Vincent Desportes, un général qui pensait trop fort ?

Après 38 ans de service, le général Vincent Desportes vient de quitter l’institution militaire par la grande porte de « l’Ecole de guerre ».

Saint-cyrien entré en service en 1972, ingénieur, titulaire d’un DEA de sociologie, d’un DESS d’administration des entreprises (CAAE), le général de division Desportes est aussi breveté de l’Ecole Supérieure de Guerre et diplômé du War College, équivalent du Centre des hautes études militaires pour l’armée américaine.

A la tête du CDEF (Centre de doctrine d’emploi des forces) de l’armée de Terre de 2005 à 2008, le général Desportes a joué un rôle majeur dans le succès du Centre, qui est devenu sous son impulsion le principal centre doctrinal militaire français et s’est acquis un large rayonnement avec ses publications régulières comme Doctrine tactique et ses « documents fondateurs » comme « Gagner la bataille – conduire à la paix » – Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et demain (FT-01) et Tactique générale (FT-02).

Mais ses états de service ne s’arrêtent pas à cette brillante carrière militaire. Vincent Desportes est en effet l’un des auteurs français actuels les plus riches et les plus prolifiques dans le domaine stratégique et militaire. Il  co-dirige d’ailleurs la collection « Stratégies et doctrines » aux éditions Economica et a publié de nombreux ouvrages :

  • Cavalerie de décision, ADDIM, 1998
  • Comprendre la guerre, Economica, 2001
  • L’Amérique en armes, Economica, 2002
  • Décider dans l’incertitude, Economica, 2004
  • Introduction à la stratégie (avec J.-F. Phélizon), Economica, 2007
  • La guerre probable, Economica, 2007

Vincent Desportes est une des têtes pensantes des armées. Excellent connaisseur de la culture stratégique américaine, il a beaucoup fait pour relativiser les thèses des partisans de la « Révolution dans les affaires militaires » et pour souligner l’importance de la « phase de stabilisation », en diffusant avec enthousiasme les thèses de Rupert Smith sur la « guerre au milieu des populations ». Ses prises de position et son franc-parler ne lui ont pas valu que des amis, dans son institution comme en dehors, et ont régulièrement suscité la polémique, dont tout récemment.

Alors que sa carrière se termine de manière pour le moins surprenante, puisqu’il n’a pas eu droit aux adieux aux armes traditionnellement organisés pour le départ d’une personnalité de son envergure, nous souhaitions ici lui rendre hommage. Le général Desportes n’a cessé d’œuvrer pour le renouveau de la pensée stratégique en France et pour que les officiers  se réapproprient la place intellectuelle qui devrait être la leur dans la société. Il a aussi été l’un des pères fondateurs du Laboratoire de Recherche de la Défense, partenariat original entre l’armée de Terre et l’Ifri. Il a d’ailleurs régulièrement collaboré à Politique étrangère, la revue de l’Ifri (on relira ainsi avec intérêt son article Combats de demain: le futur est-il prévisible?).

Le général Desportes a fait sienne cette maxime de Foch « Apprenez à penser ». A sa suite et à notre manière, c’est ce que nous essayons de faire sur ce blog.

Auteur:Ultima Ratio
Date: Lundi, 2. août 2010 13:07
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5 Commentaire

  1. 1

    je suis en train de finir le 1° tome de la Bio du Général De Gaule par Max Gallo, et il est frappant de voir que les armées réussissent a créé des carbones pures type diamant au milieu du l’anthracite de base au sein de leur doctrine…
    Pétain en 14 qui pronait ‘que le feu tue’ dans une période où l’offensive coute que coute était la règle; De Gaule dans l’entre deux guerre dans les travaux guidèrent la création des Panzer Division (malheureusement chez les allemands)
    Espérons qu’aucune Guerre de grande intensité ne donnera raison au Gal Desportes

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  2. 2

    Je préfère le titre  » Vincent Desportes le général qui pense trop tard… » Et on pourrait s’amuser au qualificatif de « tête pensante des armées ».Ce général comme tant d’autres à sa place dans nos belles cérémonies type 14 juillet d’autant que sa carrière très carriériste en forme électrocardiogramme plat, dans la mesure où les théâtres d’opérations ont été moins fréquentés que les tribunes… Fermez le ban!

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    Etienne de Durand répond/replies:

    @youpla,
    Il est toujours dommage de s’en tenir à des attaques personnelles d’ailleurs bien courtes. Dans le même esprit, je vais m’en tenir à une réponse également lapidaire. Primo : je ne sais pas bien ce qu’on appelle aujourd’hui l’expérience opérationnelle. Mis à part du combat d’escarmouche en Afghanistan et parfois en Afrique, l’essentiel de l’expérience des armées françaises depuis 1962 se limite à des opérations de paix, et leur dernière vraie bataille remonte à Dien Bien Phu. A l’aune des « grands anciens », comme on dit dans les armées, personne n’a d’expérience, et le général Desportes pas moins que les autres. Deuxio : l’expérience ne fait pas tout. Pas plus expérimentés que les généraux français de 1870, les Bazaine et Leboeuf, tous vieux briscards ayant bourlingué de l’Algérie au Mexique, en passant par la Crimée et l’Italie – et qui pourtant se révèlent de piteux amateurs face aux « intellectuels » prussiens comme Moltke, qui n’ont guère à leur actif que deux courtes campagnes contre le Danemark et l’Autriche. Mais défaites et humiliations répétées apparemment ne changent rien : les vieux poncifs du maréchal Lefebvre sur la « poitrine des grenadiers » ont la vie dure. Tertio : il est parfaitement légitime d’être en désaccord avec les thèses défendues par Vincent Desportes, mais il faut les discuter honnêtement plutôt que de se contenter d’attaques ad hominem. Et si possible évoquer le sujet de fond de ce post : la possibilité d’organiser en France un authentique débat stratégique dont les militaires ne soient pas exclus sous le prétexte souvent facile du devoir de réserve.

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  3. 3

    Quant on veut être médiatique il faut aussi assumer autre chose que la brosse à reluire. En ce qui concerne votre approche de l’opérationnel elle est assez surprenante. Par exemple, en 2008 les 200 hommes du 8ème RPIMa déployés à Tagab ont été confrontés à une vingtaine d’attaques à la roquette sur leur Fob, un même nombre d’accrochages à l’extérieur, ainsi qu’à une bonne dizaine d’EEI… Je vous laisse juge du potentiel opérationnel acquis par ces combattants.
    Vous faite référence à l’histoire et notamment au manque d’expérience des généraux de 1870 mais vous semblez oublier que depuis 1830, ils ont sabré nombre d’indigènes durant la conquête de l’empire colonial. Cette « expérience » a par ailleurs été très utile pendant les barricades de 1830, 1832, 1834, 1848, et 1871, où il s’agissait de charger les « bédouins de la métropole »… Evidemment les prussiens étaient eux moins tendres…
    Pour finir ce que je déplore, c’est qu’un général, celui là comme d’autres avant lui, ont contribué à faire du système ce qu’il est. Et il m’apparait comme indécent, de vouloir à quelques mois d’une limite d’âge, de se poser en réformateur.

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    clarisse répond/replies:

    @youpla,

    Donc, concrètement, quelles sont vos propositions pour « changer le système » que vous critiquez ?

    Et pensez-vous qu’il soit impossible de faire évoluer un « système » en étant à l’intérieur de celui-ci et en agissant à son échelle ?

    Ou bien n’y a-t-il que les révolutions extérieures au système qui soient légitimes à vos yeux ?

    Merci de vos éclairages…

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