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FRUK (2): honi soit qui mal y pense !

J’allais m’en tenir à mon premier commentaire, m’étonnant naïvement du peu d’écho rencontré par l’accord FRUK (France-UK)  hors Royaume-Uni. Las ! Etant tombé depuis sur un certain nombre de lamentations « européennes » ou « atlantistes » qui me semblent largement voire complètement infondées, je ne résiste pas à la tentation de répondre.

L’Europe de la défense « trahie » ?

C’est d’autant plus tentant que le blog Bruxelles 2, par ailleurs sérieux et bien informé, a commodément rassemblé en un seul post les critiques les plus courantes et les plus erronées.

-          Parce qu’il répond d’abord à la contrainte financière et à une opportunité politique, cet accord ad hoc serait fragile : il « ne repose pas sur un mécanisme d’intégration très poussé ». En l’absence de « circuit bureaucratique », il risquerait donc d’être tributaire des aléas de la vie politique des deux pays. L’argument est assez plaisant, quand on connaît tout l’efficace des  « circuits bureaucratiques » de la PESD – et d’ailleurs de l’OTAN – en matière de défense : échec de la DCI lancée en 1999, échec des « Helsinki Goals », échec des battle groups etc. En quoi l’adjonction d’une bureaucratie a-t-elle jamais été un gage d’efficacité ? Sauf bien entendu à sous-entendre qu’il faut communautariser la défense et en désaisir les Etats membres, ce qui est à la fois politiquement peu réaliste et militairement douteux.

-          FRUK « détricoterait » Saint-Malo. Bien sûr que non, pour l’excellente raison que Saint-Malo était « mort à l’arrivée », tant les attentes des deux partenaires étaient divergentes. FRUK est bien un anti Saint-Malo de par la démarche capacitaire adoptée, mais pas dans l’esprit. Contrairement à ce que prétend l’auteur, FRUK n’a rien d’exclusif et aucune des clauses du traité n’interdit d’autres coopérations bilatérales ou la participation de partenaires supplémentaires à certaines des initiatives qui y figurent. A titre de contre-exemple, on se reportera avec profit à la note de nos collègues espagnols d’OPEX, qui offre une analyse nuancée des implications de l’accord FRUK et des réactions qu’il pourrait susciter ailleurs en Europe, en agissant comme un aiguillon sur la volonté de certains partenaires, désormais anxieux de ne pas être mis à l’écart.

-          Plutôt qu’une allusion perfide à l’expédition de Suez, militairement réussie, l’auteur devrait se souvenir que la Belgique, avec 1% du PIB  consacré à la défense, fournit comme la plupart des Etats membres un bien pauvre exemple d’esprit européen… Ce ne sont pas les Français et Anglais qui ont « exclu » les autres, mais bien le reste de l’Europe qui s’enfonce dans ce que Robert Gates dénonce à raison comme une véritable « démilitarisation ». Au jour d’aujourd’hui, et compte tenu de leurs investissements, la plupart des pays européens n’ont pas grand-chose d’autre à offrir qu’une adhésion de principe au « projet politique » de l’Europe de la défense, avec pour certains d’entre eux l’intention à peine dissimulée de pratiquer vis-à-vis des quelques pays européens encore un peu sérieux le même « free riding » qu’ils pratiquent à l’OTAN avec les Américains.

-          Dernière critique, qui se veut définitive : FRUK serait « un coup de poignard dans le dos de l’Europe de la Défense ». Ouah… On pourrait au passage s’offusquer d’une image aux précédents historiques pour le moins malheureux. Ou rappeler que la France et l’Angleterre ont initié Saint-Malo et sont donc plus fondées que d’autres à donner une nouvelle impulsion, même divergente. Plus prosaïquement, on remarquera que l’accord FRUK ne peut tuer l’Europe de la Défense pour la bonne et simple raison qu’elle n’existe pas ; la PESD est un instrument de gestion de crise de faible intensité, d’ailleurs réussi, mais elle n’est pas et a peu de chances de jamais devenir l’Europe de la défense car la plupart des Etats membres ne sont pas intéressés.

FRUK limiterait la liberté d’action voire la souveraineté des deux pays

On s’en doute, la plupart des critiques « souverainistes » viennent de l’autre côté de la Manche. Là-bas, on constate toute une gamme de réactions, depuis les cris indignés des tabloïds nationalistes jusqu’à l’optimisme mesuré de la presse mainstream, en passant par le scepticisme méfiant de certains confrères de la blogosphère. J’ai répondu sur place et dans la langue de Shakespeare, je ferai donc plus bref ici.

-          FRUK mettrait  en danger la « relation spéciale ». Absolument pas dans son principe. Croit-on vraiment que l’accord sur EPURE aurait pu avoir lieu sans l’aval de Washington ? Dans le détail technique de tel ou tel domaine de coopération, en revanche, l’intimité anglo-américaine suscitera probablement des difficultés.

-          FRUK placerait les deux partenaires en situation de dépendance. Faux là encore. Non seulement les trous capacitaires actuels ne datent pas de FRUK et ne sont pas causés par lui, mais surtout la raison d’être de cet accord est justement de palier à deux les déficiences qui existent et de préserver tant bien que mal les capacités menacées. En clair, ce sont les dettes accumulées et les sombres perspectives budgétaires qui créent de la dépendance. Dans le détail, il appartiendra là encore aux états-majors de deux pays de trouver les moyens de maximiser le rendement de la coopération tout en minimisant les effets de dépendance induits. Plutôt que de monter des équipages binationaux, avec tous les risques politiques et militaires que cela entraînerait, il sera ainsi bien préférable de louer ou d’emprunter à l’autre partie ses capacités surnuméraires (pour les Français, ravitailleurs ou Chinook britanniques) voire de posséder en commun certaines plateformes chères, armées en alternance par des équipages nationaux (méthode du crew swapping bien connue de l’US Navy, et qui ne va pas sans difficulté).

-          Les Frogs (les Rosbifs) ne sont pas fiables, et on ne pourra pas compter sur eux pour reprendre les Malouines (assumer nos responsabilités en Afrique). Bien sûr qu’ils ne sont pas et que nous ne sommes pas « fiables », puisque nos deux pays demeurent souverains jusqu’à preuve du contraire. Mais là n’est pas la question : hors intérêts vitaux (et l’accord reprend la déclaration Blair-Chirac sur ce point), il est normal que nos deux pays puissent diverger politiquement – c’est justement pour cette raison que la coopération capacitaire doit être bien réglée dans ses modalités techniques.

Que faut-il au fond penser de ces attaques stridentes ? Elles trahissent une anxiété réelle, et surtout dénotent la force des représentations convenues et des préjugés : de même qu’un certain atavisme atlantique pousse de nombreux Britanniques à se montrer méfiants d’instinct à l’encontre de toute initiative « continentale », de même la défense européenne est-elle si bien ancrée dans le discours, à défaut de l’être dans la réalité, qu’on la défend par réflexe même lorsqu’elle n’est pas attaquée. Plus profondément, ces critiques montrent que ce qui est en jeu pour certains est moins la défense en tant que telle que l’intégration européenne ou l’identité nationale, la première n’étant que le moyen de la seconde. Si en effet la défense européenne est définie d’abord comme un processus « bureaucratique » d’intégration au niveau européen, et d’arrimage aux institutions bruxelloises, tout ce qui a lieu en dehors de ce cadre marque forcément un recul. Si en revanche on se soucie d’abord de préserver des capacités militaires, souci après tout légitime lorsqu’on parle de défense, il n’est pas interdit d’être plutôt agnostique en ce qui concerne le cadre….

En bref, FRUK n’est ni contre, ni pour « l’Europe-de-la-défense » ; c’est une initiative bilatérale, centrée sur les capacités et qui de ce fait contribue à la défense européenne. CQFD.

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Date: Lundi, 22. novembre 2010 7:28
Trackback: Trackback-URL Catégorie: Analyses

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Un commentaire

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