Articles du mai, 2010

Quelle OTAN pour le 21e siècle ? (vidéo)

Lundi, 31. mai 2010 7:09

Le général Stéphane Abrial, Supreme Allied Commander Transformation, était présent à l’Ifri jeudi dernier pour la grande conférence annuelle organisée par le Laboratoire de  Recherche sur la Défense.

Alors que les réflexions sont en cours au sujet du nouveau concept stratégique qui devrait paraître en novembre, le général a présenté le rôle d’ACT et ses attentes concernant le futur de l’Alliance.

La version originale étant toujours plus complète que les commentaires, voici en exclusivité pour les lecteurs d’Ultima Ratio l’intervention filmée du général. Pour  votre confort de lecture, elle est en deux parties d’une douzaine de minutes chacune.

La mise en ligne de nos vidéos étant appelée à se développer, nous vous remercions d’avance pour vos remarques et suggestions.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

What security cooperation in the Gulf?

Vendredi, 28. mai 2010 7:01

By Vivien Pertusot

Security cooperation in the Gulf remains marginal. The Gulf Cooperation Council (GCC) has been actively dealing with economic issues, but has yet to fulfill its potential as a regional security forum. Many impediments and setbacks have crippled the organization and prevented it from heading in that direction. However, the unfolding instability in Yemen has stirred up many reactions among the GCC that could bring about an increased cooperation in the security field.

The GCC is composed of Bahrain, Kuwait, Oman, Qatar, Saudi Arabia, and the United Arab Emirates. It was founded in 1981 partly as a reaction to the Iran-Iraq War. While economic issues have always prevailed, security has been a constant yet largely unaddressed concern. The members have never been able to reach consensus on those issues. Several reasons justify the lack of security cooperation. First of all, distrust among members remains detrimental to such an aim. As the regional heavyweight, Saudi Arabia still arouses wariness among its small neighbors who fear that their voice would not be heard and consequently cherish their autonomy. Despite significant efforts in recent years, some territorial disputes still plague the region as the recent naval skirmish between Saudi Arabia and the UAE illustrates. While we may think that the GCC could play a role in the resolution of those disputes, a careful analysis proves us wrong. For instance, when Saudi Arabia and Qatar came to an agreement in 2001 to terminate their disputes, the GCC was not at the negotiation table.

Moreover, the Gulf countries have long given up on defense policies to rely on the U.S. security umbrella. Anthony Cordesman explains that the Gulf countries are important arms importers, but their defense policies are too inchoate and lack an overarching guidance as well as a military structure for an efficient use of those materials. Since they heavily depend on the U.S. presence in the region, they have been overlooking the potential of developing common and interoperable armed forces.

Finally, those countries struggle to agree on a common definition of threats, which of Iran, Iraq, or Yemen should be of prime concern to the GCC remains undecided. The organization has been virtually AWOL from the war in Iraq and still shies away from providing assistance in the reconstruction phase. The contrasting views on Iran have led the GCC to reach a standstill. Until recently, Yemen was a topic on which most agreed but none wanted to take the bull by the horns.

Have the incursions in Saudi Arabia by the Houthi rebels last November fostered a wind of change? It was the first time since the Iraqi invasion of Kuwait in 1990 that a GCC country was attacked and the organization took a strong stand. It asserted in an official statement that an attack against Saudi Arabia was deemed an attack against all the GCC countries. As much as this wording could suggest the rationale of a collective defense organization, no such policy exists within the Council. There have also been unfruitful talks to deploy a rapid reaction force. It was not the first time such an idea came up, and it is still floating around.

Despite some encouraging signs, those efforts seemed more quixotic than indicating real change in policy. No common security strategy exists within the GCC and no negotiations are taking place towards that aim. As long as no country leads the way and the relations with Iran and Iraq are not sorted out, a vapid status quo will remain.

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Invité

Churchill clausewitzien

Jeudi, 27. mai 2010 7:37

Il est de bon ton, ces derniers temps, de lire les écrits de Sir Winston Spencer Churchill (le second prénom n’est pas sans importance) nouvellement traduits en français. Et nous sommes, au Centre des études de sécurité, parfaitement en vogue puisque non seulement nous les lisons, mais nous les discutons aux pauses café et les citons sur notre blog. M’étant également embarqué dans la fascinante lecture des Jeunes années de Sir Winston, j’ai été – en bon clausewitzien – interpellé par la force du passage suivant.

« Jamais, jamais, jamais on ne doit croire qu’une guerre sera simple et facile, ou que quiconque s’embarque dans cette étrange aventure peut mesurer à l’avance les vents et les tempêtes qu’il rencontrera sur son chemin. L’homme d’Etat qui cède à la fièvre de la guerre doit savoir qu’une fois le signal donné, il cesse d’être le maître de la politique à suivre pour devenir l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables. Les War Offices désuets, les commandants en chef faibles, incompétents ou arrogants, les alliés indignes de confiance, les neutres hostiles, un Destin malveillant, de mauvaises surprises, d’affreuses erreurs de calcul, tout cela fait désormais partie du Bureau du conseil, dès le lendemain de la déclaration de guerre. Il faut toujours se rappeler, aussi sûr que l’on soit de remporter facilement la victoire, qu’il n’y aurait pas de guerre si l’adversaire ne pensait pas qu’il a aussi une chance. »

Sounds familiar ?

Pour être tout à fait honnête, cela fait partie de ces réflexions que l’on trouvera ici ou là tout au long de l’ouvrage, qui semblent appartenir davantage au Churchill de 1930, qui a pris du recul face aux événements, qu’à celui des années 1890, qui les vit. Ce-dernier semble plus préoccupé par la nécessité vitale – pour lui – de « voir du pays » et de participer à des combats quels qu’ils soient que par la compréhension du caractère prépondérant de la dimension politique en guerre. Quoi de plus logique, en réalité ? L’angle d’approche n’évolue t-il pas avec la pratique et la fonction ?

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (3) | Auteur: Corentin Brustlein

Le déni d’accès : parades opérationnelles et perspectives politiques

Mercredi, 26. mai 2010 7:33

Le Laboratoire de Recherche sur la Défense a publié ce mois-ci la suite du Focus stratégique n°20, qui exposait la menace du déni d’accès pour les capacités de projection de forces occidentales, en s’attardant notamment au cas de l’Iran dans le golfe Persique.

Le Focus stratégique n° 21 poursuit donc cette étude sur le déni d’accès et s’intitule :

Vers la fin de la projection de forces ? II. Parades opérationnelles et perspectives politiques.

L’objectif du papier est d’aller au delà du simple constat de l’existence de capacités préoccupantes, et d’examiner les moyens d’entrée en force, tout en remettant également le problème du déni d’accès dans son cadre politico-stratégique, comme toujours décisif. [...]

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Le rapport Albright: quel nouveau concept stratégique pour l’OTAN?

Mardi, 25. mai 2010 10:15

Le 17 mai, le groupe des experts présidé par Madeleine Albright  a remis au Secrétaire général de l’OTAN ses analyses et ses recommandations pour l’élaboration du nouveau concept stratégique de l’Alliance qui sera adopté cet automne à Lisbonne. La France était représentée par Bruno Racine au sein du groupe d’experts tandis que Camille Grand, directeur de la FRS, et le Lieutenant-Colonel Charpy du Secrétariat international de l’OTAN étaient respectivement conseillers civils et politiques.

Ce rapport propose des pistes de réflexion intéressantes tout en adoptant une vision consensuelle permettant de trouver un point d’équilibre entre 28 pays membres qui ont parfois des ambitions contradictoires pour l’Alliance. Pour autant, on peut considérer que la vision « aznarienne » faisant de l’OTAN une « alliance de sécurité globale » ou de « ligue des démocraties » se substituant presque à l’ONU est définitivement morte.

A partir d’un constat de la nouvelle situation géopolitique née du 11 septembre et tout en rappelant le riche héritage de l’OTAN depuis sa création en 1949, le rapport Albright propose une vision ambitieuse de l’Alliance pour les dix ans à venir. Pour réaliser cette ambition, le groupe d’experts analyse dans le détail les nouvelles tendances mondiales et régionales en proposant des recommandations complètes qui permettront d’y faire face.  Ainsi, pour les experts, les menaces les plus probables dans les 10 ans à venir sont de nature non-conventionnelle : une attaque de missile balistique (avec ou sans charge nucléaire), des attentats terroristes ou des cyberattaques. A noter que l’Iran pourrait constituer « une menace majeure de type article 5 pour les 10 ans à venir ». [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: Michel Thuriau

Le général Abrial à l’Ifri

Vendredi, 21. mai 2010 7:36

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, commandant de l’Allied Command Transformation (ACT) donnera une conférence à l’Ifri le jeudi 27 mai de 18h à 19h30.

Cette conférence portera sur le thème: « Quelle OTAN pour le XXIème siècle? ».

Si vous souhaitez participer à cet événement, merci de vous inscrire sur le site de l’Ifri.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Un post léger (façon de parler)

Jeudi, 20. mai 2010 7:05

Le New York Times annonçait récemment dans un article qui a fait couler beaucoup d’encre que l’ennemi n°1 de l’armée américaine n’est pas celui qu’on croit: ni Al-Qaïda, ni les Talibans mais… le Power Point!

On apprend maintenant que le Power Point a été remplacé par une menace encore plus terrifiante: la graisse (et pas la Grèce qui a suffisamment de problèmes comme ça pour ne pas devenir, en plus, l’ennemi des Etats-Unis). C’est une organisation regroupant d’anciens officiers, Mission Readiness, qui l’annonce dans un récent rapport au titre évocateur: Too Fat to Fight. [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (7) | Auteur: Marc Hecker

Inde/Pakistan: enjeux stratégiques actuels

Mercredi, 19. mai 2010 6:31

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri a le plaisir de vous convier à un séminaire sur le thème: « Inde/Pakistan: enjeux stratégiques actuels ».

Ce séminaire aura lieu le jeudi 20 mai de 12h30 à 14h à l’Ifri. Les intervenants seront Guillem Monsonis, chercheur associé à l’IDSA de New Delhi, et Gilles Boquérat, responsable du programme Asie du Sud à l’Ifri.

Si vous souhaitez participer à cet événement, merci de vous inscrire ici.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

La « COIN » affaiblit-elle la dissuasion américaine ?

Mardi, 18. mai 2010 7:30

Il y a un mois, dans This Week at War, Robert Haddick commentait la rumeur selon laquelle la Syrie aurait fourni des missiles SCUD au Hezbollah – déjà évoquée et largement commentée ici. Jetant un œil à la façon dont les Israéliens avaient neutralisé la menace des roquettes du Hezbollah à l’été 2006, Haddick s’interrogeait sur la capacité des Américains à faire de même en recourant massivement à des frappes conventionnelles. Cela l’amène à mettre en doute la crédibilité de la conception de la dissuasion qui est avancée dans la Nuclear Posture Review 2010, qui prévoit de donner une place croissante aux capacités de représailles conventionnelles.
Son propos est le suivant :

But Israel was able to achieve that credibility for itself (if it did) only through a ruthless bombing campaign. Current U.S. military planners consider « a devastating conventional military response » to be an oxymoronic phrase; they are now taught to inflict as little damage as possible. Given the recent trends in U.S. military doctrine that scale back the use of firepower, how credible is it for the United States to threaten « a devastating conventional military response »? Achieving the NPR’s vision of non-nuclear deterrence will require convincing some hardened adversaries that the United States can be ruthless when it needs to be. But in today’s Pentagon, that attitude is not in fashion.

Mon impression rapide est que là, Haddick (qui, précision utile, tient le Small Wars Journal) se trompe. Que les forces armées US se soient trouvées converties « de force » (si je puis me permettre) à un usage minimal de la force en COIN est avéré – même si cela a pris le temps que l’on sait. Ceci étant dit,  je ne crois pas un seul instant – mais je peux me tromper – qu’elles seraient incapables de retrouver leurs « vieux réflexes », inscrits dans la culture stratégique américaine, qui met l’accent sur la centralité de la puissance de feu pour faire plier l’ennemi, et dans la culture organisationnelle de l’Air Force en particulier. On peut craindre qu’une trop grande réorientation des appareils militaires vers les missions de guerre irrégulière fasse perdre certains savoir-faire de la guerre « classique », à l’instar de la coordination interarmes, mais je doute sincèrement que déverser un déluge de feu conventionnel sur l’adversaire ait été évacué des formations dispensées par l’US Air Force à ses pilotes. Même dans l’hypothèse où cela serait le cas, d’ailleurs, je ne pense pas que cela puisse affecter fortement la crédibilité des menaces non-nucléaires des Etats-Unis, crédibilité qui se fonde aussi sur une très large gamme de capacités dont l’efficacité – sur un plan strictement physique – n’est plus à prouver et dont le caractère trop « massif » nous est fréquemment rappelé par l’annonce de pertes civiles en Afghanistan.

Mais la question des conséquences de long terme de la « COINisation » des armées américaines mérite effectivement d’être posée: à quel point affecte t-elle tous les services (y compris l’Air Force et la Navy) et se traduit-elle concrètement en termes d’acquisition de matériels, de culture organisationnelle, de ressources humaines ? A quel point les savoir-faire typiquement « COIN » permettraient-ils de faire face à des situations plus « dures », telles que les guerres « hybrides » ?

Une dernière remarque enfin, qui traduit sans doute une nouvelle fois la difficulté qu’ont certains à appréhender la nature politique de chaque guerre : en COIN, on réduit l’intensité de la violence pour ne pas s’aliéner le soutien de la population. En contre-prolifération, de telles considérations joueront nettement moins – sauf si les Etats-Unis veulent encore occuper un Etat, proliférant cette fois (on imagine l’enthousiasme que doit soulever ce genre de proposition, à Washington comme dans le reste du pays). « Punir » un gouvernement ayant agressé un Etat voisin – allié ou partenaire des Etats-Unis – ne requiert pas de convaincre sa population qu’il est illégitime. En définitive, réduire la guerre à une simple destruction de cibles en négligeant sa dimension politique, c’était encore jusqu’à il n’y a pas si longtemps ce que les forces américaines faisaient de mieux…

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Auteur: Corentin Brustlein

Ardant du Picq au Liban

Lundi, 17. mai 2010 7:23

Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Lebanon, ce film israélien qui a obtenu le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2009. Ce long-métrage retrace les premières heures de l’opération israélienne au Liban en 1982, en se focalisant sur l’équipage d’un tank qui ne perçoit de la guerre que ce qu’il voit dans le viseur du char et ce qu’il entend à la radio.

Il n’est pas question ici de faire une critique de ce film. Bien d’autres l’ont fait et j’encourage les lecteurs de ce blog à aller au cinéma pour se faire une opinion. Une remarque, tout de même : Lebanon – comme beaucoup de films de guerre – joue sur les émotions et en particulier la peur, celle qui assaille les jeunes conscrits israéliens, qui déclenche une crise d’hystérie chez leur prisonnier syrien et qui tétanise les civils libanais. Le réalisateur, Samuel Maoz, a lui-même participé à la guerre de 1982. Il a été marqué par la peur, traumatisé. Cela se sent.

En regardant Lebanon, je n’ai pu m’empêcher de penser aux Etudes sur le combat de Charles Ardant du Picq, écrites pourtant plus d’un siècle avant la guerre du Liban. Ardant du Picq y insiste, précisément, sur le rôle des émotions au combat. L’intégralité du livre est disponible en ligne sur le portail Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. En voici un petit extrait :

L’art de la guerre subit de nombreuses modifications en rapport avec le progrès scientifique et industriel, etc. Mais une chose ne change pas : le cœur de l’homme ; et comme en dernière analyse le combat est une affaire de moral, dans toutes les modifications qu’on apporte à une armée, organisation, discipline, tactique, la juste appropriation de toutes ces modifications au cœur humain à un moment donné, moment suprême, celui de la bataille, est toujours la question essentielle.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Marc Hecker