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Sommet de l’OTAN à Chicago : avis de tempête sur les Grands Lacs

Vendredi, 18. mai 2012 9:12

Dimanche à Chicago s’ouvrira la 25e édition du Sommet de l’OTAN. Regroupant soixante pays, ce sommet est le plus important jamais organisé par l’Alliance Atlantique et son originalité risque de se faire sentir aussi bien dans son organisation que dans les négociations qui s’y dérouleront.

C’est en effet dans un contexte de crise économique européenne que s’ouvre la rencontre, ce qui pourrait réduire considérablement la liberté d’action des États-Unis concernant  le déploiement du projet de défense antimissile (DAMB) sur le vieux continent, axe majeur du développement de l’OTAN jusqu’en 2018. Bien que le secrétaire général semble confiant dans l’avenir du bouclier et entende profiter de l’événement pour réaffirmer l’utilité du dispositif pour la sécurité européenne, l’enthousiasme est plus nuancé à l’est de l’Atlantique face au coût du projet qui provoque notamment une certaine réticence de la part du nouveau Président  français. Le sommet de Chicago devrait permettre à la France de se positionner sur la question et ainsi de donner le ton de son engagement auprès de l’OTAN pour le quinquennat à venir.

Enjeu principal de l’événement, la question afghane risque de faire éclater le consensus et, là encore, la position du nouveau dirigeant de la République française risque de provoquer le mécontentement de ses partenaires stratégiques. Le retrait anticipé des troupes, que l’Australie souhaite appliquer avant l’année électorale de 2013 et que le Canada a déjà engagé en mettant fin à sa mission en juillet 2011, serait un pari risqué pour la France après sa récente réintégration du commandement intégré de l’OTAN. La visite préparatoire d’émissaires américains à Paris ne semble pas avoir influencé l’opinion de François Hollande qui souhaite annoncer le retrait des troupes françaises fin 2012 lors de la réunion du G8 qui se tient aujourd’hui à Camp David. Retrait plus facile à annoncer qu’à conduire diplomatiquement, politiquement et surtout logistiquement : certains observateurs doutent de la capacité française à réaliser une telle opération.

Du côté européen, la question afghane suscite le débat la France et l’Allemagne, et la Chancelière Merkel a appelé le Président à respecter le calendrier mis en place lors du sommet de Lisbonne en 2010, alors que le couple franco-allemand se divise déjà sur la question du pacte budgétaire. D’autre part, la nouvelle ligne de conduite française n’est pas sans inquiéter l’allié britannique. Affaibli par sa récente défaite électorale, David Cameron entend infléchir la position de l’Elysée, les divergences entre les deux dirigeants étant susceptibles de remettre en question la coopération de défense bilatérale lancée par les accords de Lancaster House en 2010, déjà malmenée par ailleurs.

C’est donc un sommet placé sous le signe de la nouveauté, mais aussi de la discorde, qui se tiendra en cette fin de semaine à Chicago. La France devra faire preuve de beaucoup de diplomatie, d’autant plus que les importantes ventes d’armes à la Russie réalisées par le gouvernement Sarkozy au courant de l’été 2011 passent mal auprès du Congrès. Le nouveau président français devra user de finesse pour imposer ses choix et faire ses preuves face à un environnement international troublé voire hostile. Malgré quelques éléments encourageants pour ses positions, il ne sera pas facile de rassurer et de convaincre Barack Obama, lui-même en campagne pour un second mandat et qui n’a pas besoin d’un échec international à l’approche des élections américaines.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Claire-Marine Selles

La défense française à l’heure des choix budgétaires

Lundi, 14. mai 2012 8:20

Le nouveau gouvernement, qui sera nommé dans quelques heures, devra effectuer des arbitrages budgétaires importants. Dans ce contexte, Ultima Ratio a posé quatre questions à Martial Foucault, auteur du récent Focus stratégique consacré aux Budgets de défense en France.

Ultima Ratio: Les questions de défense en général, et des crédits militaires en particulier, ont été pratiquement absentes de la campagne électorale. L’analyse de long terme démontre-t-elle un biais partisan en matière de budgets de défense entre gauche et droite ? Les dépenses sociales impliquent-elles un effet d’éviction sur les dépenses militaires ?

Martial Foucault: En effet, les questions de défense et en particulier de choix budgétaires ont une nouvelle fois été oubliées durant cette campagne présidentielle. Contrairement à d’autres démocraties, le système semi-présidentiel français semble privilégier le consensus sur de tels enjeux au nom du fameux « domaine réservé » car le président de la République reste le chef des armées. Cette situation semble même emblématique de l’évolution des budgets de défense depuis le début des années 1980. Il n’existe pas à proprement parler de corrélation significative entre les gouvernements de droite et de gauche et le volontarisme budgétaire de défense. En moyenne, les gouvernements de gauche ont augmenté le budget de défense de 0,17% et ceux de droite de 0,12%,  certes dans des contextes parfois différents. Ce sont donc davantage les conditions économiques et la situation des finances publiques qui déterminent l’augmentation ou la diminution relative de l’effort de défense. Deuxième budget régalien après l’éducation nationale, la défense voit sa part dans le budget de l’Etat diminuer régulièrement depuis 1988 (10% en 2010 contre 14% en 1988). Globalement, on observe en France comme dans plusieurs pays européens une lente transformation d’un modèle dit « warfare » vers un modèle dit « welfare ». Les dépenses sociales ont augmenté à un rythme annuel de 3,35% contre 2,31% pour les dépenses de défense sur la période 1995-2010. Il est évident que les années de faible croissance économique ont eu pour conséquence d’accorder une priorité plus grande aux dépenses de redistribution qu’aux dépenses militaires, alors même que l’engagement de la France dans des zones de conflit n’a jamais été aussi important ces 15 dernières années. Le modèle français de défense atteint donc aujourd’hui une forme de surchauffe budgétaire.

 

- UR: Le Livre blanc de 2008 proposait de revaloriser l’effort de défense français avec une augmentation de 1% par an jusqu’en 2020. Quatre ans après, où en sommes nous de la réalisation de ces objectifs ? Quelles sont les perspectives à venir ?

MF: Longtemps réclamé par les autorités militaires, le Livre blanc avait pour objectif de réviser le modèle d’armée 2015, issu du Livre blanc de 1994. Impossible à atteindre à mois d’injecter 30 milliards d’euros sur six ans, le Livre blanc de 2008 visait à réorienter les missions de défense de la France en accordant une priorité plus grande aux fonctions de renseignement, en améliorant la déployabilité des forces, en augmentant de 3 milliards d’Euros par an les dépenses d’équipement jusqu’à 2020 et en réformant le ministère de la Défense (par une baisse de 54 000 personnels). Aujourd’hui, le bilan des 4 premières années laisse craindre le pire pour le futur. Selon un rapport de la commission des Finances du Sénat en novembre 2011, l’application de la règle du « gel en volume » implique un manque à gagner de 15 milliards d’euros d’ici 2020 alors que le principe du « gel en valeur » déboucherait sur une perte de 29 milliards d’euros entre 2009 et 2020. Entre ces deux estimations, il faut rajouter l’accumulation du décalage entre les autorisations d’engagements et les crédits de paiement qui pèse pour près de 46 milliards d’euros (dont 30 milliards pour la période 2006-2012) pour les seuls crédits d’équipement. En conséquence, l’après-2012 s’annonce d’ores et déjà comme une période incertaine : certains paramètres économiques exigeront du prochain gouvernement qu’il fasse preuve d’innovation budgétaire, plutôt que de s’en remettre à une loi de programmation militaire marquée par une perpétuelle cure d’amaigrissement.

 

- UR: Enoncée dans les années 1970, la « loi d’Augustine » prévoyait à budget de défense constant la réduction des quantités et des effectifs – un arbitrage contraint résultant de l’inflation continue des coûts technologiques. Cette loi continue-t-elle à se vérifier aujourd’hui ? Quels scénarios peut-on en déduire pour l’avenir des forces occidentales ?

MF: La nature cyclique des dépenses d’équipement, conjuguée à une inflation des prix militaires et des révisions d’acquisitions, soulève une question déjà abordée aux Etats-Unis sous le nom de loi d’Augustine. La loi d’Augustine, du nom de l’ancien directeur de Lockheed Martin et ancien secrétaire de l’US Army dans les années 1970, Norman Augustine, désigne tout simplement l’augmentation non contrôlée du coût d’acquisition des systèmes d’armes alors que les budgets de défense suivent une tendance haussière moins rapide voire stable (en euros constants). Une illustration de cette loi débouche par exemple par la multiplication par 4 du coût d’un avion tactique tous les 10 ans. En France, l’évolution du prix des biens militaires augmente plus vite que le niveau d’inflation, à partir duquel sont construits les budgets de défense. Par conséquent, la logique comptable qui consiste à disposer de matériels de plus en plus coûteux en fonction de ressources disponibles de plus en plus rares s’opposera très vite à une logique militaire incompatible avec le fait de disposer seulement de peu de matériels même suréquipés. Il n’existe pas de parfaite substitution entre la qualité et la quantité des armements.

- UR: La France dispose aujourd’hui du 5e budget de défense au monde (après les Etats-Unis, la Chine, la Russie et la Royaume-Uni). Qu’en est-il des tendances à l’échelle internationale ? Assiste-t-on à un phénomène de rattrapage de la part des pays émergents ?

MF: En 2012, le niveau des dépenses militaires mondiales s’établissait à 1740 milliards de dollars. Sans surprise, les Etats-Unis maintiennent leur statut de puissance militaire avec un budget de défense de 711 milliards de dollars, soit un montant 13 fois supérieur à celui de la France. Parmi les 10 pays dépensant le plus pour leur défense, seuls la Chine (+6,7 %), la Russie (+9,5 %) et l’Arabie Saoudite (+2,2 %) ont augmenté leurs dépenses militaires en 2011 dans un contexte de croissance économique mondiale ralentie alors que les autres pays ont réduit leur effort de défense. Finalement, il semble qu’une nouvelle période émerge, caractérisée par une évolution assez nette des rapports de forces entre puissances militaires, avec d’un côté la montée en puissance de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Afrique, et de l’autre le déclin, même timide, des Etats-Unis (41% des dépenses mondiales) et surtout de l’Europe. Ce portrait global reste fragile et étroitement lié à l’intensité des zones de conflits contemporains et la nature des menaces qui pèse sur la sécurité des Etats.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Les budgets de défense en France, entre déni et déclin

Vendredi, 11. mai 2012 9:12

Le Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) de l’Ifri vient de publier le numéro 36 de la série Focus stratégique, intitulé:

Les budgets de défense de la France, entre déni et déclin

Martial Foucault est professeur agrégé de science politique à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’Excellence sur l’Union Européenne (Université de Montréal/McGill University). Depuis 2010, il est éditeur associé de la revue Canadian Public Policy. Ses champs de spécialisation sont l’économie politique (internationale), les politiques publiques, les comportements électoraux ainsi que les techniques quantitatives.

Son nouveau Focus stratégique est téléchargeable ici.

Le résumé du papier:

Le budget de la défense, quatrième poste de dépenses de la République, est rarement soumis à un débat public. Ces trente dernières années, cette question a été marquée tour à tour par le désir de toucher les « dividendes de la paix » au lendemain de la guerre froide, la professionnalisation de 1997 et le durcissement des opérations extérieures après le 11 septembre 2001. Ces fluctuations se sont inscrites dans un contexte économique et social contraint dans lequel les dépenses militaires ont joué le rôle de variable d’ajustement – et ce, quelles qu’aient été les majorités au pouvoir. Alors que le nouveau cadre budgétaire mis en place par la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) devait permettre une meilleure gestion des dépenses, le Livre blanc de 2008 affichait des objectifs qui sont vite apparus comme irréalistes, compte tenu de la rapide détérioration des finances publiques. Dans un contexte international marqué depuis une décennie par l’augmentation des dépenses militaires, il convient de s’interroger sur les arbitrages budgétaires qui décideront demain de l’avenir de la défense de la France.

Ainsi que le sommaire:

Introduction

Un budget de la défense  en trompe l’œil

Des lois de programmation militaire intenables

Choix budgétaires : « welfare vs. warfare » ?

Comparaisons internationales : maintien ou déclassement ?

Conclusion

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Intifada française? Marc Hecker répond à Grotius International

Dimanche, 6. mai 2012 14:56

A l’occasion de la parution du livre Intifada française ? De l’importation du conflit israélo-palestinien (Ellipses, 2012), Grotius International a posé trois questions à son auteur, Marc Hecker.

- Les associations pro-israéliennes et pro-palestiniennes sont nombreuses en France. A quand remontent les débuts du militantisme lié au conflit israélo-palestinien ?

Il faut remonter à la guerre des Six Jours en 1967 pour voir un véritable décollage du militantisme en France lié au conflit israélo-palestinien. Dans les semaines qui précèdent cette guerre, les déclarations belliqueuses des leaders arabes, en particulier du Palestinien Ahmed Choukeiry, font craindre un nouveau génocide, 22 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En France, les groupes de soutien à Israël se multiplient. Dans la capitale, environ 30 000 personnes se réunissent devant l’ambassade d’Israël, le 31 mai 1967. La victoire éclair de l’armée israélienne se traduit par l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Dès lors, des associations de soutien aux réfugiés palestiniens sont créées, à l’instar de l’Association de solidarité franco-arabe (ASFA). Le militantisme pro-palestinien se structure alors autour de quatre tendances : les militants laïques arabes qui se trouvent ainsi une nouvelle cause après l’indépendance de l’Algérie, les militants d’extrême gauche qui considèrent Israël comme un suppôt de l’impérialisme, une partie des gaullistes qui, comme leur chef, rejettent la responsabilité de la guerre des Six Jours sur Israël et enfin des militants catholiques regroupés autour de l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

- Aujourd’hui, le militantisme lié au conflit israélo-palestinien est-il essentiellement de nature religieuse ?

La communauté juive organisée joue un rôle important dans le militantisme pro-israélien. Les manifestations pro-israéliennes sont souvent organisées par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) ou par des organisations membres de ce conseil, à l’instar de l’Union des étudiants juifs de France. En dehors de la communauté juive, le mouvement évangélique – encore limité en taille mais en plein développement en France – soutient Israël. Par ailleurs, une des plus anciennes structures pro-israéliennes, l’Association France-Israël, est une organisation laïque. Du côté pro-palestinien, les associations islamiques se sont développées dans les années 1990. Le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), réputé proche des Frères musulmans, a par exemple été créé en 1990. Dans les grandes manifestations pro-palestiniennes, il est fréquent que des prières spontanées aient lieu. Les associations laïques restent toutefois les plus visibles. L’extrême gauche est en particulier toujours très présente dans la sphère pro-palestinienne.

- Jusqu’à quel niveau de violence « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France peut-elle escalader ?

L’immense majorité des militants agit de manière pacifique. Ils organisent des manifestations, envoient des courriers aux députés pour tenter de faire évoluer la politique étrangère de la France, essaient de faire passer leur vision de la situation au Proche-Orient dans les médias, etc. Il ne faut pas nier, toutefois,  que le conflit israélo-palestinien a des répercussions violentes en France. Depuis le début de la deuxième Intifada, chaque flambée de violence au Proche-Orient se traduit par une hausse spectaculaire des actes antisémites sur le territoire français. En outre, du côté pro-israélien, il existe aussi des groupuscules violents, en particulier la Ligue de Défense Juive. Toutefois, le niveau de violence observé en France n’est en rien comparable à celui du Proche-Orient et le potentiel d’escalade paraît très limité. Penser que « l’importation du conflit israélo-palestinien » en France pourrait se transformer en véritable guerre civile entre juifs et musulmans relève du fantasme.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

De l’utilisation d’Internet par les militaires

Mercredi, 25. avril 2012 10:00

L’Irsem a publié il y a quelques jours une étude intitulée « Utilisation et investissement de la sphère Internet par les militaires », rédigée par Marc Hecker et Thomas Rid. A l’occasion de la parution de cette étude, Florent de Saint-Victor a posé trois questions à Marc Hecker. Cet entretien est publié simultanément sur Mars Attaque, l’Alliance Géostratégique et Ultima Ratio.

- Aujourd’hui, certaines armées font un usage plus intensif que d’autres du web et des réseaux sociaux : lesquelles, comment et pourquoi ?

Les armées américaines ont investi le web bien avant les autres pays. Cette avance peut être expliquée de différentes façons. Il y a tout d’abord un facteur culturel : les Américains sont d’une manière générale très « tech-savvy ». Le taux de pénétration d’Internet en Amérique du Nord est plus élevé que sur n’importe quel autre continent, les principales entreprises du secteur informatique sont américaines et les plateformes du web 2.0 les plus populaires ont été développées outre-Atlantique. Il y a ensuite un facteur lié à la culture des armées : les armées américaines sont relativement ouvertes et estiment qu’elles ont tout à gagner à entretenir des échanges nourris avec le monde civil. En matière de nouvelles technologies, cela se traduit par exemple par des collaborations régulières entre le Pentagone et des grandes entreprises du secteur web. Avec Thomas Rid, nous avons par exemple rencontré à Washington un sous-officier de l’Army qui venait de passer un an chez Google dans le cadre d’une mobilité extérieure. Autre trait culturel des armées américaines : elles favorisent l’innovation et les initiatives individuelles. Il y a plus de dix ans, un petit groupe de capitaines a eu l’idée de créer un forum, CompanyCommand, permettant aux jeunes officiers d’échanger de manière informelle. Cette initiative a été encouragée par l’Army qui a favorisé son développement. Aujourd’hui, CompanyCommand et Platoonleader – son équivalent pour les chefs de section – comptent près de 20 000 membres. Enfin, il y a un facteur personnel qui entre en compte. Certains hauts gradés américains ont compris rapidement qu’Internet, les blogs et les réseaux sociaux étaient des outils de communication et de coopération puissants. Ils ont donc donné l’exemple en étant actifs sur le web et en cherchant à expliquer les potentialités d’Internet. Parmi ces personnalités, on peut citer le général Caldwell, le général Odierno ou encore l’amiral Mullen.

Si les armées des autres pays occidentaux se sont intéressées plus tardivement à Internet et aux réseaux sociaux, elles ont néanmoins rattrapé une bonne partie de leur retard. Les armées françaises en sont un bon exemple. Aujourd’hui, l’armée de Terre, l’armée de l’Air et la Marine sont présentes sur Facebook, Twitter et Dailymotion. Le ministère de la Défense dispose aussi de ses propres outils, notamment d’un espace dédié aux jeunes sur Facebook, « Parlons Défense ».

- Dans votre étude, vous montrez que si des risques existent, ils ne sont pas considérables. Une vision paranoïaque ne semble donc pas justifiée?

Une vision paranoïaque n’est pas justifiée. Autrement dit, il ne faut pas surestimer les risques car les cas problématiques ne représentent qu’une petite minorité. A l’inverse, il ne faut pas non plus sous-estimer les risques qui sont essentiellement de trois ordres. Il y a tout d’abord les fuites « involontaires », au sens où les soldats qui postent des informations sur les réseaux sociaux ne se rendent pas forcément compte que certaines données peuvent être utiles à leurs adversaires. L’exemple le plus connu a trait à l’annulation d’une opération de Tsahal suite à sa révélation sur Facebook par un soldat. Ce dernier avait écrit : « Mercredi, on nettoie [le village de] Qatana et jeudi, si Dieu le veut, on rentre à la maison ». Dans le guide du bon usage des réseaux sociaux publié récemment par le ministère français de la Défense, un autre exemple est donné : en 2011, un marin embarqué sur le Charles de Gaulle a annoncé sur Facebook son départ pour la Libye alors même que le déploiement du porte-avions n’avait pas encore été rendu public. Le deuxième risque est celui d’une atteinte à la réputation de l’armée. Dans la plupart des cas, ces atteintes sont bénignes : il s’agit par exemple de soldats qui mettent en ligne des photos de beuveries. Elles peuvent être plus graves et avoir des répercussions au niveau politico-stratégique. C’est ce qui peut arriver, par exemple, quand des soldats publient des clichés ou des vidéos d’exactions. Enfin, il existe un risque d’infiltration à des fins de renseignement. Par exemple, il y a quelques semaines, des internautes chinois auraient créé un faux compte Facebook à l’effigie de l’amiral Stavridis, ce qui leur aurait permis d’obtenir des données personnelles sur des hauts gradés occidentaux.

- En quoi les armées peuvent-elles tirer profit des réseaux sociaux ?

Lorsqu’on parle des réseaux sociaux et des armées, l’accent est souvent mis sur les risques alors que l’institution militaire peut aussi tirer des bénéfices de l’utilisation de ces nouveaux outils. Les avantages en termes de communication sont évidents. Les « communicants » des armées peuvent désormais s’adresser directement à un large public, notamment aux jeunes. Alors que la dilution progressive du « lien armée-nation » préoccupe les responsables militaires depuis des années, Internet et les réseaux sociaux apparaissent comme un moyen moderne d’expliquer aux citoyens le rôle et les missions des forces armées. Les recruteurs bénéficient aussi largement des réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, chaque centre local de recrutement de l’Army dispose d’une page sur Facebook. En France, les choses sont plus centralisées. La page « Recrutement – Armée de Terre » compte près de 200 000 fans. Enfin, des initiatives « collaboratives » se développent aussi au sein des armées. Le succès des forums professionnels militaires aux États-Unis et le lancement par l’Army d’une expérience visant à permettre aux personnels des armées de contribuer à la mise à jour de doctrines en utilisant un système de type « wiki » ne représentent probablement que les prémices de ces évolutions.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Auteur: Marc Hecker

Cruise Missiles and NATO Missile Defense: Under the Radar?

Jeudi, 12. avril 2012 11:52

Le Centre des études de sécurité de l’IFRI a récemment publié le numéro 41 de la série Proliferation Papers intitulé :

Cruise Missiles and NATO Missile Defense: Under the Radar?

L’auteur, Dennis M. Gormley, est Senior Research Fellow au Matthew B. Ridgway Center for International Security Studies et Senior Lecturer à la Graduate School of Public and International Affairs de l’Université de Pittsburgh. Il a présidé ou contribué à de multiples reprises à des groupes d’experts du Department of Defense et de la communauté du renseignement.

Il est l’auteur de trois ouvrages, ainsi que de nombreux chapitres et articles parus dans Survival, The Washington Quarterly, Arms Control Today, Nonproliferation Review, etc.

Résumé de l’article :

The purpose of this paper is to demonstrate that the threat of cruise missile proliferation is as equally challenging to NATO as the threat of ballistic missiles. Over the last two decades, the emergence of cruise missiles and UAVs as a threat has been slow, and governments, particularly the United States, have invested much less in cruise missile defenses than in ballistic missile defenses. Since 2004, however, several new land-attack cruise missile programs have been launched, after a new narrative formed around their strategic value, and as a response to progress achieved by ballistic missile defense systems. Recent cruise missile developments, together with global interest in armed and unarmed UAVs, have worsened the existing threat and may continue to do so. These emerging threats, combined with existing or developing ballistic missile capabilities, could plausibly endanger NATO population centers and forces. While cruise missile defense programs have faced severe cuts in the past years, a range of options could still be implemented to address NATO’s myopic view of missile defense.

Table des matières :

Introduction

The Cruise Missile Threat’s Reluctant Emergence

The Cruise Missile Threat Suddenly Emerges

New Developments in the Cruise Missile Threat

Plausible Threats and Affordable Responses

Concluding Thoughts

Le papier peut être téléchargé ici.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Ultima Ratio

Cyberattaque et cyberdéfense: analogies avec la guerre moderne

Mercredi, 28. mars 2012 9:00

Je viens de terminer la lecture d’un ouvrage passionnant : Cyberattaque et cyberdéfense, écrit par Daniel Ventre, éminent spécialiste français dans ce domaine. Le livre est articulé en 5 chapitres traitant successivement de la cyberguerre, la cyberattaque, la cyberdéfense, la géopolitique et les relations internationales pour terminer par les perspectives militaires. Dans ce livre très bien référencé et documenté, l’auteur étaye son raisonnement par de nombreux exemples. Il permet de comprendre l’interaction du cyberconflit et de la guerre moderne, mais aussi certaines des nouvelles règles qui en découlent.

La dernière partie est sans doute la plus intéressante si on aborde le sujet sous un angle stratégique :

  • L’auteur compare ainsi le cyberespace avec la stratégie maritime : ces deux milieux isotropes permettent une grande liberté de manœuvre de par leur immensité et leur aspect contraignant. Ils sont tous deux un domaine international ouvert au commerce, dans lequel on peut trouver des pirates, des corsaires… Les attaques qui y sont menées ne sont pas immédiatement détectées. C’est vrai pour les cyberattaques, mais aussi pour le milieu sous-marin; comme dans le cas du submersible nord-coréen intercepté en 1998 et dont l’analyse des journaux de bord révéla qu’il s’était à de nombreuses reprises introduit dans les eaux sud-coréennes. Autre analogie, entre les cyberattaques et les sous-marins allemands qui, durant la Première Guerre mondiale, visaient des cibles économiques: les deux moyens réclament une vraie maîtrise technique pour une mise en œuvre efficace, mais ne sont pas décisifs pour l’issue de la guerre.
  • Comme pour la puissance aérienne, l’arrivée du cyber constitue une véritable révolution pour la conduite des opérations dans un nouveau champ de bataille et d’affrontements. Ils permettent de frapper l’ennemi en profondeur – néanmoins, les bombardements comme les cyberattaques ne peuvent à aux seuls venir à bout de l’ennemi et suffire à la victoire.
  • Daniel Ventre estime que, en référence à Clausewitz, la cyberguerre s’inscrit dans la filiation naturelle de la théorie de la guerre : « la fin de la guerre consiste à soumettre l’ennemi à notre volonté par la force ». Si la nature de la guerre est immuable, au brouillard qu’était censée lever la dimension cybernétique, un nouveau brouillard virtuel est venu s’ajouter.
  • Par analogie avec le traité de Sun Tzu, l’auteur étudie enfin méthodiquement les différents stratagèmes en les adaptant au milieu cyber. L’une des difficultés en cyberdéfense est la multitude des objets attaquables, donc à défendre. Le défenseur divise donc ses forces, une faille sur laquelle peut jouer l’agresseur. Un autre paragraphe détaille la tactique du pot de miel qui, adaptée au cyber, vise à attirer l’ennemi dans un piège en faisant miroiter un avantage.

Au final cette analyse inédite permet de se replonger dans la réflexion stratégique en l’abordant sous un angle novateur plus qu’intéressant.
Bonne lecture !

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Stanislas Garnier

Infected… et MutH5N1

Jeudi, 22. mars 2012 8:39

La Commission européenne vient de publier une bande dessinée, Infected, de Jean David Morvan et Huang Jia Wei (Luxembourg, Publication Office of the European Union, 2011). La BD raconte l’histoire d’une pandémie qu’un homme arrivé du futur permet d’empêcher. Le graphisme est excellent, l’histoire un peu convenue : elle met en avant un trio de coordinateurs européen, américain et onusien sur la grippe/les pandémies/les affaires sanitaires qui rappelle le trio de coordinateurs qui avait joué un rôle important dans la gestion de la grippe aviaire à partir de 2003 (Alain Vandersmissen pour l’UE, John Lange pour les Etats-Unis, David Nabarro pour l’ONU). Une assistante chinoise tient le rôle principal : avec l’aide de l’homme venu du futur, elle sauve son boss atteint d’une maladie mortelle transmise par un singe, puis, comble du kitsch, une fois la maladie maîtrisée, embrasse l’homme du futur. Le livre se termine, outre le baiser, sur une présentation pédagogique de l’approche « Une santé » (One Health). Celle-ci doit permettre de lutter contre les maladies émergentes en liant santé humaine et animale, sans créer de nouvelles structures (grâce à un travail en réseau entre les structures existantes) et – nous promet la BD – sans nécessiter de financements supplémentaires. Sur ce sujet, je vous recommande d’ailleurs l’étude que j’ai réalisée il y a un an pour le programme santé et environnement de l’Ifri.

Outre qu’il est utile de communiquer sur l’approche Une Santé, encore fort peu connue, cette BD nous permet surtout de revenir sur un débat violent en cours au sein de la communauté scientifique travaillant sur la grippe. En 2011, deux équipes de chercheurs ont manipulé le virus H5N1 pour le rendre plus contagieux pour les furets. Pour rappel, H5N1 aurait un taux de mortalité (discuté) de 60%. On peut donc imaginer le risque pris si un tel virus était diffusé dans la nature (encore que les scientifiques discutent la portée de ce risque). Le National Science Advisory Board for Security (NSABS) américain a demandé d’expurger les publications que ces chercheurs voulaient diffuser dans Science et Nature. Le New York Times a publié un édito demandant la destruction de ces virus. Et la communauté scientifique s’est divisée. On trouve d’un côté les partisans d’une meilleure sécurité biologique (biosafety) contrôlant ce genre d’expérience, évitant de les mettre à disposition des biologistes amateurs ou Do It Yourself et les confinant à des laboratoires P4 (et non P3+ comme dans les deux expériences). De l’autre côté, on compte les partisans de la liberté de la recherche scientifique, convaincus que ces expériences contribuent à améliorer la santé publique. Ron Fouchier, le responsable de la première équipe, et ses collègues ont alors appelé à un moratoire de deux mois sur leurs recherches. Enfin, un colloque de l’OMS a quant à lui conclu que les recherches pouvaient être publiées de façon intégrale.

On note donc un véritable schisme au sein d’une communauté scientifique, autrefois unie dans la dénonciation du danger qu’ont constitué la grippe aviaire puis la grippe de 2009. Un des enjeux sous-jacent à cette crise provient de la mise en œuvre de l’accord d’avril 2011 obtenu par l’OMS sur la coopération entre pays développés et en développement pour faciliter les échanges de cellules souches : alors que longtemps le refus de l’Indonésie de partager les cellules souches de H5N1 compliquait la coopération internationale dans ce domaine, cet accord a permis de trouver un compromis et de relancer la coopération. Or si les Etats-Unis, et en l’occurrence le NSABS, peuvent décider façon unilatérale quelles connaissances scientifiques peuvent être diffusées, voire quelles recherches peuvent être conduites, et dans quelles conditions, cela peut avoir un impact sur l’accès à ces informations des scientifiques des pays en voie de développement voire leur capacité à conduire eux-mêmes de telles recherches (peu disposent d’un laboratoire P4) et donc risque de remettre en cause le bon fonctionnement de l’accord. Surtout, l’approche One Health de la Commission européenne souligne que le danger provient de l’interface entre homme, nature et animal, les maladies animales pouvant se transmettre à l’homme (zoonoses) dès lors que l’environnement est modifié. Or ce débat sur MutH5N1 souligne que ce danger peut, de fait, provenir des laboratoires et des scientifiques eux-mêmes, pourtant censés nous protéger. Cette « crise » permet de remettre en avant de la scène médiatique les questions grippales, après la controverse de la grippe 2009, mais elle le fait d’une façon bien moins consensuelle que la BD Infected : surtout elle témoigne des limites de l’approche en réseau quand il n’existe pas d’accord sur la stratégie à adopter pour gérer les maladies émergentes, donc les grippes mutantes.

Outre les sources en lien, je vous recommande l’article d’Hervé Ratel, « Fallait-il manipuler H5N1 ? », Sciences et Avenir, mars 2012, n° 781.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (0) | Auteur: Aline Lebœuf

Les Mille et Une Nuits d’al-Qaïda

Jeudi, 16. février 2012 6:24

Les ouvrages sur le terrorisme peuvent se diviser en deux camps : les enquêtes de terrain, menées par d’intrépides journalistes et des anciens du métier, et les travaux académiques ou synthétiques, écrits à l’abri du bruit et de la fureur. Le livre Inside Al Qaeda and the Taliban se place clairement dans la première catégorie, ne serait-ce qu’à en juger par le destin de son auteur, le journaliste pakistanais Syed Saleem Shahzad, correspondant de l’Asia Times on Line au Pakistan et assassiné le 30 mai 2011 à l’âge de 40 ans.

Ce texte posthume de 250 pages n’est pas d’une lecture facile. Loin des grandes fresques parfaitement composées à la Ahmed Rashid, le livre de Shahzad est une mosaïque d’éléments, parfois redondants et dépourvus d’ordre chronologique, le tout dans un anglais parfois baroque. Et pour cause, l’ouvrage ne cesse de se référer aux Contes des Mille et Une Nuits comme une clé de lecture des chemins sinueux du jihadisme international. Les éléments factuels, souvent inédits, sont entrecoupés de longues considérations sur l’évolution idéologique du jihadisme dont l’auteur aurait certainement pu se passer. Il faut pourtant savoir dépasser ces aspects pour se plonger dans sa description des stratégies de pouvoir mises en œuvre par les combattants du Khorasan – une région mythique de la tradition islamique recouvrant une zone Ak-Pak élargie, de la vallée de la Ferghana en Asie centrale aux bouches de l’Indus.

Shahzad décrit la reconstitution par Al-Qaïda d’un réseau d’alliances au lendemain de son éviction d’Afghanistan à l’hiver 2001-2002. Alors que les Talibans afghans regroupés autour du Mollah Omar souhaitaient se concentrer sur la guerre contre l’OTAN, al-Qaïda aurait cherché à se reconstituer sur un terreau pakistanais. Leur vision reposait alors dans une stratégie indirecte assez fine destinée à couper les Occidentaux de leur voie logistique principale (un axe routier passant de Karachi à la passe de Khyber).  C’est dans cette perspective qu’il faudrait ainsi interpréter la création de la Jundullah, une organisation subversive essentiellement destinée à récupérer les membres des groupes armés pakistanais préexistants (Lashkar-e-Jhangvi, Jaish-e-Mohammad, Harkat-ul Mujahadeen, etc.) et à les rediriger vers la frontière nord-ouest du pays.

Dans cet effort, al-Qaïda aurait paradoxalement bénéficié de la pression américaine sur les Pakistanais pour lutter contre les réseaux jihadistes qu’ils avaient eux-mêmes suscité depuis le milieu des années 1970, en Afghanistan comme au Cachemire. Dès 2004, le retournement de l’ISI contre ses anciens proxies provoque un afflux de milliers de combattants dans les zones tribales : les premiers à les accueillir sont Jalaluddin Haqqani et son fils Sirajuddin – lui-même très proche de personnalités « arabes » dont Abu Laith al-Libi. C’est à partir de ce noyau pakistanais que se développe le mouvement des Talibans pakistanais (Tehrik-e-Taliba Pakistan) ainsi que la base stratégique permettant aux Talibans afghans de lancer leur offensive du printemps 2006. Shahzad souligne ainsi un point fondamental : au contraire des insurgés irakiens, les Talibans afghans sont inextricablement liés à leurs soutiens internationaux – dont al-Qaïda, quelle que soit sa délimitation, fait naturellement partie.

Dès lors, al-Qaïda n’aurait eu de cesse de développer deux stratégies : d’une part accroître son influence sur les Néo-Talibans en se rendant indispensable à leur combat – le réseau Haqqani, à la croisée des deux mondes, tient une place centrale dans ce dispositif – ; d’autre part de s’appuyer sur ses nouveaux éléments punjabis pour développer une stratégie internationale – c’est le sens de la création d’un nouvel organe, Lashkar al-Zil (LaZ).

Parmi les combattants punjabis qui arrivent au Waziristan pour nourrir LaZ, Shahzad distingue deux hommes : Muhammad Ilyas Kashmiri, chef de la légendaire Brigade 313 et Haroon Ashik, ancien officier et membre du principal proxy de l’ISI, Lashkar-e-Taiba (LeT). Haroon, ancien commandant dans l’armée avant d’intégrer le LeT, a d’ailleurs participé à de nombreuses missions en Afrique (Sierra Leone, RDC) comme casque bleu et a ainsi pu observer de près les comportements des militaires occidentaux. Formé par les Pakistanais aux études stratégiques (et notamment à l’histoire des insurrections vietnamiennes et tamoules), il insuffle aux Talibans afghans et pakistanais des conceptions tactico-stratégiques sophistiquées, ce qui, selon Shahzad expliquerait l’amélioration qualitative des opérations en Afghanistan à partir de 2008.

Muhammad Ilyas Kashmiri (1964-2011)

Kashmiri quant à lui apporte une nouvelle stratégie pour le jihad au Khorasan : selon lui, l’alliance américano-pakistanaise est le nœud du problème et, malgré ses errements, finira par avoir raison du mouvement. La solution viendra de l’Inde : un regain de tension, voire un conflit indo-pakistanais, le voisin oriental dégagera les marges de manœuvres à l’Est et rétablira la solidarité islamique. C’est l’origine des attentats de Bombay du 26 septembre 2008, organisés par Haroon, sous le patronage de Kashmiri, avec l’aide de ses anciens frères d’armes du LeT – Haroon aurait ainsi détourné une opération de routine de ce proxy traditionnel de l’ISI pour en faire un attentats jihadiste sans précédent. Pour Shahzad, cet attentat était destiné à provoquer une nouvelle guerre indo-pakistanaise: la marque du LeT étant, en Inde, synonyme d’ISI, une telle attaque ne pouvait s’agir que d’une provocation. L’intense action diplomatique américaine permet cependant de l’éviter et c’est en planifiant un second attentat, cette fois-ci contre des sites nucléaires et militaires indiens, que Rahman, puis Haroon sont finalement arrêtés. Quant à Kashmiri, il est tué en juin 2011 dans une frappe de drone.

En dépit des lourdeurs d’écriture et de construction, de passages beaucoup moins convaincants sur des régions hors de sa zone d’expertise (Somalie, Yémen, Asie centrale, Tchétchénie) et d’exagérations parfois aberrantes (il y aurait selon lui 100 000 combattants du jihad au seul Pakistan…), l’ouvrage de Shahzad n’en est pas moins un travail impressionnant. A l’heure où tous s’interrogent sur les raisons de la présence occidentale en Afghanistan, et l’existence d’intérêts vitaux en jeu, à l’heure où les tractations avec les Talibans semblent plus que jamais présager de leur retour au pouvoir, ce livre vient réaffirmer la réalité de la menace que le terrorisme radical continue de faire peser sur la stabilité du monde.

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (3) | Auteur: Elie Tenenbaum

FRUK ou FRALL / Outre-Manche, Outre-Rhin: les vidéos

Jeudi, 9. février 2012 6:32

Dans le cadre du cycle de séminaires sur « 2012, la Défense en question », le Centre des études de sécurité (CES) de l’Ifri et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ont organisé un séminaire-sandwich, le 26 janvier, qui portait sur le thème « Outre-Manche ou Outre-Rhin? ».

Le séminaire confrontait les visions d’Alastair Cameron, chercheur associé au Royal United Services Institute et à la FRS sur le FRUK, et de Claudia Mayor, chercheur à la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP) à Berlin sur le FRALL (coopération franco-allemande dans le domaine de la Défense).

Ce séminaire permet entre autres de souligner que sans coopération, les trois acteurs, France, Allemagne et Royaume-Uni risquent de perdre leurs capacités de Défense, ce qui posera d’autant plus problème que les Etats-Unis réorientent leur stratégie vers l’Asie. Cela pourrait se traduire selon Claudia Mayor par trois pertes majeures (capacité, influence, industrie). Cependant, les cultures stratégiques opposées de la France et de l’Allemagne limitent les possibilités de coopération, même si cette dernière est nécessaire. Claudia Mayor va plus loin en faisant l’hypothèse qu’en 2016, l’Allemagne aura le plus grand budget de Défense au sein de l’UE. Voici son intervention :

Les relations franco-allemandes en matière de… par Ifri-podcast

Pour Alastair Cameron, les Britanniques ont fait le constat de l’échec de la Défense européenne, mais l’opération en Libye de 2011 les a convaincus de l’importance du FRUK et les partenariats envisagés prouvent la confiance qui existe entre Français et Britanniques dans ce domaine. Vous pourrez regarder la vidéo de son intervention ici :
Les relations franco-britanniques en matière de… par Ifri-podcast

Ces présentations ont été suivies d’une discussion très vive, qui permet de mieux comprendre les difficultés rencontrées par ces coopérations et d’en préciser les détails, avec Etienne de Durand, directeur du CES (qui parle notamment de « mariage de raison » avec les Britanniques et critique la Brigade Franco-Allemande), et Camille Grand (qui rappelle que paradoxalement, le pays avec lequel la DGA coopère le plus, c’est l’Italie…), directeur de la FRS.
. Voici la vidéo du débat :


Quelle alliance pour la Défense française… par Ifri-podcast

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (2) | Auteur: Aline Lebœuf