Lundi, 2. août 2010 13:07
Après 38 ans de service, le général Vincent Desportes vient de quitter l’institution militaire par la grande porte de « l’Ecole de guerre ».
Saint-cyrien entré en service en 1972, ingénieur, titulaire d’un DEA de sociologie, d’un DESS d’administration des entreprises (CAAE), le général de division Desportes est aussi breveté de l’Ecole Supérieure de Guerre et diplômé du War College, équivalent du Centre des hautes études militaires pour l’armée américaine.
A la tête du CDEF (Centre de doctrine d’emploi des forces) de l’armée de Terre de 2005 à 2008, le général Desportes a joué un rôle majeur dans le succès du Centre, qui est devenu sous son impulsion le principal centre doctrinal militaire français et s’est acquis un large rayonnement avec ses publications régulières comme Doctrine tactique et ses « documents fondateurs » comme « Gagner la bataille – conduire à la paix » – Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et demain (FT-01) et Tactique générale (FT-02).
Mais ses états de service ne s’arrêtent pas à cette brillante carrière militaire. Vincent Desportes est en effet l’un des auteurs français actuels les plus riches et les plus prolifiques dans le domaine stratégique et militaire. Il co-dirige d’ailleurs la collection « Stratégies et doctrines » aux éditions Economica et a publié de nombreux ouvrages :
- Cavalerie de décision, ADDIM, 1998
- Comprendre la guerre, Economica, 2001
- L’Amérique en armes, Economica, 2002
- Décider dans l’incertitude, Economica, 2004
- Introduction à la stratégie (avec J.-F. Phélizon), Economica, 2007
- La guerre probable, Economica, 2007
Vincent Desportes est une des têtes pensantes des armées. Excellent connaisseur de la culture stratégique américaine, il a beaucoup fait pour relativiser les thèses des partisans de la « Révolution dans les affaires militaires » et pour souligner l’importance de la « phase de stabilisation », en diffusant avec enthousiasme les thèses de Rupert Smith sur la « guerre au milieu des populations ». Ses prises de position et son franc-parler ne lui ont pas valu que des amis, dans son institution comme en dehors, et ont régulièrement suscité la polémique, dont tout récemment.
Alors que sa carrière se termine de manière pour le moins surprenante, puisqu’il n’a pas eu droit aux adieux aux armes traditionnellement organisés pour le départ d’une personnalité de son envergure, nous souhaitions ici lui rendre hommage. Le général Desportes n’a cessé d’œuvrer pour le renouveau de la pensée stratégique en France et pour que les officiers se réapproprient la place intellectuelle qui devrait être la leur dans la société. Il a aussi été l’un des pères fondateurs du Laboratoire de Recherche de la Défense, partenariat original entre l’armée de Terre et l’Ifri. Il a d’ailleurs régulièrement collaboré à Politique étrangère, la revue de l’Ifri (on relira ainsi avec intérêt son article Combats de demain: le futur est-il prévisible?).
Le général Desportes a fait sienne cette maxime de Foch « Apprenez à penser ». A sa suite et à notre manière, c’est ce que nous essayons de faire sur ce blog.