Le jihadisme contemporain est-il un « mouvement social global »?
Mardi, 7. juin 2011 7:49
Dans un article récemment publié dans le Journal of Terrorism Research de l’Université de St Andrews, j’avance l’idée – suivant Javier Jordan, Fernando Manas et Nicola Horsburgh – selon laquelle le jihadisme contemporain, caractérisé par un leadership décentralisé et déterritorialisé, prend la forme d’un « mouvement social global ». Principalement rédigé avant l’annonce de la mort de ben Laden le 2 mai dernier et révisé par la suite, l’article soutient une approche médiane dans le débat entre les tenants d’un « jihad sans leader », centré autour de l’ancien psychiatre de la CIA Marc Sageman, et ceux qui, comme Bruce Hoffman du Combating Terrorism Center de West Point, considèrent qu’ « Al Qaïda Central » dans les zones afghano-pakistanaises continue de jouer un rôle primordial dans la planification des attentats. La décentralisation stratégique et opportuniste du jihadisme ne signifie pas pour autant l’avènement d’un « jihad sans leader » dans lequel tout individu radicalisé désireux de passer à l’action violente pourrait le faire sans difficulté. Mohammed Siddique Khan, leader du commando londonien en juillet 2005 ou Mohammed Bouyeri, l’assassin de Théo van Gogh en novembre 2004, rappellent entre autres qu’entretenir des liens – opérationnels comme idéologiques – avec le leadership d’Al Qaïda et ses groupes jihadistes affiliés reste un gage de réussite.
Depuis le 2 mai dernier, le terrorisme d’inspiration jihadiste est entré dans l’ère post-ben Laden. Il s’agit maintenant de voir si les racines de ce mouvement social global sont assez solides pour survivre à la neutralisation de son garant spirituel. L’évolution structurelle du jihadisme ces dix dernières années montre que la mort d’un homme, si capital et symbolique soit-il, n’est pas synonyme de la fin du jihadisme. Dans sa conclusion, l’article dresse un bilan – provisoire et non-exhaustif – des divers scénarios possibles pour le futur du mouvement jihadiste décentralisé. L’activisme jihadiste, du haut responsable d’Al Qaïda au sympathisant de base, est entré dans une période floue de transition et de turbulences organisationnelles. De la désignation d’un nouvel émir, que ce soit Ayman al-Zawahiri, Saif al-Adel, Abu Yahya al-Libi ou un autre, dépendra en partie l’orientation future du jihad global.
Vous pouvez retrouver l’article en question sur le site du Centre for the Study of Terrorism and Political Violence de l’Université de St Andrews à l’adresse suivante http://www.st-andrews.ac.uk/~cstpv/jtr/v2i1/jtr2_1_bartolo_decentralisedleadership.pdf.
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Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Romain Bartolo

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