Articles du janvier, 2011

Caveats to Civilian Aid Programs in COIN: The French Experience in Afghanistan

Jeudi, 27. janvier 2011 7:05

Ifri’s Security Studies Center has just released a paper on the French experience in civilian aid progams in Afghanistan.

In this paper, the author, Amaury de Féligonde, who has worked for one year as a project manager within the Afghan-Pakistan Interministerial Unit, draws conclusions from his own experience in Kapisa and Surobi. He analyses the challenges he faced when trying to implement development projects in these war zones and intends to make recommendations applicable not only to Afghanistan, but to any conflict area.

Table of contents:

Introduction

Civil-Military Intervention  in Kapisa and Surobi

The “Developers’” Triple Illusion

The Objectives  and Modus Operandi  of Cooperation Operations

Is Civilian Aid COIN-compatible?

Conclusion

To download the article, click here.

Please feel free to share your comments about this publication on Ultima Ratio.

Catégorie: Divers | Commentaires (2) | Auteur: Ultima Ratio

De la difficulté de gouverner

Lundi, 24. janvier 2011 6:57

Je viens de terminer le dernier livre de Bob Woodward, Obama’s Wars, un must read pour tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la guerre en Afghanistan.

Le journaliste du Washington Post y décrit avec une minutie souvent surprenante les arcanes de l’administration Obama. Si le président américain a eu tant de mal, en 2009, à formuler une stratégie pour l’Afghanistan et à décider du niveau d’augmentation des troupes américaines sur place, c’est entre autres parce qu’il recevait des conseils divergents pour ne pas dire radicalement opposés.

Entre les hauts-gradés adeptes de la COIN – tels McChrystal et Petraeus – qui préconisaient une hausse de 40000 soldats et le vice-président Biden qui poussait en faveur de l’option du « contre-terrorisme plus », bien moins gourmande en moyens humains, Obama ne savait plus à quel saint se vouer.

Même sur l’analyse de la menace, Obama recevait des comptes-rendus contradictoires. Ainsi, Bruce Riedel, ancien de la CIA et chercheur à la Brookings Institution, a eu le privilège de « briefer » le président dans Air Force One le 18 mars 2009. A cette occasion, Riedel aurait dit au président qu’Al Qaïda était alors plus dangereuse que le 10 septembre 2001, qu’Oussama Ben Laden jouait encore un rôle opérationnel important et que le Pakistan était le principal sanctuaire pour les terroristes.

Quelques mois plus tard, Obama recevait les conseils de Peter R. Lavoy, expert en prolifération et en terrorisme à l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI). Lavoy donna une appréciation bien différente de la menace, présentant Al Qaïda comme une organisation en crise, acculée mais pas encore à bout de souffle. Le point commun entre son analyse et celle de Riedel consistait à dire qu’Al Qaïda n’était quasiment plus présente en Afghanistan et que l’épicentre du terrorisme se situait désormais au Pakistan.

Et Obama de poser les questions suivantes : « Peut-on battre Al Qaïda et comment ? A-t-on besoin de battre les Talibans pour battre Al Qaïda ? Une stratégie de contre-insurrection peut-elle être efficace en Afghanistan étant donné les capacités du gouvernement afghan ? Quels résultats peut-on espérer atteindre dans les prochaines années ? De quelle présence a-t-on besoin en Afghanistan pour avoir une plateforme de contre-terrorisme fonctionnelle ? ».

Obama finit par décider de déployer 30000 hommes supplémentaires en Afghanistan mais ces questions continuent sans doute à le tarauder.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: Marc Hecker

Drôl(n?)e de partage du fardeau du fantassin

Vendredi, 21. janvier 2011 7:25

Dans le cadre de nos recherches sur les équipements du fantassin, nous remercions d’ores et déjà les lecteurs qui ont répondu à notre sollicitation pour les devoirs de vacances. N’hésitez pas, d’ailleurs, à envoyer d’autres éléments que vous jugerez utiles !

Nos travaux avancent. Nous nous sommes ainsi penchés sérieusement sur les technologies possibles pour pallier la surcharge des fantassins. Voici une petite vidéo connue des prouesses techniques du drone de Boston Dynamics qui fait partie des pistes étudiées par l’armée américaine :

Et voici  en exclusivité le modèle qui pourrait, compte tenu de la situation financière,  équiper à l’avenir les forces françaises.

Catégorie: Divers | Commentaires (3) | Auteur: Ultima Ratio

Un Focus stratégique qui fait débat…

Lundi, 17. janvier 2011 6:50

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri a publié, en novembre 2010, un Focus stratégique intitulé « L’ONU, Pygmalion malhabile : la fragilité du nation building au Timor ».

Ce texte – un brin polémique – n’a pas manqué de susciter des réactions. Jean-Christian Cady, ancien représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU au Timor oriental, nous a notamment fait parvenir un ensemble de remarques très instructives sur l’action de l’UNTAET et, plus largement, sur les pratiques onusiennes en période post-conflit.

Ces remarques nous éclairent sur les difficultés auxquelles la communauté internationale a été confrontée au Timor, mais également sur les défis à relever dans la plupart des missions de nation building. On peut citer par exemple la multiplicité des langues, des cultures et des compétences des personnels de l’ONU, le manque voire l’absence de ressources humaines locales, les conditions de travail et d’hébergement des membres de la mission, ainsi que la difficile coopération avec les institutions de Bretton Woods.

Nous vous recommandons chaudement de lire les commentaires de Jean-Christian Cady. Pour cela, il vous suffit de cliquer ici.
Vos propres remarques sont naturellement les bienvenues !

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Auteur: Ultima Ratio

Afghanistan 2011 : une autre vision des statistiques

Jeudi, 13. janvier 2011 7:52

La fin de l’année 2010 a vu fleurir sur la blogosphère et dans les médias les traditionnels bilans chiffrés de l’année écoulée. Concernant la guerre en Afghanistan, les commentateurs font preuve d’un pessimisme qui semble de la dernière mode. Les pertes enregistrées par la coalition en font l’année la plus meurtrière depuis le début du conflit. Il s’agit d’une année noire pour la France qui a perdu 16 soldats sur le théâtre afghan. La guerre pourrait durer plus longtemps que prévu et les chiffres révéleraient une efficacité minime de l’action militaire de la coalition.

Je crois au contraire que l’on peut en faire une lecture différente. D’abord concernant les pertes. 53 morts français en Afghanistan dont 16 pour la seule année 2010, il faut le regretter, mais aussi relativiser. 24 614 militaires sont morts pendant la guerre d’Algérie, soit 3000 par an en moyenne. 129 tués au Liban en 9 ans, de mars 1978 à novembre 1987, dont 58  lors du seul attentat du Drakkar, le 23 octobre 1983. Nous sommes toujours présents dans la Finul, mission de paix, et en 2010, 5 soldats y ont perdu la vie. 84 soldats français sont morts en ex-Yougoslavie, essentiellement entre 1992 et 1996, soit des pertes plus élevées qu’en Afghanistan, et sur une période plus courte. Qu’adviendra-t-il d’un pays où la perte d’une seule section de combat est devenue un séisme de portée stratégique, comme l’a montré l’embuscade d’Uzbeen ? Cela révèle simplement la faiblesse de la résilience collective de notre société, alors que l’engagement dans un conflit suppose une détermination absolue.

Examinons ensuite l’argumentaire développé par Jean Dominique Merchet sur son blog. Le kill ratio n’est pas un argument recevable pour juger de l’efficacité d’une tactique dans ce type de conflit. Lors de la bataille de Khe Sanh en 1968, les Marines ont atteint le chiffre record de 50 insurgés tués pour un Marine. On sait ce qu’il advint de la guerre. Du général McChrystal au colonel Bellot des Minières (chef de corps du REP engagé en Kapisa-Surobi en 2010), tous les praticiens disent que la retenue dans l’usage du feu est au contraire indispensable. Les chiffres révèlent donc aussi une certaine mesure dans l’usage de la force, ce qui, à la longue, sera certainement plus efficace qu’une méthode brutale,  pourtant bien plus facile à appliquer par les troupes sur place. En outre, selon les chiffres de l’ISAF, révélés notamment par le général Petraeus lors de sa venue à Paris, le ciblage des chefs de réseaux par la force a infligé de sérieux coups aux insurgés, avec certes moins de visibilité médiatique, mais aussi bien moins de dommages collatéraux. L’échelon opératif du shadow government taliban (l’ « OPA » des anciens temps) a été particulièrement visé, ainsi que les réseaux de pose d’IED. L’effet sur le terrain est visible avec notamment une plus grande difficulté pour les groupes d’insurgés à coordonner leur action.

D’autres arguments sont porteurs d’espoir : amélioration de la situation dans la bulle sécuritaire de Kaboul, succès de l’opération Hamkari dans le Sud avec notamment le rejet des insurgés hors de la Highway 1, situation en Surobi, que les chefs militaires français jugent transférable aux forces de sécurité afghanes, fragile accord à Sangin jusqu’ici une des zones de combat les plus dures. Les rapports de mission, évidemment classifiés, le montrent. Au sein de la coalition, les unités françaises amènent des résultats, à la fois sur le plan sécuritaire, mais aussi sur celui de la gouvernance – preuve en est le changement de gouverneur en Kapisa, qui posait des difficultés et qui a été relevé. Désormais, les compagnies de la TFLF, nomadisent hors des FOB. Les Français sont même un modèle pour l’encadrement des OMLT.

Mais revenons-en au bilan chiffré de l’année. 2 813 pertes au total pour la coalition et les forces afghanes, 131 700 soldats de l’ISAF déployés, 134 000 soldats de l’ANA et 90 000 policiers de l’ANP formés (certes encore imparfaitement) dans un pays de 28 395 000 habitants. En partant de ces froides statistiques et du niveau de violence qu’elles traduisent, il est utile de faire une comparaison avec d’autres conflits similaires grâce aux travaux de la Rand et de  Steven M. Goode (voir ce post sur le sujet).

On peut déterminer que le ratio de forces de sécurité nécessaire pour faire baisser le niveau de violence serait, selon les comparaisons statistiques de Goode, de 14,47 soldats pour 1000 habitants. Or le ratio réel est aujourd’hui de 12,52 pour 1000 habitants. La différence s’amenuise rapidement, le ratio était de 7,6 pour 1000 en 2009, et pour atteindre le ratio recommandé, il « suffit » encore d’un effort pour augmenter de 54 000 membres les forces de sécurité afghanes, objectif qui semble tout de même atteignable pour l’ISAF en 2011. L’ensemble des ANSF a augmenté de 36% en 2010, dont 44 000 hommes pour la seule ANA. Évidemment, le seul aspect quantitatif ne sera pas suffisant et il faudra aussi travailler à améliorer la qualité des unités formées. Le pic de violence  de 2010 était attendu dès la mise en place du renfort de troupes et du fait de la décision de McChrystal de diminuer le recours aux appuis indiscriminés. Attendons avant de juger.

Si l’on se réfère à ces comparaisons statistiques, basées tout de même sur l’étude de 43 insurrections, le gouvernement afghan et la coalition devraient disposer en 2011 des effectifs permettant de faire enfin baisser le niveau de violence en Afghanistan et de là pouvoir embrayer sur un scénario de sortie de crise. La stratégie de l’«anaconda », visant à étrangler et étouffer l’ennemi, pourrait bien réussir. Évidemment, cela prendra encore quelques années, et il y aura d’autres morts. Cela s’appelle la guerre, faut-il le rappeler. On le sait, cette réussite militaire ne mènera à rien si un projet politique viable n’est pas mis en place par les Afghans eux-mêmes. Pour autant, sans la « réussite » du volet sécuritaire, il n’y aura pas l’ombre d’une chance pour un projet politique autre que celui de l’extrémisme Taleban. Tout le problème pour la communauté internationale et le gouvernement est de s’entendre sur  un « Afghanistan Good Enough » permettant de déterminer les indicateurs de sortie de crise.

Je formule donc un vœu pour cette année 2011, un vœu d’optimisme. L’année sera difficile pour les armées, l’actuel chef d’état-major de l’armée de Terre rappelait récemment que  « les missions sont remplies, mais au prix d’efforts et de sacrifices considérables ». Il y aura d’autres morts en Afghanistan, la série a malheureusement commencé avec la mort du caporal-chef Hervé Guinaud. L’année 2011 sera surtout déterminante. Si la dynamique actuelle survit au « surge insurgé » qui va probablement se dérouler au printemps et à l’été, alors l’espoir sera permis. Sinon, il n’y aura pas de blanc-seing politique pour prolonger l’effort. La stratégie en œuvre a donc une chance de réussir et en ce sens, la mort au combat des soldats français et de leurs camarades alliés n’est pas un sacrifice vain. « Mort pour la France » me semble encore être une épitaphe porteuse de sens.

Catégorie: Analyses | Commentaires (8) | Auteur: Georges Dienekes

Gagner les mots et les esprits (2): Galula avant Galula

Lundi, 10. janvier 2011 7:14

Le Capitaine Galula

Alors que j’évoquais dans mon post précédent l’intégration officielle de Galula dans la doctrine française à l’occasion de la publication de la DIA 3.4.4 Contre-insurrection, cela me paraît l’occasion de revenir un peu sur ce personnage avec la découverte d’un de ses textes précoces, fort peu connu. Ce mystérieux théoricien est un personnage bien difficile à cerner. Si la monographie publiée par Ann Marlowe sur le site du Strategic Studies Institute (SSI) et réalisée grâce à l’interview de la veuve de Galula, Ruth Morgan, comble largement les grands blancs de son histoire personnelle, elle ne permet pas pour autant de déterminer si ce grand absent de toutes les études françaises (antérieures à 2007) avait eu ou non une influence sur la pensée française à l’époque. [...]

Catégorie: Divers | Commentaires (5) | Auteur: Elie Tenenbaum

Guinée Bissau : les relations civilo-militaires complexes d’un « narco-Etat »

Vendredi, 7. janvier 2011 7:01

Le prochain « séminaire-sandwich » organisé par le Centre des études de sécurité de l’Ifri se tiendra le jeudi 13 janvier de 12h30 à 14h.

Malgré plusieurs tentatives de réforme du secteur de sécurité, la Guinée Bissau reste  marquée par des relations civilo-militaires complexes, ponctuées de violences et de coups d’Etat. Sa corruption endémique l’a amenée a être qualifiée de « narco-État » par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Vincent Foucher
, chargé de recherche au CNRS, nous offrira son analyse sur ce pays, et  nous donnera l’occasion de s’interroger sur les leçons à tirer de ce cas pour améliorer la compréhension des relations civilo-militaires en Afrique.

Vous pouvez vous inscrire dès à présent sur le site de l’Ifri.

Nous espérons vous voir nombreux !

Les « séminaires-sandwichs » sont des séminaires informels et ouverts.
Les participants sont invités à amener leur déjeuner.

Catégorie: Divers | Commentaires (1) | Auteur: Ultima Ratio

Il faut sauver le soldat MAD

Mercredi, 5. janvier 2011 7:06

Suite à la précédente annonce d’une possible suppression du Militärisches Abschirmdienst (MAD - voir notre précédent post à ce sujet), la réforme des services de renseignement – et plus largement des services de sécurité (voir infra) – prend de plus en plus la tournure d’une guerre de tranchées entre d’une part le parti libéral FDP, et les autres partis au sein de la coalition gouvernementale (CDU/CSU), mais aussi de l’opposition (SPD et Verts). [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (3) | Auteur: Invité

Gagner les mots et les esprits (1) : doctrines en série

Lundi, 3. janvier 2011 7:10

La morosité grandissante des perspectives sur l’Afghanistan ne semble pas décourager les centres de doctrine : le Centre Interarmées de Concepts de Doctrines et d’Expérimentations (CICDE) a publié il y a un bon mois maintenant, un document intitulé « DIA [Doctrine Interarmées] 3.4.4, Contre-insurrection (COIN) ». Il est amusant, de considérer que quatre ans, presque jours pour jours, après la parution du FM 3.24, Counterinsurgency de l’US Army/USMC, et après huit années d’engagement en Afghanistan, les armées françaises se résolvent enfin à employer le terme de contre-insurrection (et même son acronyme anglo-saxon – COIN) dans un document officiel. [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (8) | Auteur: Elie Tenenbaum