Articles du juin, 2010

Sociologie de l’armée israélienne

Lundi, 7. juin 2010 6:56

La sortie prochaine d’un numéro de la revue Les Champs de Mars est annoncée sur le site de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM). Ce numéro – dans lequel j’ai co-signé un article avec Thomas Rid – est entièrement consacré à l’armée israélienne. Parmi les autres contributeurs se trouvent Pierre Razoux, Samy Cohen, Alain Dieckhoff ou encore Ilan Greilsammer.

Par ailleurs, j’attire votre attention sur un article d’Amos Harel publié récemment dans Haaretz. Cet article a pour titre: Has the IDF become an army of settlers? L’auteur explique que la sociologie de l’armée israélienne a beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies, ce qui se ressent particulièrement à l’aune du degré de religiosité des soldats. En 1990, 2% des élèves-officiers d’infanterie étaient pratiquants. Aujourd’hui, ils sont près de 30%. Dans certaines brigades d’infanterie, le nombre de commandants de compagnie « nationaux-religieux » aurait dépassé la barre des 50%, un pourcentage largement supérieur à la proportion de « nationaux religieux » dans la population israélienne.

Pour conclure, Amos Harel n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat en posant la question qui dérange: si les responsables politiques israéliens décidaient de démanteler certaines colonies de Cisjordanie, les jeunes officiers ayant grandi à l’est de la Ligne verte obéiraient-ils à leurs chefs?

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (9) | Auteur: Marc Hecker

L’Alliance et la DAMB, quelques observations

Vendredi, 4. juin 2010 7:21

Ces derniers mois, les déclarations d’officiels européens sur la défense antimissile balistique (DAMB) ont été de plus en plus fréquentes. Au scepticisme d’Hervé Morin répondait l’optimisme d’Anders F. Rasmussen, le premier s’appuyant sur des analogies peu flatteuses, le second n’hésitant pas à fournir des estimations très basses des coûts d’une DAMB continentale. Dernièrement, c’était au tour du groupe d’experts mené par Madeleine Albright de s’exprimer sur le sujet. Les passages de ce rapport, commenté page par page par Olivier Kempf, portant sur la DAMB sont les suivants :

[pages 11-12] La défense antimissile : une nouvelle mission. La nécessité de répondre à la menace d’une éventuelle attaque balistique de l’Iran a donné le jour à ce qui est devenu pour l’OTAN une mission militaire essentielle. La décision du président Obama de déployer une défense antimissile suivant une approche adaptative phasée rend possible une couverture plus efficace, plus rapide et plus fiable que les propositions antérieures. En outre, cette décision inscrit pleinement la défense antimissile dans un contexte OTAN, permettant ainsi à tous les Alliés d’y participer et d’être protégés. Pour être vraiment efficace, la défense antimissile doit être une entreprise commune ; c’est pourquoi la coopération au sein de l’Alliance ainsi qu’entre l’OTAN et ses partenaires (en particulier la Russie) est hautement souhaitable.

[page 19] Les menaces les plus probables pour les pays de l’Alliance dans les dix ans qui viennent sont de nature non conventionnelle. Trois d’entre elles se distinguent plus particulièrement : 1) une attaque de missile balistique (avec ou sans charge
nucléaire)(…)

[page 46] L’OTAN devrait inscrire la défense antimissile territoriale au nombre des missions essentielles de l’Alliance. À cet effet, elle devrait décider de développer son système de défense active multicouche contre les missiles balistiques de théâtre pour en faire le cœur de la capacité de commandement et de contrôle d’un système OTAN de défense antimissile territoriale.

En parlant du balistique comme étant « l’une des menaces les plus probables » et présentant la DAMB comme étant une « mission essentielle de l’Alliance », le groupe d’experts pousse donc dans le même sens que le Secrétaire général de l’OTAN. Ceci suscite plusieurs observations : [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Corentin Brustlein

Réforme du secteur de sécurité: une alchimie fragile?

Mercredi, 2. juin 2010 7:07

La COIN exige de pouvoir s’appuyer sur des forces de sécurité locales. Des forces fiables, efficaces, qui ne forment pas elles même le nœud du problème. Cependant, de telles forces n’existent jamais. Il faut soit les former, soit les réformer, et encore cela ne suffit-il pas. Comment réussir la juste alchimie de la réforme du secteur de sécurité?

Un article déjà ancien du Guardian (fin avril) prouvait l’absurdité de certaines réformes des forces armées. Selon l’article, des troupes somaliennes formées par les Américains désertent, y compris pour rejoindre Al-Qaeda. De façon moins caricaturale, tous les processus de réforme des appareils de sécurité, que ce soit en République Démocratique du Congo, en Afghanistan, au Libéria, etc. témoignent des difficultés rencontrées par de telles tentatives. Même en Sierra Leone, où ce processus peut être considéré comme une réussite, dans les détails, la situation manque de panache (corruption persistante, échecs de certains objectifs – comme le relogement des soldats, etc.).

Depuis plus de dix ans, pourtant, toute une réflexion a été conduite pour renouveler la façon dont on tente de réformer les appareils militaires et de police, autour du DFID et de l’OCDE, avec une insistance nouvelle sur une vision globale du secteur de sécurité, et sur sa gouvernance. Si ces approches pèchent par leur dimension très normative, leur absence de vision stratégique (en voyant parfois une armée comme une institution uniquement, et non comme un instrument de guerre façonné par son environnement stratégique) et leur difficulté à prendre en charge les questions d’efficacité opérationnelle (usage de la force), elles ont le grand atout d’inciter à une vision politique et globale qui fait parfois défaut aux visions traditionnelles de la coopération militaire. Ces dernières peinent par exemple à appréhender les questions de corruption, l’importance d’une garantie des salaires (et donc que ces derniers sont réellement distribués aux soldats, et pas juste financés), comme le montre l’exemple somalien (et contrairement au travail intéressant de l’EUFOR en RDC à ce titre). Elles oublient que former des policiers sans juges ni prisons risque de poser quelques problèmes à terme, ou que modifier le statut des militaires sans faire de même pour celui des policiers peut conduire à des tensions (voire des affrontements) inter-forces, etc.

Les réformes du secteur de sécurité sont le produit d’une alchimie complexe. Leurs résultats sont forcément partiels, « gris ». Cependant une forte volonté politique et d’importantes ressources, une bonne connaissance du pays, une vision claire des objectifs poursuivis par les réformes (et de leurs limites), un certain pragmatisme et un effort réel pour anticiper les conséquences des décisions prises, peuvent permettre d’en faire des outils utiles, non seulement pour le succès des campagnes de COIN mais surtout pour la stabilité du pays « réformé ».

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Auteur: Aline Lebœuf