Recension: Triangle tactique. Décrypter la bataille terrestre.

Rémi Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Pierre Santoni, Triangle tactique. Décrypter la bataille terrestre, (Pierre de Taillac, 2019, 172 pages).

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Après avoir publié (avec F. Chamaud) L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville (recension dans PE 2016/3), Pierre Santoni, officier de l’armée de Terre, utilise dans ce nouvel essai le très classique « triangle tactique » dont la protection, la mobilité et la puissance de feu sont les sommets comme « boussole » pour analyser l’histoire des évolutions de la tactique. L’ambition de l’auteur n’est pas d’offrir un traité technique à ce propos mais que le grand public puisse mieux la comprendre. Autant le dire de suite, le pari est réussi.

À l’issue d’un travail introductif de définition, l’auteur enchaîne avec cinq chapitres chronologiques. Dans « Combattre au corps à corps : de l’Antiquité à la cartouche papier », P. Santoni revient entre autres sur le « blocage tactique » du XVIIIe siècle : les mousquets et les fusils tirent de plus en plus vite, il est donc possible d’étirer les lignes, ce qui contribue à augmenter très significativement la puissance de feu. Pour autant, cet étirement complique la manœuvre : le mouvement est bloqué par le feu. Vient ensuite « l’âge d’or de la manœuvre ». Napoléon renouvelle le triangle tactique avant que l’apparition des armes à feu à tir rapide sur le champ de bataille ne le déséquilibre à nouveau au profit de la puissance de feu. Le carré et la charge de cavalerie sont désormais obsolètes. Avec « L’ère industrielle de la guerre », il s’agit de « retrouver la manœuvre » alors que les tranchées ont été creusées pour rééquilibrer protection et puissance de feu. Il faut notamment réorganiser les unités : par exemple, la section d’infanterie française prend quasiment sa forme moderne et des unités d’élite, les corps francs, sont créées. L’invention d’un moteur fiable, du blindage et de la radiophonie permettent de sortir de ce nouveau blocage tactique. La percée à Sedan en 1940 est le symbole de ce retour à un certain « style napoléonien ». L’auteur démontre ensuite fort bien que la guerre froide n’est pas une ère de glaciation de la réflexion tactique. On y met par exemple au point l’emploi des hélicoptères en contre-insurrection et dans la lutte antichars. Des penseurs originaux émergent comme P. Brossollet ou E. Copel. L’auteur développe quelques cas de contre-insurrection et caractérise la seule option pour vaincre selon lui : la « ténacité », c’est-à-dire tenir le plus longtemps possible en économisant ses forces pour que la population et les insurgés se lassent. L’après-guerre froide est le théâtre de nouvelles problématiques tactiques, comme celles posées lors des missions d’interposition ou par les méthodes de contournement de la puissance technologique occidentale employées par les adversaires étatiques comme non-étatiques.

Après ces développements chronologiques, l’auteur revient dans un chapitre intitulé « manœuvrer quand même » sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : la « micro-tactique », celle des petites unités, des équipements individuels et des véhicules. Il en profite aussi pour y faire un « éloge du chef de guerre ». Enfin, les dernières pages de cet essai sont consacrées à un intéressant exercice prospectif sur la tactique « à l’âge des robots » où de nouvelles organisations des unités au combat pourraient voir le jour.

On peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses de P. Santoni, en particulier sur la contre-insurrection. Cependant, il est indéniable que son livre est une indispensable introduction à la tactique en répondant parfaitement à l’ambition de l’auteur : offrir au grand public éclairé un manuel lui permettant de mieux la comprendre.

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