Histoire de l’armée française 1914-1918

François Cochet et Rémy Porte, Tallandier, 2017, 520 p.

Cette recension a été publiée dans Politique Étrangère 2017/2.

Les auteurs – François Cochet est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lorraine-Metz et Rémi Porte est officier référent histoire pour l’armée de Terre – sont deux spécialistes reconnus de cette période. Ils souhaitent ici : « rendre compte de la diversité, de la complexité, des adaptations permanentes de cette immense institution qu’est l’armée française de la Grande Guerre ». Une volonté qui transparait dans l’ouvrage et permet de tordre le cou à quelques idées préconçues coriaces. Il faut cependant noter que, malheureusement, l’histoire proposée n’est pas complète. Les deux auteurs se concentrent sur les aspects organisationnels, sociologiques et technologiques et délaissent les opérations et la stratégie.

Le livre est organisé en trois grandes parties dont on ne peut que partiellement rendre compte en quelques lignes. La première traite des « hommes et organisations ». Les auteurs reviennent d’abord sur les débats d’avant-guerre puis cherchent à faire le bilan des combats initiaux (1914-1915). Ils décrivent de façon convaincante l’adaptation constante de l’outil militaire durant tout le conflit. Ce processus est initié par le haut (ordres et directives), par le bas (apprentissage sur le terrain) mais aussi via une diffusion horizontale (d’une unité à une autre). La somme des évolutions fait qu’en 1918 l’armée française est au sommet de son art tactique et opérationnel.

La deuxième partie traite des « hommes au combat ». Les deux auteurs y analysent longuement l’acte d’obéissance. Ils soulignent notamment que cette notion est un repère social essentiel avant la guerre mais qu’elle évolue dans le temps, par exemple avec le développement de phénomènes d’adaptation des ordres reçus afin de les « accommoder » à la réalité du terrain. Sont aussi évoqués les « pieux mensonges ». C’est-à-dire des faux rapports envoyés à l’autorité supérieure pour justifier d’une action qui n’a pas eu lieu. Un chapitre particulièrement intéressant s’interroge aussi sur ce qu’est un bon général français en 1914-1918. Il permet de nuancer certaines réputations. Un autre s’attache à l’analyse de l’évolution du renseignement militaire qui entre dans la modernité à cette époque.

La troisième partie se concentre sur les matériels et leur emploi. Sont passés en revue les mitrailleuses, le développement de l’automobile, la guerre des mines, la redécouverte de la grenade, les gaz de combat, le lance-flamme, les chars, le camouflage, etc. La marine n’est pas oubliée, ce qui est d’ailleurs le cas dans tout le livre. Une longue analyse est réservée à l’aéronautique. Cette arme n’est pas une absolue nouveauté au début de la Première Guerre mondiale mais les avions ont alors des capacités limitées. Il ne faudra cependant que quelques semaines pour convaincre les chefs militaires de l’utilité opérationnelle de la « cinquième arme ». Les deux auteurs soulignent bien que, dans l’historiographie, le mythe des « As » masque la réalité de l’aéronautique de la Grande Guerre : pour 182 « As » répertoriés, on a compté plus de 16 000 pilotes et 40 000 observateurs.

Au bilan, cette histoire totale de l’armée française entre 1914 et 1918 est une lecture intéressante pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire, même si ce n’est pas encore le livre référence sur ce sujet. Cet ouvrage nous rappelle aussi que l’histoire militaire récente des armées françaises reste encore très largement à écrire. Il serait bienvenu que ce volume soit le premier d’une série qui y soit consacrée.

 

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About Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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