Articles du avril, 2010

Fixing the multi-agency, multi-target, multi-operation American intelligence disorder?

Vendredi, 30. avril 2010 7:25

The US has 16 different intelligence agencies (See this graph in a recent FT article).  German tax payers also pay for the questionable luxury to entertain an equal number state-level intelligence agencies next to the three federal intelligence services. Both countries are – to say it diplomatically – organisationally and logistically challenged as a result.

Followers of the Bundestag’s BND-inquiry (2006-2009) might remember some of the testimonies by state-level intelligence officers. They were entirely embarassing for the intelligence community and the government at large. Through this rare keyhole of intelligence politics, the public learned about the duplication of investigative tasks, disorganisation, amenities, ill-communication and arbitrary work ethics. This sparked a debate whether or not to reduce the number of intelligence agencies in Germany. Yet, as ever so often with intelligence politics, despite a debate, the politics machine moved on without seriously addressing the issue.

In the US, the situation is very similar. Here, too, we find an inability/unwillingness to change the obviously sub-standard status quo. The 9/11 Commission called for swift changes but any real down-sizing of the US intelligence community has yet to see the light of day.

A common-sense resolution to the problem of intelligence compartmentalisation comes from the fringe — i.e. by two professors who rarely reflect on intelligence politics. Richard A. Posner and Luis Garicano compare the deplorable status quo of the US intelligence community with that of the US car giant GM and propose similar radical measures to get a grip on the problem.

« The domestic automakers’ organizational structures were notoriously complex and top-heavy. While Toyota had been selling the same car worldwide, Ford had insisted that American consumers would not buy the cars successfully produced by Ford for sale in Europe. As a result, every stage of production from R&D to actual manufacturing was duplicated in the two markets.

(Snip) [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (1) | Auteur: Thorsten Wetzling

Guerres hybrides ?

Jeudi, 29. avril 2010 14:25

Comme annoncé ici même, Dave Johnson, l’une des têtes pensantes des études stratégiques à la Rand, est venu présenter à l’Ifri le résultat de recherches conduites par la Rand à la fois sur la « guerre hybride » et les opérations dites « full-spectrum » (on parle plutôt en France de « réversibilité »), en prenant l’exemple des opérations conduites par l’armée israélienne en 2006 et en 2009. La thèse essentielle de l’auteur est qu’il existe bien un « genre de guerre hybride » (hybrid warfare) entre le bas de spectre de type stabilisation et contre-insurrection, et les conflits de « haute intensité » (LIC et HIC selon les acronymes américains). [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (8) | Auteur: Etienne de Durand

Les Etats-Unis et la crise nucléaire nord-coréenne

Mercredi, 28. avril 2010 16:30

Nous venons de publier un nouveau numéro des Proliferation Papers, consacré à la politique nord-coréenne des Etats-Unis :

North Korea’s Nuclear Weapons Development: Implications for Future Policy, par Jonathan D. Pollack, professeur au Naval War College. [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Hamas: le dessin animé qui buzze

Mardi, 27. avril 2010 6:58

La communication du Hamas ne cesse de se sophistiquer comme le montre le dessin animé que vient de diffuser la branche armée du Hamas – les Brigades Ezzedine al-Qassam – sur son site Internet. Il semblerait que le dessin animé ait aussi été diffusé sur la chaîne de télévision du Hamas, Al Aqsa TV.

Il y a deux ans, Thomas Rid et moi-même avions réalisé une étude sur les « stratégies de communication des belligérants non-étatiques » pour le compte du Centre d’études en sciences sociales de la Défense (C2SD). Une version légèrement raccourcie de cette étude est disponible en ligne. Un chapitre est notamment consacré à la communication du Hamas (pp. 95-110).

Dans cette étude, nous remarquions, entre autres, que la chaîne Al Manar du Hezbollah a été interdite de diffusion en France alors que la chaîne du Hamas, Al Aqsa TV, n’a pas fait l’objet d’une telle interdiction. Cet état de fait est somme toute étrange lorsqu’on sait que le Hamas, contrairement au Hezbollah, figure sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

Le 15 décembre 2009, l’opérateur satellitaire Eutelsat a fait l’objet d’une mise en demeure du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) suite à la diffusion sur Al Aqsa TV de propos incitant « à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de religion ou de nationalité ». Est-ce une première étape vers l’interdiction de la chaîne de télévision du Hamas en France ?

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (5) | Auteur: Marc Hecker

Des chiffres et des Reîtres

Lundi, 26. avril 2010 7:00

Les mathématiques peuvent-elles être utiles à la stratégie de contre-insurrection en Afghanistan? La guerre, à la fois art et science, ne peut évidemment pas être mise en équation. Pourtant, le recours aux mathématiques permet d’effectuer des calculs (rapports de force, ratio, consommations, distances, mise au point d’abaques) qui sont utiles lors des phases de planification pour évaluer si un plan reste cohérent vis-à-vis des « règles de l’art » ou si au contraire il entre manifestement dans les cas non-conformes où la prise de risque est élevée.

Dans le cas de la contre-insurrection, l’épineux débat autour du ratio de force nécessaire à la pacification d’un théâtre a donné lieu à une abondante littérature. On retiendra notamment les travaux  de James Quinlivan pour la RAND et ceux de Steven M. Goode qui a publié dans Parameters les résultats d’une étude du Center for Army Anal­ysis : « a Historical Basis for Force Requirements in Counterinsurgency ».

A partir d’études statistiques élaborées sur l’étude de  42 conflits, Goode élabore une formule pour modéliser le ratio de force minimum permettant d’espérer stopper puis inverser un niveau de violence donné dans un conflit insurrectionnel.

F = 1.2 x (K/L)0.45 + 2.8

où F = ratio de forces de sécurité pour 1000 habitants.  K = nombre de tués parmi les forces de sécurité par an et par million d’habitants. L = fraction de forces de sécurité locales.

On le voit, cette formule tient compte du niveau de violence rencontré et de la proportion de troupes locales engagées. Elle permet donc une analyse plus fine que la traditionnelle comparaison avec le ratio de 20 pour 1000 avancé par exemple dans le FM 3-24.

Si l’on applique cette formule à la zone de responsabilité française en Afghanistan, on trouve que le ratio recommandé  (F) était de 12 en 2008 et 13,1 en 2009.[1] Or le ratio réel de troupes se situe actuellement à 5,28 pour 1000.

Ce résultat appelle plusieurs commentaires, même s’il faut évidemment prendre avec prudence les études statistiques qui ne peuvent – par définition – tenir compte de la spécificité d’un théâtre ou d’un conflit particulier:

  1. Le ratio actuel de 5,28 pour 1000 est très faible au regard du taux de 20 pour 1000 préconisé dans les manuels de COIN américain et britannique.
  2. En comparant ces 5,28 pour 1000 au ratio obtenu avec l’équation de Goode,  il est permis d’être sceptique quant à l’espoir d’améliorer durablement  la situation sécuritaire avec les effectifs actuels, même si l’approche des soldats français est intelligemment construite sur la compréhension fine de la zone d’action, et sur un usage très maîtrisé de la force.
  3. En outre, si l’on extrapole les pertes subies sur les 4 premiers mois de l’année 2010, on trouve que le ratio F atteint 14,08. Cela confirme l’accroissement  annuel du ratio exigé puisque la faiblesse des effectifs empêche d’enrayer l’augmentation de la violence. Plus on tarde à réagir, plus il faudra consacrer d’efforts. Cette tendance est aussi  mise en évidence par l’analyse de  Goode.
  4. L’ augmentation de la fraction de troupes locales (L) est un des facteurs  pour atteindre le ratio optimum. En calculant le nombre de soldats de l’ANA qui permettrait (à engagement français constant) d’obtenir l’égalité entre le ratio préconisé et le ratio réel, on trouve le chiffre de 3250. Si l’on veut être encore plus fin, il faut aussi prendre en compte dans l’équation le surcroit de pertes engendré par cette augmentation de troupes. L’équation se stabilise alors à 4000 soldats afghans.

Ainsi, et selon la modélisation proposée par Goode, si les militaires français veulent espérer faire baisser le taux de violence en Kapisa Surobi, sans pour autant engager plus de troupes, il est indispensable d’augmenter rapidement le nombre de soldats afghans à hauteur de 3500 à 4000 hommes alors qu’ils ne sont que 800 aujourd’hui. Ce devrait être le cas prochainement avec la réorganisation de l’ANA dans la province. A défaut de quoi le niveau de violence devrait continuer à augmenter, et il faudra s’attendre à des pertes comparables au minimum à celles des années passées. La mort d’un cinquième soldat depuis le début de l’année 2010 nous montre que nous sommes malheureusement sur cette courbe.

Enfin et pour alimenter le débat, je livre à vos commentaires ces quelques ratio forces de sécurité/population des conflits passés. On peut observer qu’un ratio favorable n’assure pas la victoire, mais qu’un ratio insuffisant garantit la défaite.

  • Algérie: 38 pour 1000, 43 pour 1000 (si l’on ne considère que la population musulmane)
  • Irlande du Nord en juillet 1972 : 20 pour 1000, 60 pour 1000 si l’on ne considère que la population catholique)
  • Afghanistan (1988) 26 pour 1000 (en comptant les Russes et l’ARDA)
  • Britannique en 2004 à Bassorah : 2 pour 1000. En 2006 dans le Helmand 4 pour 1000, 19 pour 1000 en 2008 en comptant l’ANA.
  • Irak (Mai 2008): 22 pour 1000, 26 pour 1000 en comptant les milices Sons of Irak.
  • Afghanistan (2009): 7,6 pour 1000.

[1] Calculs effectués sur les bases suivantes : population en Kapisa estimée à 358000 personnes, et 140000 en Surobi. 1750 soldats déployés dans la TF Lafayette, 81 OMLT et 800 soldats de l’ANA. Les pertes en 2008 sont de 3 soldats US et 10 soldats français, 7 US et 8 français en 2009. 5 français depuis le début de 2010. Concernant les pertes de l’ANA, un calcul statistique a été effectué en partant de la seule donnée accessible : 568 morts entre 2007 et 2009. Rapporté sur un an aux 800 soldats de la province, cela fait 2 ou 3 morts par an à prendre en compte. La présence de soldats américains est ponctuelle et n’est donc pas prise en compte dans le ratio de troupe permettant le contrôle de la zone.

Catégorie: Analyses | Commentaires (6) | Auteur: Georges Dienekes

Des SCUD syriens au Hezbollah ?

Jeudi, 22. avril 2010 7:07

Chaque domaine a ses rumeurs. L’une des rumeurs du moment (mais qui n’est cependant pas totalement nouvelle) dans le champ de la prolifération porte sur la possible fourniture par la Syrie de missiles SCUD au Hezbollah. L’état d’avancement, la forme et les conséquences d’un éventuel transfert sont largement débattus de part et d’autre de l’Atlantique (et évidemment de l’autre côté de la Méditerranée).

Si l’hypothèse se vérifie, plusieurs éléments permettent d’évaluer l’impact d’un tel transfert sur les équilibres militaires :

  • L’acquisition de missiles SCUD (jusqu’à 700 km de portée pour les SCUD-D syriens) par le Hezbollah accroîtrait ses capacités de frappe en territoire israélien. Ceci rendrait vulnérables des cibles importantes – comme la centrale de Dimona – jusqu’alors littéralement hors-de-portée. Cette allonge supérieure se doublerait d’une capacité d’emport nettement accrue, étant donné que les variantes du missile concernées seraient capables de porter des charges allant de 600 à 1000 kg. Pour Israël, cela signifie également que le coût d’un échec de ses actions contre-forces (offensives ou défensives) serait supérieur.
  • En Israël, les souvenirs des frappes de SCUD irakiens sont encore vivaces, ce qui explique la sensibilité du sujet. Pourtant,  lors de la guerre de l’été 2006, les lanceurs longue portée dont disposait le Hezbollah ont apparemment subi des pertes très fortes – de l’ordre de 80 % – dès l’ouverture des hostilités,  souvent avant même qu’ils aient le temps d’être utilisés. Lorsque les lanceurs n’étaient pas détruits avant le tir des roquettes, ils l’étaient dans la minute suivant la mise à feu – des succès à rapporter bien sûr aux limites rencontrées face aux lanceurs de courte portée. [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (14) | Auteur: Corentin Brustlein

Les guerres hybrides à l’Ifri

Mardi, 20. avril 2010 15:03

David E. Johnson, directeur de recherche à la Rand Corporation, animera un séminaire à l’Ifri lundi 26 avril de 10h30 à 12h30 sur le thème « Hybrid Warfare and Full-Spectrum Military Operations. The Case of Israel in Lebanon and Gaza ».

Si vous souhaitez assister à ce séminaire, vous pouvez vous inscrire en ligne sur le site de l’Ifri.

Nous espérons que vous serez nombreux à venir échanger avec David E. Johnson et avec une partie de l’équipe d’Ultima Ratio!

Catégorie: Divers | Commentaires (2) | Auteur: Ultima Ratio

VIH-Sida et sécurité : un nouveau regard

Mardi, 20. avril 2010 7:54

Le programme ASCI, AIDS, Security and Conflict Initiative a réalisé 29 projets de recherches multidisciplinaires portant sur des régions différentes pour tester les relations entre VIH- SIDA, sécurité, conflit et gouvernance. Ce programme a été mené conjointement par le Social Science Research Council de New York et le Clingendael Institute de La Haye. Alex de Waal en présente les conclusions dans un article récent « Reframing governance, security and conflict in the light of HIV/AIDS : A synthesis of findings from the AIDS, security and conflict initiative » , Social Science & Medicine, n° 70, 2010, p. 114-120.

En 2000, il semblait nécessaire de craindre que le VIH-SIDA cause une grande instabilité dans les pays les plus touchés par la pandémie. On pensait que les guerres auraient pour résultat davantage de cas de VIH-SIDA. Et les militaires semblaient la catégorie professionnelle la plus vulnérable face à l’épidémie. Un rapport du National Intelligence Council de janvier 2000 soutenait un tel argumentaire, alors qu’un conseil de Nations Unies se réunissait pour discuter du VIH-SIDA pour la première fois. Ce discours sur la menace que constituait le VIH-SIDA permit de mobiliser des ressources conséquentes pour lutter contre l’épidémie. Cependant, quelle était sa validité ? C’est ce qu’a tenté de tester l’équipe de recherche du programme ASCI.

Concrètement, ces recherches montrent qu’il est difficile de démontrer un lien de causalité entre VIH-SIDA et fragilité des Etats. Un lien a pu être montré au niveau local, en Afrique du Sud, mais sans pouvoir retrouver la même relation dans d’autres régions. Le cas du Swaziland tend également à montrer la possibilité d’un lien entre pandémie et fragilité, mais cette relation ne se retrouve pas dans les pays voisins malgré des taux de VIH-SIDA également élevés. L’épidémie a donc une influence variable sur la fragilité des Etats.

Les recherches de l’ASCI montrent également que la relation entre VIH-SIDA et conflit est négative. En fait, ce sont avant tout les périodes de post-conflit qui seraient des périodes de vulnérabilité favorisant la transmission de l’épidémie, et non les périodes de guerre. Quant aux personnels en uniformes, ils ne sont pas plus vulnérables que la population civile. Mais leur recours au dépistage obligatoire dans certains pays offre paradoxalement une garantie de protection de l’institution mais constitue une atteinte aux libertés publiques. Trouver un compromis entre ces deux objectifs est nécessaire. Par ailleurs, les policiers (mais aussi les gardiens de prison, officiers des douanes et de l’immigration) semblent trop peu étudiés par rapport aux soldats, et pourraient se révéler plus à risque que leurs collègues militaires. Alex de Waal recommande en conclusion que plus d’efforts soient consacrés à la violence sexuelle, qui n’est pas assez prise en compte comme facteur de risque pour le VIH-SIDA.

Pour plus d’informations, voir aussi le rapport HIV/AIDS, Security And Conflict. New Realities, New Responses

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Aline Lebœuf

McChrystal à Paris : visite-éclair pour une guerre longue

Samedi, 17. avril 2010 10:58

En visite officielle à Paris pour deux jours, le général Stanley McChrystal a fait une brève apparition publique à l’occasion d’une conférence à l’IHEDN aujourd’hui. De sa présentation, on peut retenir en particulier les points suivants : pacifier l’Afghanistan en appliquant les principes de la contre-insurrection est particulièrement difficile, après trente ans de guerre qui ont mis à mal les structures traditionnelles de la société afghane. A l’heure actuelle, ni l’ISAF ni les mouvements insurgés ne sont parvenus à gagner les « cœurs et les esprits » de la population, qui voudrait d’abord obtenir sécurité et « bonne gouvernance » (en l’occurrence un système de justice qui fonctionne) mais demeure méfiante et sceptique quant au gouvernement Karzai et à ses alliés occidentaux. Il s’agit donc de remporter cette « guerre des perceptions » en « afghanisant » progressivement l’effort militaire et civil, en sécurisant la population et en améliorant son quotidien.  Il faut en parallèle favoriser la réconciliation et la réintégration des insurgés, qui sont « fatigués de la guerre tout comme la population dont ils sont très largement issus » précise le commandant de l’ISAF.

Rien de fondamentalement neuf donc, quand on se souvient du rapport d’évaluation de la situation remis à l’automne à Washington et à Bruxelles. Quelques précisions tout de même sur la récente opération menée à Marjah, déjà analysée sur ce blog : à l’inverse  de la logique militaire traditionnelle, focalisée sur la recherche de la surprise, de la vitesse et du choc, l’ISAF a prévenu la population à l’avance et a organisé des shuras pour connaître les conditions posées par les habitants – conditions résumées par le général en trois points : l’ISAF devait s’engager à rester pour de bon, à limiter vraiment les pertes civiles et à mettre en place une force de police non corrompue – comme le relate le New York Times, ce n’est pas encore gagné de ce côté-là. En bref, et cela semble la voie de la sagesse, on n’essaie de cueillir le « fruit » (telle ville ou vallée) que lorsqu’il est mûr, à l’afghane justement. Reste à voir ce que ces méthodes vont donner lorsqu’elle seront appliquées au cas autrement plus difficile de la région de Kandahar.

Compte tenu de l’intérêt du sujet et de l’opportunité rare que représente la visite du commandant en chef de l’ISAF à Paris, on est en droit de s’interroger sur la très grande discrétion qui a entouré ce voyage: les Talibans ne sont apparemment pas les seuls à pratiquer une « guerre silencieuse », pour reprendre une expression du rapport McChrystal.  S’agit-il de manque de temps, d’un calendrier déjà très rempli par les discussions officielles, forcément à huis clos, ou a-t-on préféré éviter, à Paris, que le sujet « Afghanistan » n’apparaisse trop visiblement dans les médias ? Il est malheureusement à craindre que la deuxième explication ne soit la bonne, tant il est clair que l’engagement de la France dans cette guerre, certes d’un genre un peu particulier, n’est pas assumé politiquement, c’est-à-dire vis-à-vis de l’opinion. Après tout, la communication n’enseigne-t-elle pas que ce dont on ne parle pas n’existe pas ? Jusqu’à la prochaine crise en tout cas.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (7) | Auteur: Etienne de Durand

Human Terrain Team en Kapissa

Jeudi, 15. avril 2010 14:38

Matthew Arnold vient de publier un bon papier pour le Small Wars Journal où il détaille les efforts mis en place par la Task Force Lafayette pour bien appréhender le milieu humain dans lequel elle doit agir. Il insiste notamment sur l’intérêt du Human Terrain Mapping et montre que les efforts français pourraient servir de modèle dans ce domaine à d’autres unités.
Le Dr Arnold est un chercheur en sciences sociales inséré dans la Human Terrain Team qui travaille au profit de la TF Lafayette. Ce programme américain  HTS avait d’ailleurs fait l’objet d’un séminaire à l’IFRI en juillet 2009 autour du Dr Montgomery McFate et du colonel Steeve Fondacaro.

La lecture de ce document m’amène à deux observations:

D’abord cela confirme, avec d’autre sources, que la brigade Lafayette a parfaitement intégré les clés de la stratégie de COIN, basée sur la compréhension des attentes de la population, un contrôle très strict de l’usage de la force et le recours au soft power. Elle a par exemple créé une radio libre faite par et pour les femmes afghanes, avec des dédicaces qui rencontrent un franc succès. Cette approche pourrait fournir des résultats visibles rapidement, si les relais de reconstruction civile et les Afghans prennent la suite.

Mais surtout, cette analyse, publiée par un Américain, sur un blog américain, montre la faiblesse de notre coopération civilo-militaire. Triste époque où ne nous pouvons mettre en place en France les moyens d’identifier, de préparer et de projeter des experts français, dont le nombre et la qualité ne manquent pas, sur un théâtre de guerre, pour travailler aux côtés des militaires. Et ainsi relayer les résultats de ces travaux parmi la communauté de recherche.

Les conflits à venir vont solliciter l’expertise croisée de différents domaines, civils et militaires. Les Britanniques, avec la création de la Stabilisation Unit ont parfaitement compris cet enjeu. Ils disposent déjà d’ un Civilian Stabilisation Group de 1000 experts (voir aussi à ce sujet, ce post). La France est en retard. Il est temps de décloisonner administrations, entreprises, think tanks et universités pour apprendre à gérer ensemble les crises de demain, où il n’y aura peut-être pas toujours d’experts américains disponibles.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (4) | Auteur: Joseph de Lhomenède