Les 50 milliards d’économie auront-ils la peau des armées?

Avec son discours de politique générale, le Premier Ministre a confirmé la volonté de l’exécutif d’axer la stratégie du redressement national sur une politique visant à favoriser une compétitivité depuis trop longtemps dégradée. Cette exigence a un coût, qui s’additionne à celui nécessaire au rétablissement des comptes publics et, cerise sur le gâteau, aux 2 à 3 milliards (?) du nouveau pacte de solidarité, traduction politique du désastre électoral subi par la majorité lors des municipales. Il est acté que les 50 milliards d’économies destinés à ces fins seront prélevés à la fois sur le budget de l’Etat, mais aussi sur celui alloué aux collectivités territoriales et aux transferts sociaux.

source: infographie Le Monde

On est alors en droit de se poser la question de savoir si le budget de la défense, partie du budget de l’Etat, passera encore à la caisse. Etant donné la logique de la LPM, maintes fois réaffirmée, cela ne serait pas logique : il a été souligné à quel point celle-ci était fragile dès sa conception et qu’elle n’offrait aucune marge de manœuvre, sauf à briser sa trajectoire « juste insuffisante » dès sa deuxième année d’existence. Le ministre de la Défense, conscient dès le début du caractère incertain de sa mise en œuvre, n’a eu de cesse de batailler pour souligner l’ardente nécessité de s’y tenir, stricto sensu, car il n’y avait objectivement aucun gras dans lequel tailler.

On devine néanmoins le courroux des autres ministres auxquels un effort d’économies sera demandé, alors que l’impudent MINDEF ne daigne pas payer son écot. Après tout, dans leur esprit, si menace à la souveraineté nationale il y a, elle est dans la potentielle mise sous tutelle de la France par le FMI ou la Commission Européenne en cas de dérapage incontrôlé des finances publiques (si les taux  d’intérêt de l’OAT grimpent subitement, par-exemple), plutôt que dans des menaces de nature militaire.

Certes, il n’y a pas actuellement de menace militaire majeure, mais ceci est la situation d’aujourd’hui, qui ne présage en rien celle de demain ou d’après demain, par nature incertaine. Prenons un exemple historique, offrant un parallèle saisissant avec la situation actuelle. Lorsqu’en 1935, le Royaume-Uni entreprend son effort de réarmement, le gouvernement le fait mollement, convaincu que « les risques financiers et économiques [sont] plus dangereux que les incertitudes militaires ». Rappelons qu’Hitler est alors au pouvoir depuis deux ans et que, s’il n’a pas commencé la phase active de sa politique d’annexion, ses intentions sont quand même déjà perceptibles. Quoiqu’il en soit, le réarmement britannique sera tardif, et, s’il parvient à assurer une remontée en puissance dans le domaine naval et, in extremis, dans le domaine aérien, l’armée de Terre est laissée pour compte : elle traînera le fardeau de ses déficiences pendant une grande partie du second conflit mondial.

Sans agiter exagérément le spectre d’une menace directe à nos frontières qui reste très peu probable à court terme, la responsabilité de l’autorité politique est bien de « voir au-delà », et donc de préparer le pays à relever de possibles défis futurs, dussent-ils se concrétiser. Pour cela, il faut que le modèle d’armées préserve sa cohérence d’ensemble et puisse remonter en puissance, qualitativement et quantitativement, en cas de lendemains qui déchantent. Cela exige un strict respect de la LPM en cours, dont les parlementaires (Assemblée nationale ou Sénat) ont rappelé qu’elle était taillée au plus juste, voire qu’elle contenait déjà des éléments de vulnérabilité. On ne peut donc, comme à l’accoutumée depuis ces vingt dernières années, demander une contribution supplémentaire à la Défense. Et s’il est des esprits chagrins au sein des autres ministères, il suffit de rappeler aimablement que la Défense supporte en 2014 60% des suppressions de postes de l’Etat (pour un total de 5,4 millions de fonctionnaires, à comparer avec les 220 000 militaires que comptent les armées !). Et enfin que la Défense est la seule institution nationale ayant subi plusieurs réformes structurelles majeures ces deux dernières décennies tout en ayant, en parallèle, participé à des engagements opérationnels complexes sans démériter.

Il y a donc derrière ces arbitrages à venir une question d’équité (juste partage du fardeau sur le long terme), de crédibilité (les institutions habituellement sanctuarisées, en particulier les fonctions non régaliennes, sont-elles capables de relever le défi intellectuel d’une réforme interne d’envergure ?) et d’intérêt national fondamental (le droit, pour les générations futures, d’être défendues si le contexte sécuritaire se retournait). Au point où l’on en est, un à deux milliards en plus ou en moins font la différence entre un modèle qui survit dans la diète et un modèle qui se lézarde irrémédiablement.

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Date: Mercredi, 16. avril 2014 11:28
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3 Commentaire

  1. 1

    Bis repetita placem…
    C’est l’ensemble du modèle économique qui est à revoir. Non contentes de frauder massivement les fiscs européens, de mettre les états en compétition pour le moins-disant fiscal, les multinationales augmentent les dividendes versés aux actionnaires au détriment de l’investissement et des salaires. Avec toujours moins de rentrées fiscales et toujours plus de chômage, nous sommes condamnés à voir la dette grandir mécaniquement. La seule chose qui soit certaine pour notre sombre futur, c’est qu’aucun politicien n’hésitera longtemps, s’il doit choisir entre la fermeture d’un hôpital et celle d’un régiment.
    Si nous ne changeons pas très rapidement de paradigme économique, nous allons simplement suicider notre nation. Et tout cela alors que le PIB français n’a jamais été aussi élevé de toute son histoire ! C’est de la folie furieuse !

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  2. 2

    si on retire les 4,5 milliards de subvention annuelle aux syndicats, d’ici 2017 on économise 13,5 milliards. Les syndicats achètent des châteaux avec notre argent et ils devraient nous rembourser. Cela éviterait de tondre les retraités, les fonctionnaire et les autres qui sont déjà à poil….

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  3. 3

    Les années passent …..et il me semble que pour sortir éventuellement de cette crise la France doit redevenir un pays où travailler est la norme. 50 milliards d’euros de réduction : quid ? Le pays doit se désintoxiquer de la dépense publique. Nous devons opposer la redéfinition du rôle de l’état avec un seul but l’efficacité de la dépense : l’éducation en est un bon exemple car étant le premier poste budgétaire il n’en demeure pas moins que son efficacité est encore à prouver …….
    Mult postes seraient à revoir au lieu de se focaliser sur les mêmes classes de la société.

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