Jeudi, 16. décembre 2010 7:35

Jean-Pierre Filiu, l’un des meilleurs spécialistes français de la mouvance jihadiste internationale, a publié en octobre dans la revue Etudes un article intitulé « Les quatre fronts d’Al Qaïda ». Les quatre fronts en question sont :
1) l’Afpak où se cachent probablement certains chefs historiques d’Al Qaïda qui bénéficient du soutien du réseau Haqqani en Afghanistan et du Tehrik e-Taliban Pakistan (TTP) au Pakistan.
2) la péninsule arabique où fut préparé l’attentat manqué contre le vol Amsterdam-Détroit et, plus récemment, l’opération hémorragie. C’est au Yémen que se trouve Anwar al-Awlaki qui aurait inspiré l’auteur de la tuerie de Fort Hood et qu’est produit le magazine Inspire dont nous avons déjà parlé ici.
3) l’Irak, où Al Qaïda est sur le déclin depuis le surge américain et le « réveil » des tribus sunnites d’Al Anbar et qui a encore été affaiblie par la mort d’Abou Hamza al-Mouhajer et d’Abou Omar al-Baghdadi en avril 2010.
4) l’Afrique du Nord et le Sahel où se développe Al Qaïda au Maghreb Islamique qui tend à s’attaquer de plus en plus aux intérêts occidentaux, notamment aux touristes et aux expatriés.
Dans son article, Jean-Pierre Filiu mentionne très brièvement la Somalie consacrant une seule phrase à la milice al-Shabaab. Cette milice, qui ne cache pas ses affinités idéologiques avec Al Qaïda, aurait sans doute mérité davantage d’attention.
Al-Shabaab s’internationalise en effet de façon très nette depuis plusieurs mois. L’internationalisation vaut pour les cibles, les attentats-suicides de Kampala, le soir de la finale de la coupe du monde de football, en étant l’illustration la plus spectaculaire. L’internationalisation vaut aussi pour les chefs d’al-Shabaab, la direction de l’organisation comptant un nombre croissant d’étrangers. Parmi ceux-ci, on peut citer : Fazul Abdullah Mohammed (kenyan), Sheikh Muhammad Abu Fa’id (saoudien), Abu Sulayman al Banadiri (somalien d’origine yéménite), Abu Musa Mombasa (pakistanais), Omar Hammami (américain) et Mahmud Mujajir (soudanais).
Ajoutons à cela que depuis le mois de juin 2010, plusieurs personnes ont été arrêtées aux Etats-Unis alors qu’elles s’apprêtaient à quitter le territoire américain pour rejoindre al-Shabaab en Somalie. Aux Etats-Unis toujours, c’est un jeune homme d’origine somalienne, Mohamed Osman Mohamud, qui a été arrêté à la fin du mois de novembre après avoir essayé de commettre un attentat à Portland.
Enfin, notons que des tentatives de rapprochement entre AQMI et al-Shabaab seraient en cours. C’est du moins ce qu’indique la Lettre du continent dans son édition du 25 novembre. Selon cette lettre, trois Marocains d’AQMI seraient récemment allés en Somalie pour y rencontrer des responsables d’al-Shabaab.
En somme, il semble bien que la Somalie soit en passe de devenir le cinquième front d’Al Qaïda. Les combattants d’Al-Shabaab ont déjà été félicités en 2008 et en 2009 par Ayman al-Zawahiri, ce dernier les ayant même qualifiés de « lions de l’islam », un véritable signe de reconnaissance dans la mouvance jihadiste internationale. Il n’est donc pas impossible que la milice somalienne devienne formellement une « filiale » d’Al Qaïda dans les prochains mois.