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Kampuchéa mon horreur

Mardi, 7. février 2012 6:30

La condamnation de Duch à la prison à perpétuité a fait resurgir dans l’actualité le génocide perpétré par les Khmers rouges de 1975 à 1979. Au cours de cette période, 1,7 millions de Cambodgiens sont morts, soit près du quart de la population du pays.

Rithy Panh a réchappé à ce crime de masse. Il est devenu réalisateur et écrivain. Dans son documentaire S21 – nom du principal centre de torture de Phnom Penh – il croisait les points de vue de bourreaux et de victimes. Un témoignage essentiel manquait toutefois, celui de Duch qui dirigeait S21 et était l’un des principaux chefs de la police du Kampuchéa démocratique. Depuis la sortie de ce documentaire en 2003, Rithy Panh a eu l’occasion d’échanger longuement avec Duch, sous l’œil des caméras. De ces échanges, il a tiré un film « Duch, le maître des forges de l’enfer » et un livre, co-signé avec Christophe Bataille, L’élimination.

Autant le dire d’emblée, la lecture de L’élimination est pénible, douloureuse. Le style – une alternance de souvenirs des années 1970 et d’extraits d’entretiens avec Duch – n’y est pour rien. Ce sont les descriptions des atrocités commises par les Khmers rouges et vécues par l’auteur qui sont terribles, parfois insoutenables. Fils du chef de cabinet du ministre de l’Education, Rithy Panh a 13 ans lorsque les Khmers rouges font leur entrée dans Phnom Penh. Comme la quasi-totalité des habitants de la capitale, il est déporté vers les campagnes. Les bourgeois – appelés « nouveau peuple » par le régime de Pol Pot – doivent être rééduqués au contact des paysans. C’est le début du cauchemar. Les uns après les autres, les membres de la famille de Rithy Panh succombent à la famine, à la maladie et à la folie des Khmers rouges. Son beau frère est exécuté : il a le malheur de pratiquer la médecine moderne, une discipline bourgeoise…

Les Khmers rouges ont voulu faire table rase du passé, supprimant la monnaie, inventant de nouveaux mots, interdisant les voitures, les vêtements de couleurs et tant d’autres choses. Quelques produits de première nécessité continuaient à circuler sous le manteau. C’est ainsi que la mère de Rithy Panh a pu obtenir un comprimé de pénicilline contre quelques grammes d’or. Oui, le dénuement était tel qu’un comprimé de pénicilline valait de l’or. Il y avait bien des hôpitaux mais seule la médecine traditionnelle y était pratiquée. Les conditions d’hygiène y étaient tellement déplorables que le terme  « mouroir » serait plus approprié. Rithy Panh travailla un temps dans un de ces dispensaires. Il était chargé d’empiler les cadavres.

A l’époque des Khmers rouges, l’individu était nié, l’intimité n’existait plus. Tout était dicté par l’Angkar, l’organisation mise en place par le nouveau régime. Celle-ci s’est efforcée de contrôler les moindres gestes et pensées de la population, et de traquer les « ennemis de l’intérieur ». La paranoïa du pouvoir était telle que le moindre signe était interprété comme une preuve de collusion avec l’ennemi. Les ennemis étaient partout et il fallait les éliminer, sans pitié, comme des bêtes. Cueillir un fruit ou pêcher un poisson pouvait être considéré comme un acte individualiste, hostile à la collectivité et puni de mort. Et Rithy Panh de citer Sun Tzu : « Gouverner c’est détruire ».

En lisant cette tragédie cambodgienne, on pense aux récits de Primo Levi ou d’Hélène Berr mais aussi aux travaux récents de Jacques Sémelin. Dans Purifier et détruire. Usages politique des massacres et génocides, ce dernier écrit :

« Celui qui vit aujourd’hui dans un pays tranquille a bien de la peine à imaginer la réalité, la matérialité d’une telle tragédie. C’est toujours la sempiternelle question : comment est-ce donc possible ? Comment des êtres humains peuvent-ils se transformer ainsi en bourreaux de leurs semblables ? Pourtant, si notre pays s’enfonçait dans une crise économique de plus en plus grave, avec son cortège sinistre de millions de chômeurs, s’il était harcelé par des attentats terroristes en nombre, de plus en plus meurtriers, serions-nous longtemps indemnes de cette manière de penser ? Il nous faudrait bien trouver des ennemis, pas seulement à l’extérieur de nos frontières mais aussi à l’intérieur et – qui sait ? – là même où nous vivons : dans notre ville ou village, notre rue, notre immeuble. Car c’est ma conviction profonde, ou plutôt la conclusion à laquelle j’aboutis après des années de recherche : aucune société n’est à l’abri de tels processus dès lors qu’elle commence à se déliter ».

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Marc Hecker

Au coeur de l’antiterrorisme

Vendredi, 6. janvier 2012 10:00

Le nouveau numéro de la revue Politique étrangère vient de paraître. Il contient notamment une recension que j’ai rédigée du livre de Marc Trévidic intitulé Au coeur de l’antiterrorisme (JC Lattès, 2011). Vous trouverez cette recension ci-dessous. Plusieurs autres ouvrages portant sur les questions de sécurité et de Défense ont par ailleurs fait l’objet de comptes rendus dans ce numéro de Politique étrangère. Vous pourrez les lire sur le site de l’Ifri.

Marc Trévidic a été substitut au parquet antiterroriste de Paris de 2000 à 2003 puis est revenu à la galerie Saint-Eloi en 2006, en qualité de vice-président chargé de l’instruction. Autant dire qu’il connaît bien les rouages de l’antiterrorisme français. Après le départ de Jean-Louis Bruguière, il a « hérité » de certaines des affaires les plus médiatiques de ces trois dernières décennies, comme celle de la rue Copernic, des moines de Tibéhirine ou encore de l’attentat de Karachi en 2002. Certaines de ces affaires, bien que vieilles de 30 ans sont encore en cours : les coupables n’ont pas été confondus et le juge, tenace, refuse d’abandonner. Le temps peut faire son œuvre et la grande Histoire venir à la rescousse de la Justice. Après la chute du Mur de Berlin, l’ouverture des archives de la Stasi a ainsi permis d’élucider nombre d’attentats et de faire tomber Carlos.

Tout en respectant le secret de l’instruction, l’auteur dévoile le fonctionnement de la justice antiterroriste. Il raconte les enquêtes, les auditions, les procès. Il décrit l’originalité du système français, ses figures emblématiques aux surnoms baroques – Jean-Louis Bruguière (« l’Amiral »), Bernard Squarcini (« le squale ») ou encore Roger Marion (« Eagle Four ») – et son efficacité redoutable assurée notamment par le couple DST (puis DCRI) / instruction. Dans certaines affaires, la frustration du juge est évidente car il se heurte à la raison d’Etat. Il n’hésite pas à se montrer incisif à l’égard de l’exécutif quand il évoque la réforme du juge d’instruction voulue par le président de la République – une réforme qui permettrait d’enterrer discrètement les dossiers trop sulfureux.

Le style de Marc Trévidic est plaisant. Il alterne analyses et passages plus personnels – quand il mentionne par exemple sa première erreur judiciaire, dans une affaire de viol, alors qu’il débutait sa carrière dans le Nord de la France. Il manie l’humour et l’ironie, à l’instar de ce passage où il qualifie les documents confidentiels défense de « bibliothèque rose », expliquant que les juges sont souvent contraints de se contenter de la littérature pour enfants, le « très secret défense » étant réservé aux adultes. Rapidement, le ton redevient plus grave comme quand il évoque les mauvais traitements infligés aux prisonniers dans certains pays avec lesquels la France coopère. Au passage, on obtient la confirmation du fait que des enquêteurs français se sont rendus à Guantanamo pour y interroger des détenus.

Les jihadistes occupent une place particulière dans ce livre. A plusieurs reprises, son auteur emploie le possessif pour en parler : « mes mis en examen », « mon terroriste ». Il cherche à comprendre les raisons de leur radicalisation et de leur volonté de passer à l’acte. Certains d’entre eux sont très jeunes – 18 ans à peine – et le magistrat n’est pas loin de les considérer comme des victimes manipulées. Il sait toutefois que les vraies victimes ne sont pas les apprentis terroristes mais leurs cibles, ces personnes frappées au hasard dans des lieux publics et leurs proches, qui leur survivent et veulent à tout prix connaître la vérité. La vérité, c’est aussi ce que recherche Marc Trévidic, contre vents et marées. Pour que justice soit faite.

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: Marc Hecker

Etablir l’état de droit au Kosovo. Succès et échecs des Nations unies

Lundi, 12. décembre 2011 7:56

Le Centre des études de sécurité de l’Ifri vient de publier le numéro 34 de la série Focus stratégique, intitulé :

Etablir l’état de droit au Kosovo. Succès et échecs des Nations unies

L’auteur, Jean-Christian Cady, est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et ancien élève de l’ENA. Après une carrière dans le corps préfectoral, il a été, de décembre 1999 à juin 2001, représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU au Timor Oriental, chargé de la gouvernance et de l’administration publique, avec le grade de sous-secrétaire général de l’ONU. D’août 2001 à décembre 2004, toujours avec le même grade onusien, il a été  chef du pilier police et justice au sein de la Mission Intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Il a terminé sa carrière comme chef du service de coopération internationale de police au ministère de l’intérieur de 2005 à 2008.

L’article est téléchargeable ici.

Voici le résumé de l’article:

Créée le 10 juin 1999 par la Résolution 1244 du Conseil de sécurité, la MINUK avait pour objectif de refonder les institutions d’un pays dévasté par la guerre et d’établir une gouvernance démocratique. Dans le cadre de ce processus de state-building, la sécurité des personnes et des biens et l’existence d’un système judiciaire dans lequel la population a confiance étaient des critères essentiels. La communauté internationale n’est parvenue qu’imparfaitement à réaliser ces objectifs. Des difficultés locales, liés à  la haine interethnique et à l’insécurité qui en découle, mais aussi des faiblesses internes aux institutions internationales, ont représenté des obstacles majeurs à l’implantation d’une police locale et d’un système judiciaire respectueux des normes des Nations unies. Aujourd’hui, le soutien d’acteurs internationaux demeure nécessaire au bon fonctionnement du Kosovo, attestant de la fragilité de l’indépendance. Ce bilan de l’action de la MINUK démontre que les opérations de maintien de la paix peuvent atténuer les conflits sans pour autant en supprimer les causes.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Assurer la sécurité des personnes et des biens

Créer un système judiciaire neutre

Transitions inachevées

Conclusion

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Le vrai mythe des paras !

Jeudi, 13. octobre 2011 6:58

 

 

 

 

 

 

 

La revue Guerres et Histoire propose dans son dernier numéro un dossier sur les parachutistes dont le  titre, volontairement provocateur, pourrait faire penser à une enquête à charge: « Les Paras, la faillite d’une arme, le triomphe d’un mythe ». Le débat d’idées étant toujours nécessaire,  voici quelques éléments que je livre à la réflexion de nos lecteurs.

Des parachutistes aux troupes aéroportées

Les capacités des troupes aéroportées sont souvent perçues et analysées au travers d’une phase bien particulière de leur mission que l’on nomme « la mise à terre » incluant bien évidemment le saut en parachute ou « aérolargage ». Pour autant, dès le développement de cette spécialité d’arme, les parachutistes ont cherché à diversifier ce mode opératoire en y incluant par exemple le poser d’aéronef (avion ou planeur) en zone hostile ou « aéroportage », et le poser d’aéronef en zone sécurisée ou « aérotransport ». Ces modes de mise à terre furent d’ailleurs utilisés dès le début par les Russes, les Allemands et plus tard par les Américains et les Britanniques en Normandie.

C’est sans aucun doute en partie pour cette raison que les parachutistes se sont tout naturellement intéressés à l’hélicoptère. Dans le cas français, en Algérie, ce rapprochement avec l’ALAT ne s’est pas fait  dans un esprit de concurrence mais bien dans une même volonté d’innovation et d’efficacité opérationnelle. Pilotes d’hélicoptères et parachutistes ont rapidement compris que l’hélicoptère pouvait constituer bien plus qu’un simple moyen de mise à terre en contribuant à la manœuvre. Tout le monde est en effet capable de descendre d’un hélicoptère, mais les pilotes français ont immédiatement compris que l’hélicoptère n’était pas un simple bus et le fantassin parachutiste pas un simple piéton ! Il ne faut pas confondre l’aérocombat avec un simple appui au mouvement.

Des succès payés chers mais acceptés

Il est indéniable que les succès du passé furent souvent payés cher, y compris parfois par excès de confiance, mais les concepts d’emploi du moment  étaient par essence extrêmement risqués. Non seulement la mise à terre  avait lieu dans des conditions peu ordinaires, mais elle se déroulait de surcroît derrière les lignes ennemies, sans moyens puissants (artillerie lourde, chars de combat…) et, comme le rappelait le général Bigeard, sans chemin de repli ! Le seul véritable mythe du para résidait bien là, dans cet isolement opérationnel, et pas ailleurs. La fameuse photographie du général Eisenhower rendant visite aux parachutistes américains quelques heures avant le grand saut l’illustre parfaitement : son état-major avait planifié un taux de pertes avoisinant les 50% dans le pire des cas. Il n’y avait là aucune faillite du concept mais bel et bien un sacrifice consenti militairement et politiquement pour les besoins d’une opération stratégique. En dépit des difficultés rencontrées, le débarquement de Normandie sans opération aéroportée aurait été un luxe dont le prix du sang aurait été sans doute bien supérieur  sur les plages de Normandie.

On ne survit pas éternellement, on s’adapte ou on disparaît

Les troupes aéroportées ne sont bien évidemment pas restées figées, ce n’est d’ailleurs pas dans leur nature. Elles ont évolué en fonction des menaces, des contrats opérationnels et des matériels. Britanniques et français se sont ainsi tournés vers l’intervention d’urgence en faisant des choix différents, une brigade aéromobile pour les uns, l’utilisation de la 3ème dimension dans tout son spectre pour les autres. Dans les deux cas, le concept d’emploi a bien évidemment évolué et il y a bien longtemps qu’il ne préconise plus un largage de masse au-dessus d’une zone tenue par l’ennemi, (les Russes le prévoyaient encore dans les années 1990). Dans toutes les armes, le passé éclaire l’avenir, jamais il n’a constitué une vérité intangible. Les réflexions  se poursuivent toujours, sous l’impulsion  de différents facteurs comme l’arrivée de l’A400M, l’extension probable de l’arc de crise évoqué dans le Livre blanc de 2008 ou encore la mutualisation  de capacités et de moyens avec l’armée britannique.

L’exemple de l’intervention de la 173ème Brigade aéroportée en Irak en 2003

Le dossier de Guerres et histoire présente cette opération comme un show à la gloire des troupes aéroportées. La problématique fut pourtant tout autre. La planification de l’invasion de l’Irak fut organisée selon différents scénarios basés sur une attaque principale au sud de l’Irak à partir du Koweït, en direction de Tikrit et de Bagdad, et une attaque secondaire au nord à partir de la Turquie. Cependant, un imprévu de taille remit sérieusement en question le bon déroulement des opérations.  Les négociations entreprises avec la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, échouèrent pour des raisons à la fois stratégiques (les Américains ayant prévu une action coordonnée avec les forces kurdes présentes au nord de l’Irak) et de politique intérieure. Ankara s’opposa catégoriquement à une offensive terrestre à partir de son sol et consentit uniquement à autoriser l’utilisation de son espace aérien  à l’aviation américaine.

Pour le commandement américain, l’ouverture d’un second front était pourtant indispensable afin d’éviter  la concentration des forces armées irakiennes face à l’attaque principale. Compte tenu de l’enclavement géographique de l’Irak et des délais disponibles, la solution d’une mise à terre par la troisième dimension s’imposa comme solution la plus adaptée. La Joint Special Operation Task Force – JSOTF, renforcée de la 173ème Brigade parachutiste, se vit alors confier la responsabilité des opérations au nord de l’Irak.

La 173ème Brigade parachutiste reçut pour mission d’ouvrir le front au nord de l’Irak en matérialisant clairement le début de l’offensive, ce fut là le seul show ! Effectivement la météo et la nature du terrain ne permettaient pas de poser d’assaut. La 173ème Brigade, renforcée en urgence d’éléments d’artillerie et de blindés, parvint à s’assurer du contrôle d’une plateforme aéroportuaire avec l’appui des forces spéciales en vue de l’établissement d’un pont aérien. Par la suite, elle parvint à fixer les unités irakiennes afin d’éviter qu’elles ne se replient vers le sud. Ce type d’opération correspond exactement au concept d’emploi des Français qui entretiennent des échanges réguliers avec leurs homologues américains, en attendant avec impatience l’arrivée de l’A400M.

Les réflexions concernant le devenir d’une arme ou d’une spécialité d’armes ne doivent être ni partisanes, ni faussées, ni conjoncturelles. En 1996, lors de la professionnalisation annoncée par le Président de la République, la mort de la brigade alpine était annoncée comme une évidence, « à quoi bon maintenir des savoir-faire consistant à s’emparer de cols à 2000 mètres d’altitude  équipés de skis et de baudriers ! » Après 10 années d’engagement en Afghanistan les savoir-faire spécifiques de la brigade d’infanterie de montagne s’avèrent pourtant bien utiles en période hivernale, là aussi, la montagne ne s’improvise pas.

 

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: J.R. Coignet

Leçons d’une décennie d’interventions à l’Ifri: les vidéos

Samedi, 24. septembre 2011 7:22

Comme nous vous l’annoncions hier, les vidéos de la première session du cycle de séminaires sur « 2012: La défense en question », organisé par le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), sont désormais en ligne.

Camille Grand a tout d’abord exposé les leçons qu’il tirait d’une décennie d’interventions extrêmement variées (intensité, cadres, durée, etc.), et celles pouvant être tirées de la récente guerre en Libye.


10 ans d'opérations militaires : alliances… par Ifri-podcast

Etienne de Durand a ensuite développé le cas de l’Afghanistan, pour élargir en seconde partie vers un propos plus général sur les difficultés croissantes auxquelles se heurtent les interventions occidentales.


Guerre en Afghanistan : analyse et bilan… par Ifri-podcast

Enfin, Jean-Dominique Merchet a présenté son analyse du bilan de la décennie d’opérations, en évoquant les quatre ‘D’ des interventions (dispersion, durée, diversité, durcissement) et s’est interrogé sur leur place dans la posture française (coûts, perception par l’opinion publique, etc.).

La France et les conflits armés en 2011… par Ifri-podcast

Suite à ces trois interventions, la discussion s’est engagée autour des remarques d’Elie Tenenbaum, puis de Philippe Gros.


Leçons d'une décennie d'opérations : le débat par Ifri-podcast

Nous communiquerons le reste du programme du cycle « 2012: La défense en question » dès que les derniers détails auront été fixés.

Comme toujours, vos commentaires sur ce séminaire sont les bienvenus !

Catégorie: Divers, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Auteur: Ultima Ratio

Al Qaïda: bref état de l’art

Mercredi, 21. septembre 2011 14:12

Depuis dix ans, des milliers de publications – de qualité variable – ont été consacrées à Al Qaïda. Ces publications peuvent schématiquement être classées en six catégories.

  1. les recherches historiques qui retracent les origines d’Al Qaïda. Ces recherches, parmi lesquelles on citera The Looming Tower de Lawrence Wright, remontent à l’intervention soviétique en Afghanistan et analysent la manière dont Oussama Ben Laden, Abdallah Azzam et Ayman al-Zawahiri ont organisé l’afflux de combattants arabes pour venir en aide aux moudjahiddines afghans. Elles décrivent aussi la manière dont Al Qaïda s’est réorientée vers la lutte contre les États-Unis suite au retrait soviétique d’Afghanistan en fomentant plusieurs attentats contre les intérêts américains (World Trade Center en 1993, ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998, USS Cole en 2000).
  2. les études qui passent au crible la rhétorique jihadiste. Ces études se situent à différents niveaux. Les chercheurs ayant participé à l’ouvrage Al Qaïda dans le texte se sont intéressés aux chefs d’Al Qaïda. Ils ont ainsi traduit et analysé les principaux discours et écrits d’Oussama Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, Abdallah Azzam et Abu Musab Al-Zarqaoui. Farhad Khosrokhavar s’est quant à lui penché sur la base de la mouvance jihadiste internationale en disséquant le discours d’individus arrêtés dans le cadre d’affaires de terrorisme.
  3. les analyses générales sur l’évolution globale de la menace représentée par la nébuleuse Al Qaïda. Les travaux de Jean-Pierre Filiu, qui s’est attaché à présenter les métamorphoses d’Al Qaïda depuis les attentats du 11 septembre 2001 et qui explique que l’organisation terroriste traverse actuellement une crise sans précédent, méritent ici d’être mentionnés.
  4. les monographies consacrées à l’activité terroriste sur une zone géographique donnée. On pense ici, entre autres, aux recherches effectuées par Bernard Rougier sur la progression du salafisme révolutionnaire dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban ou encore à celles de Mathieu Guidère sur le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) en Algérie.
  5. les biographies focalisées sur une figure charismatique de la mouvance jihadiste, à l’instar des travaux de Peter Bergen sur Oussama Ben Laden et de Brynjar Lia sur Abu Musab al-Suri.
  6. les analyses quantitatives retraçant le parcours de centaines de jihadistes. Les recherches de Thomas Hegghammer sur les combattants saoudiens et les travaux de Marc Sageman peuvent être mentionnés ici.

Par delà leurs approches méthodologiques variées, toutes ces études ont en commun de chercher à mieux comprendre la mécanique terroriste. Elles écartent d’emblée l’idée selon laquelle les terroristes seraient des fous – ou dans le cas d’Al Qaïda des « fous de Dieu » – pour se placer sur le terrain de la rationalité. Certains auteurs insistent ainsi sur la logique stratégique des attentats-suicides. Robert Pape met par exemple en avant le fait que les kamikazes constituent une arme d’une précision redoutable pour des organisations terroristes, d’autant plus performante que l’impact psychologique d’un attentat-suicide peut être décisif. D’autres travaux cherchent à mettre en évidence les facteurs sociologiques conduisant à l’engagement violent. Marc Sageman démontre dans ses ouvrages Understanding Terror Networks et Leaderless Jihad que la radicalisation s’effectue souvent autour d’un groupe d’amis et que les jihadistes ne sont pas nécessairement issus de milieux pauvres et fanatisés. Leur niveau d’éducation est sensiblement égal au reste de la population et ils n’ont pas forcément fréquenté des madrasas. En d’autres termes, il n’existe pas de profil-type de terroriste. Cette assertion se traduit dans les faits par une extrême difficulté à déceler en amont les individus susceptibles de devenir terroristes.

Suite à la mort d’Oussama Ben Laden et à l’occasion du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, les articles consacrés à Al Qaïda se sont multipliés.  Dans Foreign Affairs, par exemple, William McCants s’est penché sur l’évolution d’Al Qaïda des origines jusqu’à nos jours, en insistant sur les réactions des principaux leaders de la mouvance jihadiste au « printemps arabe ». Si Guido Steinberg estime, dans Politique étrangère, que les révolutions tunisienne et égyptienne représentent une « défaite stratégique » pour Al Qaïda, Juan C. Zarate et David A. Gordon avancent quant à eux, dans The Washington Quarterly, que la mouvance jihadiste cherche à tirer profit de l’instabilité actuelle dans le monde arabe. Ils citent notamment, à l’appui de leur thèse, les différents messages adressés par Ayman al-Zawahiri au peuple égyptien.

De nombreux articles ont aussi été publiés, au cours des dernières semaines, sur Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Un thème récurrent a trait aux changements induits par la transformation du GSPC en AQMI.  Dans la revue Orbis, J. Peter Pham insiste sur deux évolutions majeures : l’importation de tactiques utilisées en Irak (en particulier les attentats suicides) et le développement d’une stratégie de communication ambitieuse sur Internet. Dans un article paru dans Mediterranean Politics, Manuel R. Torres Soriano compare plus spécifiquement la communication du GSPC et d’AQMI, en s’appuyant sur un corpus de près de 200 communiqués. L’accent mis par AQMI sur les relations publiques est évident, le nombre de communiqués publiés entre 2007 et 2009 correspondant peu ou prou au nombre de communiqués publiés entre 1998 et 2006 par le GSPC. Alors que le pays occidental le plus cité dans les communiqués du GSPC était les Etats-Unis, la France apparaît en première position pour ce qui est des communiqués d’AQMI. Parmi les pays musulmans, l’Algérie reste le pays le plus cité mais de manière nettement moins marquée que du temps du GSPC. La stratégie d’AQMI visant à étendre le jihad vers la zone sahélienne apparaît clairement dans sa rhétorique. La Mauritanie, par exemple, n’était citée que dans 3,8% des communiqués du GSPC alors qu’elle est mentionnée dans 16,8% de ceux d’AQMI. AQMI semble aussi s’intéresser de plus en plus à la Somalie, présente dans 11,6% de ses communiqués alors qu’elle n’était évoquée que dans 1% des communiqués du GSPC.

Enfin, pour terminer et pour passer du registre du terrorisme à celui de la lutte contre le terrorisme, je vous recommande vivement de lire l’article de Nicholas Schmidle paru dans le New Yorker et qui décrit en détail la mission visant à éliminer Oussama Ben Laden. Si vous êtes plus intéressés par le système judiciaire français que par les actions des Navy Seals, le livre de Marc Trévidic intitulé Au cœur de l’antiterrorisme est fait pour vous.

Il va sans dire que ce tour d’horizon de la littérature n’a rien d’exhaustif. Si vous pensez que d’autres ouvrages ou articles auraient dû être cités, n’hésitez pas à le faire savoir dans les commentaires!

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: Marc Hecker

Nuclear strategy and the development of military technology. The case of the Fleet Ballistic Missile programme

Vendredi, 16. septembre 2011 7:56

CoverSometimes you wish you never accepted to review a friend’s book/article : you lack the time to read the document, and once you finally find a few minutes/hours to discover it, it proves disappointing (and it’s pretty hard to find an easy way to say that). Some other times, fortunately, it’s the opposite: you get just what you were looking for (but still have to find the right way to say it, not to look like you’re congratulating a friend for being a friend). I’m glad to write from the start that this monograph clearly belongs to the second group.

Of course, it cannot be said to be a huge surprise when someone studying both military innovation and nuclear weapons policies (curiously enough, not the two of them together) finds interest in a paper on the innovation processes that gave birth to US Navy’s ballistic missiles. Still, disappointment was a real possibility, either due to a lack of empirical research, superficial treatment of the issue, or lack of theorization. Again, you’ll find no such thing here.

In his monograph, Sébastien Miraglia, a researcher at the Oslo-based Norwegian Institute for Defense Studies (IFS), reviews the development of the Fleet Ballistic Missile program from its creation back in the 1950s, to the Trident II D5, which currently equips US Navy’s Ohio-class SSBNs (as well as Royal Navy’s 4 Vanguard-class subs). Sébastien’s argument is that initial orientations taken by the Navy’s office in charge, the Strategic Project Office (SPO) weighed on its future choices and constrained its ability to respond optimally to external stimuli for change, such as new nuclear policies. This, in turn, created serious risks of disconnection between requirements identified at the policy level and available capabilities. For instance, following the deployment of the Soviet Galosh anti-ballistic missile defense system, SPO chose to respond not through the development of penetration aids – a path taken by the USAF for its Minuteman II ICBMs – but by putting multiple, smaller warheads on top of US SLBMs (MIRVing, for those who might not be familiar with the issue). It didn’t follow that path because MIRVing seemed to be the optimal way to deal with the threat from these rudimentary defenses. It took a path that would allow it to make good use of previous R&D on MIRVing, avoid entry costs associated with such developments as penetration aids, all the while fulfilling what it considered its core missions: saturate defenses and strike “soft” targets such as urban areas.

As one may guess, the paper rests heavily on concepts and approaches drawn from historical institutionalism and sociology of organizations. What one may not guess is that in addition to using classics such as MacKenzie’s Inventing Accuracy, Sébastien made extensive use of historical, unpublished material/archives from the SPO and its successor, various memoranda and transcripts of interviews of individuals directly involved in the program.

The result is a highly readable, rigorous and insightful research, as well as a great opportunity to discover the inside story – or close to – of the program and to understand how technical and operational dilemmas were solved. A great read for anyone interested military innovation, technology development and US nuclear history.

The study is available online for free (here) but you may as well consider buying a softcover copy as the format is great (much better, for example, than SSI monographs). Also, take some time to visit the IFS website and the other one dedicated to their publications, as you’ll find lots of interesting stuff here (by the way, people at IFS are the ones you should thank for last year’s amazing special issue of the Journal of Strategic Studies on the Information Revolution in Military Affairs).

Gratulerer, Sébastien !

Sébastien Miraglia, Nuclear strategy and the development of military technology. The case of the Fleet Ballistic Missile programme, Defence and Security Studies – Norwegian Institute for Defence Studies (Institutt for Forsvarsstudier), 2/2010, 124 p. PDF or paper (free / 100 NOK or approx. ~USD 16.00)

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Corentin Brustlein

Al-Qaïda, 2011

Jeudi, 8. septembre 2011 7:52

A l’approche du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, nous vous invitons à lire un article intitulé « Al-Qaïda, 2011″. Cet article a été rédigé par Guido Steinberg, ancien conseiller de la Chancellerie fédérale d’Allemagne sur les questions de terrorisme et chercheur à la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP, Berlin). Il a été publié dans le dossier consacré à « Al-Qaïda et la guerre contre le terrorisme » paru dans le dernier numéro de la revue Politique étrangère.

Les révolutions égyptienne, libyenne et tunisienne représentent une défaite stratégique pour les partisans d’Al-Qaida. Lorsque les leaders djihadistes d’aujourd’hui ont entamé leur carrière, dans les années 1980 et 1990, Al-Qaïda ne visait que l’« ennemi proche », son objectif étant de renverser certains régimes du monde arabe, notamment saoudien et égyptien. Ce n’est qu’après avoir réalisé que Riyad et Le Caire étaient des adversaires trop puissants qu’elle s’est tournée vers les pays occidentaux. En visant l’« ennemi lointain » pour forcer les États-Unis à quitter la région, ces leaders espéraient reprendre l’initiative contre les gouvernements du monde arabe. Et alors qu’il apparaissait déjà clairement, dès l’après-2001, qu’Al-Qaïda n’atteindrait aucun de ces deux objectifs, ce sont les pires ennemis de l’idéologie djihadiste qui ont chassé les présidents Ben Ali et Moubarak en 2011. La majorité des contestataires des deux pays se méfiaient de l’islam politique, rejetaient la violence et aspiraient à une démocratisation sur le modèle européen. Le printemps arabe de 2011 a ainsi clairement démontré que si Al-Qaïda avait jamais eu une chance d’imposer sa vision au monde arabe, le temps en était maintenant révolu.

Al-Qaïda reste pourtant une organisation militante à ne pas sous-estimer, et la tourmente générale de ces derniers mois lui ouvre de nouvelles perspectives d’action dans des zones où la répression était parvenue ces dernières années à neutraliser ou à réduire le mouvement djihadiste.

Les révolutions arabes sont aussi un coup dur pour les ennemis occidentaux d’Al-Qaïda et leurs stratégies antiterroristes, au moins à brève échéance. Depuis 2001, les États-Unis et leurs alliés ont accentué leur coopération avec les régimes arabes pro-occidentaux. Sans eux, la police et les services de renseignement américains et européens auront plus de mal à lutter contre Al-Qaïda et ses alliés. La lutte antiterroriste devra s’adapter aux spécificités de différents réseaux : Al-Qaïda « central » au Pakistan et en Afghanistan, ses trois branches régionales en Irak, en Algérie et au Yémen, et des structures plus indépendantes en Europe.

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Old Wine in New Bottles? French Security and Defence Policy under Nicolas Sarkozy

Mardi, 31. mai 2011 7:31

Etienne de Durand a récemment donné une conférence à l’Institute for International and European Affairs de Dublin, sur la politique de sécurité et de défense durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

L’IIEA a non seulement filmé la conférence de manière très professionnelle, mais a mis la vidéo en ligne sur YouTube. Vous pouvez par conséquent la visionner ci-dessous.

Puisqu’elle dure presque 45 minutes, en voici le plan, afin de vous aider dans la navigation:

  • Introduction
  • Where do we come from? Traditional French or Gaullist Policy (début: 3 min et 10 sec)
    • Origins
    • Defense policy during the 1990s
    • The Iraq war and afterwards
  • Sarkozy’s New Look Policy, the FR-UK Deal and Its Implications (début: 17 min et 30 sec)
    • French security policy under Sarkozy
    • Sarkozy’s military policy and FR-UK deal
  • Conclusion (début: 41 min et 38 sec)

 

Bon visionnage, et comme toujours, n’hésitez pas à commenter !

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Hoplites numériques : le combat d’infanterie à l’âge de l’information

Mercredi, 11. mai 2011 16:09

Nous avons le plaisir de vous proposer la lecture du trentième Focus stratégique, dont nous vous avions parlé ici, intitulé :

« Hoplites numériques : le combat d’infanterie à l’âge de l’information»

Le FELIN, premier « système fantassin » mondial entre en service cette année dans l’armée de Terre française. Au cours de l’histoire, les fantassins ont cherché à tirer profit de la technologie en arbitrant au mieux parmi les trois exigences fondamentales que sont mobilité, puissance de feu et protection du combattant. Les sociétés occidentales étant sensibles aux pertes, l’exigence de protection est devenue un facteur essentiel. Le combat débarqué moderne se caractérise donc par un retour de l’armure tout en mettant l’accent sur la puissance de feu. En outre, l’avènement d’une nouvelle génération d’équipements, permettant de tirer profit des technologies de l’information au niveau du combattant individuel, impose désormais d’aborder la question de l’évolution du combat d’infanterie sous l’angle de la supériorité informationnelle.

Sommaire:

Introduction,
L’innovation dans l’infanterie
La fin de l’infanterie légère
Le fantassin du futur

Ce texte est téléchargeable ici.

Nous remercions les lecteurs de ce blog qui ont contribué aux recherches de l’auteur.

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