par le CAS depuis une décennie, tant en matière de procédures de contrôle que de technologie de guidage terminal, permettent au « modèle afghan » d’atteindre aujourd’hui une efficacité militaire et une efficience – au regard des moyens déployés – sans précédent. Mais son intérêt, il faut le souligner, est d’abord d’ordre politique : l’absence de troupes au sol nombreuses permet de minimiser les risques liés aux pertes, de réduire l’exposition médiatique et de maximiser la vitesse d’intervention. Par ailleurs, l’opération Iraqi Freedom (2003) a plus généralement démontré à quel point le CAS pouvait agir, de concert avec des forces terrestres plus conséquentes, comme un multiplicateur de forces et permettre un tempo opérationnel optimal.

Il faut cependant nuancer cette vision panégyrique. Dix années d’opérations extérieures ont montré que si le CAS était un outil admirable et indispensable, il ne permettait pas de se dispenser d’un appui-feu terrestre, notamment d’artillerie de campagne, en particulier dans la partie élevée du spectre de la conflictualité. L’expérience afghane a montré qu’une intervention initialement « désengagée » peut très vite muter vers un conflit dans lequel il est nécessaire de contrôler le terrain face à un adversaire à la fois évanescent et agressif. La persistance du canon, et sa capacité de frappe de saturation deviennent vite indispensables.

Enfin, il faut rappeler l’exceptionnalité des conflits récents au regard de l’histoire. Si l’on étudie, sur un plan prospectif, les caractéristiques d’une guerre majeure face à un adversaire, sinon symétrique, du moins doté de moyens de défense aérienne efficaces, il apparaît vite que la permanence CAS ne peut être tenue pour acquise. Comme la Seconde Guerre mondiale ou la guerre de Kippour l’ont démontrées, les missions de supériorité aérienne (SEAD notamment) et de frappes stratégiques sont des prérequis à l’appui aérien, et doivent avoir donc la priorité sur celui-ci. Des forces terrestres trop habituées au soutien de la « cavalerie de l’air » pourraient ainsi se retrouver fort dépourvues le jour où le ciel ne sera plus vide au-dessus d’elles.

L’appui-feu est par essence interarmées (air, terre, mer), la culture propre à chaque armée jouant néanmoins un rôle dans les choix et les habitudes. Aujourd’hui, quels sont les facteurs qui déterminent les équilibres entre ces composantes ?

Il en existe plusieurs. Toutes les armées du monde proclament aujourd’hui haut et fort la complémentarité des appuis et la fin des rivalités interarmées – portées à leur pinacle au lendemain de l’Opération Anaconda en mars 2002. Le concept fondamental dont est censé procéder la répartition des rôles est celui de l’effet. En fonction de l’effet souhaité par le commandant opérationnel, telle ou telle forme d’appui doit être favorisée. Ainsi, si l’on cherche à détruire un bunker enterré, une bombe perforante à guidage laser sera probablement la meilleure option, en revanche s’il s’agit de neutraliser une mitrailleuse protégée par des sacs de sable, un simple obus de mortier devrait pouvoir faire l’affaire. Ajoutons que si cette règle de l’effet s’applique en priorité à l’interarmées, elle doit aussi jouer au sein d’une même arme : ainsi, le type de munitions employées en CAS (bombe GPS, bombe laser, passe au canon, etc.) devrait être dictée là aussi par une culture de l’effet et non du « plus aisé » ou du « plus pressé » comme c’est encore souvent le cas.

La pratique est cependant assez différente de cet idéal-type, et ce, pour deux raisons. La première est la culture d’armes qui évolue moins vite que la doctrine : souvent les troupes au contact tendent à rechercher l’appui « le plus proche », non pas dans la réalité tactique, mais dans la culture opérationnelle : le mortier d’abord, puis l’artillerie, suivis de l’hélicoptère et enfin seulement de l’aviation à voilure fixe. Cette mentalité est en train d’évoluer mais reste présente comme réflexe opérationnel. La seconde limite à la philosophie de l’effet est la disponibilité des moyens : nous nous sommes habitués en Afghanistan à disposer des moyens américains, considérables, qui garantissent une « quasi-permanence à l’air », ainsi qu’à des stocks de munitions suffisants, et, dans le cas de la Kapisa, à une artillerie toujours à portée – les deux batteries de CAESAR couvrant toute la province. Il faut être conscient des spécificités de cette situation et savoir que sur d’autres théâtres, la gamme d’appuis à disposition pourrait être considérablement réduite.

En abordant cette question de l’appui-feu, difficile de ne pas traiter des questions des matériels : plate-formes et munitions. Pour répondre aux besoins d’application du feu quelles sont les pistes techniques et technologiques de demain ?

Pour l’aviation, la grande révolution à venir est d’ores et déjà fixée : les drones armés, voire les drones de combat (UCAV), aptes à assurer un appui aérien permanent au profit des forces. Cette fonctionnalité, lorsqu’elle verra le jour, permettra au CAS de pallier son principal défaut : le manque de persistance sur le théâtre. Avec une autonomie de plus de 24 heures, des troupes infiltrées pourraient ainsi nomadiser pendant plusieurs jours en conservant toujours cet « ange-gardien » mécanique au-dessus de leurs têtes. Cela dit, des problèmes persistent : la vitesse du drone et sa vulnérabilité à l’égard des défenses sol-air (MANPADs notamment), un choix et une charge d’armement encore limités (à quoi sert une si longue autonomie s’il ne peut tirer que deux missiles ?), et, enfin, l’extrême rareté des flottes actuelles du fait du coût encore prohibitif des appareils.

En attendant l’arrivée de ces futurs « anges-gardiens », la question du CAS reste en suspens : non contente de ne pas assurer le remplacement de l’A-10 (le seul appareil de CAS des flottes occidentales), l’US Air Force vient de diviser son parc par deux dans le cadre des récentes réductions budgétaires. Certains se tournent dès lors vers des solutions low cost de type avion de contre-guérilla (c’est le sens du programme LAAR de l’USAF) qui consisterait à disposer d’appareils faiblement motorisés mais à même d’assurer les missions d’appui-feu en contre-insurrection. Cependant, il n’est pas certain que son intégration à la connectique moderne (C4ISTAR) n’annule pas vite l’avantage économique dont il est la raison.

Pour ce qui est de l’artillerie, les choses sont plus complexes : la frappe en profondeur, via le LRU (70 km de portée), a largement concentré les efforts en R&D, délaissant ainsi un peu plus la problématique de l’appui direct aux forces. Et pour cause, la mobilité du feu a parfois primé sur la mobilité des canons eux-mêmes. Si les systèmes d’armes d’artillerie (CAESAR, Archer) sont relativement mobiles et autonomes, ils ne sont ni aérotransportables ni tout-terrain. L’expérience afghane a montré que l’artillerie légère de type 105mm, démontable et transportable, à dos d’homme s’il le faut, n’était pas nécessairement une technologie vétuste – le bilan du L118 Light Gun britannique en est un bon exemple. Enfin, il est clair que l’avancée technologique majeure à venir – et, à vrai dire, déjà largement déclenchée – pour l’artillerie est celle de la précision. Dans le contexte politique et médiatique des conflits contemporains les dommages collatéraux sont devenus un poids considérable sur les appareils opérationnels, et l’appui-feu terrestre ne peut que difficilement être employé en contexte urbain – ce fut le cas lors de la seconde bataille de Falloujah (2004) mais parce que la ville avait été préalablement vidée de sa population. La précision pourrait donc être un véritable « game changer » pour l’artillerie. Cependant elle se heurte actuellement à des coûts prohibitifs, comme ce fut d’ailleurs le cas pour l’aviation dans les années 1980 et 1990 avant que les PGM [Precision Guided Munitions] ne voient leur prix se réduire. Aujourd’hui un obus Excalibur coûte près de 10 fois plus qu’une JDAM à guidage GPS. A ce prix-là, le « tout-précision » ne pourrait se faire qu’à la condition d’une réduction considérable des stocks, et donc de la perte partielle du principal atout de l’artillerie, c’est-à-dire la capacité d’appliquer un volume de feu massif dans la durée.

Enfin, pour ne pas oublier l’anniversaire des 70 ans de la création de l’arme des Transmissions, quelle est l’importance dans l’appui-feu des transmissions (et peut-être plus globalement du C2) ?

Les transmissions sont naturellement un maillon indispensable de la chaîne d’appui, ce sont elles qui ont permis l’émergence du tir indirect au début du XXe siècle et le découplage entre batterie et observateur. Aujourd’hui, pratiquement tout tir d’appui utilise des coordonnées satellites transmises au centre de direction des tirs automatisé. Mais la sphère informationnelle dépasse le simple domaine de l’acquisition des cibles. Ce savoir est donc primordial, mais il doit aussi se démocratiser au sein des armées pour répondre aux besoins de décentralisation des demandes d’appui. Alors que le groupe de combat est bien souvent l’unité au contact, l’arme des transmissions ne peut pas toujours assurer la présence d’un opérateur pleinement formé aux procédures et aux technologies de contrôle. A travers la déconstruction du contrôle terminal – possibilité pour de nouveaux observateurs de guider des tirs en interarmées – c’est aussi la fonction de transmetteur qui évolue. Celle-ci joue très certainement son rôle le plus central dans une autre tâche de prime importance : la déconfliction 3D, tâche ardue qui consiste à éviter la collision entre vecteurs, ou entre vecteurs et projectiles opérant simultanément dans l’espace de bataille. En effet, dans une opération complexe l’ensemble des moyens d’appui peuvent se combiner (mortier, artillerie, hélicoptères, aviation) en une même action. La déconfliction est alors un enjeu vital et, à terme, ne pourra être assurée que grâce à des transmetteurs aiguisés, capables de maîtriser une gestion dynamique de l’espace de bataille.

 

Pour des développements (encore) plus longs sur l’appui-feu, son évolution, sa place dans la guerre moderne et ses défis, je vous renvoie à mon récent Focus stratégique: « Entre ciel et terre. Le débat air-sol et les défis de l’appui-feu« 

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Intifada française ? Une mouvance pro-palestinienne très hétéroclite…

Vendredi, 16. mars 2012 9:30

De nouveaux heurts ont éclaté entre Israéliens et Palestiniens, malgré l’annonce d’une trêve en début de semaine. Si la situation à Gaza et dans le sud d’Israël venait à s’embraser, le spectre des manifestations violentes qui avaient eu lieu à Paris au moment de la guerre de 2008-2009 réapparaîtrait. Ces manifestations dites « unitaires » rassemblaient des mouvements extrêmement variés, de l’extrême-gauche aux groupuscules islamistes. Certains observateurs n’avaient pas manqué d’y voir les prolégomènes de l’avènement de l’ « islamo-gauchisme » . Les choses sont en réalité plus nuancées. S’il était effectivement possible, en parcourant ces défilés, de voir des organisations aussi diverses que la Confédération Nationale du Travail, le Nouveau Parti Anticapitaliste, le Parti de Gauche, l’Union des Organisations Islamiques de France, le Centre Zahra ou le collectif Cheikh Yassine, les leaders de ces mouvements ne marchaient pas pour autant bras dessus, bras dessous.

Pour utiliser une comparaison qui peut paraître surprenante et qui a bien sûr des limites, la « géographie humaine de la manifestation » ressemble à ce qui peut être observé dans un stade de football : les personnes qui s’y rendent ont un objectif commun – la défense d’une équipe pour les amateurs de football, la défense d’une cause dans le cas des manifestants – mais au-delà de cet objectif, les différences sont nombreuses. Ce n’est pas parce qu’un homme politique, un chef d’entreprise, un ouvrier et un hooligan se trouvent dans un stade donné au même moment qu’ils sont nécessairement assis côte et côte et qu’ils partagent les mêmes idées. La géographie du stade est clairement définie et pensée au préalable par les architectes – pour simplifier, l’homme politique ira dans la tribune « présidentielle », le chef d’entreprise dans les « loges », l’ouvrier dans les « tribunes populaires » et le hooligan dans le « quart de virage » réservé aux « ultras » –, ce qui n’est pas le cas pour un rassemblement humain mouvant et informel comme une manifestation. Néanmoins, une manifestation suppose un minimum d’organisation et une certaine répartition de l’espace – plus ou moins décidée à l’avance entre les organisateurs.

Le premier défilé conséquent mis sur pied pour protester contre l’opération israélienne à Gaza a eu lieu le 30 décembre 2008 depuis le boulevard du Montparnasse jusqu’au ministère des Affaires étrangères. Le cortège semblait divisé en quatre blocs. En tête se trouvaient les associations pro-palestiniennes consensuelles. On pouvait notamment apercevoir dans ce groupe un grand drapeau de l’Association France Palestine Solidarité et un portrait de Yasser Arafat. Le deuxième bloc était constitué d’environ deux cents à trois cents hommes, portant des panneaux en arabe et scandant des slogans dans cette langue. Certains de ces hommes étaient vêtus des habits traditionnels des musulmans orthodoxes. Ce bloc était le plus restreint mais le plus bruyant et le plus virulent. Une pancarte portait la mention : « La victoire ou le martyre » et les manifestants hurlaient sporadiquement, en arabe : « Allah Akbar« , « Birouh, bidam, nafdiki ya Ghaza » (« Nous sacrifierons notre âme et notre sang pour toi Gaza »), « Khaybar khaybar ya yahoud, djaychou Mohamed sayaoud » (« Juifs, rappelez vous de Khaybar car l’armée de Mohamed va revenir »). Ce dernier slogan – employé également lors des rassemblements de soutien aux Palestiniens organisés dans les pays du Maghreb  – fait référence à une bataille qui se déroula en 628 et se traduisit par la victoire de Mahomet et de ses hommes sur les Juifs habitant l’oasis de Khaybar. Le troisième bloc de la manifestation – très imposant – était composé de militants d’extrême-gauche. Des dizaines de drapeaux du PCF, de la CGT et de la LCR étaient visibles dans cette section du défilé. Enfin, en queue de cortège se trouvaient les militants et sympathisants de la Coordination des appels pour une paix juste au Proche Orient (CAPJPO), une organisation critiquée au sein même de la mouvance pro-palestinienne en raison notamment de ses liens passés avec Dieudonné.

Ces groupes entretiennent des relations parfois tendues. Certains soutiennent le Hamas et le recours à la violence, d’autres pas. Certains sont favorables au retour des réfugiés palestiniens sur tout le territoire de la Palestine mandataire, d’autres estiment que défendre cette position revient à faire capoter toute négociation israélo-palestinienne. Certains pensent qu’il ne doit pas y avoir de prières publiques pendant les manifestations, d’autres affirment qu’une telle pratique ne pose pas problème. Bref, les antagonismes sont nombreux et considérer la mouvance pro-palestinienne comme un bloc monolithique revient à commettre une vraie erreur de jugement.

PS: Qu’il me soit permis de profiter de ce billet pour faire un peu d’autopromotion éhontée! Mon livre Intifada française ? De l’importation du conflit israélo-palestinien (Ellipses, 2012) sera disponible en librairie à la mi-avril. Les journalistes qui souhaitent obtenir un exemplaire en service de presse peuvent contacter l’éditeur à l’adresse suivante : presse@editions-ellipses.fr

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Prochain séminaire-sandwich: « Une vision (UMP) pour le futur de la Défense française »

Jeudi, 15. mars 2012 8:59

Dans le cadre du cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui aura lieu le 22 mars 2012, de 12 à 14h.

Le séminaire se tiendra autour d’Arnaud Danjean, expert de l’UMP, député européen et président de la sous-commission sécurité et défense (SEDE) du Parlement européen.

Le séminaire sera suivi d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES, Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.

Contact: Alexandra Vickery, strategie@ifri.org, 01 40 61 60 29

Les inscriptions pour cet évènement sont closes.

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Dancing with the Bear: Managing Escalation in a Conflict with Russia

Mardi, 13. mars 2012 8:41

Le Centre des études de sécurité de l’IFRI a récemment publié le numéro 40 de la série Proliferation Papers intitulé :

Dancing with the Bear: Managing Escalatation in a Conflict with Russia

L’auteur, Forrest E. Morgan, est expert en science politique à la RAND Corporation et professeur associé à la University of Pittsburgh Graduate School of Public and International Affairs. Avant de rejoindre la RAND en 2003, il a servi 27 ans dans la U.S. Air Force.

Il est l’auteur, parmi de nombreuses autres publications, de Deterrence and First-Strike Stability in Space: A Preliminary Assessment (RAND, 2010).

Résumé de l’article :

« Escalation”, the tendency of belligerents to increase the force or breadth of their attacks to gain advantage or avoid defeat, is not a new phenomenon. Systematic thought about how to manage it, however, did not crystallize until the Cold War and the invention of nuclear weapons. Given the limitations identified in these Cold War approaches to escalation and the profound changes that have affected the strategic environment, a new framework for thinking and managing escalation against nuclear adversaries is needed. It should lead to a deeper understanding of the phenomenon of escalation: its dynamics, forms, and the motives that drive it. This paper attempts to fill a gap in the current strategic literature, and explores the challenges that NATO would face in managing escalation in a military conflict with a major nuclear power such as the Russian Federation. Escalation management is about keeping wars limited. In a war against Russia, Western leaders would need to weigh their interests in the issue at stake and adjust their war aims and efforts accordingly. They could secure success only if it is defined and pursued in ways that ultimately allow for compromise and do not threaten the survival of the Russian state or its leaders.

Table des matières :

Introduction

Escalation Management during the Cold War

A New Approach to Escalation Management

Managing Escalation Risks in a Conflict with the Russian Federation

Conclusion

Le papier peut être téléchargé ici.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

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Boko Haram: the Next Global Jihadists?

Vendredi, 9. mars 2012 7:21

Yet another attack was perpetrated on Sunday against a church in the Nigerian city of Jos by the group Boko Haram. In November last year, the U.S. House of Representatives Committee had issued a report stating that this Muslim sect, which has been carrying out increasingly violent attacks in Nigeria in the past months, was “an emerging threat to the U.S. homeland.” The organisation, whose name translates as “Western education is a sin” in the Haoussa language, is a Salafist jihadist group based in northeast Nigeria. Seeking to establish Sharia law across a country divided between a mainly Muslim north and mostly Christian south, it has killed 935 people since 2009 through bombings and assassinations of Christians living in the north of the country. Last August, it moved up a notch when it managed to attract worldwide attention by attacking U.N. headquarters in Abuja, killing 25 people and injuring more than 80. But has Boko Haram really become the “next battalion” of global jihadists? [...]

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Entre ciel et terre. Le débat air-sol et les défis de l’appui-feu

Mardi, 6. mars 2012 10:27

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 35 de la série Focus stratégique, intitulé:

Entre ciel et terre. Le débat air-sol et les défis de l’appui-feu

Agrégé d’histoire, Elie Tenenbaum est assistant de recherche au sein du LRD. Doctorant en relations internationales à Sciences Po/CERI dans le cadre d’une convention CIFRE-Défense, il travaille actuellement sur la circulation des savoirs et des pratiques contre-insurrectionnelles en Occident sous la direction de Pierre Mélandri et Maurice Vaïsse. Il est par ailleurs, bien sûr, l’un des principaux contributeurs de ce blog, et ses articles peuvent être consultés ici.

Son nouveau Focus stratégique est téléchargeable ici.

Le résumé du papier :

Les forces de manœuvre ont pour fonction traditionnelle la mobilité et la maîtrise du terrain, là où les forces d’appui (artillerie, aviation) ont pour mission d’appliquer les feux assurant la protection et la liberté d’action des premières. Suite à l’introduction de l’artillerie mobile au XVIIIe siècle, et plus encore avec le développement d’une aviation tactique performante, l’appui-feu a été un facteur tactique crucial lors des grands conflits conventionnels du XXe siècle. Récemment sorti de la marginalité imposée par l’ère nucléaire, l’appui-feu se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : si, en effet, l’appui aérien (Close Air Support) a pu jouer un rôle décisif dans les opérations en Afghanistan et en Irak, la pratique a démontré que l’artillerie et les mortiers demeurent souvent indispensables. L’avenir de l’appui-feu se jouera ainsi à l’intersection des contraintes budgétaires et des considérations stratégiques : il va donc s’agir pour les armées de définir, entre les différentes composantes de l’appui-feu, des équilibres interarmées qui soient politiquement et financièrement tenables.

Ainsi que le sommaire :

Introduction

Les origines du débat

L’appui-feu au crible du modèle expéditionnaire

Vers une redéfinition du partenariat air-sol

Conclusion : l’appui-feu à l’heure des choix et des arbitrages

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