Déradicalisation: kesako?
Vendredi, 14. mai 2010 7:00
Dans le dernier numéro de Terrorism and Political Violence figure un article intitulé “Rehabilitating the Terrorists ? : Challenges in Assessing the Effectiveness of Deradicalization Programs” de John Horgan et Kurt Braddock. Les cas d’espèce traités dans cet article – l’Irlande du Nord, la Colombie, l’Indonésie, le Yémen et l’Arabie saoudite – sont variés et n’entrent pas tous dans la catégorie des programmes de déradicalisation, comme le notent d’ailleurs justement les deux auteurs dans l’introduction. Le cas colombien, par exemple, ressemble plus à un processus classique de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR).
Les cas de l’Indonésie, de l’Arabie saoudite et du Yémen correspondent davantage à ce que l’on qualifie habituellement de “programmes de déradicalisation” : des individus arrêtés dans le cadre d’affaires de terrorisme se voient proposer ou imposer un programme de réinsertion combinant aide sociale et travail de modération idéologique. L’aide sociale vise à favoriser le désengagement de la violence des participants en leur procurant, par exemple, une nouvelle activité professionnelle. Quant au travail de modération idéologique, il a pour objectif de montrer que les visions les plus extrêmes de l’islam sont erronées et qu’une approche plus modérée, moins radicale est possible. Ce travail est généralement effectué soit par des jihadistes “repentis” soit par des sommités religieuses approuvées par les autorités publiques. Si les termes “déradicalisation” et “désengagement” sont parfois employés indifféremment, ils renvoient pourtant à des réalités distinctes. Il convient donc de clarifier les choses.
Pour ce faire, il peut être utile de partir des processus de radicalisation. Peter R. Neumann du King’s College de Londres, note que le terme radicalisation vient du latin “radix” qui signifie “racine”. Il ajoute que ce terme évoque la thématique des “racines” du terrorisme et que les experts s’y réfèrent pour désigner les processus menant à l’attentat (“what goes on before the bomb goes off”). Il me semble toutefois important de distinguer la radicalisation politique du passage à l’acte violent en insistant bien sur le fait que toute forme de radicalisation ne conduit pas nécessairement à un appel à la violence ni a fortiori au passage à l’acte. La radicalisation peut en effet être définie comme une prise de distance croissante avec les normes sociales et politiques admises dans une société donnée. Les salafistes, par exemple, sont considérés comme radicaux dans les sociétés occidentales mais seuls les salafistes révolutionnaires prêchent le recours immédiat au jihad. [...]
Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Marc Hecker






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