La France perd son triple A stratégique
Vendredi, 3. février 2012 7:52
En annonçant vendredi 27 janvier le retour anticipé des soldats français d’Afghanistan, Nicolas Sarkozy sème le trouble dans l’Alliance Atlantique et chez nos alliés américains. Ces derniers auront tôt fait de nous dégrader au rang des moins fiables de leurs partenaires déclarés, nous retirant en quelque sorte notre triple A stratégique, pourtant difficilement gagné par le sang versé en Kapissa. Cette annonce semble rayer d’un trait de plume toute la stratégie du quinquennat, en cédant aux nécessités de la politique intérieure et aux enjeux électoraux.
Avec les nombreuses pertes enregistrées l’été dernier, l’image d’une victoire sur l’insurrection dans la zone française n’était plus défendable. Dès lors l’Elysée a mis la pédale douce aux opérations, consignant la force dans ses bases, et a recentré la communication sur le mentoring de l’ANA et sur le transfert des zones de responsabilité, cherchant ainsi une porte de sortie honorable. Il fallait bien limiter l’impact des pertes sur l’opinion publique alors que les élections se profilaient à l’horizon. Las, l’adversaire l’a parfaitement compris et mise sur des hommes infiltrés au sein de l’ANA pour contrer cette stratégie. La mort de 4 soldats français le 20 janvier, tués par un soldat de l’ANA (même si, dans ce cas précis, les motivations du meurtrier restent floues) a eu l’effet escompté. Le candidat Hollande annonçait un retrait immédiat des troupes s’il était élu, ajoutant à une démagogie douteuse une méconnaissance totale des difficultés de rapatrier aussi vite une telle force, sans parler des conséquences stratégiques de cette décision unilatérale. Le président Sarkozy de son côté, après quelques atermoiements, annonçait donc vendredi un retrait anticipé pour 2013.
Avec cette décision, Nicolas Sarkozy enterre toute la stratégie de ses cinq années passées à la tête des Armées. Elle semblait d’abord fondée sur un rapprochement avec les Etats-Unis avec à la clé une participation pleine et entière dans l’OTAN. Aujourd’hui, malgré les déclarations de Leon Panetta le 1er février, présentées – à mon sens à tort – comme un terrain d’entente entre Français et Américains, la divergence est bien réelle. Si le Président est réélu, il restera tout au plus « un effectif résiduel », incapable de jouer un rôle déterminant dans la mise à niveau de l’ANA, indispensable pour assurer le processus de transfert des responsabilités selon le calendrier défini. Si l’opposition est élue, on ne parlera peut-être même plus de présence française.
Cette stratégie nécessitait de payer « le prix du sang », en s’engageant plus volontairement auprès de nos alliés en Afghanistan, alors que le président Chirac s’était contenté du minimum syndical. Quoi qu’on en pense, elle était défendable et pouvait justifier la perte de nos soldats. Après tout, s’engager dans une guerre pour s’attirer les bonnes grâces d’un puissant est un acte éminemment stratégique. Un retrait anticipé, laissant nos alliés seuls gérer la difficile situation d’une sortie de conflit perdu, montrerait notre manque total de résilience et révèlerait surtout à quel point il n’y a pas de constance dans la stratégie française. Nous avons peut-être démontré une certaine crédibilité militaire en Afghanistan et en Libye. A quoi rime-t-elle sans crédibilité politique ? Dès lors, on est en droit de se demander pourquoi 82 soldats sont morts sur la terre afghane.
Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Georges Dienekes


En 1976, la mise en place d’un forum de discussion appelé le groupe 







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