Articles du février, 2011

Garder l’Amérique hors d’Asie: la diversification des moyens militaires chinois

Lundi, 28. février 2011 8:10

Les lecteurs assidus d’Ultima Ratio (et des productions de l’Ifri) que vous êtes auront peut être le souvenir d’avoir vu paraître au début du blog quelques posts sur le déni d’accès, posture militaire et politique par laquelle un acteur tente de s’opposer à une opération de projection de forces – une menace qui parle tout particulièrement aux appareils militaires occidentaux. Dans mes Focus stratégiques, j’avais choisi de m’intéresser en priorité au cas iranien, plus proche de l’Europe et peut-être aussi plus “à sa dimension” (quoique, sur ce point, il s’est avéré que ce n’était pas si simple).

Aux Etats-Unis, les regards se portent plus naturellement sur ce que fait la Chine dans le domaine. Celle-ci s’efforce de décliner le principe du déni d’accès sous toutes les formes envisageables, et certains experts ont passé un temps considérable à disséquer l’approche que la RPC a du déni d’accès, à évaluer les progrès de certains vecteurs conventionnels ou ses capacités et concepts d’emploi en matière de guerre des mines. Il y avait déjà beaucoup à dire (et, pour nous, à lire), mais il m’a paru intéressant de relater certains éléments apparus dans des auditions récentes de chercheurs de la RAND auprès de l’US-China Economic and Security Review Commission.

Roger Cliff remarquait récemment que bien que la Chine fasse des efforts afin d’améliorer ses capacités de déni d‘accès, le terme en tant que tel n’apparaît pas dans le débat militaire interne, qui évoque la nécessité de défaire un adversaire militairement supérieur (nécessité récurrente dans l’histoire militaire de la Chine contemporaine). Cela n’empêche pas la stratégie chinoise d’être fortement orientée vers le déni d’accès, mais explique le caractère hybride de cette posture, à la fois high-tech et recourant à l’asymétrie. Cette stratégie s’appuierait ainsi sur plusieurs principes :

  • Eviter une confrontation directe, “du fort au fort”, avec les forces de l’adversaire ; cibler des points vulnérables ou, tout au moins, des “points-clés” de l’adversaire, en particulier le C4ISR, à l’aide de capacités décisives concentrées à cette fin ;
  • S’emparer de l’initiative au plus tôt, créer un effet de surprise, préempter l’adversaire et ne pas laisser durer le conflit ;
  • Bénéficier de la supériorité informationnelle.

Cortez Cooper permet d’approfondir ce dernier point, plus original, mais qui laisse quelque peu songeur. Puisque le débat sur le déni d’accès est, dans une large mesure, une émanation du débat plus large sur la RMA, cela ne surprendra pas grand-monde de voir que la Chine envisage de constituer un “système des systèmes” auquel s’adosserait une campagne militaire destinée à contrer une intervention extérieure. L’intégration des différentes composantes de la “campagne interarmées anti-raid aérien” (Joint Anti-Air Raid Campaign – défense aérienne intégrée du territoire national, frappes sur les bases aériennes et porte-avions US, moyens aéroportés de C4ISR et de détection avancée, allonge supérieure des moyens antiaériens grâce à une portée accrue des appareils de chasse et au renforcement des capacités SAM de la flotte – People’s Liberation Army Navy ou PLAN) n’a rien d’aisé pour la Chine, tant en termes techniques qu’organisationnels ou opérationnels (c’est encore au plan doctrinal – sur le papier donc – que l’intégration sera la plus aisée).

Bien qu’ayant historiquement privilégié une posture de “pauvres”, la Chine se trouvera de plus en plus confrontée à des problèmes de “riches” : l’interarmisation, la constitution d’un réseau de capacités de détection et de ciblage transhorizons, l’intégration dans un plan de campagne de capacités de guerre électronique, cybernétiques, spatiales et conventionnelles, ou la constitution d’un réseau C4ISR global efficace et son articulation au niveau régional. Sur ce dernier plan, le défi est conséquent, et ne se résume pas à la seule obtention d’une “common operating picture”, mais à l’actualisation et la résilience de celle-ci dans le cadre d’un scénario d’intervention américaine.

Autre aspect intéressant, Martin Libicki, l’un des pères conceptuels de la cyberguerre (et des pionniers de la réflexion sur la RMA), s’est intéressé à la façon dont la Chine pourrait recourir à la cyberguerre dans le cadre d’une stratégie de déni d’accès, ceci à travers deux scénarios: un emploi stratégique des cyberattaques d’une part, un emploi opérationnel de l’autre. C’est très bref mais pas inintéressant.

  • Dans le premier scénario, la Chine lance une cyberattaque d’envergure stratégique contre le réseau de production et de distribution d’électricité des Etats-Unis, afin de dissuader ceux-ci d’intervenir dans un conflit en préparation à Taiwan. Selon Libicki, un tel emploi de la cyberguerre ne serait pas des plus pertinents pour la Chine: il transformerait une crise régionale en crise globale en touchant au homeland américain et tendrait plutôt à contraindre les Etats-Unis à intervenir pour ne pas perdre en crédibilité en Asie.
  • Une fois n’est pas coutume (cf. un précédent post de Marc sur ce blog), l’emploi opérationnel des cyberattaques s’avère plus original et intéressant: une fois l’intervention décidée du côté américain, la Chine attaque les systèmes d’information militaire des Etats-Unis, par exemple leur système de gestion logistique. L’objectif le plus évident serait ici de ralentir l’arrivée de leurs forces de projection, éventuellement dans l’espoir de créer un fait accompli à Taiwan, puis de préparer l’île à une tentative de reconquête américaine.
  • Alternativement, Libicki évoque la possibilité de voir la Chine utiliser cette attaque comme une sorte de première frappe « sous l’écran radar », sans gros risques. Suite à une telle initiative – purement « cyber » à l’origine – menée tandis que la flotte américaine entame ses mouvements pour prévenir ou répondre à une intervention chinoise, la Chine pourrait évaluer les conséquences de la cyberattaque, d’en déduire ses chances de résister militairement à une intervention américaine et, en fonction de cela, de décider d’intervenir ou non à Taiwan.

Il apparaît en tous cas de plus en plus clair que la Chine oriente sa posture vers des missions de déni d’accès. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le prochain numéro de Politique étrangère (mars 2011) comportera un article sur la modernisation de la flotte chinoise, écrit par mon ancien collègue Yves-Heng Lim, et qui tend à prouver cette tendance à partir du cas spécifique de la PLAN. Les testimonies indiqués plus haut montrent bien qu’une telle  stratégie mobiliserait l’éventail complet des pratiques militaires, et explique l’intérêt que lui portent les officiers et think tankers américains – ça et les éternelles rivalités bureaucratiques, bien entendu.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Corentin Brustlein

Narco-insurrection au pays du serpent à plumes

Jeudi, 24. février 2011 7:17

On ne parle souvent en France des problèmes de drogue au Mexique que dans le cadre de « l’affaire Florence Cassez » passant ainsi un peu vite sur le chaos sécuritaire dans lequel est plongé le pays aujourd’hui. En décembre 2006, le Président du Mexique nouvellement élu, Felipe Calderon annonçait le lancement d’une « war on drugs » mexicaine à l’instar de celle déclarée par Richard Nixon en 1971. Le narcotrafic a pourtant bien évolué depuis les temps fastes de Pablo Escobar, et les spécialistes parlent aujourd’hui de cartels de troisième génération : après la narco-armée de Medellin, qui s’opposa frontalement à l’État colombien et paya le prix fort, puis le modèle du cartel colombien de Cali reposant surtout sur la corruption des autorités, la troisième génération incarne un subtil mélange entre la force coercitive du premier et le financement souterrain du second. C’est en tout cas l’idée développée dans un article de R .J. Bunker et J.P. Sullivan dans un numéro spécial de la revue Small Wars and Insurgencies consacré aux Drug Wars mexicaines. Beaucoup plus que ses prédécesseurs, le cartel de troisième génération constituerait une menace fondamentale, avec l’apparition d’une nouvelle entité belligérante concurrente de l’Etat moderne – ainsi un câble publié par WikiLeaks évoquait la crainte de certains officiels mexicains de perdre définitivement le contrôle de pans entiers du territoire national. Les principales innovations technico-politiques que l’on peut mettre en avant en la matière sont portées par deux nouveaux-nés des cartels mexicains : Los Zetas et La Familia qui sont venus s’ajouter aux quatre grands « syndicats » traditionnels établis le long de la frontière – cartels de Tijuana, de Sinaloa, de Ciudad Juarez, et du Golfe.

Professionnalisation et militarisation

Le premier élément marquant est sans aucun doute la professionnalisation accrue de l’activité criminelle au Mexique depuis une dizaine d’années : on est passé du gangstérisme de rue à une certaine forme de techno-guérilla. Alors que les gangs classiques sont marqués par l’indiscipline dans l’emploi de la force, la nouvelle génération repose sur des pros – littéralement. Un article de SW & I analyse l’origine de ce mouvement dans la création en 1990 des Grupos Aeromoviles Fuerzas Especiales (GAFE), forces spéciales mexicaines entraînées à Fort Bragg et bénéficiant du matériel le plus en pointe. Néanmoins, alors que les effectifs de ces forces explosent à la fin de la décennie, un phénomène de désertion massive se manifeste du fait des soldes indigentes et de l’attrait de la narco-culture chez nombre de ces membres.  C’est ainsi que sont nés, au tout début des années 2000, Los Zetas, un groupe de mercenaires initialement à la solde du Cartel du Golfe, mais qui deviennent indépendants, ce qui oblige tous leurs différents concurrents à s’adapter aux techniques militaires employées par les nouveaux venus, engendrant ainsi la « zetanisation» du narcotrafic.

Los Zetas, des narcos à l'école des forces spéciales

Financé par les sommes considérables engendrées par le négoce de la drogue (entre 13 et 48 milliards $  pour toute la région), l’armement de ces nouveaux groupes atteint aujourd’hui des degrés encore inédits. Il n’est ainsi pas surprenant de voir Los Zetas ou d’autres narcotraficants porter des gilets pare-balles militaires, des casques en Kevlar ou disposer d’un arsenal comportant autant les classiques AK-47 ou AR-15 que des armes lourdes de type fusil longue portée Barret ou  mitrailleuse 12.7, lance-grenade, RPG, missiles sol-air, explosifs brisants, etc. Selon un rapport du Foreign Policy Research Institute, les Zetas disposeraient même de petits sous-marins et d’hélicoptères de combat.

Plus frappant encore, la mise au point de Techniques, Tactics and Procedures (TTPs) permettant d’employer au mieux les performances de ce matériel. L’afflux constant de policiers et militaires corrompus dans les rangs des cartels permet en effet la diffusion de tactiques de guerre urbaine telles que le swarming — introduit par l’armée israélienne lors de la seconde Intifada. On constate aussi l’emploi de méthodes de renseignement humain, d’écoutes électroniques (SIGINT) et de contre-espionnage – d’autant plus efficaces qu’elles sont fondées sur une grande connaissance des techniques policières dont de nombreux « conseillers militaires » des cartels sont issus.

Ultra-violence et guerre psychologique

La seconde nouveauté de ces cartels réside dans l’emploi stratégique de l’ultra-violence afin d’instiller la terreur dans le cœur et les esprits des populations comme des autorités locales récalcitrantes aux incitations financières. Un autre article de SW&I détaille les différentes méthodes de torture et de démembrement corporel appréciées de certains cartels – l’article  dénombre pas moins de sept pratiques différentes de démembrement. Une étude de George Grayson publiée récemment par le SSI sur le cartel de La Familia raconte comment des membres de l’organisation se sont fait connaître dans la province du Michoacan en déversant sur le dance floor d’une discothèque un sac plastique contenant cinq têtes décapitées.

Loin d’être gratuit, l’emploi d’une telle violence par les cartels  manifeste la volonté de mener une véritable « guerre psychologique » (l’expression est employée à plusieurs reprises dans l’étude) à l’encontre des autorités gouvernementales et d’ancrer leur pouvoir sur les populations locales. Les cadavres sont d’ailleurs toujours « signés » et portent sur eux des messages du type « voici ce qui arrive aux ennemis de La Familia » .

Du social-networking aux ‘narcocultos’

La dernière caractéristique innovante de cartels de nouvelle génération est l’apparition d’un discours idéologique accompagnant et éventuellement justifiant leur action. Ainsi le cartel de La Familia, d’inspiration évangélique, prétend appliquer la « justice divine » dans la province de Michoacan. Affirmant protéger la population de la consommation de la drogue sur place (un discours paradoxal qui n’est pas sans rappeler celui des Taliban), ils se posent ainsi en protecteurs des valeurs traditionnelles face aux gangs rivaux comme les Zetas. Ceux-ci, au contraire, prennent le contre-pied de leurs ennemis et se parent  d’une iconographie occulte (d’où le terme de narcoculto) portée par la figure tutélaire de Santa Muerte – un culte religieux syncrétique et ritualisé qui suscite une réelle ferveur dans le pays.

Ces différentes identités narco-culturelles, relativement nouvelles pour les cartels, ont trouvé dans les technologies de l’information un important relais de soutien voire de recrutement auprès de l’opinion. C’est notamment le sujet de l’étude de Sarah Womer et Robert Bunker qui multiplie les exemples de cyber-portails des cartels sur des plates-formes aussi variées que Second Life, MySpace, YouTube ou Facebook. Tout en respectant les principes de la sécurité opérationnelle (OPSEC), les gangs semblent s’ouvrir de manière totalement décomplexée au regard de la cyber-société, poussant même la logique jusqu’à la participation à des jeux en ligne (Facebook, iPhone) les mettant en scène comme MafiaWars.

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Dans ces conditions, la guerre de la drogue au pays du serpent à plumes, qui aurait déjà fait plus de 13 000 morts rien qu’en 2010, ne semble pas être près de s’achever. Ses nouvelles caractéristiques  semblent annoncer la mutation du narcotrafic en une narco-insurrection qui ne possède plus seulement les moyens financiers, mais également militaires, sociaux et politiques d’un belligérant.  Les enseignements que l’on peut tirer de ces « guerres nouvelles », pour reprendre l’expression de Mary Kaldor,  devraient nous pousser à ne pas ignorer  le nouvel ordre social qui tente aujourd’hui de s’imposer au Mexique, et demain peut-être dans des espaces plus proches de nous.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Auteur: Elie Tenenbaum

Blogs de défense: Retex des Etats-Unis

Lundi, 21. février 2011 7:40

Saint-ExJ’ai eu la chance d’aller aux Etats-Unis récemment dans le cadre d’une étude sur l’utilisation des médias sociaux par les armées. J’en ai profité pour participer au premier « bloggers’ happy hour », une réunion informelle de blogueurs de défense, organisée dans un café branché de Washington : le Saint-Ex. Si ce lieu avait été choisi, ce n’était ni par francophilie ni par admiration pour l’auteur du Petit Prince mais pour rendre hommage à l’un des papes de la blogosphère de défense américaine : Andrew Exum dit « Ex » et plus connu sous le pseudonyme d’Abu Muqawama. En plus des grands blogs de défense américains – Small Wars Journal, The Best Defense, Danger Room, Ink Spots, Registan, On War and Words, etc. – deux blogs européens étaient représentés : Kings of War et… Ultima Ratio !

Les discussions étaient très informelles et sont parties – les IPA aidant – sur des sujets extrêmement variés, des chances des Américains de l’emporter en Afghanistan à celles des Steelers de Pittsburgh de gagner le Super Bowl. Voici quelques éléments que j’ai pu retenir – malgré les IPA :

  • Contrairement à une idée largement répandue, les blogs ne sont pas qu’une affaire de « digital natives ». Sur la vingtaine de personnes présentes, la grande majorité avait entre 30 et 40 ans. Trois ou quatre blogueurs avaient plus de 50 ans, dont le plus connu de tous : Tom Ricks.
  • Les blogueurs se connaissaient par blogs interposés mais ne s’étaient, pour beaucoup, jamais vus. Naïvement, je pensais qu’ils se rencontraient régulièrement aux Bloggers Roundtables du Pentagone mais certains d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds à ces tables-rondes officielles dont ils doutaient de l’intérêt véritable.
  • La blogosphère de défense américaine est moins policée que la nôtre. Certains blogueurs présents se sont royalement ignorés. Ambiance, ambiance… Pour avoir un aperçu de la virulence des débats sur les blogs américains, il suffit de regarder les posts qui ont été publiés suite à la destruction du village de Tarok Kalache par l’armée américaine.
  • Plusieurs blogueurs sont contraints de bloguer sous pseudonyme. Ce n’est pas très surprenant pour les blogueurs travaillant dans une administration. Il est en revanche plus étonnant de voir que certains chercheurs rattachés à des think tanks  – en l’occurrence proches du Pentagone – se sentent obligés de s’exprimer anonymement.
  • Quelques personnes présentes semblaient quelque peu lassées par leur activité de blogueur – une activité qui prend du temps et qui n’est pas forcément reconnue à sa juste valeur d’un point de vue professionnel. L’une d’entre elles a même déclaré qu’elle prenait désormais plus de plaisir en tweetant qu’en bloguant.
  • Les blogueurs se servant de Twitter se sont montrés très positifs au sujet de cet outil. L’un d’entre eux a estimé que Twitter lui avait permis de multiplier le lectorat de son blog par 3. La plupart des blogs de défense qui utilisent à la fois Twitter et Facebook ont désormais plus de followers sur le premier que de fans sur le second. A titre d’exemple, Kings of War a 546 fans sur Facebook et 733 followers sur Twitter.
  • Enfin, les quelques personnes présentes qui connaissaient Ultima Ratio se sont étonnées de la faiblesse du nombre de commentaires, par rapport à ce que l’on observe sur les blogs de chercheurs américains et britanniques. Je n’ai pas vraiment su leur fournir d’explications. Le lectorat d’Ultima Ratio est en constante augmentation mais il faut bien admettre que les commentaires ne suivent pas. Chers lecteurs, je me tourne donc vers vous…

Catégorie: Divers | Commentaires (6) | Auteur: Marc Hecker

Strategic Stability in the Cold War: Lessons for Continuing Challenges

Jeudi, 17. février 2011 7:00

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri a récemment publié le Proliferation Paper n°36:

Strategic Stability in the Cold War. Lessons for Continuing Challenges

L’auteur est David S. Yost, Professeur à la U.S. Naval Postgraduate School à Monterey en Californie.

Résumé:

During the Cold War, the phrase “strategic stability” gained currency both as a foreign policy objective and as an apt way of describing the fact that the United States and the Soviet Union never actually went to war. To what extent did U.S. analytical models concerning “crisis stability,” “first-strike stability,” and “arms race stability” – and policies based on these models – contribute to the avoidance of war between the United States and the Soviet Union? This paper argues that, in light of Soviet and U.S. behavior at the time and in view of what has subsequently been learned about Soviet policies and decision-making, the proponents of these models have overestimated their utility. Today, the expression “strategic stability” is still widely used, for example in the U.S. 2010 Nuclear Posture Review Report. For this reason, and in the context of the forthcoming bilateral nuclear reductions, it may be useful to critically examine the cogency and relevance of these U.S. models from the Cold War period with a view to identifying lessons for current challenges.

Sommaire:

Introduction
U.S.-Soviet predominance and fear of nuclear war

American theories of stability during the Cold War
Lessons
Conclusion

Ce texte peut être téléchargé sur le site de l’Ifri.

Les arguments de l’auteur, notamment les leçons tirées, devraient susciter le débat, aussi si vous avez des commentaires n’hésitez pas!

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Les camps de réfugiés et la guerre. Du sanctuaire à l’enfermement humanitaire ?

Mardi, 15. février 2011 17:05

Le Centre des études de sécurité vient de publier un nouveau Focus stratégique intitulé Les camps de réfugiés et la guerre. Du sanctuaire à l’enfermement humanitaire ? Ecrit par Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l’IRD, le texte est – comme toujours – téléchargeable sur le site de l’Ifri.

Créés pour protéger les populations civiles affectées par des conflits ou des catastrophes naturelles, les camps de réfugiés et de déplacés possèdent une indéniable dimension stratégique et leur gestion peut être déterminante pour les sorties de crise. Pendant la guerre froide, les camps, souvent situés à la frontière entre deux Etats, servaient de viviers de recrutement, de centres de ressources logistiques et de plateformes médiatiques de propagande. Depuis vingt ans, la fonction stratégique des camps a évolué : s’ils contribuent toujours à prolonger les conflits, ils abritent moins de réfugiés et jouent un rôle militaire moins prééminent. Autrefois encadrés par des guérillas, les camps sont aujourd’hui gérés par des organisations caritatives – ce qui ne va pas sans susciter des interrogations quant à la responsabilité juridique et sociale des humanitaires en matière d’organisation et de ravitaillement des économies de guerre.

Bonne lecture, et n’oubliez pas de nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Le retour du « Léviathan »

Lundi, 14. février 2011 7:00

Le « Léviathan » est le titre que donna le philosophe Hobbes à son œuvre majeure, en référence au terme d’origine hébraïque qui désigne dans la Bible un monstre terrifiant, capable de modifier la planète et d’en bouleverser l’ordre et la géographie. C’est également le nom d’un des deux champs gaziers découverts en décembre 2010 par Israël au large des côtes du port d’Haïfa, qui pourrait contenir 450 milliards de mètres cubes de gaz.

Bien que cette problématique soit plus rarement évoquée, elle constitue, à proprement parler, un enjeu géopolitique pour l’Etat d’Israël, le Liban mais également l’Autorité palestinienne, pour qui l’exploitation de ces gisements pourrait à la fois conduire vers l’autonomie énergétique et constituer une manne financière considérable.

Un vieux serpent de mer

La recherche de la présence d’hydrocarbures dans la zone du bassin du Levant remonte au milieu des années 1990. Au cours de la dernière décennie, plusieurs études sismiques et géologiques réalisées par la British Gaz ainsi que les Spectrum et Petroleum Geoservices, conclurent à la présence « potentielle » de gaz et de pétrole, notamment au large des côtes d’Israël et du Liban. C’est en janvier 2009 qu’un consortium américano-israélien confirme la présence effective de gaz au large d’Haïfa.

Quand le monstre refait surface

En mars 2010 une étude de l’United States Geological Survey (USGS) évaluait les réserves de gaz et de pétrole dans la zone du bassin du Levant à 3.500 milliards de m3 et 1,7 milliards de barils. Quelques mois plus tard, Israël annonçait officiellement la découverte de deux gisements gaziers, baptisés Tamar et Léviathan, que le consortium américano-israélien Nobel Energy décrivait comme « la plus importante découverte de la décennie ». Il n’en fallut pas plus pour relancer les débats.

« Bellum omnium contra omnes »

L’Etat hébreu revendique le droit d’exploitation dans le cadre de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Cependant, le Liban conteste ce droit, au motif qu’une partie des gisements se trouvent au-delà des eaux territoriales israéliennes. Le 17 août 2010 le parlement libanais a approuvé un texte autorisant l’exploitation des gisements de gaz et de pétrole au large de ses côtes à l’horizon 2012. Le 4 janvier dernier, le ministre des Affaires étrangères libanais a demandé au secrétaire général des Nations Unies d’empêcher l’Etat hébreu d’exploiter « les ressources d’hydrocarbures du Liban », déclarant qu’il s’agissait d’une violation flagrante de la loi internationale et d’une attaque contre la souveraineté libanaise. Rappelons à ce titre qu’entre Beyrouth et Tel-Aviv, la délimitation précise des frontières terrestres et maritimes demeure une question en suspens dont le règlement ne sera probablement pas facilité par cette découverte.

Les choses se compliquent encore davantage quand le rapport de l’USGS fait état de la présence de réserves de gaz substantielles au large de la bande de Gaza. Outre le fait que l’Autorité palestinienne et Israël ne manqueront pas de s’opposer afin d’en revendiquer l’exploitation pour des raisons purement économiques, la perspective de voir le Hamas assoir son influence politique et renforcer ses capacités militaires ne peut être perçu par Tel-Aviv que comme une menace directe pour sa sécurité. L’Etat hébreu s’est d’ailleurs déjà opposé à l’Autorité palestinienne au sujet de l’exploitation de gisements gaziers dont cette dernière souhaitait confier l’exploitation à la British Gaz. La compagnie avait alors réalisé le percement de deux puits qui ne sont jamais entrés en fonction.

*    *

La question du contrôle et de l’exploitation des ressources en hydrocarbures dans la zone du bassin du Levant ne manquera pas de constituer une pomme de discorde supplémentaire dans un environnement où le contrôle du terrain et de ces ressources naturelles font déjà l’objet de vives tensions. Le retour du Léviathan pourrait bien être porteur de mauvais présages.

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Auteur: J.R. Coignet

The UN Mission in East Timor: Some Remarks for Further Debate

Jeudi, 10. février 2011 6:38

Ifri’s Security Studies Centre published in November 2010 a “Focus stratégique” entitled “The UN, a Clumsy Pygmalion: The Fragility of Nation-building in Timor”.

This slightly polemical article engendered quite a few reactions. Jean-Christian Cady, former Deputy special representative to the UN Secretary General in East Timor shared with us some very instructive comments on the actions of the UNTAET and, more broadly, on the UN’s practices in post-conflict missions.

These remarks shed light on the difficulties that the international community has faced in Timor, but also on the challenges which need to be tackled in almost every mission of nation-building. These would be, for instance, the multiplicity of languages and cultures and the uneven level of competence of UN personnel, the lack or even the absence of local human resources, the working and living conditions of the members of the missions, as well as the difficulty to cooperate with Bretton Woods institutions.

We highly recommend you to read these comments, available in English here.

Your own remarks are, of course, more than welcome!

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Séminaire : La nouvelle Strategic Defence and Security Review britannique

Mardi, 8. février 2011 6:44

Le prochain séminaire-sandwich organisé par le Centre des études de sécurité de l’Ifri se tiendra le jeudi 10 février 2011 de 12 h 30 à 14 h 00, autour d’Alastair Cameron et Stéphane Goussot sur le thème « La nouvelle Strategic Defence and Security Review ».

La Strategic Defence and Security Review (SDSR), parue en octobre 2010, est le premier document du genre produit par le gouvernement de coalition. L’adoption de ce texte a initié une réforme sans précédent de la défense britannique, avec notamment une baisse du budget de 8% sur 4 ans. Par ailleurs, la SDSR a précédé et en partie déterminé l’accord de coopération bilatérale signé avec la France en novembre dernier.

Alastair Cameron est chef du programme European Security au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI). Avant de rejoindre le RUSI, il a travaillé comme consultant sur les questions de défense chez Frost & Sullivan, ainsi qu’à la Délégation aux affaires stratégiques. Alastair Cameron est diplômé de l’University of London et de Sciences Po Paris.

Christophe Goussot est chargé de mission à la Délégation aux affaires stratégiques et s’occupe de la coopération bilatérale avec le Royaume-Uni. Il est titulaire d’un CAPES d’anglais et d’un master de civilisation britannique contemporaine.

Le débat sera animé par le Lieutenant-colonel Pierre Chareyron, chercheur à l’Ifri, qui a récemment publié un Focus stratégique sur l’armée britannique.

Nous espérons vous y voir nombreux !

Les participants peuvent apporter un sandwich s’ils le souhaitent.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Appel à témoins: protéger les civils

Jeudi, 3. février 2011 7:04

La protection des civils dans les conflits ou en période post-conflit est un enjeu important, délicat, parfois insuffisamment pris en compte. Depuis 1999, de nombreux mandats des Nations Unies incluent la protection des civils. La COIN requiert également de protéger les civils afin de « gagner leurs cœurs et leurs esprits ». En outre, lors de telles opérations, il est essentiel d’assurer la sécurité des experts civils internationaux déployés afin de garantir la réussite de l’approche globale.

Dans le cadre d’une étude sur la protection des populations civiles et des experts civils internationaux, je recherche des témoignages. Comment les forces armées assurent-elles, ou pas, la sécurité des civils sur des terrains comme l’Afghanistan, le Tchad, la RDC, etc.? Comment les experts civils assurent-ils leur propre sécurité? Si en tant que militaire, vous avez été confronté à cet enjeu qu’est la protection des civils ou si, en tant que civil, vous avez été déployé dans des opérations extérieures, y compris humanitaires, et que vous souhaitez témoigner des problèmes de sécurité que vous avez rencontrés et de la façon dont vous les avez gérés, n’hésitez pas à m’écrire (leboeuf@ifri.org) ou à commenter ce post.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Auteur: Aline Lebœuf

Le retour d’expérience dans les armées françaises : formalisation et interrogations

Mardi, 1. février 2011 7:12

L’historien Michael Howard, dans l’un de ses essais les plus fameux, comparait la tâche d’un militaire à celle d’un chirurgien devant passer sa vie à s’entraîner sur des mannequins afin de se préparer en vue d’une unique opération. De fait, comment exceller dans sa mission lorsque l’on n’est pas à même de mettre à l’épreuve les principes guidant la formation des unités et d’enrichir le répertoire de pratiques par les expériences vécues ?

Par-delà les destructions, pertes et coûts occasionnés, la guerre, et plus largement les engagements sur des théâtres d’opérations extérieurs, constituent des opportunités uniques d’apprendre et de s’adapter pour les diverses composantes des forces armées impliquées. Depuis la fin de la guerre froide, les armées françaises ont mené nombre d’opérations extérieures, voire de guerres, comme c’est bien le cas en Afghanistan. Certaines sont relativement brèves, d’autres s’éternisent et peuvent, le temps aidant, voir évoluer tant les tactiques, plans d’opérations, équipements et objectifs de l’adversaire que ceux des forces françaises. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Auteur: Corentin Brustlein