The Allure of Battle. A History of How Wars Have Been Won and Lost

Rémy Hémez nous livre cette recension originale du livre de Cathal Nolan, « The Allure of Battle. A History of How Wars Have Been Won and Lost », Oxford University Press, 709 p.

Cathal Nolan, professeur associé à l’université de Boston, démontre dans ce livre que les résultats des batailles ne déterminent qu’extrêmement rarement l’issue des guerres. Il fait une seule exception : Sadowa, en 1866, la seule véritable bataille décisive à tous égards. Cependant cette écrasante victoire prussienne sur l’Autriche a installé, chez les militaires allemands, l’idée qu’une guerre rapide et victorieuse était possible. Pour l’auteur, c’est l’attrition – « le broyage plutôt que le génie » – et l’endurance qui déterminent le dénouement des conflits. Ce n’est pas l’élan et l’audace qui font gagner les guerres ; celui qui perd est généralement celui qui, à cause d’une démographie moins avantageuse et d’une économie moins puissante, doit abandonner car il est épuisé.

Le mythe de la bataille décisive peut pousser des nations à en attaquer d’autres qu’elles savent pourtant plus puissantes et impossibles à vaincre sur le long terme. C’est bien entendu le cas de l’Allemagne et du Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur souligne aussi le risque pour les chefs militaires de penser que, lors de « la prochaine guerre », ils éviteraient l’attrition  « par des batailles de manœuvre, qu’ils pourraient surmonter la puissance de feu défensive avec une version de ce que les Français ont appelé l’élan vital. »

C. Nolan insiste beaucoup sur la période du Premier Empire. Il titre d’ailleurs ce chapitre « La bataille exaltée ». Il est vrai que l’influence de la geste napoléonienne est majeure sur cette idée que la bataille peut être décisive. « Entre une bataille perdue et une bataille gagnée, la distance est immense ; il y a des Empires » aurait dit l’Empereur. Pourtant, Waterloo n’a pas été décisive. Au moment de cet affrontement, la France était déjà bien affaiblie. La guerre d’Espagne, où la Grande Armée a perdu environ  deux cent mille hommes, est beaucoup plus importante pour expliquer la défaite finale de la France en 1815.

Pour démontrer sa thèse, l’auteur suit un plan chronologique en seize chapitres retraçant l’histoire européenne de la guerre jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Le premier couvre toute l’Antiquité, sans rentrer dans les détails. En revanche, à partir du deuxième chapitre, celui consacré à la guerre de Cent ans, les développements sont très documentés et extrêmement fouillés. Ceci nous amène d’ailleurs à souligner la principale faiblesse du livre : sa longueur abusive, toutes les informations données ne venant pas directement en soutien de la thèse de l’auteur.

C. Nolan prévient : « Gagner le jour de la bataille ne suffit pas. Vous devez gagner la campagne, puis l’année, puis la décennie. La victoire doit ouvrir la voie à la permanence politique. » Un avertissement salutaire alors que la tentation de la bataille décisive persiste. En témoignent les nombreuses publications sur « Les batailles qui ont changé le cours de l’histoire ». Cette fascination se retrouve aussi, sous une forme différente, dans la recherche à tout prix de la supériorité technologique. L’auteur n’est certes pas le premier à remettre en question la centralité de la bataille, mais il le fait d’une façon particulièrement complète et brillante. Son livre est donc à conseiller à tous les passionnés d’histoire militaire. La possibilité de pouvoir traverser l’histoire de la guerre européenne jusqu’en 1945 en un seul volume peut aussi en faire une lecture appréciable pour l’amateur éclairé.

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À propos de Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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