Mardi, 7. septembre 2010 7:37
Ce post a été rédigé par Elie Tenenbaum qui rejoindra au mois d’octobre l’équipe du Centre des études de sécurité de l’Ifri et qui sera donc amené à contribuer régulièrement au blog Ultima Ratio.
L’histoire militaire regorge de batailles où la météo a joué un rôle important : le brouillard cachant les divisions de Soult à Austerlitz, les intempéries bloquant l’avance allemande devant Moscou à l’automne 1941, le mauvais temps du 6 juin 1944. Ces conditions météorologiques contribuent en partie aux frictions du « brouillard de la guerre » (au côté du flou des intentions et de la volonté), pour reprendre Clausewitz, de celles qui font de la stratégie un art et non une science. Pourquoi le climat ne jouerait-il donc plus un rôle aussi important dans les guerres irrégulières ? A condition que l’on sache regarder dans la bonne direction, le climat peut s’y révéler un facteur déterminant. À plus forte raison, lorsqu’il s’agit d’une catastrophe naturelle comme les inondations qui viennent de frapper le Pakistan cet l’été, les conditions météo peuvent aller jusqu’à exercer une importance stratégique — là où elles restaient souvent tactico-opérationnelles dans la guerre classique.
Les catastrophes naturelles ne sont certes pas toujours favorables aux insurrections. La rébellion tamoule, frappée de plein fouet dans son infrastructure par le tsunami de 2004, n’a pas survécu longtemps au désastre. De même que la rébellion de la Province indépendantiste d’Aceh en Indonésie a rallié un processus gouvernemental dans la foulée de la reconstruction de la zone.
Au Pakistan, cependant, les inondations de l’été pourraient bien avoir un impact stratégique en faveur de l’insurrection talibane. L’inondation s’est en effet répandue depuis la Province du Nord-Ouest (NWFP) et l’amont de la vallée de l’Indus, jusque vers le Pendjab et le Sindh, provinces populeuses du Pakistan. Un mouvement qui n’est pas sans rappeler la marche des Talibans vers les centres démographiques du pays — même si ces derniers n’en sont pas encore là.
Derrière cette métaphore en apparence un peu facile se tient une réalité stratégique et politique – le lien entre insurrection et inondation – souvent à peine effleurée par les médias. [...]