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FELIN en rodage

Lundi, 7. novembre 2011 7:18

J’ai été reçu, et fort bien reçu, par le 1er régiment d’infanterie, son chef, le colonel Gros, et son chef BOI, le LCL de Russé, qui entre autres qualités est un ancien du LRD. Il s’agissait d’un séminaire « COIN » et de la préparation au départ en Afghanistan de l’unité, mais la journée a aussi été pour moi l’occasion de poser quelques questions concernant le FELIN et de prolonger un peu l’excellent Focus « Hoplites numériques » que nous devons à un autre ancien du LRD…

« Picardie » est en effet le premier régiment à avoir reçu en dotation le système FELIN, qu’il teste depuis 10 mois et s’apprête à emmener en Surobi et à Tagab. J’ai eu le droit à la fois à une présentation classique de la tenue et de ses sous-systèmes, mais aussi aux diverses adaptations qui sont tentées par le 1er RI.

 

Sur le papier, le SITCOMDE permet de relier le chef de groupe à ses hommes comme au chef de section, et intègre l’envoi de messages, de photos et la cartographie. Les GV bénéficient pour leur part de l’excellent viseur EOTECH, de l’OVD (optique de vision déportée) ou de la caméra FIL/FIR, sans compter la tablette individuelle (IHM) et le bandeau de communication ostéophonique (BDC), le tout relié par câbles au gilet et alimenté par une batterie avec 6 heures de potentiel.

L'OVD en action

Dans la pratique, les choses sont un peu plus compliquées. Les câbles se tordent et dégradent les liaisons ; les bandes ostéophoniques comme la tablette en position ouverte restent fragiles ; la lunette FIL/FIR pèse la bagatelle de 1,5kg, soit 8 à 10kg pour la tenue – cela paraît supportable dans l’absolu, mais s’ajoute à la charge déjà considérable des 6 ou 12 chargeurs, des rations et surtout des plaques de protection… A 45kg environ par homme, le poids est évidemment un problème très important, mais qui tient plus à la volonté politique de limiter les pertes qu’aux exigences de la tenue ou du théâtre.

En revanche, indépendamment de toute considération politique, l’encombrement généré par l’ensemble (protection + FELIN) fait problème, qu’il s’agisse de gérer les câbles, de tirer couché ou de rentrer rapidement dans un VAB sans s’accrocher au passage. De même, ranger dans un réseau commun le chef de groupe et ses hommes d’un côté, les chefs de groupe et le chef de section de l’autre, entraîne des interférences tactiquement gênantes, puisque le système de transmission privilégie les données et peut donc interrompre à tout moment la communication phonique, c’est-à-dire les conversations et les ordres.

D’où l’adaptation de FELIN aux besoins et aux délais du 1er RI, ce qu’ils appellent « FELIN moins », en l’occurrence l’abandon de la tablette / système central et de l’OVD qui va avec, d’où également l’ajout d’une liaison ordinaire, type ER328, de façon à séparer « réseau haut » et « réseau bas » et surtout garantir la permanence de la communication phonique. Il semblerait que seuls le chef de groupe et 1 ou 2 GV emporteront avec eux FELIN au complet, ne serait-ce qu’en raison de l’adaptation du système au gilet de protection TIGER, de niveau 5 (contrairement au gilet FELIN d’origine), requis en Afghanistan mais qui ne permet pas les mêmes branchements.

Faut-il en déduire que le système est inutile ou inadapté ? Absolument pas. D’abord parce que les militaires interrogés, tous grades confondus, confirment les gains très nets permis par le système : meilleures capacités de détection et d’engagement, portée accrue (jusqu’à 600m), bonnes liaisons au sein du groupe, excellents casques et ergonomie générale de la tenue et des interfaces. Ensuite parce que le système a justement été pensé comme modulaire, de façon à pouvoir être configuré en fonction du terrain ou de la mission : une mission offensive impliquant du mouvement rendra les optiques FIL/FIR moins utiles, contrairement à une prise de position défensive ou d’observation.

Enfin, toute innovation impose un période de rodage, des tests et des correctifs. Sur le combat d’infanterie, l’armée de Terre, c’est suffisamment rare pour être souligné, est en avance sur les autres et paie donc naturellement le coût du premier entrant. Il lui reste donc à optimiser progressivement le système, en coopération avec SAFRAN, et  aussi à déterminer sa propre doctrine en matière de commandement à l’échelon sous-tactique. Pas de doute en tout cas que les progrès technologiques tirés par le secteur civil parviendront à résoudre certaines des difficultés actuelles, induites par le poids des sous-systèmes (lunette, batteries).

A plus court terme, attendons les retours du 1er RI sur le terrain, et bonne chance à eux.

 

Catégorie: Analyses | Commentaires (0) | Auteur: Etienne de Durand

In Memoriam

Mardi, 19. juillet 2011 18:00

Comme quatre de ses camarades, le Lieutenant Thomas Gauvin a été tué le 13 juillet, lors d’un attentat-suicide à Joybar en Kapisa. J’ai eu le plaisir de connaître brièvement le Lieutenant Gauvin à Coëtquidan, où il a écrit sous ma direction un remarquable mémoire sur « L’U.S. Army et la redécouverte de la contre-insurrection dans la Long War ». Il était l’un des tout meilleurs élèves-officiers que j’ai eus en sept années d’enseignement à Coët. La suite de son parcours a confirmé les qualités exceptionnelles qui étaient les siennes. Toutes mes condoléances vont à sa famille et à ses camarades de promo et de régiment.

Catégorie: Divers | Commentaires (0) | Auteur: Etienne de Durand

A la guerre comme à la guerre

Jeudi, 21. avril 2011 10:46

La stagnation sur le front libyen, et les débats grandissants qui s’en suivent, appelaient naturellement un commentaire, sans exclure d’ailleurs quelques digressions à prétention didactique. Sur le fond, pourtant, pas grand-chose à ajouter à l’analyse proposée il y a 15 jours sur ce blog.

Emballement et enlisements

Tel le chœur antique, des voix de plus en plus nombreuses nous mettent en garde contre le spectre d’un enlisement. Techniquement, c’est inexact : on voit mal comment une opération vieille d’à peine trois semaines pourrait s’embourber à la manière du Vietnam ou de l’Afghanistan – même dans ces deux derniers cas, le « bourbier » a commodément désigné et donc recouvert des phases très différentes. Dans le monde d’urgence permanente où nous vivons, il faut toujours aller vite : c’est le rythme économique, celui de la décision politique et bien sûr celui des media. Mais la guerre, elle, a toujours une certaine épaisseur : les campagnes éclair de quelques semaines sont l’exception, les conflits sur plusieurs années la règle. Aujourd’hui, c’est le plus souvent la sphère médiatique qui s’embourbe car le rythme du conflit ne s’adapte pas à celui des chaînes d’info en continu : difficile de refaire le coup de CNN en 91, et de parler dans le vide, sans image, pendant des semaines.

Ici, pourtant, l’apparition du terme dénote une inquiétude bien réelle, et pas entièrement dénuée de fondement. Non que l’emballement médiatique soit absent : il n’a pas fallu un mois pour qu’on assiste à des dissensions très parisiennes, certains préférant quand même les certitudes de la critique anti-impérialiste aux fondements friables du droit d’ingérence armée. Ces querelles témoignent d’un début d’effritement de l’opinion (ou de ses faiseurs) en France même. Si même le camp des belles âmes ne peut s’entendre sur une intervention humanitaire, cela augure mal des réactions en cas de vrai bourbier …

Plus sérieusement, l’OTAN elle aussi est divisée et enlisée. Il ne s’agit pas ici de la lourdeur décisionnelle bien connue de l’appareil otanien, d’ailleurs typique des organisations internationales. Mais d’abord d’un envasement existentiel de l’Alliance dès lors que les Américains ne sont plus aux commandes, comme si la volonté politique de certains Européens n’existait que sous leadership américain. Ces divisions dépassent les divergences de vue « purement diplomatiques ». Il semble en effet que certains pays, la Turquie par exemple, n’hésitent pas à exercer un contrôle politico-stratégique étroit au NAC, alors même qu’ils refusent de participer. « With friends like these » : autant ne pas se faire d’illusion sur l’OTAN.

« Pas de solution militaire »  –  et pourtant…

Cette formule maintes fois assénée est au mieux une facilité de langage, au pire une sottise. Et d’abord une sottise sur le fond, puisqu’elle pose en principe le divorce entre politique et militaire, et donc la négation même de la stratégie –  « l’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit » selon Beaufre. Pire, elle exclut d’emblée du champ politique l’usage de la force, ce qui, sans rallier le camp des inconditionnels de Carl Schmitt, revient à réduire la politique au droit. Logique d’un certain point de vue – ne fait-on pas une guerre humanitaire ? – ce raccourci n’en reste pas moins militairement et stratégiquement problématique : comment adapter les moyens en vue de la fin visée si l’on décrète presque d’entrée de jeu qu’ils sont inopérants ?

Tout ceci procède du parfum très net d’indécision militaire qui se dégage de la campagne. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour réduire l’efficacité des frappes :

- La lenteur du processus décisionnel et la lourdeur des règles d’engagement de l’OTAN, déjà évoquées, qui corsètent l’emploi de l’arme aérienne et diluent sa première caractéristique, l’effet de choc, au-delà du raisonnable;

- L’absence de plateformes spécialisées, type AC-130 ou A-10, que seuls les Américains possèdent et qui seraient beaucoup plus adaptées dans certains contextes, notamment en zone urbaine;

- La faiblesse assez désespérante des rebelles au sol, « manifestants armés » militairement incompétents;

- Le processus d’adaptation inhérent à tout conflit, qui fait que même les troupes de Kadhafi ont appris à déjouer en partie la surveillance et les frappes aériennes : utilisation de véhicules et d’effets civils, camouflage en zone urbaine, imbrication au plus près avec les populations ou les rebelles, bref que des tactiques éprouvées.

Comme on dit en anglais, « I hate to say I told you so but I told you so »  Non que ce soit forcément désagréable de ne pas trop se tromper, mais le problème n’est pas résolu pour autant. Mieux vaut chercher des solutions.

La puissance aérienne ne peut atteindre son meilleur rendement que si l’adversaire au sol est obligé de s’exposer, en bougeant ou en se défendant. Ce qui suppose une force amie au sol qui manœuvre en ce sens et se coordonne avec les forces aériennes, manœuvre interarmées et tout ; ce qui requiert à son tour que la force terrestre en question atteigne un niveau minimal d’efficacité tactique. Il est clair que les volontaires de Benghazi en sont très loin, et qu’il y a bien peu de chances qu’ils y parviennent par eux-mêmes, du moins dans un horizon de temps raisonnable. Puisque une opération au sol de grande envergure est exclue, ne reste alors qu’une solution : aider les rebelles, c’est-à-dire les mettre à niveau en les entraînant. CQFD.

Après l’Irak, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire et les Balkans, on comprend bien sûr qu’il y ait peu d’appétit pour une présence au sol à long terme. Pourquoi en revanche s’interdire d’entraîner, de coordonner et même d’encadrer les forces rebelles ? Et pourquoi en prime le déclarer publiquement, comme l’a imprudemment fait Alain Juppé, alors que l’on insère déjà des officiers de liaison ? Préfère-t-on finir d’épuiser les stocks de munitions de précision avec des frappes sous-optimales ?

On a sans doute voulu rassurer l’opinion et prévenir les critiques éventuelles et leurs objections : le spectre d’une escalade ou d’un véritable enlisement au sol, ou encore le manque de temps. Ces risques bien réels peuvent néanmoins être gérés : il s’agit typiquement d’une mission pour les forces spéciales, ce qui signifie une présence discrète, peu nombreuse (nettement plus que 10 tout de même) et « réversible », autrement dit qui n’entraîne pas mécaniquement une implication directe de nos forces terrestres, et surtout un effet d’engrenage nous obligeant à renverser directement Kadhafi. En prime, former un appareil militaire permet souvent de l’orienter en profondeur et de garder un œil sur son évolution future.

On le voit, des options militaires crédibles existent. Aider à la constitution d’une force terrestre efficace à terme tout en intensifiant les frappes constitue aussi un excellent argument politique dans la négociation armée en cours – et, dernière lourdeur didactique, une bonne illustration de la nature de la stratégie, qui toujours combine la force et la politique. De cette manière, les alliés montrent leur détermination à durer, et signifient aux indécis comme aux soutiens de Kadhafi, sur le front et sur les arrières, que le temps ne joue pas nécessairement en faveur du régime.

Il sera toujours temps de chercher une sortie peu glorieuse si l’intensification des frappes et l’entraînement des rebelles au sol ne produisent pas l’effet escompté ; en attendant, tergiverser risque surtout de nous conduire pour de bon à l’enlisement. On n’a d’ailleurs que trop tardé, et il faut désormais passer « de la farce à la force », selon le commentaire sévère mais justifié de Tony Cordesman.

C’est avant qu’il fallait être prudent.

Catégorie: Analyses | Commentaires (10) | Auteur: Etienne de Durand

Libye : « On s’engage, et puis on voit »

Mardi, 22. mars 2011 12:41

Cette maxime de Napoléon est inhérente à la guerre. D’abord pensée en référence à l’action militaire de niveau tactique et opératif, elle décrit finalement assez bien la réalité stratégique de la plupart de nos interventions actuelles et pointe aussi leurs faiblesses, et d’abord une préparation stratégique souvent insuffisante – personne n’a oublié l’embarras grandissant des Américains une fois arrivés à Bagdad en 2003. Au vu de notre posture, du cadre choisi et de plusieurs inconnues majeures, l’action dans laquelle on s’est engagé depuis vendredi en Libye ne fait pas exception à la règle. [...]

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FRUK (2): honi soit qui mal y pense !

Lundi, 22. novembre 2010 7:28

J’allais m’en tenir à mon premier commentaire, m’étonnant naïvement du peu d’écho rencontré par l’accord FRUK (France-UK)  hors Royaume-Uni. Las ! Etant tombé depuis sur un certain nombre de lamentations « européennes » ou « atlantistes » qui me semblent largement voire complètement infondées, je ne résiste pas à la tentation de répondre.

L’Europe de la défense « trahie » ?

C’est d’autant plus tentant que le blog Bruxelles 2, par ailleurs sérieux et bien informé, a commodément rassemblé en un seul post les critiques les plus courantes et les plus erronées. [...]

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FRUK année zéro

Lundi, 15. novembre 2010 7:52

They did it! Après plusieurs mois de discussions, le Royaume-Uni et la France ont signé un accord de défense en 17 articles. A ce stade, ce qui importe, ce sont moins les caractéristiques d’un accord d’ailleurs assez général que son contexte et l’esprit  général qui l’anime. La coopération franco-britannique en matière de défense a été jalonnée d’initiatives souvent sans lendemain, comme plusieurs commentateurs l’ont charitablement fait remarquer. Qu’est-ce qui différencie cet accord des précédents, et explique l’optimisme prudent qu’il suscite à raison ici et là ? [...]

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McChrystal, Fuse of A Dysfunctional System

Lundi, 5. juillet 2010 15:30

Barack Obama accepted General McChrystal’s resignation as ISAF’s commander in chief last week and replaced him with his former superior, the now famous general Petraeus. This decision was taken only a few days after a Rolling Stone article, The Runaway General, was published. In this interview, McChrystal and, especially his staff, criticized and at times reviled civilian members of the Obama administration in charge of Afghanistan.

This raises questions: about Afghanistan, the Obama administration and the American decision-making process in general. But let’s start from the beginning, namely by bringing the article itself into question. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (2) | Auteur: Etienne de Durand

McChrystal : le système disjoncte

Jeudi, 1. juillet 2010 11:32

Barack Obama a révoqué le général Stanley McChrystal de ses fonctions de commandant en chef de l’ISAF et a nommé à sa place son supérieur direct, le désormais fameux général Petraeus. La décision est tombée seulement quelques jours après la publication de l’article de Rolling Stone intitulé The Runaway General, dans lequel l’entourage de McChrystal et lui-même occasionnellement se laissaient aller à des remarques désobligeantes et parfois injurieuses à l’encontre de la plupart des membres de l’Administration Obama impliqués dans le dossier afghan.

La lecture de l’article en question appelle plusieurs commentaires d’inégale importance, sur l’Afghanistan, l’Administration Obama ou le système de prise de décision américain. Mais commençons par le commencement, c’est-à-dire le papier lui-même. [...]

Catégorie: Analyses | Commentaires (5) | Auteur: Etienne de Durand

L’avenir du fantassin : Iron Man ou Daredevil ?

Lundi, 21. juin 2010 6:53

Il y avait lundi dernier à Eurosatory une brève conférence sur l’équipement du fantassin : « Combattant débarqué : le challenge masse / performances ». Au fil de présentations assez attendues sur le FELIN (Fantassin à équipement et liaisons intégrées) ou son équivalent allemand, l’IdZ-ES (Infanterist der Zukunft – Enhanced System), et des questions qui ont suivi, quelques remarques méritent d’être relevées : [...]

Catégorie: Analyses, Lu, vu, attendu | Commentaires (7) | Auteur: Etienne de Durand

Guerres hybrides ?

Jeudi, 29. avril 2010 14:25

Comme annoncé ici même, Dave Johnson, l’une des têtes pensantes des études stratégiques à la Rand, est venu présenter à l’Ifri le résultat de recherches conduites par la Rand à la fois sur la « guerre hybride » et les opérations dites « full-spectrum » (on parle plutôt en France de « réversibilité »), en prenant l’exemple des opérations conduites par l’armée israélienne en 2006 et en 2009. La thèse essentielle de l’auteur est qu’il existe bien un « genre de guerre hybride » (hybrid warfare) entre le bas de spectre de type stabilisation et contre-insurrection, et les conflits de « haute intensité » (LIC et HIC selon les acronymes américains). [...]

Catégorie: Lu, vu, attendu | Commentaires (8) | Auteur: Etienne de Durand