Des SCUD syriens au Hezbollah ?
Chaque domaine a ses rumeurs. L’une des rumeurs du moment (mais qui n’est cependant pas totalement nouvelle) dans le champ de la prolifération porte sur la possible fourniture par la Syrie de missiles SCUD au Hezbollah. L’état d’avancement, la forme et les conséquences d’un éventuel transfert sont largement débattus de part et d’autre de l’Atlantique (et évidemment de l’autre côté de la Méditerranée).
Si l’hypothèse se vérifie, plusieurs éléments permettent d’évaluer l’impact d’un tel transfert sur les équilibres militaires :
- L’acquisition de missiles SCUD (jusqu’à 700 km de portée pour les SCUD-D syriens) par le Hezbollah accroîtrait ses capacités de frappe en territoire israélien. Ceci rendrait vulnérables des cibles importantes – comme la centrale de Dimona – jusqu’alors littéralement hors-de-portée. Cette allonge supérieure se doublerait d’une capacité d’emport nettement accrue, étant donné que les variantes du missile concernées seraient capables de porter des charges allant de 600 à 1000 kg. Pour Israël, cela signifie également que le coût d’un échec de ses actions contre-forces (offensives ou défensives) serait supérieur.
- En Israël, les souvenirs des frappes de SCUD irakiens sont encore vivaces, ce qui explique la sensibilité du sujet. Pourtant, lors de la guerre de l’été 2006, les lanceurs longue portée dont disposait le Hezbollah ont apparemment subi des pertes très fortes – de l’ordre de 80 % – dès l’ouverture des hostilités, souvent avant même qu’ils aient le temps d’être utilisés. Lorsque les lanceurs n’étaient pas détruits avant le tir des roquettes, ils l’étaient dans la minute suivant la mise à feu – des succès à rapporter bien sûr aux limites rencontrées face aux lanceurs de courte portée.
- A l’époque, les défenses actives (interception des roquettes et des missiles balistiques) israéliennes n’étaient pas aussi préparées et complètes qu’elles le sont maintenant. Grâce aux systèmes Patriot PAC-3 et Arrow-2, les défenses israéliennes disposent maintenant de capacités de destruction théoriquement correctes contre les missiles balistiques de théâtre de type SCUD.
- Contrairement à la plupart des projectiles tirés lors de la guerre de l’été 2006, qui étaient certes d’assez courte portée, mais à propulsion solide, les SCUD sont équipés d’une propulsion liquide. La conséquence la plus importante dans le cadre de cette analyse a trait au délai de lancement: pour un SCUD-C, GlobalSecurity indique un délai de près de 90 minutes avant le premier lancement. Ce temps de préparation et la taille du lanceur SCUD risquent de rendre ces derniers très vulnérables aux attaques contre-forces israéliennes.
Au final, bien qu’exposant des portions inédites du territoire israélien, l’acquisition de SCUD par le Hezbollah ne semble pas représenter un obstacle opérationnel considérable pour la stratégie contre-forces israélienne, qui s’appuie sur la combinaison de frappes conventionnelles de précision et de défenses actives pour réduire assez fortement les pertes et destructions occasionnées par les frappes. Si le Hezbollah se dotait de défenses sol-air modernes, compliquant et ralentissant les opérations aériennes israéliennes, la question pourrait être posée à nouveau – mais nous n’en sommes pas là.
Sur un plan politique, un tel transfert signifierait au moins deux choses: d’abord, une nouvelle provocation syrienne à l’égard de la non-prolifération, après que Damas eut été pris en flagrant délit de construction de ce qui s’apparentait à un réacteur plutonigène d’origine nord-coréenne (avant d’être détruit par l’aviation israélienne en septembre 2007). Ensuite, et au moins en première lecture, un échec de l’administration Obama qui là encore a essayé de prouver qu’une politique de main tendue pouvait porter ses fruits. Entre Téhéran et Damas, les résultats obtenus pour l’heure grâce à cette réorientation de Washington ne sembleraient guère probants – faudrait-il alors anticiper une réaction forte d’Obama face à des régimes qui apparaissent déterminés à prouver sa faiblesse ?

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Jeudi, 22. avril 2010 7:40
L’alliance du Hezbollah, du Hamas, de la Syrie et de l’Iran permet à Téhéran de peser sur le territoire d’Israël. Les Scuds, s’ils ont été importés illégalement au Liban, consistuerait une des pièces maitresse de la dissuasion iranienne face à Israël.
La dialectique iranienne a d’abord pour but d’empêcher une quelconque frappe contre son programme nucléaire. Les moyens sont la cyberguerre, les menaces contre les installations nucléaires, etc. :
http://pourconvaincre.blogspot.com/search/label/Iran
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Corentin Brustlein répond/replies:
avril 22nd, 2010, 09:36
Merci pour votre commentaire, SD. Cette dimension plus large est effectivement à prendre en compte – voir également Space War. Néanmoins, et là encore, je n’ai pas l’impression que le transfert de SCUD de la Syrie au Hezbollah modifierait fondamentalement la donne: de fait, si la Syrie, le Hezbollah et le Hamas peuvent effectivement riposter à une éventuelle frappe israélienne en Iran, le transfert de SCUD de l’un à l’autre ne modifie que marginalement le volume de feu pouvant être déversé sur l’Etat hébreu (qui s’élève déjà selon Uzi Rubin, et sans les SCUD, à plus de 1400 tonnes d’explosifs). A première vue, ce transfert d’un territoire à l’autre ne permettrait pas non plus de gain sensible pour atteindre la profondeur (toute relative) du territoire israélien.
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Marc Hecker répond/replies:
avril 22nd, 2010, 10:08
Corentin, puisque tu mentionnes Uzi Rubin, je me permets de renvoyer à un article qu’il a publié il y a quelques semaines dans Politique Internationale et qui s’intitule « Israël: l’indispensable défense antimissile ». Cet article est disponible en ligne à l’adresse suivante:
http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=126&id=880&content=synopsis
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Jeudi, 22. avril 2010 9:30
Quel intérêt aurait le Hezbollah à se doter de missiles Scud? Ce qui fait la force de ce mouvement face à une armée comme Tsahal, c’est sa posture asymétrique. Plus il se dotera de moyens militaires conventionnels, plus il nivellera sa posture asymétrique. Or, dans un affrontement militaire classique, la supériorité de l’armée israélienne ne fait guère de doutes. D’autant que, comme le montre ce post, les lanceurs de Scud sont très vulnérables.
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Corentin Brustlein répond/replies:
avril 22nd, 2010, 10:10
Merci pour votre commentaire, avec lequel je suis dans le fond assez d’accord, avec la réserve suivante : l’histoire nous enseigne (entre autres choses) à ne pas sous-estimer la capacité à acquérir des armements dont on n’a pas strictement besoin. Les rivalités « inter-services » (qui s’appliquent peut-être également au Hezbollah) comme une dimension symbolique peuvent jouer un rôle. Le gain en termes d’efficacité militaire serait marginal, mais le Hezbollah pourrait peut-être en tirer une forme de prestige. Même s’il est bien loin d’un acteur non-étatique « de base », il serait à ma connaissance le seul acteur n’étant pas strictement étatique à se doter de missiles balistiques.
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Jeudi, 22. avril 2010 14:43
Merci de votre réponse. La dimension symbolique est effectivement importante: si le Hezbollah parvenait à se doter de missiles Scud, cela symboliserait l’échec de la Finul à empêcher le réarmement des différentes factions libanaises. Cela symboliserait également l’incapacité de l’Etat libanais à affirmer son « monopole de la violence physique légitime ». Il ne faut donc pas s’étonner du fait que le gouvernement libanais accuse Israël de mentir sur ce dossier et que la Finul garde un silence gêné…
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Jeudi, 22. avril 2010 16:17
Si le Hezbollah a vraiment des SCUD, c’est probablement pour disposer d’une menace « ultime » en cas de conflit afin de dissuader Israël d’une éventuelle escalade. Par exemple, si le Hezbollah lance une campagne de frappes basée sur des roquettes de petite taille imprécises, ils essayeront probablement de faire en sorte qu’Israël réagisse modérément et tolère des tirs de ce type le plus longtemps possible. Si le Hezbollah dispose de SCUD capables de faire des dégâts importants s’ils atteignent une zone urbaine, cela peut les aider.
En revanche, il est peu probable qu’ils les utilisent réellement parce que l’armée israélienne est parfaitement capable d’occuper le Sud-Liban le temps qu’il faudra. L’usage de SCUD donnerait probablement au gouvernement israélien une marge de manoeuvre politique suffisante pour une campagne sérieuse.
Donc l’objectif du Hezbollah est peut-être de pouvoir procéder à des frappes limitées en limitant le risque d’une riposte israélienne efficace.
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Corentin Brustlein répond/replies:
avril 22nd, 2010, 21:19
Merci pour ce commentaire, Jean.
Dans l’idée, il est possible effectivement que le Hezbollah cherche des SCUD en pensant que ceux-ci seraient un moyen de dissuasion efficace. Mais je pense qu’il faut là encore distinguer le motif pour lequel il pourrait chercher à s’en doter, de l’efficacité concrète de l’acquisition.
Dans la pratique, les SCUD ne seront pas dissuasifs si les forces aériennes israéliennes peuvent les détruire rapidement et seules (sans avoir besoin d’envoyer Tsahal occuper le Sud Liban, je veux dire)…
De deux choses l’une: soit le Hezbollah veut les utiliser en première frappe (« Out of the blue ») car il sait que c’est sa seule chance de les utiliser, et il conserve alors un potentiel de surprise pour frapper fort – tout en s’exposant ensuite à une riposte réellement dévastatrice.
Soit il les conserve pour limiter l’escalade, mais il s’expose alors à ce qu’ils soient détruits préemptivement (ou préventivement). Car si le transfert se confirme, vous pouvez être certain que les SCUD seront surveillés de manière permanente par les services israéliens – entre autres.
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Vendredi, 23. avril 2010 18:44
Je ne suis pas sûr de suivre l’optimisme, même mesuré, de Corentin.Pour mémoire, pendant la première guerre du Golfe, l’aviation alliée s’est avérée incapable de détruire un seul lanceur de SCUD. Il est vrai qu’on a fait depuis de grands progrès en matière de « fleeting targets », mais cela dépend aussi beaucoup de l’adversaire. Or, le Hezbollah s’est montré tout à fait compétent et même innovant – on ne peut donc exclure qu’ils parviennent à améliorer les tactiques de camouflage et les procédures de commandement jusqu’à rendre ces SCUD potentiels difficilement détectables.
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Corentin Brustlein répond/replies:
avril 23rd, 2010, 23:47
Merci pour ta réponse, Etienne. Tes remarques sur les faiblesses de la « SCUD hunt » pendant Desert Storm et la capacité d’adaptation du Hezbollah me semblent très justes, même si je connais trop peu le Hezbollah pour m’exprimer en toute confiance… J’avoue que mon optimisme, même relatif, me surprend aussi, n’étant ni un inconditionnel de la « transformation », ni un inconditionnel des défenses antimissiles.
Le but du post n’était pas d’évaluer avec certitude les capacités contre-forces israéliennes contre d’éventuels SCUD au Liban – et encore moins de prouver que celles-ci seraient parfaitement efficaces – mais de fournir plusieurs éléments permettant de savoir si un tel transfert serait un « game-changer ». Pour les raisons invoquées plus haut, je n’ai pas l’impression que l’on serait face à une rupture. Je serais évidemment bien incapable de prouver que la qualité du renseignement et l’amélioration des capacités israéliennes en termes de surveillance constante et de frappe permettraient de compenser d’éventuelles tactiques de dissimulation du Hezbollah, notamment en milieu urbain.
L’impression générale que j’ai, reste relativement optimiste en ce qui concerne les lanceurs SCUD : tous ne seraient certainement pas détruits avant de faire feu, mais ceux qui parviendraient à être tirés, et à passer à travers les deux couches de MD, ne représenteraient à mon avis qu’un accroissement marginal des capacités de destruction du Hezbollah. Mais encore une fois, ce « diagnostic » rapide est aussi là pour susciter le débat, et ne concerne que les SCUD, pas l’ensemble des roquettes et missiles du Hezbollah, qui se prêtent bien mieux aux diverses méthodes de dissimulation.
Enfin, et pour compléter la discussion, je me permets d’indiquer une nouvelle lecture sur le sujet : Global Security Newswire indiquait aujourd’hui que :
- pour l’instant, le renseignement US est assez sceptique sur la réalité du transfert (mais est-ce du rens fiable ou est-il « politisé » ?)
- Israël privilégierait une interception des missiles… à la frontière. La difficulté de la mission est apparemment sujette à discussion…
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Vendredi, 23. avril 2010 22:34
Bonjour,
Votre papier est intéressant.
Concernant le soi disant réacteur nucléaire bombardé en Syrie, je trouve que vous acceptez un peu vite la thèse officielle israélo-américaine. Il y a de sérieux arguments qui s’y opposent; et il faut remettre l’événement dans le contexte de la défaite médiatique de Tsahal dans son offensive au Liban en 2006. Voici deux liens vers des articles qui cherchent à jauger la thèse du réacteur nucléaire (articles que vous connaissez peut-être):
- http://www.newyorker.com/reporting/2008/02/11/080211fa_fact_hersh
- http://shum.huji.ac.il/~agay/blog.cgi?boe
Par ailleurs, dans cette affaire de SCUD, il ne faut pas perdre de vue qu’Israël, en ce moment, donne au monde entier l’impression d’être celui qui freine les négociations de paix et n’a jamais hésité, dans le passé, d’utiliser l’ »ogre » syrien comme prétexte pour détourner l’attention en pareilles circonstances. On a d’ailleurs vu l’écran de fumée que constituaient les déclarations du gouvernement Olmert en 2008 sur la relance des pourparlers de paix avec la Syrie, alors que le processus d’Annapolis était mort-né (et qu’il allait bombarder Gaza quelques mois plus tard – je ne dis pas que c’était planifié à ce moment-là, mais c’était dans « l’air du temps »). Les Israéliens savent très bien que vu la réputation de la Syrie et ce que celle-ci attend exactement des négociations, il sera toujours facile de lui imputer l’échec de discussions auxquelles, au fond, les Israéliens ne sont pas pressés de participer, tant la menace militaire réelle que représente la Syrie est insignifiante comparée à leur puissance. Et il n’est pas nouveau pour Israël d’accuser la Syrie d’armer ses ennemis. Cependant, cette fois-ci, il ne faut pas mésestimer l’impact émotionnel sur l’opinion quand on parle de SCUD, que les experts en guerre de l’information de l’armée israélienne ont certainement pris en compte. On verra si les semaines qui viennent les Américains et les Israéliens « travaillent » cet aspect de l’information auprès du public, en cherchant pourquoi pas à identifier Nasrallah ou Assad avec Saddam Hussein.
Ce qui est très inquiétant, c’est que la mise en cause officielle de la Syrie par Israël pourrait déboucher sur des bombardements israéliens en Syrie en cas d’une reprise des hostilités avec le Hezbollah: l’info sur les livraisons de SCUD est une mise en garde envoyée à la Syrie. En cas de bombardements sur la Syrie, les conséquences ne manqueraient pas d’être très graves si le régime actuel venait à perdre le pouvoir: on aurait probablement une situation de guerre civile à l’irakienne, avec peut-être une extension au Liban, et ce ne serait pas une bonne nouvelle pour la sécurité d’Israël, au moins à court terme (après des années de guerre civile en Syrie, Irak, Liban, on peut très bien imaginer un redécoupage de la région sur 30 ou 50 ans en mini-Etats confessionnels rivaux qui ne présenteraient individuellement aucune menace contre Israël). Reste donc à savoir quelle est l’influence réelle de la Syrie sur le Hezbollah et si elle est réellement en mesure de l’empêcher de provoquer les Israéliens, ce qui n’est pas évident du tout.
Concernant la relation syro-iranienne, elle n’est probablement pas près de se terminer. Etant donné, comme nous venons de le dire, qu’il n’est pas certain que Damas soit capable d’empêcher le Hezbollah d’accomplir la provocation de trop qui aboutirait à des bombardements israéliens sur la Syrie, il est essentiel pour la Syrie de garder une relation privilégiée avec l’autre parrain du Parti de Dieu. En outre, qui connaît un peu les Syriens sait que ce sont des gens qui n’aiment pas ne pas avoir de plan B! Les Occidentaux pourront donc toujours amadouer la Syrie: tant qu’ils ne lui fourniront pas un plan B plus avantageux que la relation avec Téhéran (donc en plus du plan A qui est le retour en grâce de la Syrie auprès des nations occidentales), ils ne parviendront pas à éloigner la Syrie de l’Iran (relation de raison plus que d’amour). Les Syriens ne sont pas des imbéciles et savent pertinemment que si les Occidentaux font pression sur eux pour qu’ils s’éloignent des Iraniens, ce n’est pas pour favoriser les intérêts syriens mais les leurs, plus ou moins exclusivement. Cette proximité de l’Iran est donc un atout de poids dans la négociation entre la Syrie et les Occidentaux: ils auraient tort de s’en dessaisir trop vite. D’autant que pour l’instant, les Américains n’ont rien donné à la Syrie: ils ne font qu’opérer un retour à la normale en nommant un ambassadeur à Damas. Quant aux sanctions qui avaient été prises par l’administration précédente, il n’est pas certain qu’elles aient eu un impact aussi important que ça sur l’économie syrienne, en croissance depuis des années, peu touchée par la crise économique mondiale, disposant de liquidités très abondantes.
Il serait certainement judicieux de la part des Occidentaux d’inclure la relation syro-iranienne dans une optique beaucoup plus large, à savoir le règlement complet et définitif du conflit israélo-arabe, ce qui permettrait par la même occasion de mettre fin au parrainage par la Syrie du Hamas et du Hezbollah: au fond Damas ne demande pas autre chose, puisque son credo sur le sujet est « une paix juste et globale avec un retour aux frontières d’avant la guerre de 1967″.
Les Syriens ont un autre allié important contre les Occidentaux: le temps! Le régime actuel est là depuis bientôt 40 ans et peut encore durer autant car il profite du statu quo (pas de réelle opposition et business excellent, avec un baril à plus de 80 USD par dessus le marché et émergence de partenaires tels que les Chinois qui sont trop contents de prendre les places laissées vacantes par les Occidentaux)… Les Syriens ne sont donc pas à un, deux ou cinq ans près, vu que les Occidentaux n’ont pas de levier sur eux. Ces derniers, en revanche, sont pris par le temps de tous les côtés: échéances électorales chez les uns et les autres, progression réelle du programme nucléaire iranien mal évaluée, pressions israéliennes pour agir en Iran, pourrissement de la situation en Afghanistan qui consomme leurs ressources militaires, nécessité d’évacuer l’Irak rapidement et surtout sans que ça passe pour une débandade, etc. Ce sont eux qui ont quelque chose à demander aux Syriens et ce sont eux qui devront faire des propositions: et au souk, il est toujours plus inconfortable d’annoncer son prix en premier car on sait qu’on paiera de toute façon plus cher.
Je remarque au passage que depuis la mort de Moughnieh, les Occidentaux se montrent beaucoup plus conciliants envers Damas: « explosion en vol » de l’enquête à charge contre la Syrie sur la mort de Hariri, reprise des relations avec la France (visites officielles mutuelles), réchauffement timide avec les Etats-Unis, etc. Il se pourrait donc aussi que ce qui apparaît comme des gestes de bonne volonté occidentaux non suivis d’effets du côté syrien, soit en fait une réponse à des concessions syriennes ayant déjà eu lieu et n’ayant pas été officiellement affichées vis-à-vis de l’opinion (pour des motifs évidents de politique intérieure syrienne).
Bonne continuation dans vos travaux.
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Corentin Brustlein répond/replies:
avril 24th, 2010, 00:45
Sullivan, merci beaucoup pour votre commentaire extrêmement riche et précis.
La dimension politique régionale sortant très clairement de mon maigre champ de compétence, je laisse le soin à d’autres internautes – ou co-blogueurs ? – de vous répondre sur les points que vous mentionnez. Je ne vous répondrai pour ma part que sur la BoE (Box on the Euphrates) et ce de manière assez brève:
- je ne connaissais que le papier de Hersh, merci donc pour le second lien. Il contient beaucoup d’informations mais ne semble plus être tenu à jour depuis fin 2008 ;
- je ne sais pas si l’on peut dire que « j’accepte la version officielle » étant donnée la formulation qui est la mienne (« ce qui s’apparentait à un réacteur nucléaire ») ; je concède néanmoins partager les soupçons de l’AIEA ;
- car, enfin, on ne peut pas simplement dire qu’il s’agit d’une thèse officielle israélo-américaine: l’AIEA s’est saisie du dossier depuis le printemps 2008, et la Syrie n’a depuis pas su apporter les preuves attendues par l’Agence afin de prouver la nature non-nucléaire du bâtiment détruit. Je vous invite à vous reporter au dernier rapport de l’AIEA sur ce sujet, qui fait le point sur les zones d’ombre qui persistent à ce jour, entre autres concernant les traces d’uranium trouvées sur le site, et pour lesquelles Damas n’a fourni aucune explication convaincante.
[Reply]
Dimanche, 25. avril 2010 18:42
[...] rockets There’s a new strategy blog about, this time a French one. They have an interesting discussion about the suggestion/rumour/story that Hezbollah might be trying to acquire Scud missiles. [...]
Mardi, 18. mai 2010 7:37
[...] commentait la rumeur selon laquelle la Syrie aurait fourni des missiles SCUD au Hezbollah – déjà évoquée et largement commentée ici. Jetant un œil à la façon dont les Israéliens avaient neutralisé la menace des roquettes du [...]