Le vrai mythe des paras !
Jeudi, 13. octobre 2011 6:58
La revue Guerres et Histoire propose dans son dernier numéro un dossier sur les parachutistes dont le titre, volontairement provocateur, pourrait faire penser à une enquête à charge: « Les Paras, la faillite d’une arme, le triomphe d’un mythe ». Le débat d’idées étant toujours nécessaire, voici quelques éléments que je livre à la réflexion de nos lecteurs.
Des parachutistes aux troupes aéroportées
Les capacités des troupes aéroportées sont souvent perçues et analysées au travers d’une phase bien particulière de leur mission que l’on nomme « la mise à terre » incluant bien évidemment le saut en parachute ou « aérolargage ». Pour autant, dès le développement de cette spécialité d’arme, les parachutistes ont cherché à diversifier ce mode opératoire en y incluant par exemple le poser d’aéronef (avion ou planeur) en zone hostile ou « aéroportage », et le poser d’aéronef en zone sécurisée ou « aérotransport ». Ces modes de mise à terre furent d’ailleurs utilisés dès le début par les Russes, les Allemands et plus tard par les Américains et les Britanniques en Normandie.
C’est sans aucun doute en partie pour cette raison que les parachutistes se sont tout naturellement intéressés à l’hélicoptère. Dans le cas français, en Algérie, ce rapprochement avec l’ALAT ne s’est pas fait dans un esprit de concurrence mais bien dans une même volonté d’innovation et d’efficacité opérationnelle. Pilotes d’hélicoptères et parachutistes ont rapidement compris que l’hélicoptère pouvait constituer bien plus qu’un simple moyen de mise à terre en contribuant à la manœuvre. Tout le monde est en effet capable de descendre d’un hélicoptère, mais les pilotes français ont immédiatement compris que l’hélicoptère n’était pas un simple bus et le fantassin parachutiste pas un simple piéton ! Il ne faut pas confondre l’aérocombat avec un simple appui au mouvement.
Des succès payés chers mais acceptés
Il est indéniable que les succès du passé furent souvent payés cher, y compris parfois par excès de confiance, mais les concepts d’emploi du moment étaient par essence extrêmement risqués. Non seulement la mise à terre avait lieu dans des conditions peu ordinaires, mais elle se déroulait de surcroît derrière les lignes ennemies, sans moyens puissants (artillerie lourde, chars de combat…) et, comme le rappelait le général Bigeard, sans chemin de repli ! Le seul véritable mythe du para résidait bien là, dans cet isolement opérationnel, et pas ailleurs. La fameuse photographie du général Eisenhower rendant visite aux parachutistes américains quelques heures avant le grand saut l’illustre parfaitement : son état-major avait planifié un taux de pertes avoisinant les 50% dans le pire des cas. Il n’y avait là aucune faillite du concept mais bel et bien un sacrifice consenti militairement et politiquement pour les besoins d’une opération stratégique. En dépit des difficultés rencontrées, le débarquement de Normandie sans opération aéroportée aurait été un luxe dont le prix du sang aurait été sans doute bien supérieur sur les plages de Normandie.
On ne survit pas éternellement, on s’adapte ou on disparaît
Les troupes aéroportées ne sont bien évidemment pas restées figées, ce n’est d’ailleurs pas dans leur nature. Elles ont évolué en fonction des menaces, des contrats opérationnels et des matériels. Britanniques et français se sont ainsi tournés vers l’intervention d’urgence en faisant des choix différents, une brigade aéromobile pour les uns, l’utilisation de la 3ème dimension dans tout son spectre pour les autres. Dans les deux cas, le concept d’emploi a bien évidemment évolué et il y a bien longtemps qu’il ne préconise plus un largage de masse au-dessus d’une zone tenue par l’ennemi, (les Russes le prévoyaient encore dans les années 1990). Dans toutes les armes, le passé éclaire l’avenir, jamais il n’a constitué une vérité intangible. Les réflexions se poursuivent toujours, sous l’impulsion de différents facteurs comme l’arrivée de l’A400M, l’extension probable de l’arc de crise évoqué dans le Livre blanc de 2008 ou encore la mutualisation de capacités et de moyens avec l’armée britannique.
L’exemple de l’intervention de la 173ème Brigade aéroportée en Irak en 2003
Le dossier de Guerres et histoire présente cette opération comme un show à la gloire des troupes aéroportées. La problématique fut pourtant tout autre. La planification de l’invasion de l’Irak fut organisée selon différents scénarios basés sur une attaque principale au sud de l’Irak à partir du Koweït, en direction de Tikrit et de Bagdad, et une attaque secondaire au nord à partir de la Turquie. Cependant, un imprévu de taille remit sérieusement en question le bon déroulement des opérations. Les négociations entreprises avec la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, échouèrent pour des raisons à la fois stratégiques (les Américains ayant prévu une action coordonnée avec les forces kurdes présentes au nord de l’Irak) et de politique intérieure. Ankara s’opposa catégoriquement à une offensive terrestre à partir de son sol et consentit uniquement à autoriser l’utilisation de son espace aérien à l’aviation américaine.
Pour le commandement américain, l’ouverture d’un second front était pourtant indispensable afin d’éviter la concentration des forces armées irakiennes face à l’attaque principale. Compte tenu de l’enclavement géographique de l’Irak et des délais disponibles, la solution d’une mise à terre par la troisième dimension s’imposa comme solution la plus adaptée. La Joint Special Operation Task Force – JSOTF, renforcée de la 173ème Brigade parachutiste, se vit alors confier la responsabilité des opérations au nord de l’Irak.
La 173ème Brigade parachutiste reçut pour mission d’ouvrir le front au nord de l’Irak en matérialisant clairement le début de l’offensive, ce fut là le seul show ! Effectivement la météo et la nature du terrain ne permettaient pas de poser d’assaut. La 173ème Brigade, renforcée en urgence d’éléments d’artillerie et de blindés, parvint à s’assurer du contrôle d’une plateforme aéroportuaire avec l’appui des forces spéciales en vue de l’établissement d’un pont aérien. Par la suite, elle parvint à fixer les unités irakiennes afin d’éviter qu’elles ne se replient vers le sud. Ce type d’opération correspond exactement au concept d’emploi des Français qui entretiennent des échanges réguliers avec leurs homologues américains, en attendant avec impatience l’arrivée de l’A400M.
Les réflexions concernant le devenir d’une arme ou d’une spécialité d’armes ne doivent être ni partisanes, ni faussées, ni conjoncturelles. En 1996, lors de la professionnalisation annoncée par le Président de la République, la mort de la brigade alpine était annoncée comme une évidence, « à quoi bon maintenir des savoir-faire consistant à s’emparer de cols à 2000 mètres d’altitude équipés de skis et de baudriers ! » Après 10 années d’engagement en Afghanistan les savoir-faire spécifiques de la brigade d’infanterie de montagne s’avèrent pourtant bien utiles en période hivernale, là aussi, la montagne ne s’improvise pas.
Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (1) | Auteur: J.R. Coignet





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