Articles du mars, 2011

L’histoire étonnante et instructive de la page Facebook « Armée de l’Air »

Mercredi, 30. mars 2011 6:39

Sur Facebook, il est parfois difficile de faire la différence entre des pages officielles et des pages qui ne le sont pas.  Cela vaut pour toutes les institutions, y compris pour les armées.  La réaction des institutions militaires à l’égard de ces « fausses » pages officielles varie selon les pays.

Aux  Etats-Unis, les armées disposent d’un contact direct chez Facebook  en la personne d’Adam Conner, auteur du document intitulé Facebook and Government 101. Si les armées constatent qu’une « fausse » page officielle existe, elles envoient un message à Facebook qui se charge non seulement de supprimer la page en question mais, de surcroît, de transférer les fans vers la page officielle. Les armées britanniques fonctionnent peu ou prou de la même manière avec le bureau de Facebook à Londres. En revanche, Facebook ne dispose pas de bureaux en Allemagne ni en France.  Aussi, quand la Bundeswehr a voulu supprimer « sa » fausse page sur Facebook, elle a envoyé… un fax au siège de l’entreprise californienne – fax qui est resté sans réponse.

L’Armée de l’Air française a adopté une approche différente. Il y a quelques mois encore existait une page « Armée de l’Air » qui ressemblait à s’y méprendre à une page officielle : le logo officiel y était utilisé, des informations provenant du site du ministère de la Défense y étaient relayées et le contact fourni était l’adresse de l’armée de l’Air.

De nombreux militaires participaient aux discussions sur le « mur », sans se douter qu’il ne s’agissait pas d’une page officielle. Des recruteurs prenaient même part aux échanges. Le Sirpa-Air a voulu savoir qui administrait cette page. Un officier a créé un profil et a participé aux discussions. Après s’être fait remarquer comme contributeur, il a demandé à entrer en contact avec l’administrateur, qui lui  a répondu. C’est comme ça que l’armée de l’Air a découvert que « sa » page était gérée par… un policier ! Il s’avère que ce policier – qui vit en Alsace – est nostalgique de l’armée de l’Air où il a effectué son service militaire.  Il explique : « Quand je me suis inscrit sur Facebook, j’ai cherché la page de l’armée de l’Air. Il n’y en avait pas. Je me suis dit : “Qu’à cela ne tienne” et j’en ai créé une ». Il précise que si une page officielle avait existé, il y aurait contribué et n’aurait pas créé une nouvelle page. S’il n’apparaît pas comme administrateur, c’est parce qu’il n’aime pas se mettre en avant et il affirme n’avoir jamais réfléchi aux problèmes que pouvait poser le fait que cette page ressemble vraiment à une page officielle. Il soutient d’ailleurs qu’il serait prêt à la supprimer ou à la transférer officiellement au Sirpa-Air si on le lui demandait.
Dans un premier temps, l’armée de l’Air a laissé faire, estimant que le policier faisait du bon boulot. Après tout, il passait près d’une heure par jour à modérer les commentaires, supprimer les remarques jugées déplacées et diffuser des informations officielles provenant du site du ministère de la Défense. Au début de l’année 2011, la politique du Sirpa a changé. Un officier a appelé le policier. Suite à cette conversation téléphonique, dont la teneur ne nous a pas été révélée mais qui s’est semble-t-il déroulée sur un ton amical, le policier a accepté qu’un officier du Sirpa-Air devienne co-administrateur de la page. Cette dernière a alors commencé à changer. Le logo officiel a été remplacé par la photographie d’un avion de chasse.

Surtout, dans la partie « informations » est apparue la mention : « Cette page ne constitue pas la page officielle de l’armée de l’Air ». Puis, le nom de la page a été transformé en « Fans de l’armée de l’Air ».

D’après les informations fournies par le policier, l’objectif du Sirpa-Air serait de créer une page officielle et d’utiliser à cette fin le nom « Armée de l’Air ». La page officielle entretiendrait des liens  étroits avec la page « Fans de l’armée de l’Air », dans l’espoir de récupérer une partie des 12 000 fans de cette page.
Il est difficile de dire si les fans resteront sur la page d’origine tout en adhérant à la nouvelle page officielle, s’ils délaisseront la première au profit de la seconde ou s’ils resteront fidèles à la « fausse » page officielle sans s’intéresser à la « vraie ». En revanche, on peut d’ores et déjà dire que l’armée de l’Air a agi avec tact, comparé à la méthode anglo-saxonne qui, comme nous l’avons décrit au début de ce post, est certes plus rapide mais aussi beaucoup plus brutale. C’est peut-être ça la French touch.
Les créateurs de « fausses » pages agissent souvent plus par un mélange de passion et d’ignorance des règles que par volonté de nuire. Ce sont des fans qu’il serait dommage de se mettre à dos en réagissant de manière trop brusque ou légaliste, sur le mode : « vous n’avez pas le droit d’utiliser notre logo ». En l’occurrence, le policier a plutôt été flatté d’être contacté par des officiers de l’armée de l’Air et de voir que son initiative intéressait au plus haut niveau.
Les médias sociaux, ouverts et décentralisés correspondent assez peu à la culture des armées, relativement fermées et très hiérarchisées. L’histoire de la page Facebook « Armée de l’Air » montre que les armées peuvent compter sur des internautes de bonne volonté pour relayer leurs messages dans le monde du web 2.0 – monde qu’elles abordent avec prudence et parfois avec méfiance. Bien sûr, tous les adeptes des réseaux sociaux ne sont pas aussi bien intentionnés que ce policier mais la crainte de tomber sur des trolls ne doit pas justifier l’inaction. Aujourd’hui, les armées n’ont plus vraiment le choix : si elles veulent faire entendre leur voix, elles se doivent d’être présentes sur les réseaux sociaux. L’armée de l’Air, visiblement, l’a compris comme d’ailleurs l’armée de Terre et la Marine. On reste toutefois loin de ce qui se fait aux Etats-Unis, les armées américaines ayant intégré le fait que dans l’expression « médias sociaux », l’adjectif est plus important que le nom. Cela signifie concrètement que le web 2.0 n’y est pas considéré uniquement comme un outil de relations publiques mais aussi  comme une plateforme susceptible de faciliter l’organisation voire les opérations des armées.

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Auteur: Marc Hecker

La Chine face à l’indépendance du Sud-Soudan

Vendredi, 25. mars 2011 7:28

Ultima Ratio accueille à nouveau – et avec plaisir – un post écrit par Vincent Darracq, docteur en science politique et post-doctorant Tapir au sein du programme Afrique subsaharienne de l’Ifri. Vincent était déjà l’auteur d’Où va Laurent Gbagbo ?, paru sur le blog en décembre dernier.

Après avoir tenu en janvier 2011 un référendum où le « oui » l’a emporté à 98%, le Sud-Soudan deviendra officiellement le 54ème Etat d’Afrique le 9 juillet 2011 : c’est l’aboutissement d’un processus initié par le Comprehensive Peace Agreement (CPA) du 9 janvier 2005 et piloté pour l’Union Africaine (UA) par l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki. Même si l’Etat pas encore indépendant dénonce déjà des tentatives de déstabilisation par le voisin du nord, c’en est vraisemblablement fini d’une des plus longues guerres civiles d’Afrique (commencée en 1983). [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Invité

Le coût de la guerre en Libye

Jeudi, 24. mars 2011 12:07

A l’heure où les questionnements se multiplient autour des frappes aériennes de la coalition internationale en Libye, il convient, en complément de l’analyse stratégique proposée plus bas, de s’interroger sur l’impact financier direct d’une telle opération.

Le coût d’une heure de vol d’un Rafale est de 40 000 euros et entre 15 et 30 000 euros de l’heure pour les autres avions. Le porte-avions Charles de Gaulle coûte 50 000 euros par heure d’intervention. Une frégate ou un sous-marin environ 10 000 euros. Évidemment ces coûts de fonctionnement sont les mêmes, que l’on fasse la guerre en Libye ou que l’on s’entraine en France, car il s’agit du coût d’utilisation normal des appareils et non du surcoût engagé par la guerre. Par ailleurs, le prix unitaire d‘une bombe AASM (Armement Air Sol Modulaire) est de 360 000 euros selon Jean Dominique Merchet et de 200 000 euros selon Sagem. Une bombe GBU-12 coûte quant à elle 19 000 dollars. [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (11) | Auteur: Georges Dienekes

Libye : « On s’engage, et puis on voit »

Mardi, 22. mars 2011 12:41

Cette maxime de Napoléon est inhérente à la guerre. D’abord pensée en référence à l’action militaire de niveau tactique et opératif, elle décrit finalement assez bien la réalité stratégique de la plupart de nos interventions actuelles et pointe aussi leurs faiblesses, et d’abord une préparation stratégique souvent insuffisante – personne n’a oublié l’embarras grandissant des Américains une fois arrivés à Bagdad en 2003. Au vu de notre posture, du cadre choisi et de plusieurs inconnues majeures, l’action dans laquelle on s’est engagé depuis vendredi en Libye ne fait pas exception à la règle. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (11) | Auteur: Etienne de Durand

Le monde selon Donald Rumsfeld

Vendredi, 18. mars 2011 7:37

Lorsqu’il était Secrétaire à la Défense de George W. Bush, Donald Rumsfeld  était connu pour les nombreux mémos ou « snowflakes », notes très courtes sur des sujets des plus variés, qu’il partageait avec ses collègues de l’Administration.

Après plusieurs années de discrétion, Rumsfeld est récemment réapparu dans les médias, à l’occasion de la parution de ses mémoires (que je n’ai pas lues – on verra peut-être plus tard) qu’il dédicace aux quatre coins de l’Amérique. Il est par ailleurs assez actif sur son compte Twitter, sa page Facebook ainsi que son site personnel (ou presque), qu’il a notamment utilisés pour répondre aux propos de Bob Woodward, qui s’inquiétait récemment des troubles mémoriels de l’ex-SecDef. [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Corentin Brustlein

L’université française et la cyberdéfense

Mardi, 15. mars 2011 7:26

Il y a quelques jours, un jeune homme travaillant pour une grande entreprise de défense française est venu à l’Ifri. Fraîchement diplômé d’un master 2 de science politique d’une université parisienne, il souhaitait commencer une thèse sur les questions de cyberdéfense. Il avait entendu parler du système CIFRE (dont j’ai moi-même bénéficié), grâce auquel un doctorant peut écrire une thèse en étant à la fois rattaché à un laboratoire universitaire et intégré dans une entreprise.

Dans la plupart des cas, les doctorants qui souhaitent effectuer une thèse CIFRE – en sciences sociales du moins – n’ont pas de mal à trouver un laboratoire d’accueil – généralement celui de leur directeur de thèse – mais ont plus de difficultés à trouver une entreprise intéressée par leur sujet. En l’occurrence, ce jeune chercheur se trouve dans le cas de figure inverse. L’entreprise de défense pour laquelle il travaille est prête à s’engager dans la voie de la CIFRE mais il a le plus grand mal à trouver un professeur d’université susceptible de diriger ses recherches. [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (6) | Auteur: Marc Hecker

La posture stratégique indienne face au défi pakistanais

Jeudi, 10. mars 2011 8:00

Le Centre des études de sécurité vient de publier un nouveau Focus stratégique intitulé:

La posture stratégique indienne face au défi pakistanais

L’auteur est Guillem Monsonis, rédacteur en chef de la lettre d’informations stratégiques TTU et spécialiste des questions de défense en Asie du Sud.

Résumé:

En 1998, le Pakistan a acquis l’arme nucléaire, bouleversant ainsi les équilibres stratégiques régionaux. L’ancienne doctrine indienne Sundarji s’est révélée inadaptée à ce nouveau contexte. Pour sortir de son impasse stratégique, l’Inde a adopté une nouvelle doctrine dite de Cold Start. Cette doctrine, qui repose sur la rapidité de mobilisation, la surprise et la vitesse d’exécution, est censée permettre à l’Inde de mener une guerre contre le Pakistan sans franchir le seuil nucléaire. Toutefois, sa mise en œuvre est entravée par des obstacles institutionnels, capacitaires, diplomatiques et stratégiques. Il est donc légitime de se demander si la doctrine de Cold Start a réellement été conçue pour être appliquée ou si son élaboration ne vise qu’à impressionner le Pakistan en montrant que l’Inde n’abandonne pas la perspective d’une guerre conventionnelle malgré le risque d’une escalade nucléaire.

Sommaire:

Introduction
La remise en cause progressive de la doctrine
Sundarji
L’émergence de la doctrine de
Cold Start dans un contexte institutionnel et capacitaire délicat
Une stratégie trop ambitieuse?
En conclusion: une doctrine de transition

Ce texte est téléchargeable sur le site de l’Ifri.

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Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Lartéguy et la mythologie politique de la défaite

Lundi, 7. mars 2011 7:11

Jean Lartéguy est mort. Il a suivi Bigeard de peu, emportant avec lui l’une des dernières mémoires de ces Centurions dont il a tant fait le récit — c’est en fait probablement Aussaresses, modèle du commandant Boisfeuras dans le roman, qui est le dernier survivant de ce groupe. Alors que la presse de ces derniers jours fait l’éloge funèbre de ce romancier populaire, officier maintes fois décoré de l’Armée française de Libération, devenu reporter de guerre — blessé en Corée à la bataille de Crèvecœur — il faut remettre un peu en perspective l’œuvre de ce grand témoin de la vie militaire française au XXe siècle.

Premier constat : un grand nombre de ses récits puisent leur texture dans une nostalgie amère, non pas tant du colonialisme, comme l’en ont accusé certains, que de la fraternité d’armes des guerriers vaincus. La défaite continuelle qui semble implacablement poursuivre ses héros nourrit les principaux thèmes de Lartéguy. A tel point qu’on peut presque se demander si Lartéguy n’a pas contribué à réinventer la notion de « défaite glorieuse », promise au succès que l’on connaît au pays de Poulidor. La défaite, c’est d’abord le ciment d’une camaraderie insoupçonnée, ancrée dans un orgueil blessé, celui d’une génération d’officiers, entrés dans le métier des armes avec la Seconde Guerre mondiale et n’ayant finalement connu que des défaites malgré des succès tactiques aussi nombreux qu’inutiles. On retrouve ici une thématique proche de celle des films de Pierre Schoendorffer tels que La 317e Section, L’honneur d’un capitaine ou encore du Crabe-Tambour. Le parcours même de Lartéguy n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du cinéaste alsacien, tous deux « observateurs participatifs » auprès de militaires qui ne cessèrent jamais vraiment d’être des camarades… Les deux hommes ont savamment mêlé dans leurs œuvres souffrance du combattant et courage de l’aventurier en portant sur le phénomène guerrier un regard à la fois viril et fragile qui a parfois semblé décalé aux yeux de leurs contemporains.

Jacques Perrin dans la 317e Section

Tous deux rendent à la guerre un visage humain, et donc à la fois tragique et héroïque, là où les grands conflits type Guerres mondiales avaient broyé complètement les destins individuels dans la geste des masses. La guerre qu’ils décrivent est celle de petits groupes d’officiers, généralement subalternes, aussi éloignés de la troupe que des grands chefs, liés par une histoire qu’ils ont en partage depuis l’Indo et parfois plus. Militairement isolés au sein de dispositifs très lâches, fondamentalement abandonnés par une nation indifférente ou hostile – ils se battent d’ailleurs moins pour la France que pour son honneur ou pour « l’Empire » – ces hommes découvrent le pays viet tels des aventuriers et finalement goûtent leur liberté. Un isolement et une liberté qui finit toujours par les éloigner de la République — c’est le sujet des Mercenaires.

Mais Lartéguy est aussi un monument incontournable de la mythologie militaire. Là encore, la défaite semble souder les cœurs autour du besoin de héros. C’est ainsi que le parachutiste bigeardien devient la figure phare des romans de cet écrivain qui contribua largement à populariser le « mythe du para », à l’instar d’un Pierre Sergent — quoiqu’avec plus de distance et moins de fascination. Un authentique succès transforma ces ouvrages en livres de chevet de nombreux cyrards et autres fana-milis, sans doute nourris l’ennui de la vie de garnison et du rôle peu glorieux promis à l’armée dans le contexte de la guerre froide. Cette mythologie en quête de héros pour conjurer la défaite, il l’étoffe en tissant une filiation héroïque — d’autres l’avaient fait avant lui — entre les paras d’Algérie et les Croisés de l’An Mil dont il a fait le récit dans Mourir pour Jérusalem.

De manière moins légendaire, Lartéguy a également rendu grâce à l’originalité d’une pensée militaire, une fois encore ancrée dans le refus de la défaite : Les Centurions notamment disséminent auprès d’un large public les principes de la « contre-insurrection à la française », fondés sur les leçons de l’échec indochinois. Ce contenu véritablement tactico-stratégique de ses ouvrages lui a notamment valu son exportation outre-atlantique dès les années 1960 —Bernard Fall, célèbre expert français, expatrié aux États-Unis, recommandait à qui voulait l’entendre la lecture des Centurions comme le montre sa préface de Trinquier. C’est probablement à travers Lartéguy qu’il faut comprendre l’admiration d’un David Petraeus pour Bigeard — Petraeus qui a d’ailleurs récemment fait rééditer la traduction anglaise des Centurions par Amareon LTD.

Enfin, Lartéguy s’est fait également le romancier du ressentiment du soldat, blessé par l’incompréhension d’une population et d’un gouvernement qui ne veut plus voir la guerre tout en la cautionnant, méprisant ceux qui prétendent mourir en leur nom. Témoin privilégié du hiatus grandissant dans le lien armée/nation, Lartéguy a décrit mieux que personne comment l’isolement sociétal de ces officiers a mené à leur engagement puis à leur radicalisation politique — c’est le sujet notamment des Prétoriens. Il est en cela l’illustration parfaite des travaux de Raoul Girardet, depuis sa Crise militaire française jusqu’à ses Mythes et mythologies politiques.

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Elie Tenenbaum

Menaces d’attentat contre le Bataclan

Jeudi, 3. mars 2011 7:02

Dans un article paru dans Le Figaro et intitulé Al Qaïda à Gaza voulait frapper la France, Philippe Cohen-Grillet révèle qu’au début de l’année 2009, les services de renseignement français ont appris que le groupe jihadiste palestinien Jaish al-Islam projetait de commettre un attentat contre le Bataclan.

Si Jaish al-Islam a voulu frapper le Bataclan, c’est sans doute parce que cette salle de spectacles accueille régulièrement des galas en faveur de l’armée israélienne et qu’au début de l’année 2009, une soirée de soutien à la police des frontières israélienne, le Magav, devait y avoir lieu. La soirée en question ne s’est finalement pas déroulée au Bataclan mais dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment.

Plusieurs organismes récoltent des fonds, en France, pour les forces de sécurité israéliennes : le Libi et l’Association pour le bien-être du soldat israélien (Absi) concentrent leurs efforts sur l’armée israélienne tandis que Migdal entreprend des actions pour le Magav. Bien sûr, ces associations n’achètent pas des armes ou des munitions pour Tsahal. En revanche, elles développent des projets destinés à rendre la vie des soldats plus agréable en leur permettant de se détendre dans des lieux dédiés, d’être entourés lors des fêtes juives ou de reprendre leurs études à la fin de leur service.

Si les menaces d’attentats du Jaish al-Islam ont sans doute joué un rôle décisif dans la décision de déplacer le gala de 2009, d’autres formes de pression doivent être prises en compte. Pendant la guerre à Gaza de janvier 2009, d’importantes manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu à Paris. Le trajet de la manifestation parisienne du 3 janvier 2009 prévoyait un passage devant le théâtre du Gymnase, autre lieu honni des militants pro-palestiniens pour avoir accueilli des galas en faveur de l’armée israélienne. En passant devant ce théâtre, le cortège s’est immobilisé quelques instants et Omar S., cadre de la Gups puis de Génération Palestine a pris la parole :

« Les trois dernières années [les galas de soutien à l’armée israélienne se sont] passés au Bataclan. Apparemment, il est prévu que cette année ça se reproduise encore une fois au Bataclan. C’est annoncé dans quelques semaines alors que nos frères et sœurs à Gaza sont encore sous les bombes. J’ai un message très important à faire passer au théâtre du Gymnase, au Bataclan et à tous les lieux culturels français : c’est un crime et c’est une honte qu’ils paieront s’ils accueillent des galas pour récolter des fonds pour l’armée israélienne. Cette provocation ne doit pas avoir lieu et elle sera interdite par la force des milliers de personnes qui sont aujourd’hui présentes ».

Quelques jours plus tôt, le 20 décembre 2008, une dizaine de militants pro-palestiniens portant des keffiehs leur masquant totalement le visage à l’exception des yeux se sont rendus devant le Bataclan. L’événement a été filmé par les militants eux-mêmes et diffusé sur YouTube. Au début de la vidéo, un message s’affiche :

« Si le Bataclan et Migdal organisent, comme les années précédentes, un gala pour le Magav, la police des frontières de l’armée israélienne, les gens ne vont plus le supporter et vous allez payer les conséquences de vos actes. La prochaine fois, on ne viendra pas pour parler ».

Je vous laisse découvrir la suite de la vidéo :

Depuis des années, les associations pro-palestiniennes faisaient signer des pétitions et encourageaient  leurs membres à écrire au préfet de police, au maire de Paris, au maire du 11ème arrondissement ou au directeur du Bataclan pour faire annuler les galas en faveur de l’armée israélienne ou de la police des frontières. Toutes ces actions n’ont pas eu l’effet escompté. En revanche, les menaces proférées au début de l’année 2009 ont fonctionné. Espérons que les militants des deux bords n’en déduiront pas que seule la menace du recours à la violence est garante d’une certaine efficacité. Ce serait ouvrir la voie à une dangereuse escalade.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Auteur: Marc Hecker