La grande histoire de l’infanterie française des origines à nos jours

Paul Rascle, Privat, 2016, 448 p.

Ce très beau volume, imprimé sur du papier de grande qualité et illustré par une iconographie très riche est une somme de connaissance et d’érudition impressionnante. En pas moins de 448 pages, Paul Rascle, ancien officier traditions de l’école d’infanterie, nous offre une histoire très complète de l’infanterie française des origines à nos jours.

L’ouvrage est divisé en deux grandes parties équilibrées. La première est chronologique. Elle traite de l’histoire de l’infanterie en quinze grandes périodes, des Gaulois à l’opération Sentinelle. A chaque fois, l’auteur aborde de nombreux sujets : organisation, principales guerres et batailles, modes d’action, style de commandement, armement, etc. Rascle aborde d’abord la question de la filiation des unités, sujet complexe et un peu obscur mais qui nous rappelle tout de même que « les plus vieux » de nos régiments ont 800 ans d’histoire. L’infanterie française, pourtant organisée dès 1480 par Louis XI, acquière sa solidité avec le Grand Siècle (1589-1715). Elle devient alors la meilleure du monde selon l’auteur et le restera pendant le siècle des Lumières (1715-189). L’infanterie offre ses premières victoires à la République naissante et se couvre de gloire pendant le Premier Empire. Entre Waterloo (1815) et Sedan (1870) le volume de fantassins ne cesse d’augmenter, de 181 000 à 251 000. Il faut dire que les campagnes sont nombreuses. Mais l’armée impériale, sans doute la plus expérimentée au monde, « s’endort sur ses lauriers ». Elle est défaite en 1870. Le début de la Première Guerre mondiale est difficile. L’infanterie, comme l’ensemble des armées françaises, évolue et innove pendant cette guerre. L’auteur insiste sur la nécessité de cesser de dénigrer les fantassins de 1940 alors qu’ils n’ont pas démérités. Les combats d’Indochine et d’Algérie ne sont pas oubliés. La partie sur la guerre froide, entre « infanterie du containment stratégique » et forces d’intervention, période trop oublié de l’historiographie est très intéressante. Au-delà de l’infanterie, c’est finalement toute l’histoire militaire de la France qui défile ici.

La deuxième partie du livre est thématique. Sont passés en revue l’armement, l’uniforme, les écoles, les fêtes et toutes les subdivisions d’armes : chasseurs, légion étrangère, troupes de marine, tirailleurs et goumiers, bataillons d’Afrique, zouaves, sahariens, parachutistes, corps francs et commandos. Impossible ici de détailler tout ce qu’on y trouve mais l’auteur revient par exemple sur les trois fusils emblématiques de l’infanterie qui sont une bonne illustration des progrès technologiques de l’armement et de leur impact sur la tactique. En 1717 est mis en service le premier fusil réglementaire équipé d’une baïonnette à lame triangulaire. Vient ensuite le Chassepot, adopté en 1866, et qui à l’époque fait la synthèse des dernières innovations dans le domaine de l’armement petit-calibre : chargement par la culasse, cartouche composée d’une balle, etc. Le Lebel, adopté en 1886 et modifié en 1893 est lui l’arme emblématique de la Première Guerre mondiale. Il est le premier fusil à répétition.

Le style de l’auteur est agréable. Il en appelle cependant un peu trop au « roman national » son ton est trop souvent hagiographique. Le texte ne présente aucune référence et la bibliographie est trop brève. Tout cela empêche de faire de cet ouvrage une référence historique. Cependant, la somme de connaissance amassée en un seul volume en fait un livre très intéressant pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire française.

 

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About Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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