Articles du mai, 2011

Old Wine in New Bottles? French Security and Defence Policy under Nicolas Sarkozy

Mardi, 31. mai 2011 7:31

Etienne de Durand a récemment donné une conférence à l’Institute for International and European Affairs de Dublin, sur la politique de sécurité et de défense durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

L’IIEA a non seulement filmé la conférence de manière très professionnelle, mais a mis la vidéo en ligne sur YouTube. Vous pouvez par conséquent la visionner ci-dessous.

Puisqu’elle dure presque 45 minutes, en voici le plan, afin de vous aider dans la navigation:

  • Introduction
  • Where do we come from? Traditional French or Gaullist Policy (début: 3 min et 10 sec)
    • Origins
    • Defense policy during the 1990s
    • The Iraq war and afterwards
  • Sarkozy’s New Look Policy, the FR-UK Deal and Its Implications (début: 17 min et 30 sec)
    • French security policy under Sarkozy
    • Sarkozy’s military policy and FR-UK deal
  • Conclusion (début: 41 min et 38 sec)

 

Bon visionnage, et comme toujours, n’hésitez pas à commenter !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Des nouvelles de la page Facebook « Armée de l’Air »

Jeudi, 26. mai 2011 6:00

En mars, j’avais publié un post sur la « vraie fausse » page Facebook « Armée de l’Air ». Il est grand temps de vous en donner quelques nouvelles.

Il y a deux mois, le policier qui a bâti cette page a eu à gérer une crise : dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 mars 2011, quelques heures après le sommet de Paris et le déclenchement des frappes alliées sur la Libye, la page « Armée de l’Air » a été victime d’un « flood » : des centaines de messages provenant de Turquie – hostiles à la France et favorables au Colonel Kadhafi – ont afflué en l’espace de quelques dizaines de minutes. Le dimanche matin, le policier a découvert l’attaque et a passé plusieurs heures à supprimer les messages injurieux et bannir leurs auteurs.

Cet épisode fait penser – dans un genre différent – à l’affaire Greenpeace contre Nestlé. Dans les deux cas, les cyberactivistes ont agi en dehors des heures de bureau, en espérant que les gestionnaires des pages Facebook mettraient plus de temps à réagir. Comme l’écrit Fabrice Epelboin, spécialiste des réseaux sociaux, « si la solution de community management que vous avez mise en place n’est pas capable de passer d’un régime de croisière à du 24/7 en temps réel, et ce en un clin d’œil, alors vous avez un sérieux problème ».

Quelques jours après le « flood » de la « vraie fausse » page « Armée de l’Air », celle-ci a changé de nom. Elle est devenue « Fans de l’Armée de l’Air ». Il était dès lors clair que cette page n’était pas officielle. Dans la foulée une vraie page officielle de l’armée de l’Air a été créée. Elle est alimentée régulièrement depuis le 12 avril.

Les relations entre le Sirpa-Air et le policier qui a créé la « vraie fausse » page étant bonnes, des liens réciproques existent entre la page « Fans de l’Armée de l’air » et la vraie page officielle. Ces liens semblent bénéficier à la page officielle dont le nombre de fans augmente rapidement.

Pour terminer, je souhaite réparer un oubli : dans mon dernier post j’avais mentionné les pages Facebook des différentes armées mais je n’avais pas évoqué « Parlons Défense », un projet du ministère de la Défense qui s’adresse aux jeunes et qui s’appuie donc logiquement sur les outils de communication que ces derniers utilisent, en particulier Facebook.

Catégorie: Divers | Commentaires (2) | Auteur: Marc Hecker

Les Etats-Unis définissent le futur écosystème d’Internet

Mardi, 24. mai 2011 6:00

Ce post a été écrit par Julien Nocetti. Chercheur associé à l’Ifri, il vient de publier « e-Kremlin : pouvoir et Internet en Russie » dans la collection Russie.Nei.Visions, et « La diplomatie d’Obama à l’épreuve du Web 2.0 » dans la revue Politique étrangère.

Alors que se déroule un sommet du G8 consacré au numérique, à Paris, les Etats-Unis font connaître leur « stratégie internationale pour le cyberespace », qui consacre le rôle stratégique d’Internet.

Dans un document de trente pages, préfacé par Barack Obama et présenté par Hillary Clinton le lundi 16 mai, les Etats-Unis ont dévoilé leur feuille de route en matière de développement d’Internet. La stratégie dévoilée s’articule autour de sept mesures clés, parmi lesquelles la promotion de la liberté d’expression sur Internet et un engagement destiné à encourager l’innovation et les échanges en ligne tout en préservant la propriété intellectuelle. Cette stratégie comprend également une amélioration des moyens de lutte contre la cybercriminalité et une coopération militaire « pour faire face aux menaces pesant sur Internet ».

Une approche résolument internationale

S’il est trop tôt pour qualifier cette initiative de véritable doctrine, il s’agit du premier document politique élaboré par une administration américaine sur le cyberespace, qui comprend des objectifs clairement définis en matière de défense, de diplomatie et de développement. À ce titre, l’approche de l’administration Obama se singularise de la période Bush par sa volonté d’intégrer la communauté internationale à ses efforts dans le cyberespace.

La tonalité et le but de cette stratégie sont bien de considérer la sécurité non pas comme une fin mais un moyen afin de permettre le développement de relations commerciales, politiques, individuelles. Le document balaye le spectre de toutes les approches liées au numérique : les flux commerciaux et l’innovation, la protection au quotidien des internautes, le cyberterrorisme, la gouvernance d’Internet, sa composante militaire et juridique, etc., conférant presque au document une ambition d’universalité.

L’approche internationale est ainsi largement mise en avant et reconnue comme indispensable, au travers d’exemples tels que les conséquences de catastrophes naturelles sur les réseaux ou le blocage de sites web par un Etat. Cette stratégie va plus loin en plaçant au cœur de son action des questions sensibles pour les internautes, comme le droit à la confidentialité des données et le maintien d’une forme de neutralité.

Internet : clé de voûte de la politique étrangère américaine

Au fil des années, les décideurs américains ont su développer une approche qui fait d’Internet une technologie s’accordant avec les normes et valeurs que cherchent à promouvoir les Etats-Unis dans le monde. La liberté d’Internet est ainsi l’un des axes majeurs de la politique extérieure de l’administration Obama. En janvier 2010, Hillary Clinton proclame que la libre circulation des informations sur Internet est un objectif officiel de la politique étrangère de Washington. Les réseaux sociaux s’imposent comme les fers de lance de cette nouvelle croisade : c’est la naissance de la « diplomatie Twitter ». La « consécration » arrive avec les révoltes des peuples arabes de 2011. À Tunis et au Caire, le scénario iranien se répète. De nouveau, des responsables américains, dont le président Obama, célèbrent le rôle-clé des réseaux sociaux dans ces révolutions. Avec un autre objectif en tête : promouvoir aussi les intérêts à l’exportation des entreprises américaines du secteur des nouvelles technologies, créatrices de richesses et d’emplois pour le pays.

« Silicon Valley diplomacy »

Rappelons que le « triomphe » de la technologie américaine a été rendu possible par une séparation implicite entre les intérêts économiques de la Silicon Valley et les objectifs politiques de Washington.

Cependant, en s’alignant sur les grandes sociétés du Net, les « digital diplomats » d’Hillary Clinton ont convaincu certains Etats autoritaires que la liberté d’Internet n’est qu’un des avatars de l’« impérialisme américain ». Pour des dirigeants déjà nerveux à l’idée qu’émerge une société civile connectée, les initiatives en matière d’Internet freedom ont été interprétées moins comme la liberté d’Internet que la liberté via Internet. Le Département d’Etat s’est mis à organiser des dîners privés avec les dirigeants des grandes firmes de la Silicon Valley, avant de les disperser aux quatre coins de la planète au sein de « délégations technologiques » (Irak, Russie, Syrie, etc.).

La nouvelle stratégie américaine permettra néanmoins d’ébaucher une forme de consensus autour de Washington sur les questions numériques. Reste à savoir si les politiser est la plus habile des solutions.

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Oussama Ben Laden, joueur généreux

Jeudi, 19. mai 2011 7:00

Dans une célèbre nouvelle du Spleen de Paris intitulée ‘Le joueur généreux’, Charles Baudelaire nous dévoilait que « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Cet aphorisme (que les cinéphiles reconnaîtront sûrement) pourrait s’appliquer, mutatis mutandis, à feu le dirigeant d’Al Qaïda dont la disparition pourrait se révéler plus dangereuse pour ses ennemis que ne l’avaient été ses dernières années de vie.

Si tous les experts du terrorisme s’accordent pour dire que l’impact opérationnel de cette disparition ne signifie pas la fin de la menace, il importe désormais de se poser la question de ses conséquences politico-stratégiques, notamment sur le front historiquement lié à la lutte contre Al-Qaïda, à savoir l’Afghanistan, et de son paradigme opérationnel dominant, la contre-insurrection.

Il faut tout d’abord rappeler que l’intervention occidentale dans le pays est fondée sur la Résolution 1333 du Conseil de sécurité, datant de 2000 mais réitérée le 18 septembre 2001, exigeant instamment l’extradition d’Oussama Ben Laden vers un pays à même de le juger pour les attentats dont ils s’était déjà rendu coupable – à l’époque ceux de Nairobi et de Dar es-Salaam. Le sheikh et son organisation sont donc bien à l’origine directe de la décennie d’interventions qui a suivi – ou tout du moins de la rhétorique les justifiant si l’on considère le cas irakien.

La problématique de la contre-insurrection n’est apparue  que plus tardivement, face à l’incapacité des Etats-Unis à gérer l’instabilité engendrée par ses interventions, en Irak dès 2004, puis en Afghanistan à partir de 2006. Le demi-succès irakien du général Petraeus et la consécration du terme dans les milieux militaro-académiques ont permis de sauver la mise à une diplomatie transformationnelle en voie d’enlisement. Dans l’esprit de certains, la contre-insurrection permettait ainsi de pérenniser le nouvel interventionnisme dicté par la Guerre contre la Terreur.

Or, depuis lors, la mécanique contre-insurrectionnelle semble s’être détraquée en Afghanistan, en mettant en évidence plusieurs limites :

Limites stratégiques : le retournement des populations réclamé par les COINdinistas apparaît moins aisé que le suppose la doctrine Hearts & Minds,  particulièrement difficile à appliquer en l’absence de cultural awareness et face à un adversaire aguerri et une population traditionnellement hostile aux étrangers – notons au passage que cette approche populo-centrique n’est qu’une des options de la contre-insurrection historique.

Limites politiques : alors que le FM 3.24 estime qu’un ratio de 20 à 25 « contre-insurgés » pour 1000 habitants est nécessaire pour mener une campagne efficace, il  exigerait, si on le rapporte à la population afghane, une force de 580 000 à 725 000 soldats, des chiffres quelque peu exubérants si l’on considère que la guerre coûte déjà 10 milliards de dollars par mois avec 132 000 hommes (90 000 seulement étant américains). Autant dire que cette économie de guerre ne semble plus tenable dans un contexte de guerre limitée – la menace semble s’estomper pour les Etats-Unis – et de crise budgétaire sans précédent.

Cette dynamique grippée explique dans une certaine mesure le retour à l’antiterrorisme prôné par beaucoup dans l’administration Obama, au premier rang desquels le Vice-Président Joe Biden, comme l’explique Bob Woodward dans son dernier livre. Une partie de la « communauté de la contre-insurrection », parmi laquelle Andrew Exxum, célèbre auteur du blog Abu Muqawama,  s’est lui-même détaché du paradigme COIN en faveur d’une sorte de « counterterrorism plus » dans un document du Center for New American Security. Cette option, plutôt optimiste, consisterait à maintenir le statu quo en opérant une rétraction du dispositif allié autour d’un Afghanistan utile, de forces spéciales et d’un appui aérien renforcé. Le raid contre le chef d’Al Qaïda le démontre bien : plus spectaculaire et moins cher, l’antiterrorisme est infiniment mieux adapté aux exigeants caprices de la vie politique moderne que la contre-insurrection, longue, dépensière et à l’issue incertaine.

La tentation est donc aujourd’hui plus forte que jamais pour les Américains d’appliquer le fameux declare victory and leave, déjà employé en d’autres circonstances au Vietnam. De fait, à en juger par les réactions de joie dans les rues des grandes villes américaines à l’annonce de la nouvelle, la mort d’Oussama Ben Laden apparaît à la société américaine comme une victoire stratégique dans la guerre contre le terrorisme. Dès lors, chaque nouveau soldat mort au combat en Afghanistan sera de plus en plus problématique à justifier et viendra troubler le soutien aux opérations – Obama a dit de l’Afghanistan qu’il était « une guerre de nécessité », et Dieu sait que l’Amérique n’aime pas les « guerres de choix ». Tout semble donc indiquer que la mort de Ben Laden vient ici porter le coup de grâce à la contre-insurrection en Afghanistan.

C’est ici que le raisonnement purement politique de la Maison Blanche trouve ses limites car les causes profondes qui ont permis à Ben Laden de perpétrer ses attentats sont, quant à elles, loin d’être éradiquées. Le potentiel militaire des Taliban est intact alors que les insurgés amorcent en grande pompe leur offensive de printemps, s’emparant le 5 mai dernier de la province du Nouristan, dans un assaut n’ayant trouvé aucune résistance de taille. Par ailleurs, leur solidarité avec la cause du jihad international reste sans faille comme le montre l’attentat de « représailles » perpétré par les Taliban ce vendredi. Enfin, le jeu plus que trouble du Pakistan dans la protection d’Al Qaïda et des Taliban laisse évidemment planer l’hypothèse d’un accord, livrant Ben Laden à la roche Tarpéienne en échange d’un retour des Taliban dans le pays. A bien y regarder, la mort d’Oussama Ben Laden est peut-être, effectivement, le meilleur piège tendu à l’Occident depuis le 11 septembre.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Auteur: Elie Tenenbaum

Les réformes des armées en France

Lundi, 16. mai 2011 7:00

Le Centre des études de sécurité organise son prochain séminaire-sandwich autour de Bastien Irondelle le jeudi 19 mai à 12h30 dans les locaux de l’Ifri .

Après l’étude de la Strategic Defense and Security Review (SDSR) britannique en février et de la réforme de la Bundeswehr allemande en avril, Bastien Irondelle nous proposera une réflexion sur la réforme de l’armée française, en mettant en perspective la réforme de 1996 et les réformes actuelles. Que peuvent nous apprendre les réformes de 1996 sur les réformes en cours depuis le dernier Livre blanc ?

Bastien Irondelle est chargé de recherches à Sciences Po au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI). Il vient de publier La Réforme des armées en France aux Presses de Sciences Po qui étudie le processus décisionnel de la réforme militaire de 1996. Son livre est disponible sur le site des Presses de Sciences Po à l’adresse suivante.

 

Pour vous inscrire, vous pouvez contacter Romain Bartolo à l’adresse strategie2@ifri.org ou au 01 40 61 60 24.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Hoplites numériques : le combat d’infanterie à l’âge de l’information

Mercredi, 11. mai 2011 16:09

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture du trentième Focus stratégique, dont nous vous avions parlé ici, intitulé :

« Hoplites numériques : le combat d’infanterie à l’âge de l’information»

Le FELIN, premier « système fantassin » mondial entre en service cette année dans l’armée de Terre française. Au cours de l’histoire, les fantassins ont cherché à tirer profit de la technologie en arbitrant au mieux parmi les trois exigences fondamentales que sont mobilité, puissance de feu et protection du combattant. Les sociétés occidentales étant sensibles aux pertes, l’exigence de protection est devenue un facteur essentiel. Le combat débarqué moderne se caractérise donc par un retour de l’armure tout en mettant l’accent sur la puissance de feu. En outre, l’avènement d’une nouvelle génération d’équipements, permettant de tirer profit des technologies de l’information au niveau du combattant individuel, impose désormais d’aborder la question de l’évolution du combat d’infanterie sous l’angle de la supériorité informationnelle.

Sommaire:

Introduction,
L’innovation dans l’infanterie
La fin de l’infanterie légère
Le fantassin du futur

Ce texte est téléchargeable ici.

Nous remercions les lecteurs de ce blog qui ont contribué aux recherches de l’auteur.

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Le soldat allemand : une espèce en voie de disparition ?

Mardi, 10. mai 2011 7:28

Ce post a été écrit par Louis-Marie Clouet, chercheur au CERFA de l’Ifri.

La réforme de l’armée allemande, la Bundeswehr, est entrée dans une phase de grande incertitude quant à sa portée et au modèle d’armée qui en résultera. L’orientation de la réforme est fortement remise en question suite à la démission du Ministre Karl-Theodor zu Guttenberg (KT) le 1er mars 2011 et à son remplacement par Thomas de Maizière. L’une des premières mesures du nouveau ministre a été le renvoi secrétaire d’Etat Walter Otremba, qui pilotait la réforme de la structure du ministère fédéral de la Défense (le BMVg).

Présentée initialement comme une refonte fondamentale du BMVg et de la Bundeswehr, cette réforme risque de s’inscrire dans le mouvement long des réformes successives de la Bundeswehr depuis 20 ans, avec un résultat similaire : une ultime réduction du volume des forces armées et du budget de la défense allemands.

L’abandon rapide de la conscription

L’abandon de la conscription n’était pas prévu par l’accord de coalition conclu en octobre 2009 par les chrétiens-démocrates CDU-CSU et les libéraux FDP. Ce contrat entérinait la réduction de la durée du service militaire obligatoire de 9 à 6 mois, compromis insatisfaisant pour les deux parties. Entre le printemps et la fin de l’année 2010, on a donc pu observer un renversement de tendance extrêmement rapide, sous la pression de KT. Les deux partis au pouvoir acceptent la suspension de la conscription lors de leurs congrès nationaux fin octobre (CDU CSU) et FDP mi novembre 2010 ; le projet de loi est déposé par le gouvernement fédéral devant le Bundestag 21 février 2011, qui adopte le 24 mars 2011 la loi entérinant la suspension de la conscription (après 55 années d’existence) à compter du 1er juillet 2011. La loi prévoit la mise en place d’un service militaire volontaire de 12 à 23 mois, avec un volume prévu d’environ 15 000 volontaires dans le futur.

L’abandon du service militaire étant acté, la plus grande crainte des responsables de la Bundeswehr porte désormais sur l’après-1er juillet : « Tu te rends compte, la Bundeswehr est une armée de volontaires, mais personne n’y va » (« Stell dir vor, die Bundeswehr ist eine freiwilligen Armee, und keiner geht hin »).

La Bundeswehr dans son format actuel peine à recruter ses 195 000 soldats de métiers ou sous contrat, et souffre déjà d’une pénurie de spécialistes, notamment de médecins et d’ingénieurs (depuis plusieurs années, 7000 postes par an non pourvus, cf. Rapport de l’inspecteur général Wieker). Elle souffre aussi d’un déséquilibre générationnel, avec un surplus d’officiers de 40 – 50 ans d’âge et un déficit de jeunes de 20 à 35 ans, qui constituent le cœur d’une armée professionnelle en opérations (voir une étude de la SWP, par Wenke Apt). L’évolution démographique de l’Allemagne va faire peser une pression d’autant plus forte sur le recrutement futur de la Bundeswehr, alors que les jeunes classes d’âges se réduisent, et de manière accélérée dans les Länder de l’Est qui constituent déjà le principal vivier de recrutement de l’armée allemande.

Etant donné la contrainte budgétaire d’économie de 8,3 milliards d’euros sur les prochaines années, il est fort à craindre que la Bundeswehr ne disposera pas des moyens financiers pour déployer les mesures d’attractivité nécessaires au recrutement d’une armée de volontaires et de soldats de métier. De plus, à l’heure actuelle, ce passage à une armée professionnelle n’a pas été suffisamment pensé, à si courte échéance : quelles structures de recrutement, quelles soldes et primes, quelles perspectives de carrière pour attirer les jeunes allemands, alors que l’armée va se retrouver en concurrence directe avec les entreprises sur un marché de l’emploi déjà très concurrentiel, du fait de la pénurie de jeunes diplômés en Allemagne ?

Les fourches caudines des économies budgétaires

Cette réforme est née sous le sceau de la contrainte budgétaire : l’obligation que le budget de la défense apporte « sa contribution à la consolidation du budget fédéral et au respect du mécanisme de frein à la dette inscrit dans la Loi fondamentale », par une économie de 8,3 milliards d’euros d’ici à 2014, prolongée à 2015.

Si KT a justifié l’abandon de la conscription par la nécessité d’une réforme fondamentale du BMVg, il était sans doute vain d’espérer passer outre la contrainte budgétaire fermement rappelée par le ministre des Finances Schäuble. Cette obligation d’économie a pour conséquences :

-          Des coupes dans les budgets d’armement et des réductions de cibles sur tous les principaux programmes (avion de transport A400M, avion de combat Eurofighter, hélicoptères Tigre et NH-90, véhicules blindés Boxer et Puma, frégate F-125) ;

-          Des économies sur les infrastructures ; dans ce domaine, tous les plans qui commençaient à être définis par l’équipe Guttenberg sont remis sur l’ouvrage par le nouveau ministre de Maizière. On ne peut pas augurer pour l’instant des réformes de structure que le nouveau ministre décidera d’ici à l’été. En la matière, la réforme n’a toujours pas abordé les questions difficiles des fermetures d’unités et de bases militaires, avec leur corolaire : la réorganisation interne du ministère, en particulier des services chargés des achats d’armement ; le regroupement des services centraux du ministère à Berlin ; les prévisibles résistances des élus locaux, en une période électorale difficile pour les partis au gouvernement. Sans parler de la difficile définition du volume respectif des trois armées, Heer, Luftwaffe et Bundesmarine.

Mais ces mesures ne suffiront pas à atteindre l’objectif des 8,3 milliards d’euros d’économie. Il y a donc tout à parier que le volume de forces visé ne sera pas atteignable dans une telle enveloppe budgétaire. Le ministre KT avait retenu un format d’armée à 163 500 hommes, compte tenu des 8,5 milliards d’euros d’économie. Les partis au pouvoir ont estimé que ce format risquait de faire perdre de l’influence à l’Allemagne et ne permettait pas à la Bundeswehr d’assumer l’ensemble de ses missions : ils ont donc imposé une Bundeswehr à 185 000 hommes, sans pour autant prévoir les moyens financiers nécessaires. Le budget actuel ne permettrait de financer que 158 000 hommes ; la Bundeswehr serait alors contrainte d’accepter des déficits capacitaires et ne pourrait plus assurer l’ensemble de la gamme des missions.

En termes opérationnels, la Bundeswehr ne peut actuellement atteindre l’objectif de 14 000 hommes en opérations extérieures prévu par le Livre Blanc de 2006, et ne peut atteindre au maximum que 8 000 hommes en opex. La commission Weise, créée par KAT pour avancer des propositions sur la réforme structurelle du BMVg, avait plaidé dans son rapport sur la réforme de la Bundeswehr pour une armée capable d’envoyer 15 000 hommes en opex, le ministre KT entérinant au final un volume de 10 000 hommes projetables.

De plus, selon les observateurs allemands, le passage à une armée professionnelle ne sera en aucun cas synonyme d’un « plus grand enthousiasme d’engagement dans des opérations, qui pourrait s’exprimer dans un élargissement des mandats accordés ou à une décision plus rapide d’engagement dans de nouvelles missions » (voir un HSFK Report par Berthold Meyer). Pas de remise en cause ou d’allègement du contrôle parlementaire par le Bundestag sur les engagements de la Bundeswehr, autorisation parlementaire qui en fonde la légitimité.

Le « dilemme insoluble » de la Bundeswehr

Le nouveau ministre de la Défense doit donc faire face à un dilemme insoluble[1] :

1-                  Réduire de manière drastique le format de la Bundeswehr ;

2-                  Transformer les forces armées en un corps « flexible et dynamique » ;

3-                  Orienter de manière plus efficace les opérations d’armement sur les besoins opérationnels d’une armée en opération ;

4-                  Et tenir les engagements d’économies imposés par le gouvernement d’ici à 2015.

La réforme actuelle de la Bundeswehr présentait l’opportunité d’inscrire le rôle et le format d’une nouvelle Bundeswehr dans une formulation renouvelée de la politique étrangère et de défense de l’Allemagne.  Malheureusement, les enjeux budgétaires en feront une ultime réforme avec pour slogan « Economiser comme raison d’Etat » (article de Svenja Sinjen et Jana Puglierin).

Au terme de ces quatre années de mesures drastiques d’économie, qui seront sans doute prolongées, le gouvernement allemand risque donc d’obtenir une armée à 158 000 hommes, avec des difficultés de recrutement, moins d’équipements modernes que prévus, et une capacité encore plus réduite de projection. Une armée qui s’avérerait au final « trop petite, moins flexible et moins efficace » pour maintenir le niveau d’engagement et l’influence de l’Allemagne auprès de ses alliés. Toute l’expérience et la sagacité du nouveau ministre Thomas de Maizière ne seront pas de trop pour  tenter d’optimiser les mesures de réformes structurelles du BMVg, pour tirer le meilleur parti des contraintes qui lui sont imposées, et sortir si possible le mieux possible de ce « dilemme insoluble ».


[1] Franz-Joseph Meiers, La réforme de la Bundeswehr, Note du Cerfa à paraître.

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L’après Ben Laden: l’avènement de Zawahiri ou d’un « jihad sans leader »?

Mercredi, 4. mai 2011 8:58

Ce texte a été écrit juste après l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden. Une version légèrement raccourcie a été publiée hier sur le site du Figaro.

La mort d’Oussama Ben Laden a été annoncée à plusieurs reprises au cours des dix dernières années mais cette fois-ci, la nouvelle a été confirmée par le président des Etats-Unis en personne. Maintenant que Ben Laden n’est plus, que peut-il advenir d’Al Qaïda ?

La mort ou l’arrestation d’un leader n’est pas un événement anodin pour une organisation terroriste. Le sentier lumineux, le PKK, l’IRA véritable et Aum Shinrikyo n’ont jamais réussi à se remettre totalement de la neutralisation de leur chef. Toutefois, Al Qaïda n’est pas une organisation terroriste comme les autres et le décès de Ben Laden n’entraînera pas sa fin immédiate.

Ce qui différencie Al Qaïda des autres groupes est sa vocation globale et son degré de décentralisation. Depuis le début de l’opération Enduring Freedom en 2001, l’organisation terroriste, soumise à une forte pression, a été contrainte d’évoluer. Des « filiales » ont été créées en Irak, au Maghreb et dans la Péninsule arabique, sans qu’il soit d’ailleurs possible de connaître précisément la nature et la solidité des liens unissant ces « filiales » à « Al Qaïda central ». Certains analystes affirment qu’Oussama Ben Laden n’était guère plus qu’une source d’inspiration, d’autres soutiennent qu’il conservait un rôle opérationnel. Il apparaît en tout cas qu’il n’était pas en mesure de contrôler ce qui se passait sur les différents « fronts » d’Al Qaïda. Les divergences de vues qui opposaient « Al Qaïda central » à Abou Moussab al-Zarqaoui en Irak sont à cet égard bien connues.

Oussama ben Laden devrait être remplacé par Ayman al-Zawahiri, même si la transition n’est pas aussi simple qu’il y paraît, l’allégeance (bay’a) personnelle au chef étant un élément structurant d’Al Qaïda et les mécanismes de succession restant sujets à caution. Médecin d’origine égyptienne, torturé dans les prisons de Moubarak suite à l’assassinat du président Sadate et vétéran du jihad contre les Soviétiques, Zawahiri est un vieux compagnon de route du fondateur d’Al Qaïda. Principal idéologue de cette organisation, c’est lui qui, en 2008, rédigea un long document contredisant les arguments avancés par un jihadiste repenti, Sayyed Imam al-Sharif dit « Dr Fadl ».

Même si Zawahiri venait à son tour à être tué, les opérations d’Al Qaïda se poursuivraient. Cela fait maintenant trois ans qu’est paru le livre Leaderless Jihad. Son auteur, Marc Sageman, explique que l’idéologie jihadiste s’est suffisamment répandue – notamment par l’intermédiaire d’Internet – pour qu’Al Qaïda puisse survivre sans commandement. L’organisation évoluerait ainsi vers un fonctionnement acéphale, des cellules autonomes commettant sporadiquement des attentats. Cette vision correspond d’ailleurs à celle d’un autre chef d’Al Qaïda, Abu Mus’ab al-Suri, arrêté au Pakistan en 2005. Le stade ultime de cette décentralisation serait l’émergence de « loups solitaires », agissant indépendamment de tout réseau. Nous n’en sommes cependant pas encore là et nombre d’attentats commis tout au long de la décennie écoulée trouvent – à des degrés divers – leurs racines en Afghanistan et au Pakistan.

Ce pays est aujourd’hui au centre de l’attention. La présence d’un sanctuaire est la meilleure garantie de survie pour une organisation terroriste. Au cours des dernières années, le Pakistan apparaissait comme le « nouveau sanctuaire » d’Al Qaïda. L’opération menée contre Oussama Ben Laden montre que les Etats-Unis sont capables d’agir à proximité de la capitale Islamabad, et pas uniquement dans les zones tribales jouxtant la frontière avec l’Afghanistan. Ben Laden a-t-il été « lâché » par les Pakistanais ? Si oui, quelle a été la contrepartie du côté américain ? Il est trop tôt pour répondre à ces questions et une intervention comme celle qui a conduit à la mort du chef d’Al Qaïda conservera probablement sa part d’ombre. Quoi qu’il en soit, de la réaction des responsables politiques et militaires pakistanais dépendra, au moins partiellement, la capacité de rebond d’Al Qaïda et de ses alliés locaux. Reste aussi à savoir quelle sera l’attitude des Etats-Unis. Barack Obama pourrait être tenté de profiter de la mort de Ben Laden pour sortir, la tête haute, de la zone « AfPak » alors que les résultats de la guerre en Afghanistan sont jusqu’à présent mitigés. Un départ précipité de cette région pourrait néanmoins s’avérer contre-productif. Quitte à partir, autant faire en sorte de ne pas avoir à y revenir avant longtemps…

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Marc Hecker

Quand l’armée de l’Air pirate un site de la Marine

Lundi, 2. mai 2011 7:37

Jusqu’où iront les querelles d’armées en France ? Dans la perspective de futures coupes budgétaires, il n’est pas surprenant que chacun affute ses arguments et tâche d’apparaître particulièrement indispensable aux yeux du pouvoir politique… Tout observateur des questions de défense (en France ou ailleurs) n’en sera d’ailleurs pas surpris.

Mais la lutte interarmées s’exporte-t-elle dans le cyberespace, et jusqu’à quel point ? Une expérience récente invite à se poser quelques questions : j’avais essayé de me rendre sur le site du CESM, le Centre d’Etudes Supérieures de la Marine, dont l’équipe avait eu la gentillesse de m’inviter à m’exprimer début mars au sujet du Missile de Croisière Naval (MdCN, ou SCALP-Naval selon l’appellation de MBDA). J’ai donc tenté de consulter l’adresse http://cesm.marine.defense.gouv.fr/

Quelle ne fut pas ma surprise, donc, lorsque je découvrais qu’à cette page, non seulement on ne trouvait pas le site du CESM, mais que la page d’erreur était une page de l’armée de l’Air (voir la capture d’écran ci-contre). Pour l’instant, la page du CESA, le Centre d’Etudes Stratégiques Aérospatiales, est encore là, mais combien de temps avons-nous avant que la Marine n’en prenne les commandes en guise de représailles et ne la remplace par un message d’erreur laconique (et exprimant ses regrets, certainement feints) ?

Bon, évidemment, tout ceci est de l’humour. Enfin, pas tout : la page existe réellement, et je ne sais pas pourquoi une adresse « CESM » se retrouve avec un message d’erreur de l’armée de l’Air, mais cela n’a évidemment rien à voir avec des querelles interarmées, et je n’ai aucun doute sur le respect mutuel que se valent les organismes des deux armées. Le bug passe inaperçu (ou alors il est connu, mais personne ne juge nécessaire d’agir) car ce n’est simplement pas la vraie page du CESM, que vous trouverez ici: http://www.cesm.marine.defense.gouv.fr/ (les www font donc toute la différence).

Alors, à votre avis, sous quel seuil le budget de la défense devra t-il passer pour en arriver à ce stade de rivalités ?

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Auteur: Corentin Brustlein