Côte 418, François Bert

Côte 418, François Bert, Edelweiss Editions, 2018, 123 pages.

Commander au combat. Commander malgré la mort, le froid, la souffrance et les privations. Dans l’horreur de la première guerre mondiale, comment de jeunes officiers ont pu trouver en eux les ressources nécessaires pour continuer à diriger leur troupe ? Que pouvaient être leurs pensées, dans l’attente de l’assaut qu’ils avaient eux-mêmes ordonnés, auquel ils participaient, sachant que nombreux étaient ceux qui n’en reviendraient pas ? C’est à ces questions essentielles que François Bert essaie de répondre. Ce Saint-Cyrien, ancien officier de la légion étrangère, s’est lancé il y a quelques années dans l’aventure du « discernement opérationnel » au profit des dirigeants d’entreprises. Après son dernier ouvrage sur la personnalité du chef politique, « Le temps des chefs est venu : autopsie de la personnalité présidentielle & solutions pour l’avenir » (Edelweiss éditions, 2017), il signe ici son premier roman.

Ecrit à la première personne, ce livre nous plonge dans les pensées du lieutenant Vincent de la Légion étrangère, à la fin de la 1ère guerre mondiale. Faisant vivre le lecteur deux jours dans la peau d’un chef de section, l’auteur dévoile toute la difficulté, l’importance, la complexité du commandement au combat. Plus qu’une simple aventure romanesque, François Bert utilise ici son personnage pour illustrer, par l’exemple, les principes de « management » qu’il défend dans son cabinet.

La sonnerie du clairon qui ouvre ce court roman en donne le ton : le lecteur est d’emblée plongé dans la peau de ce lieutenant, sans transition. C’est la guerre, la boue, le bruit et les obus dès la première page. L’horreur des blessures et de l’insalubrité y est décrite froidement, sans fascination morbide ni sensiblerie, comme le ferait probablement un soldat aguerri par quatre ans de guerre. L’apitoiement n’est pas de mise, tant ses pensées sont en permanence tournées vers ses hommes et l’action. Les hommes d’abord : ce chef les connaît par leurs noms de famille, leur nationalité d’origine, leur caractère. Ce sont aussi des individualités que le jeune officier va devoir gérer, les considérant avec un mélange subtil, empreint d’une grande humanité et de distance hiérarchique.

Cette froideur apparente ne s’efface pas, même quand un soldat meurt dans ses bras : l’important est la mission, le combat en cours et à venir, le devoir de commander ceux qui restent. Il faut analyser la situation, prendre des décisions, donner des ordres, sachant que l’important, « ce n’est pas l’exhaustivité, c’est la clarté des ordres et le ton avec lequel on embarque tout le monde dans une séquence ardue ». Faire aussi des erreurs parfois, qui peuvent coûter la vie d’un homme, parce qu’il fallait récupérer une mitrailleuse. Puis, se corriger, donner l’impulsion à la troupe pour s’emparer de la fameuse côte 418 et vaincre.

Ce court ouvrage est une belle réussite. Il se lit d’une traite, tant l’action est prenante du début à la fin. Loin des images de masses d’hommes montant confusément à l’assaut, le lecteur est ici placé dans l’intimité d’un groupe structuré, recevant ordres et objectifs. Cette échelle permet de mieux comprendre les réflexions et les doutes qui tiraillent le chef militaire au combat. Si le passionné d’histoire restera peut-être sur sa faim, ce livre est à recommander à tout jeune officier, voire à tout « manager opérationnel » qui doit assurer la direction d’un groupe humain en situation difficile. Entre grands principes humanistes et petites astuces du commandement du quotidien, chacun y trouvera matière à alimenter sa réflexion sur les devoirs du chef, l’éternelle solitude liée à l’exercice de l’autorité, mais aussi sur les joies profondes et intimes qu’offre l’honneur de commander.

S.C

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A propos Serge Caplain

Lieutenant-colonel de l'armée de Terre, détaché du ministère des Armées auprès de l'Ifri de septembre 2017 à juillet 2019 en tant que chercheur au sein du Laboratoire de recherche sur la défense. Les propos tenus sur ce blog n'engagent que leur auteur.
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