Blessures invisibles: vers une meilleure prise en charge?

Selon un article du New York Times, le Department of Veterans Affairs prévoit de recruter 1600 psychologues, psychiatres et autres spécialistes de la santé mentale pour prendre soin des anciens combattants, d’Irak, d’Afghanistan, mais aussi du Vietnam. Depuis 2009, le ministère fait d’importants efforts pour améliorer la prise en charge des blessures invisibles de ceux qui ont servi sous le drapeau américain, mais se voit toujours reprocher de ne pas en faire assez.

Pourtant, l’offre de soins pour les vétérans n’est pas la seule ligne d’effort des Etats-Unis dans ce domaine. Une initiative originale vise à prévenir les blessures invisibles très en amont. Il s’agit d’offrir, dès leur recrutement, aux soldats, mais aussi à leur famille, un cadre, le programme Comprehensive Soldier Fitness, qui les prépare psychologiquement à la réalité du « conflit persistant », et tente de déceler les fragilités individuelles pour mieux les réparer, renforcer les forces de chacun et la résilience des militaires et de leurs proches. Un numéro de la revue American Psychologist en présente l’approche et la méthode, avec notamment un papier de George W. Casey Jr., le chef d’Etat major de l’armée de terre américaine. Il s’agit d’abord d’un test, en ligne, d’auto-évaluation (Global Assessment Tool, en janvier 2011, 900 000 militaires l’avaient rempli). La deuxième étape consiste en des modules à faire soi-même en fonction des résultats du test. Le troisième niveau consiste en la formation de formateurs à la résilience (2 500 formés en janvier 2011) devant être déployés dans chaque bataillon et brigade pour enseigner la résilience. Le 4ème volet du programme consiste en des cours obligatoires d’entraînement à la résilience.

Face à ces efforts américains pour prendre en charge les « troubles du vent du boulet », en amont et en aval des guerres, les efforts français peuvent paraître manquer de souffle et de ressources. Il semble qu’une importante pression s’exerce sur le MINDEF qui, de son côté, fait son possible pour rendre lisibles et coordonner les offres de soins et de soutien. Suite à la production d’un « plan d’action troubles psychiques post-traumatiques dans les armées, 2011-2012 », le 10 mars 2011, un bureau médico-psychologique a été créé au sein du service de santé des armées (un psychiatre et un psychologue). Ce bureau vise à coordonner les différents services psychiatriques et psychologiques relevant du service de santé des armées (SSA), de l’armée de Terre, l’armée de l’Air, la Marine et la gendarmerie, chacun fonctionnant selon des logiques et avec des pratiques différentes, et avec chacun l’avantage d’être adapté aux besoins du service (terre, air, etc.) dont il relève. Un SIMPA, « service d’intervention médico-psychologique », ou de fait un réseau, regroupant tous les cliniciens des différents services, doit être créé. Il s’agit aussi d’améliorer la collecte des statistiques sur les troubles post-traumatiques, sur lesquels le SSA n’a pas de données fiables. Or, faute de statistiques, il est difficile d’évaluer précisément l’impact des efforts français.

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