Jeudi, 25. novembre 2010 7:08

Le quatorzième rapport du secrétaire général des Nations-unies sur l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité a été rendu public début novembre. Il dresse un état des lieux en demi-teinte qui met en exergue la persistance de nombreux points de blocage, et rappelle à quel point le sud Liban demeure crisogène.
Je souhaite revenir ici sur trois événements significatifs qui témoignent des contraintes dans lesquelles l’ONU doit exercer son mandat et dont l’analyse est de nature à éclairer le débat sur la question récurrente de l’efficacité de la FINUL.
L’incident de Shahabiye
Le rapport fait état d’une explosion qui s’est produite le 3 septembre 2010 dans une maison aux environs du village de Shahabiye. Le village en question a la particularité d’être situé à quelques kilomètres au Sud des gorges du Litanie, c’est-à-dire à l’intérieur de la zone de déploiement des troupes de la FINUL, mais également à quelques kilomètres à peine de positions de l’armée libanaise.
Le rapport stipule, sans en donner explicitement les raisons, que les troupes de la FINUL n’ont pu accéder au lieu de l’explosion avant plusieurs heures. L’enquête menée par l’ONU n’a donc pas pu établir la cause de l’explosion, les éventuels éléments de preuve ayant été altérés ou éliminés avant l’intervention des casques bleus. Quant aux forces armées libanaises, le rapport précise, toujours sans en donner les raisons, qu’elles ont également été dans l’impossibilité d’intervenir immédiatement. Notons cependant que dans le même temps, les troupes israéliennes ont déclenché une mission de surveillance du village à l’aide de drones. Ils ont ainsi pu filmer les allées et venues d’individus et de véhicules, procédant à l’évacuation « d’objets » présentés par les Israéliens comme des munitions.
Cet exemple illustre incontestablement les limites de l’efficacité de l’action de la FINUL. Mais il montre également à quel point il est erroné de lui en imputer l’entière responsabilité. En effet, force est de constater que chacun des acteurs cités a sa propre grille de lecture de l’application de la résolution 1701. Les troupes de l’ONU dont la mission première est de contribuer à la stabilisation de la paix, auraient-elles dû abattre le drone israélien, opter pour un passage en force au milieu de la population et faire feu sur les miliciens du Hezbollah au milieu du village sans savoir ce que contenaient le bâtiment et les véhicules environnants ?
Une telle attitude aurait probablement été interprétée par le mouvement chiite comme une déclaration de guerre, pour mémoire Hassan Nasrallah déclarait dès 2006: « Le Hezbollah sera un soutien pour l’armée libanaise… il n’y aura pas de problème avec la Finul tant que sa mission n’est pas de désarmer la Résistance… ». Rappelons ici que si les troupes de la FINUL ont mandat d’intercepter toute personne en armes n’appartenant pas aux forces armées libanaises, elles ne peuvent effectuer des perquisitions dans des domiciles que s’il existe des éléments de preuve crédibles d’une violation de la résolution 1701.
Le rapport du secrétaire général montre toutefois que la présence de la FINUL n’est pas inutile. Il fait état de nombreux incidents, notamment aux abords de la ligne de séparation entre Israël et le Liban (ligne bleu) ou les tensions demeurent importantes. Il ressort de l’analyse de ces incidents qu’une issue favorable a pu être trouvée à chaque fois que la FINUL est parvenue à convaincre les belligérants de l’utilité de sa médiation. Dans le cas contraire, ce sont souvent les belligérants eux-mêmes qui, ne maîtrisant plus l’escalade, ont fait appel à la FINUL afin de circonscrire l’incendie. Les événements du 4 août 2010 en donnent une parfaite l’illustration.
Les affrontements du 4 août
Le rapport présente les circonstances qui ont abouti, pour la première fois depuis la cessation des hostilités de 2006, à des échanges de tirs directs entre l’armée libanaise et les forces israéliennes, causant des pertes dans les deux camps.
L’incident est survenu dans le secteur sensible d’El Adeisse où se font face, à très courte distance, les positions des armées libanaise et israélienne de part et d’autre de la ligne bleue. Il semble que la réalisation de travaux aux abords immédiats de cette ligne par les Israéliens, ait provoqué une montée de tensions réciproque. Le déploiement mutuel de troupes a conduit à des attitudes de plus en plus hostiles qui ont entraîné l’ouverture du feu côté libanais, provoquant la riposte immédiate des forces de Tsahal.
Il est intéressant de noter que la FINUL, présente sur les lieux, a proposé plusieurs solutions dont celle de réaliser elle-même les travaux. Mais sa médiation a, dans un premier temps, été rejetée par les deux belligérants. Si les troupes de l’ONU sur place n’ont pu s’interposer, ce qui serait revenu à engager le combat avec les deux parties, la FINUL a joué son rôle en isolant la zone de l’incident tout en établissant le contact avec les hauts responsables militaires libanais et israéliens afin de mettre un terme aux hostilités.
Gahjar
Pour terminer, l’actualité récente nous livre un élément d’appréciation supplémentaire. Gahjar est un petit hameau de 2000 habitants qui a la particularité de se situer sur la ligne bleue, à hauteur des zones sensibles du plateau du Golan et des fermes de Shebaa. Il constitue un point d’achoppement entre la Syrie, le Liban et l’Etat hébreu depuis dix ans car Israël conserve le contrôle de la partie nord du village en dépit de son retrait du sud Liban en 2000.
Le commandant en chef de la FINUL ayant une double casquette militaire et politique en tant que « head of mission », ses représentants successifs se sont personnellement impliqués dans les négociations lors de réunions tripartites afin de trouver une issue au problème.
La décision du conseil des ministres israélien d’autoriser le retrait de ses troupes du village montre à quel point l’action de médiation de la FINUL s’avère indispensable. L’Etat hébreu a d’ailleurs expressément émis le souhait d’en remettre le contrôle à la FINUL.
En somme, en l’absence de convergence de vues des différents acteurs, la FINUL ne peut véritablement jouer qu’un rôle de médiateur. S’il est illusoire de penser que la force onusienne pourra résoudre le contentieux entre Israël et le Hezbollah, elle n’en est pas pour autant inutile. Elle est en effet parvenue, au moins jusqu’à présent, à empêcher une véritable reprise des hostilités.