Articles du novembre, 2011

Colonels-blogueurs: quatre questions à François Chauvancy et Michel Goya

Vendredi, 25. novembre 2011 7:29

En 2011, deux colonels de l’armée de Terre ont ouvert leur blog. Ces officiers sont François Chauvancy (FC) du Centre Interarmées de Concepts, de Doctrines et d’Expérimentations (CICDE) et Michel Goya (MG) de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Pour mieux comprendre les motivations et les pratiques de ces colonels-blogueurs, nous leur avons posé quatre questions.

1) Le phénomène des « milblogs » vient des Etats-Unis – où il est d’ailleurs aujourd’hui en reflux – et n’a jamais connu le même engouement en France. Pourquoi avez-vous décidé de lancer votre blog en 2011? Est-ce lié à une volonté de remettre la Défense sur le devant de la scène à l’approche des échéances électorales de 2012?

- FC : Le lancement de mon blog en août 2011 sur le site du quotidien Le Monde, en tant qu’abonné,  répondait avant tout à un besoin de m’exprimer en tant que soldat-citoyen, d’être aussi plus en phase avec l’actualité, ce qui se fait rarement dans le cadre de l’expression des militaires. Je n’avais et n’ai cependant pas la prétention de mettre la défense au cœur de la campagne électorale. En revanche, j’ai eu le sentiment, encore plus qu’avant, que les questions de défense méritaient d’être traitées par les principaux concernés dans leurs domaines de compétence. Certains points de vue se doivent d’être librement exprimés à titre personnel, avec la possibilité d’un débat notamment au contact des citoyens qui ne connaissent plus l’Armée. C’est l’objet de ce blog. Il s’agit aussi d’un défi : serai-je capable d’intéresser, d’alimenter régulièrement d’une manière construite et réfléchie ce blog sur les questions de défense ? Je constate sur le second point que, toutes les semaines, la sécurité extérieure de notre pays ou des questions concernant les armées sont évoquées sous une forme ou sous une autre. M’exprimer en tant qu’officier supérieur d’une relative ancienneté et en tant que citoyen m’est apparu donc un devoir dans une société où beaucoup parlent pour les armées avec une légitimité discutable.

- MG : Ce blog, avec ses ramifications Twitter, Facebook, Viadeo, etc., est avant tout conçu comme un prolongement dans « la longue traîne » d’une activité de réflexion officielle. Je le vois comme un laboratoire où je soumets en direct mes réflexions à la critique. Il n’y a pas de lien avec les échéances électorales même si je pense que les militaires doivent aussi être présents dans les débats, ne serait-ce que parce qu’ils restent, comme le dit le général Desportes, les meilleurs experts de leur propre métier.

2) Avez-vous eu besoin d’une autorisation de votre hiérarchie pour lancer votre blog? Vos billets doivent-ils être approuvés avant publication?

- FC : J’ai pris le risque de ne pas demander à ma hiérarchie l’autorisation d’ouvrir mon blog, encore moins de publier un billet. J’écris depuis 1988 et prends position depuis que je suis capitaine, sans commentaires extérieurs mais avec parfois quelques sueurs froides sur mon avenir. Un ancien chef d’état-major de l’armée de terre m’a confirmé il y a quelques mois que je l’avais (sans doute) « payé » et je me demande parfois… Je rappellerai cependant que notre hiérarchie demande aux militaires de s’exprimer depuis une dizaine d’années. Il n’y a donc pas de contradiction entre ouvrir un blog et ne pas en demander l’autorisation. Par ailleurs, pour moi, un officier n’est pas un serviteur de l’Etat comme les autres. Il a le devoir de s’exprimer certes dans les limites du statut … que je connais bien. En revanche, attirer l’attention sur une question me paraît une obligation morale de l’officier même si cela surprend parfois dans notre société. Cela ne veut pas dire que j’ai raison dans mes écrits. Ce même chef d’état-major de l’armée de terre évoqué précédemment m’avait cependant fait le compliment que, certes, j’agaçais parfois mais que je faisais réfléchir ! Cela n’a rien changé à mon avenir mais cela m’a fait plaisir.

- MG : Partant du principe que le nouveau statut des militaires a supprimé toute autorisation préalable à une publication, je n’en ai demandé aucune. Il en est de même pour les billets.

3) Au cours des dernières années, plusieurs officiers – Vincent Desportes et Jean-Hugues Matelly, en particulier – ont été sanctionnés en raison de leurs écrits. Vous imposez-vous des lignes rouges à ne pas franchir pour ne pas vous retrouver dans la même situation?

- FC : Outre le respect du statut général des militaires, je me donne effectivement des limites. J’appartiens à la communauté militaire et je ne m’exprime pas pour la mettre en difficulté, encore moins quand cela concerne les camarades aux « affaires » et confrontés à une tâche de plus en plus lourde. Cela ne veut pas dire forcément se taire et ne pas s’exprimer avec franchise. Cela signifie aussi que j’évite certains sujets, surtout si je ne les connais pas. Ensuite, j’ai une compréhension militaire des sujets que je traite. Mes réactions et mes réflexions ne sont pas bien différentes d’une grande partie de celles de mes camarades. Ma réflexion doit donc être constructive et le résultat d’un travail qui pourrait au moins partiellement être utile, en toute modestie, au service des armées de la République ! Enfin, si je dois être sanctionné, je l’assume. S’exprimer ne doit pas s’exercer à travers la crainte d’une éventuelle sanction. Il est indéniable que plus vous exprimez des idées, plus vous vous exposez, plus vous donnez une image de vous-même qui suscite soutien ou rejet et donc provoque des effets secondaires. Cependant, faire ce que l’on pense être conforme à ses valeurs permet d’assumer cette prise de risque responsable. C’est une question, oserais-je dire, d’honneur et de rigueur intellectuelle conforme à l’état d’officier, valeurs qui doivent apparaître dans les écrits publiés.

- MG : Je m’efforce de ne pas trahir de secrets (c’est facile, je n’en connais aucun) et de ne pas exprimer d’opinions religieuses et politiques. Par ailleurs, je commente assez peu l’actualité. Je m’efforce de donner des courtes notes d’explorations, autant que possible étayées, ou de faire connaître d’autres travaux, afin de nourrir la réflexion sur les questions de défense et d’emploi des forces. J’accepte tout à fait le risque d’être puni.

4) De manière générale, quelle est aujourd’hui la place des médias sociaux dans les armées françaises?

- FC : Sur cette question particulière des réseaux sociaux, je précise que je n’y adhère pas malgré leur modernité. Sans doute une question de génération. Je ne connais donc pas la place que tiennent les réseaux sociaux dans les armées. Je comprends que cela soit un moyen de se relier aux autres et de partager ce que l’on vit. Cependant, une vie privée n’a pas, à mon avis, à être exposée sur internet même avec des proches sélectionnés, surtout si on est soi-même en opérations. J’aborderai donc surtout cette question des réseaux sociaux sous l’aspect de la sûreté de l’information. Etre militaire implique une vigilance permanente sur l’information que l’on diffuse sur soi ou sur les autres, notamment en opérations. J’ai donc une certaine « inquiétude » sur la présence des militaires sur les réseaux sociaux dans la mesure où, sans précaution, cela peut avoir de graves conséquences pour eux ou pour la communauté militaire. Je pense en revanche qu’une « éducation » aux réseaux sociaux s’avère aujourd’hui indispensable au sein des armées.

- MG : Les médias sociaux sont d’abord une source d’informations parallèle aux canaux officiels, tant en interne que vis-à-vis du reste de la nation. Ils permettent de renforcer les liens armée-nation sur lesquels on s’interroge souvent. Ils constituent aussi un substitut à la rareté des indispensables espaces de libre réflexion pour les militaires et les civils intéressés. Ils sont complémentaires d’organes de réflexion institutionnels, qui par construction, ne peuvent rien produire de très original.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Auteur: Marc Hecker

UE: la lutte contre le terrorisme est-elle un sport d’équipe ?

Mercredi, 23. novembre 2011 7:41

 

En 1976, la mise en place d’un forum de discussion appelé le groupe TREVI marque le début de la lutte contre le terrorisme par la communauté européenne. Depuis le début des années 2000, cependant, les initiatives se sont démultipliées. Les attaques de New York, Madrid et Londres ont constitué de réels tournants : elles ont encouragé la prise rapide de mesures et la réorganisation institutionnelle dans le but de contrer la menace. Mais coordonner 27 Etats-membres dans un domaine tel que celui de la sécurité s’est avéré être une tâche complexe et les phases d’accélération ont souvent été suivies de périodes de ralentissement, voire d’inertie. Aujourd’hui, certains affirment que l’Union a du mal à « trouver sa place » dans la lutte contre le terrorisme et déplorent le manque de considération pour les questions de sécurité à Bruxelles.

 

La décennie commençait pourtant bien. A la suite des attaques de New York, le Conseil vote, avec une surprenante rapidité, une Décision-cadre établissant une définition commune du terrorisme, harmonisant les sanctions des attaques terroristes et instaurant un Mandat d’Arrêt Européen. Cette décision-cadre, mise à jour en 2008, constitue aujourd’hui la base juridique de la politique européenne en matière de terrorisme. En mars 2004, après les attentats de Madrid, la Déclaration sur la lutte contre le terrorisme du Conseil définit 7 objectifs stratégiques à traduire en 175 mesures. C’est également à ce moment-là que naît le poste de Coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, dans le but de remédier au manque de coordination au sein de l’UE. Les attentats de Londres mènent ensuite à la rédaction de la Stratégie de lutte contre le terrorisme de l’UE (2005), qui s’organise autour de 4 piliers : « prévention », « protection », « poursuite » et « réaction ». Cette stratégie reste aujourd’hui le cadre de référence pour l’action de l’Union dans ce domaine.

On pourra également citer les politiques de l’UE pour lutter contre le financement du terrorisme, le programme de protection des infrastructures critiques, l’instauration de passeports biométriques, le Plan d’action européen pour améliorer la sécurité des explosifs, ou bien encore le renforcement des agences Europol et Eurojust.

Dans la pratique, pourtant, l’UE a fait preuve d’un réel manque d’efficacité. On a vu apparaître une surabondance de mesures dans le domaine alors même que la volonté politique ne suit pas. En témoigne la lenteur avec laquelle les mesures sont mises en œuvre : au premier janvier 2004, date limite de l’application de la Décision-cadre de juin 2002, seuls huit Etats-membres avaient adapté leur législation nationale aux conditions du Mandat d’Arrêt Européen. Il aura par ailleurs fallu six ans avant que les ministres de la justice et de l’intérieur des différents Etats-membres ne s’accordent sur le renforcement d’Europol. On constate aussi une tendance parmi les Etats-membres à produire des réseaux et institutions mais à refuser par la suite de leur procurer les moyens nécessaires pour exercer correctement leur fonction, ainsi qu’une réticence à convaincre les agences nationales, qui sentent leur autorité menacée, de se plier aux exigences de l’Union.

En 2007, la crédibilité de Bruxelles en matière de lutte anti-terroriste en prend un nouveau coup : le Coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, Gijs de Vries, démissionne, excédé par les multiples frustrations que présente son poste (équipe restreinte, budget et pouvoir insuffisants). Il faudra six mois avant que la Commission ne lui trouve un remplaçant en la personne de Gilles de Kerchove, certains Etats-membres étant même en faveur de la suppression du poste. Cette inertie a achevé de convaincre certains du manque de sérieux de l’Union européenne en matière de terrorisme.

On ne peut pas négliger les succès qu’a connus la politique anti-terroriste de Bruxelles. Le Mandat d’Arrêt Européen, mentionné précédemment, a notamment permis à l’Italie de remettre dans un délai record aux autorités britanniques l’un des auteurs présumés des attentats de Londres, arrêté à Rome; plus généralement, la création en 2001 du Joint Situation Centre (SitCen), plate-forme européenne d’échange et d’analyse d’information, permet aujourd’hui à l’UE de produire ses propres évaluations de la menace terroriste.

 

Il paraît pourtant difficile de pousser la coopération plus loin, que ce soit à cause de la lenteur de la mise en œuvre, ou de la réticence des Etats-membres à céder des prérogatives en matière de sécurité. Les pays de l’Union ont catégoriquement refusé la mise en place d’une CIA ou d’un FBI européen et privilégient la coopération bilatérale. Le manque de confiance envers les services de renseignements de certains Etats, avec lesquels la collaboration est encore jugée risquée, explique en partie ce choix. Enfin, la crise économique et financière que traverse actuellement l’UE tend à reléguer les questions de sécurité en bas de la liste des priorités politiques. La menace terroriste ne saurait être traitée au seul échelon national mais l’UE, cantonnée à un rôle d’harmonisation et d’analyse, n’est pas en mesure de devenir, pour le moment, une véritable plateforme opérationnelle. Au regard des arguments exposés, il serait peut-être même judicieux de remettre en question la pertinence du cadre de l’UE et d’accepter que la coopération à 27 en matière de lutte contre le terrorisme ne peut qu’être limitée.

Catégorie: Analyses, Divers | Commentaires (0) | Auteur: Alexandra Vickery

Heisbourg sur le « Livre Blanc »: les vidéos

Samedi, 19. novembre 2011 9:49

Comme nous vous l’annoncions lundi, dans le cadre des séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ont organisé jeudi 17 novembre un séminaire-sandwich consacré au « Livre blanc: bilan et perspectives« . L’intervenant, François Heisbourg, est conseiller spécial à la FRS et ancien membre de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008. Voici la vidéo de sa présentation :


Le Livre blanc de la Défense : bilan et… par Ifri-podcast

Cette intervention a été suivie d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Yves Boyer, directeur adjoint de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.


Le Livre blanc de la Défense : bilan et… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Aline Lebœuf

Prochain séminaire-sandwich : « Le Livre blanc: bilan et perspectives »

Lundi, 14. novembre 2011 6:00

Dans le cadre du nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) vous invitent au prochain séminaire-sandwich, qui se tiendra le 17 novembre de 12h à 14h autour de François Heisbourg, conseiller spécial à la FRS et ancien membre de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, et qui portera sur le thème « Le Livre blanc: bilan et perspectives« .

L’intervention de F. Heisbourg sera suivie d’une discussion avec Etienne de Durand, directeur du CES et contributeur de ce blog, Yves Boyer, directeur adjoint de la FRS et Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret-Défense.

 

Les inscriptions pour cet événement sont malheureusement closes. Les vidéos  du séminaire seront disponibles sur ce blog à la suite du séminaire.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Apprendre ou disparaître? Le retour d’expérience dans les armées occidentales

Mercredi, 9. novembre 2011 6:00

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri vient de publier le numéro 33 de la série Focus stratégique, intitulé :

Apprendre ou disparaître ? : le retour d’expérience dans les armées occidentales

L’auteur, Corentin Brustlein, est chercheur au Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri, rédacteur en chef adjoint des Proliferation Papers et contribue également à ce blog.

L’article est téléchargeable ici.

Voici l’abstract de l’article:

En temps de guerre comme en temps de paix, l’incertitude est inhérente au domaine conflictuel. Devant évoluer dans cet environnement extrême, les armées doivent constamment faire preuve de capacités d’adaptation, afin de demeurer des instruments efficaces au service des décideurs politiques. Pour ce faire, ont été mis en place des dispositifs de « retour d’expérience » (RETEX), permettant d’identifier les enseignements pouvant être tirés des opérations en cours, des exercices ou de cas historiques. Il s’agit ensuite pour l’institution de formuler une réponse adéquate par la mise en œuvre de mesures correctives, la diffusion des bonnes pratiques ou l’acquisition de nouveaux matériels. Cette monographie étudie la façon dont les processus et structures de retour d’expérience se sont progressivement affirmés comme des acteurs du changement au sein des armées occidentales, comment ont évalué leurs pratiques, et quels sont les principaux défis auxquels ils se trouvent confrontés.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Institutionnaliser l’adaptation

Le cycle du RETEX en pratique(s)

Maturation et défis

Conclusion: pérenniser le RETEX au sein des armées

 

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

FELIN en rodage

Lundi, 7. novembre 2011 7:18

J’ai été reçu, et fort bien reçu, par le 1er régiment d’infanterie, son chef, le colonel Gros, et son chef BOI, le LCL de Russé, qui entre autres qualités est un ancien du LRD. Il s’agissait d’un séminaire « COIN » et de la préparation au départ en Afghanistan de l’unité, mais la journée a aussi été pour moi l’occasion de poser quelques questions concernant le FELIN et de prolonger un peu l’excellent Focus « Hoplites numériques » que nous devons à un autre ancien du LRD…

« Picardie » est en effet le premier régiment à avoir reçu en dotation le système FELIN, qu’il teste depuis 10 mois et s’apprête à emmener en Surobi et à Tagab. J’ai eu le droit à la fois à une présentation classique de la tenue et de ses sous-systèmes, mais aussi aux diverses adaptations qui sont tentées par le 1er RI.

 

Sur le papier, le SITCOMDE permet de relier le chef de groupe à ses hommes comme au chef de section, et intègre l’envoi de messages, de photos et la cartographie. Les GV bénéficient pour leur part de l’excellent viseur EOTECH, de l’OVD (optique de vision déportée) ou de la caméra FIL/FIR, sans compter la tablette individuelle (IHM) et le bandeau de communication ostéophonique (BDC), le tout relié par câbles au gilet et alimenté par une batterie avec 6 heures de potentiel.

L'OVD en action

Dans la pratique, les choses sont un peu plus compliquées. Les câbles se tordent et dégradent les liaisons ; les bandes ostéophoniques comme la tablette en position ouverte restent fragiles ; la lunette FIL/FIR pèse la bagatelle de 1,5kg, soit 8 à 10kg pour la tenue – cela paraît supportable dans l’absolu, mais s’ajoute à la charge déjà considérable des 6 ou 12 chargeurs, des rations et surtout des plaques de protection… A 45kg environ par homme, le poids est évidemment un problème très important, mais qui tient plus à la volonté politique de limiter les pertes qu’aux exigences de la tenue ou du théâtre.

En revanche, indépendamment de toute considération politique, l’encombrement généré par l’ensemble (protection + FELIN) fait problème, qu’il s’agisse de gérer les câbles, de tirer couché ou de rentrer rapidement dans un VAB sans s’accrocher au passage. De même, ranger dans un réseau commun le chef de groupe et ses hommes d’un côté, les chefs de groupe et le chef de section de l’autre, entraîne des interférences tactiquement gênantes, puisque le système de transmission privilégie les données et peut donc interrompre à tout moment la communication phonique, c’est-à-dire les conversations et les ordres.

D’où l’adaptation de FELIN aux besoins et aux délais du 1er RI, ce qu’ils appellent « FELIN moins », en l’occurrence l’abandon de la tablette / système central et de l’OVD qui va avec, d’où également l’ajout d’une liaison ordinaire, type ER328, de façon à séparer « réseau haut » et « réseau bas » et surtout garantir la permanence de la communication phonique. Il semblerait que seuls le chef de groupe et 1 ou 2 GV emporteront avec eux FELIN au complet, ne serait-ce qu’en raison de l’adaptation du système au gilet de protection TIGER, de niveau 5 (contrairement au gilet FELIN d’origine), requis en Afghanistan mais qui ne permet pas les mêmes branchements.

Faut-il en déduire que le système est inutile ou inadapté ? Absolument pas. D’abord parce que les militaires interrogés, tous grades confondus, confirment les gains très nets permis par le système : meilleures capacités de détection et d’engagement, portée accrue (jusqu’à 600m), bonnes liaisons au sein du groupe, excellents casques et ergonomie générale de la tenue et des interfaces. Ensuite parce que le système a justement été pensé comme modulaire, de façon à pouvoir être configuré en fonction du terrain ou de la mission : une mission offensive impliquant du mouvement rendra les optiques FIL/FIR moins utiles, contrairement à une prise de position défensive ou d’observation.

Enfin, toute innovation impose un période de rodage, des tests et des correctifs. Sur le combat d’infanterie, l’armée de Terre, c’est suffisamment rare pour être souligné, est en avance sur les autres et paie donc naturellement le coût du premier entrant. Il lui reste donc à optimiser progressivement le système, en coopération avec SAFRAN, et  aussi à déterminer sa propre doctrine en matière de commandement à l’échelon sous-tactique. Pas de doute en tout cas que les progrès technologiques tirés par le secteur civil parviendront à résoudre certaines des difficultés actuelles, induites par le poids des sous-systèmes (lunette, batteries).

A plus court terme, attendons les retours du 1er RI sur le terrain, et bonne chance à eux.

 

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Etienne de Durand

Séminaire sur le terrorisme à Bruxelles le 8 novembre

Vendredi, 4. novembre 2011 7:18

Le mardi 8 novembre aura lieu à Bruxelles un séminaire sur le thème « 10 ans après le 11 septembre: Al Qaïda et la guerre contre le terrorisme ». Marc Hecker et Elie Tenenbaum, qui écrivent tous deux sur ce blog, y participeront.

Pour vous inscrire à ce séminaire, rendez-vous sur le site de l’Ifri!

 

 

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Alain Chouet sur le terrorisme à l’Ifri : les vidéos

Mercredi, 2. novembre 2011 17:07

Comme vous le savez, le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ont lancé un nouveau cycle de séminaires sur « 2012 La défense en question« .

La session du 27 octobre de 12h à 14h donnait la parole à Alain Chouet, ancien officier de renseignement français, sur le thème « Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme« .

Le séminaire était suivi d’une discussion avec Camille Grand, directeur de la FRS, Etienne de Durand, directeur du CES, et Marc Hecker, chercheur au CES.

Voici trois extraits de l’intervention d’Alain Chouet, suivi de la version intégrale de son intervention:

- Comment traiter la menace terroriste aujourd’hui:


Comment traiter la menace terroriste aujourd'hui par Ifri-podcast

- Quel continuum entre Frères musulmans et terrorisme?


Quel continuum entre Frères musulmans et… par Ifri-podcast

- Les réseaux Haqqani et l’avenir du jihad


Le réseau Haqqani et l'avenir du jihad… par Ifri-podcast

- la vidéo intégrale de l’intervention:


Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme par Ifri-podcast

Enfin, voici la vidéo de la discussion entre Alain Chouet et ses trois discutants :


Bilan de 10 ans de guerre contre le terrorisme -… par Ifri-podcast

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Aline Lebœuf