L’UE en Centrafrique : ici, tout est symbole

D’aucuns se plaignaient il y a deux ans que l’Union européenne ne lançait plus d’opérations. Force est de constater que plus personne ne claironne ce refrain. Une nouvelle preuve est l’annonce d’une préparation de mission en République centrafricaine (RCA). Naturellement, deux autres classiques ne s’épuisent pas : « All I Want is Battle Groups » et « J’ai encore rêvé d’ambition ». Sur le dossier de la RCA, ils vont jouer en boucle. En réalité, c’est une illusion de penser que l’on peut facilement changer ses mauvaises habitudes malgré les bonnes résolutions de début d’année. EUFOR RCA est avant tout une mission symbolique, dans les deux sens du terme : elle donne l’impression d’une forme de solidarité à l’égard de l’intervention française dans le pays ; et elle est très limitée dans ses périmètres fonctionnel et temporel.

L’UE ne chôme pas en Afrique subsaharienne : on dénombre 15 opérations dans la région (huit en cours et sept terminées). La grande majorité est civile et de petite envergure. A l’exception de l’opération Artemis en République démocratique du Congo en 2003 et d’EUFOR Tchad en 2007, les opérations terrestres n’ont jamais dépassé 1000 soldats, surtout pas pour des missions de combat. Elles ont par ailleurs souvent été le fruit de l’appui soutenu d’un Etat-membre : le Royaume-Uni pour EUAVSEC Sud-Soudan ou le Portugal pour EUSSR Guinée-Bissau, pour ne pas citer les opérations impulsées par la France. Les battle groups n’ont jamais été déployés et les moyens mis à disposition pour ces opérations ont toujours été limités par le seuil de juste suffisance – fruit du consensus mou et de la frilosité politique à s’engager.

Dans ce cadre, EUFOR RCA ne dérogera pas à la règle. La mission est avant tout le résultat d’un important lobbying français. Déployée depuis début décembre, la France n’a cessé de faire des appels du pied à ses partenaires européens, d’un point de vue militaire, mais également financier. Les commentaires critiques à l’encontre de la timidité des Européens à soutenir l’action française ont rencontré un large écho. A défaut d’une contribution militaire, François Hollande espérait un soutien financier aux opérations françaises, d’où l’idée un peu précipitée de créer un fonds permanent européen destiné aux opérations militaires – une idée qui, elle, n’a pas fait mouche. Qu’à cela ne tienne, la France a persévéré afin d’obtenir un adoubement européen concret. C’est là la genèse de l’opération EUFOR RCA : Paris a poussé et a obtenu une preuve suffisante pour dire que la France n’est pas seule. On fera abstraction du fait que la France sera nation-cadre et très probablement de très loin la première contributrice…

 

Un soutien symbolique à la France pour une mission symbolique.

Tous les détails ne sont pas encore connus, mais EUFOR RCA sera limitée dans ses périmètres fonctionnel et temporel. La mission doit faire tampon en attendant une transformation de la MISCA en une opération de l’ONU. Son mandat ne dépassera pas six mois. Ce n’est pas inédit pour l’UE : EUFOR RDC n’avait duré que quatre mois le temps des élections en 2006. La mission se limitera à Bangui et sa proche périphérie. Le principal objectif est de sécuriser la zone et de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, d’où, selon toute vraisemblance, une attention particulière portée sur l’aéroport.

L’un des seuls points intéressants de cette opération sera en réalité de suivre la rapidité de la mise en œuvre des instruments européens et du déploiement. Les outils de gestion de crise de l’UE font en effet l’objet d’une réforme afin d’en améliorer la flexibilité et l’efficacité. C’est certes un enjeu absolument secondaire en comparaison du problème plus lourd du défaut d’engagement, mais avec une opération de 600 hommes pendant six mois dont la seule action visible sera la sécurité de l’aéroport, il faut bien trouver un autre sujet d’intérêt…

 

Photo: CC JacobEnos/Flickr

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Date: Mercredi, 22. janvier 2014 14:58
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