Articles du avril, 2010

Le développement britannique entre cohérence et indépendance

Mercredi, 14. avril 2010 8:00

A l’approche des élections britanniques du 6 mai, les réflexions sur l’avenir du DFID outre-Manche fournissent une occasion d’interroger les efforts de cohérence interministérielle menés à Londres dans le domaine des sorties de conflits ces dernières années.

En 1997, l’agence d’aide au développement britannique devenait un ministère, le DFID, Department for International Development. 13 ans plus tard, celui-ci s’est imposé comme l’un des leaders parmi les agences de développement et a fait son nid sur l’échiquier de Whitehall. A priori, la prochaine élection britannique ne devrait pas remettre en cause son statut de ministère. Cependant, le DFID reste au cœur de nombreuses contradictions qui le définissent autant qu’elles le contraignent: entité politique et/ou agence d’aide, ayant pour objectif d’influencer le gouvernement et les autres acteurs de l’aide mais aussi de défendre son indépendance grâce à une certaine conception de la lutte contre la pauvreté (son objectif unique selon le International Development Act de 2002), se concentrant sur les symptômes ou les causes profondes de la pauvreté, et hésitant même sur son identité, entre « DFID » et « UKAID ».

Le DFID, depuis sa création, a surfé sur l’ambition Blairiste de « joint government » – cette vieille idée de coordination ou de coopération interministérielle et importée récemment dans le jargon militaire sous le nom de « comprehensive approach »-, pour s’imposer au sein du gouvernement britannique comme l’un des leaders d’un certain nombre de politiques publiques (ventes d’armement, maintien de la paix, réforme du secteur de sécurité). Un rapport récent de l’IPPR pour World Vision UK propose un bilan de ce qu’il appelle « la cohérence politique » (autre nom de la « jointness ») notamment dans le domaine de la gestion des conflits. On y apprend notamment qu’un quart des dépenses du DFID est consacré aux pays « insecure » (p.21), ce qui prouve l’importance prise ces derniers années par ces pays pour le développement britannique.

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Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Auteur: Aline Lebœuf

Quel concept stratégique pour l’OTAN ?

Mardi, 13. avril 2010 7:30

En novembre 2010 à Lisbonne, l’OTAN adoptera un nouveau concept stratégique. L’actuel concept avait été approuvé en 1999 à Washington. Il consacrait l’élargissement de l’Alliance aux Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO). Depuis, il y a eu le 11 septembre avec le recours pour la première fois à l’article 5, l’engagement de l’ISAF en Afghanistan et le conflit russo-georgien d’août 2008.

Essayons d’identifier les grands défis auxquels devront répondre les pays membres avant le sommet de Lisbonne :

  • La pression des PECO et des pays baltes sur un renforcement de l’article 5 (mise en place de contingency plans sur des scénarios russes)
  • Le développement des missions de l’OTAN de type « corps expéditionnaire » hors de la zone euratlantique ainsi que l’avenir de la NRF
  • La réforme d’une structure militaire très lourde et très coûteuse ainsi qu’une redéfinition de la gouvernance de l’Alliance confrontée à la difficile conduite de la guerre en Afghanistan.
  • La situation économique et financière avec un déficit budgétaire de plus de 600 millions d’euros en 2009 [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (5) | Auteur: Michel Thuriau

Make no mistake, Mr. President!

Lundi, 12. avril 2010 7:06

In his inauguration speech, President Obama famously rejected as false the choice between America’s safety and its ideals. Has the new administration honoured this commendable position in political practice? After more than a year of steering American security, a fact-check appears to be in order.

I want to do this here with respect to intelligence governance. Examining first whether or not the new government has kept its promises, I then elaborate on  the driving forces behind the recent developments in this arcane domain.

Intelligence governance under Obama …

Unsurprisingly, the field of intelligence is replete with opportunities for the Obama administration to demonstrate its commitment to an « unprecedented level of openness » and its desire to « restore the standards of due process and core constitutional values that have made this country great ».

Under G.W. Bush, intelligence governance has severely damaged America’s international reputation. Key strategic decisions (such as the invasion of Iraq) were based on flawed and heavily politicised intelligence, US intelligence agents conducted torture and extraordinary renditions on suspected terrorists (often on the basis of equally flawed intelligence, see, for example, the el-Masri case), and the NSA engaged in illegal surveillance/wire-tapping of US citizens.

Unfortunately, this is only a selection of the most stinking turds that President Obama has found under the rugs of the White House upon his arrival. (For a fuller scope, see the ACLU’s Torture Report). On his first full day in office, Barack Obama has responded to this rather unpleasant dowry by promising the restoration of constitutional values. How did that go and what does the process reveal about the master and servants of US intelligence governance? [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Thorsten Wetzling

Quelques réflexions sur les prises d’otages

Jeudi, 8. avril 2010 14:43

Cela fait maintenant 100 jours que deux journalistes de France 3 partis en Afghanistan pour réaliser un reportage pour le magazine « Pièces à conviction » sont retenus en otages.  A chaque fois que des ressortissants français sont enlevés réapparaissent les deux mêmes problématiques.

La première a trait à la publicisation de l’enlèvement. Si l’on ne cesse de parler des otages – dans les médias notamment – leur libération risque de devenir un enjeu de politique intérieure et leur « cote » risque d’augmenter aux yeux de leurs ravisseurs.  A l’inverse, si l’on ne rappelle pas régulièrement que les otages sont toujours en captivité, ils pourraient « tomber dans l’oubli ».

En la matière, la doctrine semble avoir changé. Il y a quelques années encore, les portraits de Florence Aubenas, Christian Chesnot et Georges Malbrunot s’affichaient sur de nombreux bâtiments publics. Aujourd’hui, on ne connaît pas les visages des deux journalistes enlevés dont seuls les prénoms ont d’ailleurs été dévoilés.

La seconde problématique a trait à la question de la rançon. Cette question relève du tabou. Reconnaître que des rançons sont versées reviendrait en quelque sorte à un aveu de faiblesse et pourrait susciter des vocations de preneurs d’otages : la pratique de l’enlèvement pourrait en effet être perçue comme une source de revenus conséquente, et ce pour un risque encouru relativement faible.

Ce problème n’est pas nouveau. A la fin du XIXème siècle déjà, Lyautey et Gallieni y étaient confrontés, au Tonkin notamment. Comme on peut s’en douter, les deux militaires préféraient la libération de vive force au versement d’une rançon. Dans Les lettres du Tonkin et de Madagascar, Lyautey décrit une opération montée pour libérer un otage et commente :

« C’est la première fois qu’un Européen capturé par les pirates est délivré de vive force, la première fois qu’on ne le rachète pas à coups de 100 000 piastres, servant ensuite à amasser contre nous des armes et des cartouches ».

La libération de vive force est bien sûr risquée. Il y a un an, par exemple, un otage français avait été tué lors de l’assaut donné contre le Tanit, un voilier qui avait été arraisonné par des pirates somaliens.

Pour terminer sur une note positive, rappelons qu’il arrive que les otages n’aient pas besoin d’aide extérieure pour mettre fin à leur captivité, comme en témoigne l’histoire du journaliste du New York Times David Rhode qui avait réussi à s’échapper en juin dernier après avoir passé sept mois entre les mains des Talibans.

Catégorie: Analyses | Commentaires (9) | Auteur: Marc Hecker

Le Cenzub et la guerre en ville

Jeudi, 8. avril 2010 7:10

Nous avons eu récemment l’opportunité de visiter le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (Cenzub) de l’armée de Terre.

La construction du Cenzub a été décidée en 1999. Toutes les zones d’entraînement ne sont pas encore sorties de terre mais certains quartiers sont d’ores et déjà utilisés pour des simulations variées allant du combat contre des armées classiques ou contre des combattants irréguliers à des opérations de contrôle de foules, en passant par toutes les missions de « normalisation de la vie de la cité ».

La problématique de la guerre en milieu urbain est particulièrement saillante aujourd’hui. D’abord pour des raisons proprement militaires : les villes représentent depuis toujours un des points clefs du terrain et offrent aux défenseurs une véritable capacité d’arrêt, comme Stalingrad ou Berlin l’avaient montré pendant la Seconde Guerre mondiale. Ensuite pour des raisons plus globales : en 2008, pour la première fois, la part de la population mondiale vivant en zone urbaine a dépassé les 50%, et cette tendance ne va faire que se confirmer dans les années qui viennent. Or, la majeure partie des opérations actuelle se déroulent « au milieu des populations » comme l’affirme Rupert Smith après quelques autres. Logiquement, donc, les militaires vont être amenés à intervenir toujours plus en zone habitée, c’est-à-dire urbaine.

Compte tenu des exigences qui prévalent aujourd’hui en matière de respect des normes internationales, de réduction des dommages collatéraux et de sensibilité culturelle, opérer en ville est devenu beaucoup plus complexe : il ne suffit plus de prendre en compte la troisième dimension et le compartimentage de l’espace. Il faut désormais entreprendre quasi simultanément des opérations de nature différente, action de force ici et contrôle de foules là – autrement dit segmenter en même temps l’espace et les modes d’action, combiner coercition et stabilisation  à « trois pâtés de maison » de distance et dans un laps de temps très bref. [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: Ultima Ratio

Pensez aux flux RSS!

Mardi, 6. avril 2010 8:17

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Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Pourquoi reparle t-on du déni d’accès ?

Lundi, 5. avril 2010 7:41

Voici déjà plusieurs mois que les textes portant sur le déni d’accès refont leur apparition, après s’être faits (un peu) plus discrets dans le débat stratégique américain. Pour ceux ayant échappé à l’épisode précédent (car il y en a), le déni d’accès est la capacité, pour un acteur, d’empêcher son adversaire de pénétrer une zone donnée et, plus précisément, de pouvoir accéder à certaines localisations – points de débarquement, par exemple. C’est donc une menace directe posée à nos capacités de projection de forces.

On le comprendra, la thématique est éminemment navale. Elle ne se limite cependant pas à cela. Apparue à la fin des années 1990, tandis que l’appareil militaire américain s’enfonçait dans les missions de peacekeeping et qu’émergeait la Revolution in Military Affairs, la préoccupation quant aux capacités américaines de pénétrer un territoire se fondait sur trois éléments – deux constats et un présupposé :

  • Constat n°1 : La diffusion des technologies avancées, comme les missiles de croisière antinavires ou d’attaque au sol, missiles sol-air longue portée, sous-marins, et bien évidemment les armes de destruction massive développées « à l’irakienne », de manière opaque ;
  • Constat n°2 : La dépendance américaine à l’égard d’intérêts situés outremer, et donc à l’égard d’une posture expéditionnaire ;
  • Présupposé : Les adversaires ne seront pas tous aussi passifs que l’Irak de S. Hussein.

Depuis quelque temps, donc, le sujet revient, au point même de susciter un effort doctrinal conjoint entre US Navy et Air Force. Le déni d’accès était pourtant passé au second plan tandis que retombait l’enthousiasme pour la transformation rumsfeldienne, qu’il avait contribué à propulser, et alors que l’appareil militaire américain tentait de comprendre ce qui se produisait en Irak.  Aucun des deux constats ne semblait alors avoir connu d’évolution brutale, au point de lui ôter toute pertinence. Bien au contraire, même: les progrès technologiques accomplis par d’éventuels adversaires comme les difficultés rencontrées par les Etats-Unis au moment d’organiser l’opération Iraqi Freedom (par exemple l’attitude de la Turquie) n’ont fait que souligner la réalité des défis posés aux forces de projection. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Corentin Brustlein

Avatar en Cisjordanie

Vendredi, 2. avril 2010 7:02

Suite à la guerre des Six jours (1967) – qui exposa au grand jour la suprématie militaire israélienne sur les armées des pays voisins – certains groupes palestiniens optèrent pour une stratégie d’internationalisation du conflit et pour la mise en œuvre de tactiques asymétriques (détournements d’avions, prises d’otages, attentats, etc.). Dans les années 1970 et au début des années 1980, le conflit israélo-palestinien s’exporta ainsi vers l’Europe de façon violente. L’action la plus connue demeure la prise d’otages d’athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972.

La France ne fut pas épargnée par cette internationalisation. Le 13 janvier 1975, par exemple, un commando mené par Carlos et bénéficiant semble-t-il de l’appui du FPLP-Dissident se rendit aux abords de l’aéroport d’Orly et tira une roquette sur un avion israélien. La roquette manqua sa cible et toucha un avion yougoslave stationné à proximité. D’autres actions plus meurtrières furent commises par la suite à l’instar de l’attentat de la rue Copernic en 1980 ou celui de la rue des Rosiers en 1982. Les services secrets israéliens commirent quant à eux des assassinats ciblés sur le sol français, plusieurs responsables palestiniens – comme Mahmoud Hamchari – ayant été tués au début des années 1970.

Les résonances du conflit israélo-palestinien en France peuvent aussi prendre des formes non-violentes. Depuis la guerre des Six jours, les associations de soutien à Israël ou aux Palestiniens se sont multipliées. Les répertoires d’action utilisés par ces associations sont variés : manifestations, diffusions de brochures, organisation de conférences, rencontres avec des hommes politiques et des journalistes, etc. Un mode d’action moins classique consiste à organiser des voyages au Proche-Orient. [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (4) | Auteur: Marc Hecker