Jeudi, 15. avril 2010 14:38
Matthew Arnold vient de publier un bon papier pour le Small Wars Journal où il détaille les efforts mis en place par la Task Force Lafayette pour bien appréhender le milieu humain dans lequel elle doit agir. Il insiste notamment sur l’intérêt du Human Terrain Mapping et montre que les efforts français pourraient servir de modèle dans ce domaine à d’autres unités.
Le Dr Arnold est un chercheur en sciences sociales inséré dans la Human Terrain Team qui travaille au profit de la TF Lafayette. Ce programme américain HTS avait d’ailleurs fait l’objet d’un séminaire à l’IFRI en juillet 2009 autour du Dr Montgomery McFate et du colonel Steeve Fondacaro.
La lecture de ce document m’amène à deux observations:
D’abord cela confirme, avec d’autre sources, que la brigade Lafayette a parfaitement intégré les clés de la stratégie de COIN, basée sur la compréhension des attentes de la population, un contrôle très strict de l’usage de la force et le recours au soft power. Elle a par exemple créé une radio libre faite par et pour les femmes afghanes, avec des dédicaces qui rencontrent un franc succès. Cette approche pourrait fournir des résultats visibles rapidement, si les relais de reconstruction civile et les Afghans prennent la suite.
Mais surtout, cette analyse, publiée par un Américain, sur un blog américain, montre la faiblesse de notre coopération civilo-militaire. Triste époque où ne nous pouvons mettre en place en France les moyens d’identifier, de préparer et de projeter des experts français, dont le nombre et la qualité ne manquent pas, sur un théâtre de guerre, pour travailler aux côtés des militaires. Et ainsi relayer les résultats de ces travaux parmi la communauté de recherche.
Les conflits à venir vont solliciter l’expertise croisée de différents domaines, civils et militaires. Les Britanniques, avec la création de la Stabilisation Unit ont parfaitement compris cet enjeu. Ils disposent déjà d’ un Civilian Stabilisation Group de 1000 experts (voir aussi à ce sujet, ce post). La France est en retard. Il est temps de décloisonner administrations, entreprises, think tanks et universités pour apprendre à gérer ensemble les crises de demain, où il n’y aura peut-être pas toujours d’experts américains disponibles.